L’Arche de Nova

Utopies poétiques pour futurs désirables. Et si c’était toujours l’heure de tout réinventer ? L’Arche de Nova embarque tout un bestiaire d’artistes pour un déluge de bonnes idées dans un monde déconfiné, via des hypothèses grandioses, des scénarios farfelus, des raisonnements magiques, des logiques insensées, de noirs vertiges… à contre-courant du pessimisme apocalyptique.

Musiciens, écrivaines, cinéastes, dessinatrices, humoristes, plasticiennes : chaque jour, en trois minutes, l’un.e des membres de l’équipage monte sur le pont et imagine la société de demain, le temps d’une note vocale très sérieuse ou complètement délirante. Il était un joli navire… en voyage vers l’avenir.

Un podcast imaginé et coordonné par Richard Gaitet, réalisé par Mathieu Boudon et Benoît Thuault.

par Richard Gaitet

Épisodes

Romain Dutter : « Demain, les murs seront remplacés par des ponts »

Ce travailleur social organisa pendant dix ans des concerts à la prison de Fresnes, en invitant Gaël Faye, Vaudou Game, Youssoupha ou Sofiane Saidi. Co-auteur d’une BD sur cette expérience électrique, il aimerait maintenant, d’un geste, faire sauter les barrières de béton.


« Dix ans que je suis derrière les barreaux. Enfin, je me lève chaque matin pour aller en prison. J’en sors en fin de journée, rassurez-vous. » Dans Symphonie carcérale, sa première BD dessinée par son ami Bouqé paru en 2018 aux éditions Steinkis, Romain Dutter raconte son travail de coordinateur culturel au sein du Centre Pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne), l’une des plus vieilles zonzons françaises en activité, la deuxième en termes de taille et de capacité : 3000 personnes y sont incarcérées. Au quotidien, sa mission consiste à mettre en place des ateliers (théâtre, écriture, musique) et, pour ce mélomane compulsif également batteur d’un groupe de cumbia, d’organiser des concerts. Parmi les invités de ses « Journées Zébrées » de barreaux, notons le nombre éclatant d’artistes joués sur Nova : Youssoupha, Vaudou Game, Gaël Faye, Sofiane Saidi, Arat Kilo, le Congolais Jupiter Bokondji et son orchestre Okwess, leurs compatriotes du Staff Benda Bilili, Scred Connexion ou David Neerman.


« Au fil des années, la prison est un peu devenue la deuxième MJC de la ville », écrit Romain surnommé « Romano », à qui la direction fit entièrement confiance en termes de programmation. Dans ce « monde béton, inhumain, rétréci, sans aucun lendemain » chanté par Trust dans sa chanson Le mitard, le trentenaire a bien conscience que ces lives, difficiles à monter, ne sont « qu’un infime pansement sur toutes les plaies carcérales ou sociétales », tout en sachant que cette « goutte d’eau est vitale » pour certains détenu.e.s. À la fin du livre, ce travailleur social s’avoue cependant « usé ». « Tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la prison partagent le même constat depuis des décennies : la prison ne réinsère pas (ou peu), elle détruit les personnes qui y séjournent, la peine de prison reste trop souvent sans contenu et l’oisiveté y règne en maître, conduisant notamment à des phénomènes de violence et/ou de radicalisation », écrit encore Dutter, en citant, par le biais d’une étude de l’Observatoire international des prisons, le modèle suédois, qui maintient un minimum de quatre à cinq heures d’activités culturelles par jour aux personnes incarcérées, dont près de la moitié participe aux ateliers.


Préparant avec Bouqé la sortie de Good bye Ceausescu, leur seconde BD sur la « révolution » roumaine de 1989 (à paraître en septembre 2021, toujours chez Steinkis), attelé à l’adaptation du roman Le jour d’avant de Sorj Chalandon (avec le dessinateur Simon Géliot), en pleine écriture d’un quatrième scénario (sur sa passion pour l’Amérique latine), Romain Dutter grimpe à bord de L’Arche de Nova pour faire péter les murs et les transformer, selon les vœux d’Isaac Newton, en ponts.


Souvenons-nous alors, dans un murmure – pardon, dans un pont-pont – des vers de l’Haïtien James Noël, dans son long poème en prose La Migration des murs en 2016 : « Devant les murs, les pans de murs, les murs pour rien, les murs en masse, les murs en pente élevés comme pour rire, le monde s’embrouille, roule sa barque dans la farine, s’enfonce gravement dans la théorie du mortier et la pratique du gravier strict. La Terre se défonce, s’ensable platement dans l’asphalte (…) Il faudrait un peu méditer sur les murs des maisons qui parfois sont sans fenêtre, ni porte de secours. Nulle vue qui ne donne sur l’humain (…) Solide absence de liens, solide absence de ciment social des espèces et des espaces. Fortement critique, le cas clinique du monde au pied du mur (…) Viendra un jour un peuple de maçons de dernière heure qui se retournera d’un seul bond, en...  

14 juin 2021

5:42

Balaphonics : « Demain, toute philosophie de distinction entre les races sera pour toujours discréditée »

Tandis que les thèses d’extrême-droite n’ont jamais eu tant d’écho dans l’Hexagone, cette fanfare afro-groove francilienne relit les mots du dernier empereur d’Ethiopie, Haïlé Sélassié, prononcés à la tribune des Nations-Unies en 1963.


« La musique guérit nos âmes égarées depuis la nuit des temps. » Dix ans déjà que Balaphonics, réunion en fanfare de neuf musiciens franciliens sous le signe de l’afro-groove, soigne nos corps et nos esprits. Leur dernière ordonnance est épicée : Spicy Boom Boom, second album sorti ce printemps, nous prescrit des prises quotidiennes de highlife, d’éthio-jazz ou de rumba congolaise, antidotes possibles aux thèses d’extrême-droite qui salissent de plus en plus souvent le débat public hexagonal. Enregistré à Bamako et à Pantin (Seine-Saint-Denis), le disque séduit par son idée du métissage et la joie contagieuse de ses arrangements, amplifiées par la présence de nombreux invités : le griot malien Moriba Diabaté, le rappeur jamaïcain Franz Von, la chanteuse burkinabé Kandy Guira ou les Congolais menés par Jupiter Bokondji (présents cette semaine dans notre Chambre noire).


« Faire écho pour nous rassembler, échanger », entend-t-on sur le morceau Onalala. Par la voix du batteur Florent Berteau, ces ambassadeurs du balafon baladeur prolongent cette pensée pacifiste en relisant pour L’Arche de Nova les célèbres paroles prononcées par le dernier empereur d’Ethiopie, Haïlé Sélassié, à la tribune des Nations-Unies en 1963, qui seront littéralement reprises et adaptées par Bob Marley sur sa chanson War (1976). « Tant que la philosophie qui considère qu’une race est supérieure et une autre inférieure ne sera pas finalement et en permanence discréditée et abandonnée ; tant qu’il y aura des citoyens de première et de seconde classe dans une nation ; tant que la couleur de la peau d’un homme aura plus de signification que celle de ses yeux… » À se remettre en tête avant d’aller voir Balaphonics en concert, le 26 juin à Oignies (Pas-de-Calais), le 16 juillet à Massy (Essonne) ou le 24 juillet à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour voir le magnifique clip animé de Demain, dès l’aube réalisé par Mathieu Choinet, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=d7Kg8t3uMO0&ab_channel=BALAPHONICS-afrobrassband


Image : drapeau levé pour Haïlé Sélassié lors d’un concert de reggae à Saint-Elizabeth, Jamaïque (2012).
 

10 juin 2021

3:56

Sarah Biasini : « Demain, la vérité nous sautera aux yeux »

Avant de reprendre le rôle de « Mademoiselle Julie » au festival d’Avignon, la fille de Romy Schneider nous incite à porter des lunettes extra-sensorielles, les « Véri-Verres », qui révéleront instantanément les émotions de notre entourage, telle une « réalité augmentée adaptée aux relations sociales ». Vu ?


Elle a joué Feydeau, Sweig, Shakespeare. Du 7 au 30 juillet au festival d’Avignon, Sarah Biasini reprendra le rôle de Mademoiselle Julie, tragédie en cuisine du Suédois August Strinberg (1889) sur la lutte des classes et les jeux de pouvoir et de séduction entre trois personnages à la veille de la nuit de la Saint-Jean, mise en scène par Christophe Lidon avec Déborah Grall et Yannis Baraban. À 42 ans, cette native de Ramatuelle a fait ses preuves en tant que comédienne, mais les gens ne lui parlent que de sa mère (y compris à la maternité, en devenant mère à son tour, pendant l’accouchement, entre deux contractions), à laquelle elle ressemble certes beaucoup et qu’elle évoqua, en tout début d’année, dans un livre : La Beauté du ciel, aux éditions Stock. « Si j’écrivais ici le nom de ma mère, j’aurais l’impression de parler de quelqu’un d’autre, d’une étrangère. Son nom d’actrice, de travail, ne lui appartient presque plus et j’ai l’impression qu’à moi, il n’a jamais appartenu (…) L’appeler ma mère, il n’y rien de plus beau. Personne à part moi ne peut le faire. Je ne vais pas m’en priver (…) Personne ne veut oublier ma mère, à part moi. Tout le monde veut y penser, sauf moi. Personne ne pleurera autant que moi si je me mets à y penser. »


Dans l’impressionnante filmographie de Romy Schneider, Sarah Biasini voit et revoit, « entre peur, gêne et fascination », La Piscine (Jacques Deray, 1969), César et Rosalie (Sautet, 1972), Le vieux fusil (Robert Enrico, 1975) ou Une histoire simple (Sautet, 1978). Elle adore aussi son sens du tempo dans la comédie d’espionnage What’s New Pussycat ? (Clive Donner, 1965). Et dans Les Choses de la vie (Claude Sautet, 1970), une scène apparemment anodine retient son attention. Romy interprète Hélène qui, devant sa machine à écrire, au petit matin, ne sait plus comment traduire de l’allemand le mot « mentir ou, non, pas mentir ; tu sais, quand on invente des histoires ? » Et Michel Piccoli, en peignoir, clope au bec, répond : « Affabuler. »


C’est peut-être de là, de ce bref moment d’intimité de l’Histoire du cinéma, qu’est venue à Sarah l’idée des « Véri-Verres », des lunettes spéciales, « bioniques, extra-sensorielles », qui révèlent instantanément les émotions authentiques de notre entourage. « Une petite machine sensible, intelligente, qui nous aiderait à VOIR les gens AUTREMENT. La réalité augmentée adaptée aux relations sociales. Pour que la vérité nous saute aux yeux. »


Réalisation : Mathieu Boudon.


Mademoiselle Julie, du 7 au 30 juillet au Théâtre des Halles, chaque jour à 16h30, 4 rue Noël Biret, Avignon.


Image : Invasion Los Angeles, de John Carpenter (1988).
 

09 juin 2021

6:35

Blandine Rinkel : « Demain, se couper la parole sera gage de bêtise »

Dans un livre d’entretien baptisé « Tout tremble », cette écrivaine parisienne, chanteuse et danseuse du groupe Catastrophe, aligne des idées pour un monde « plus sensible, sans se laisser aliéner par le pouvoir, l’argent, la technique ».


« Dans un monde qu’on dit sans espoir, nous essayons de rester malicieux (…) De ne pas laisser la sidération gagner la partie. De déjouer la fatalité, mais avant tout celle qu’on éprouve en soi-même. C’est en ce sens, mathématique, que nous sommes positifs. » Dans un livre d’entretien baptisé Tout tremble, co-écrit avec le journaliste Jean-Marie Durand et publié ce printemps par les Presses Universitaires de France, Blandine Rinkel confie sa peur d’une « massification » de la bêtise, « celle qui consiste à répéter mécaniquement des choses qu’on n’a pas comprises ». L’autrice parisienne de 30 ans admet bien entendu qu’il lui arrive –comme nous tous – de tirer des conclusions de la simple lecture du titre d’un article, de répéter des opinions toutes faites, « des insultes ou des indignations », « d’imiter, de jouer à, de mentir parfois », comme la narratrice de son dernier roman en date, Le Nom secret des choses (Fayard, 2019).


À moins d’un an des élections présidentielles, la parolière, chanteuse et danseuse du groupe Catastrophe s’effraie de cette attitude (« qui gagne du terrain ») consistant à « abdiquer toute personnalité » en se ralliant « à une même formule, à un même cliché ». Ces comportements moutonniers lui rappellent aussi le brillant film d’animation de l’Américain Charlie Kaufman, Anomalisa, dans lequel, dit-elle, « un homme est si sclérosé par l’aspect mécanique de sa vie que pour lui tous les humains ont exactement le même timbre de voix. Jusqu’à ce qu’il rencontre quelqu’un – une autre voix – pour la première fois. » Dans ses lectures adolescentes, Blandine Rinkel a entendu « des aveux d’imperfection, des refus de n’engager que des relations de pouvoir » et la leçon fut la suivante : savoir dire je ne sais pas, assumer sa vulnérabilité, développer une pensée propre.


« La jeunesse n’a d’autre choix que la responsabilité. » Tandis que Catastrophe repart enfin en tournée à l’affiche notable ce jeudi 10 juin du festival des Inrocks à l’Olympia avec La Femme et les Hollandais turcophiles d’Altin Gün, sa meneuse de revue énumère à bord de L’Arche de Nova des propositions pour un monde « plus sensible, sans se laisser aliéner par le pouvoir, l’argent, la technique (…) où cultiver sa conscience, son imagination, serait considéré comme souhaitable. » C’est sur ces mots, quasiment, que se conclut Tout tremble.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Catastrophe jouera Gong ! et autres surprises ce mercredi 9 juin à Rennes, le 15 à Saint-Brieuc, le 18 à Marseille, le 26 à Mayenne ainsi qu’un peu partout en France jusqu’à mi-novembre.
Image : Anomalisa, de Charlie Kaufman (2015).
 

08 juin 2021

5:48

Yves Pagès : « Demain, grêveuses, grêveurs, le système va imploser en douceur »

À Paris, cet écrivain et éditeur fomente la révolte « horizontale » de « l’an zéro virgule un », lors d’une « panne d’oreiller interactive » des Français.es, épuisé.e.s par « les excréments de langage » et « la guérilla psychique du capital-risque ». 


Son livre est délicatement dédié « aux quantités négligeables ». Dans Il était une fois sur cent, drôle de recueil de « rêveries fragmentaires sur l’empire statistique » publié ce printemps aux éditions La Découverte, Yves Pagès rassemble des centaines de pourcentages glanés pendant des années sur un carnet, l’oreille tendue, l’œil alerte, en lisant les journaux, en écoutant la radio. « Vertigineux inventaire », qu’il se hasarde à interpréter pour insuffler du vivant et des « utopies discordantes » et « traquer les failles implicites » au pays des chiffres. « Il était une fois – entendez une fois sur cent – un seul aristocrate au sang bleu parmi cent Français de toutes extractions sous l’Ancien régime ou, pour revenir à notre immédiat contemporain, un rare mec développant un cancer du sein pour quatre-vingt-dix neuf femmes atteintes d’une tumeur mammaire. De même, il n’est qu’un rouquin de naissance pour chaque centaine de têtes blondes, brunes, auburn, châtaines, qu’un seul mâle repenti à s’être fait retirer son tatouage ou qu’une adulte sur cent sondées de sexe féminin à se déclarer bisexuelle. Pareil pour l’infime proportion d’ados sachant siffler au moyen de 2 fois 2 doigts calés à la commissure des lèvres, sans négliger que, sur les millions de courriers publicitaires envoyés dans nos boîtes aux lettres, 1% d’entre eux reviennent à l’envoyeur avec la mention N’habite plus à l’adresse indiquée. »


Et que faire du 1% de diagnostiqués schizophrènes, de bouddhistes pratiquants, de citoyens gardés à vue dans un commissariat, « de petiots non encore scolarisés en maternelle », de « kleptomanes aux deux tiers plutôt woman », d’« automobilistes sans permis d’ainsi se conduire », de femmes « encartées dans une société de chasse », ou de « profils Facebook s’affichant à titre posthume » ? Peut-être sont-ils liés, allez, par un sentiment commun d’aliénation qui commence sérieusement à leur courir sur le haricot (bio à 66,66%). Celui d’être épuisé.es par « le grand bla-bla managemental » qu’Yves Pagès décrit avec humour dans cette vision d’anticipation en hommage à L’An 01, cette merveilleuse bande dessinée signée Gébé en 1970, où la société dans son ensemble se met à l’arrêt pour réfléchir – influence première de L’Arche de Nova.
Co-directeur des éditions Verticales, auteur d’une quinzaine de livres (romans, essais, photos), l’écrivain parisien fomente la révolte « horizontale » de « l’an zéro virgule un », lors d’une « panne d’oreiller interactive » des Français.es devenu.e.s « grêveuses et grêveurs » en quête d’« anonymaginaires en libre partage ». Suivons-le à 100% !


Réalisation : Mathieu Boudon.


Yves Pagès sera statistiquement présent ce jeudi 10 juin à 19h à la Maison de la Poésie de Paris lors d’une rencontre animée par Sophie Joubert, ainsi que samedi 12 juin à 17h pour un goûter-lecture à la librairie L’Atelier, 2 bis rue de Jourdain, métro Jourdain, Paris.


Image : L’An 01, de Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch (1973).
 

07 juin 2021

6:44

JoeyStarr : « Le monde de demain, on attend toujours »

Pour les trente piges du premier album « authentik et radical » du Suprême NTM, le Jaguar Gorgone déclame a cappella les paroles de leur hit emblématique initial, qui incitait l’élite à « regarder sa jeunesse dans les yeux ».


« Je suis le haut-parleur d’une génération révoltée prête à tout ébranler / même le système qui nous pousse à l’extrême / Mais NTM Suprême ne lâchera pas les rênes. » 3 juin 1991 : date-clé pour le hip hop francophone via la sortie d’Authentik, premier album d’un posse de Seine-Saint-Denis appelé à devenir légendaire. Déjà familiers des studios de Radio Nova via leurs passages dans l’émission Deenastyle de Lionel D et Dee Nasty, les deux principaux MCs nommés JoeyStarr et Kool Shen, 23 et 24 ans à l’époque, affirment « combattre pour la jeunesse, pour faire valoir leurs droits » face au « pouvoir institutionnel », « armés » de leurs textes urgents et portés par la production plaquée or de DJ S
.
Quelques mois plus tôt, le 9 octobre 1990, le groupe a publié un 45-tours à succès intitulé Le monde de demain qui, tout en samplant T stands for Trouble de Marvin Gaye, évoque le « point critique » des tensions en banlieue suite à des décennies de mépris de la part des élites politiques. « La délinquance avance », la violence aussi, clament les rappeurs du 9-3 dans cet « appel » à ceux « qui commandent en haut-lieu » ; un vrai morceau de « lanceurs d’alerte » comme on dirait aujourd’hui, pour dire le risque de guerre civile nourrie par l’exclusion, le racisme systémique et le désir consécutif de « tout foutre en l’air ».
Trente ans plus tard, c’est avec ce hit emblématique initial que JoeyStarr conclue cette journée anniversaire sur Nova, au cours de laquelle il joua les programmateurs très spéciaux. Grimpant à bord de L’Arche de Nova, l’expert de la maison-mère relit pour nous, a cappella, les paroles du monde de demain – tandis que vient de s’achever à Paris le tournage de la série du même nom sur l’épopée Nique Ta Mère, réalisée par Katel Quillévéré et Hélié Cisterne, à découvrir prochainement sur Arte en 6 épisodes de 52mn. Le film Suprêmes, mis en scène par Audrey Estrougo, sortira en salles, lui, le 24 novembre 2021. « Le monde de demain, quoi qu’il advienne, nous appartient… on attend toujours », lâche le Jaguar à notre micro, sans illusion.


Propos recueillis par Reza Pounewatchy. Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter les quatre saisons du podcast Gang Stories raconté par JoeyStarr, c’est ici : https://www.deezer.com/fr/show/901962


Image : extrait du clip du Monde de demain, réalisé par Stéphane Sednaoui (1991).
 

03 juin 2021

4:41

Lo’Jo : « Demain, du haut de l’âge, nous lancerons des pétales sur les ruines »

Du côté d’Angers, le généreux chanteur et « poète-à-chapeau » de cette caravane de fieffés bourlingueurs-funambules cherche le « perfect timing du mouvement de nos existences » à l’écoute des dernières splendeurs du pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim.


« Tout est si minuscule. Ce vieux piano bancal qui parle d’océan. Et le reste, il s’en moque. » La voix grave pose en quelques mots un décor de « rafiots rouillés », soutenue par des chœurs angéliques. Plus tard, « un matelot naufragé construit une voile de plumes. Tout est majestueux. » Sur Transe de papier, seizième album des nomades angevins de Lo’Jo paru en décembre sur le label Yotanka, une chanson peut tout à fait « flâner dans le jardin », en sentant « le lys et le jasmin », tout en « prenant le pouls des solitudes, car… », dit Denis Péan, « … je suis l’incertain qui dérobe le parfum au deuil de quelques roses ». Ces tendres vers seront repris à la fin du disque, en français s’il lui plaît, par l’immense ami anglais Robert Wyatt, tandis que le batteur légendaire de l’afro-beat, le regretté Nigérian Tony Allen, secoue ses fûts sur deux titres qui compteront parmi ses ultimes enregistrements.  


Oh, mais qui est Lo’Jo ? Depuis trente ans et selon leurs propres termes : « Un grand souk acoustique qui proposerait au chaland esbaudi arômes de guinguette et effluves tziganes, valse apache et bamboche rasta, blues berbère et swing africain, rock et danse du ventre, groove et vaudou. Un sacré Bazar Savant avec henné et barbe à papa, muezzins et camelots ». « Une caravane de fieffés bourlingueurs-funambules-globe-trotters » dont le « charme aventureux » reposerait sur « ces violons aux coups de reins voluptueux, ces cascades de kora agile, ces chœurs féminins virevoltants et ces percussions acrobatiques, arômes polyrythmiques, petites fleurs pentatoniques ». Sans oublier, donc, les textes d’un chanteur et « poète-à-chapeau », le père Péan, « mélange de sabir guttural et de poésie à la Desnos, entre fables de griots et aphorismes humanistes, mêlant français, espagnol, arabe, créole ou anglais » ; un lecteur sûr, bluffé pour toujours par la prose d’Henri Michaux ou plus récemment par le « néo-langage » du roman S.-F. Les Furtifs d’Alain Damasio.


Pour L’Arche de Nova, Denis Péan s’accorde une nouvelle pause à L’hôtel du souvenir, cette chanson méditative où ce tout jeune sexagénaire paraissait « hypnotisé » par sa « vie de bohème ». Il revient sur l’utopie de Lo’Jo, cette maison communautaire des environs d’Angers qui accueillit dix-sept ans durant des artistes des lointains, « havre de paix, quartier général des fantaisies, bouée pour quelques humains en rupture de ban, école quotidienne pour le partage ». Puis s’interroge avec sagesse sur le « perfect timing du mouvement de nos existences » à l’écoute des dernières splendeurs du pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim, en solo sur Dream Time (2019). Avant de laisser un ami musicien, Scott Taylor, chanter « l’oubli » et le passage de « trois anges » en s’accompagnant au sanza. Tout est majestueux.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Lo’Jo sera en concert le 18 juin à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), le 9 juillet à Miramas (Bouches-du-Rhône) ou le 28 août à Pézénas (Hérault).


Image : Lo’Jo, tous droits réservés (2017).
 

02 juin 2021

6:12

Marcelle Gaitet : « Demain, travaillez raisonnablement pour vivre raisonnablement »

Dans l’Ain, cette bouchère à la retraite – qui vient de fêter ses 90 ans et se trouve être, ça alors, la grand-mère du créateur de ce podcast – découpe des conseils sur-mesure pour les générations futures.


La scène rappelle un peu Un dimanche à la campagne, de feu Bertrand Tavernier. Passage express ce week-end à Miribel (Ain), près de Lyon, pour célébrer comme il se doit les quatre-vingt dix printemps de ma grand-mère paternelle, Marcelle Marchand, benjamine (sur cinq enfants) d’un tourneur-ajusteur et d’une femme de ménage. Dans sa prime jeunesse, Marcelle est l’employée d’une usine de tissage, tout en participant pour ses loisirs à des ballets, aux ateliers de gymnastique rythmique, au groupe théâtral – elle joue Feydeau – et surtout à la chorale de l’union laïque, où elle chante Étoile des neiges et rencontre un garçon « toujours dans les bagarres », René Gaitet.


Une fois marié, le couple reprend puis tient de 1952 à 1974 la boucherie-charcuterie des parents de René. Tranches de confidences : « Je n’y connaissais strictement rien, pas capable de différencier le veau du bœuf ! J’ai débarqué comme ça. Pendant que René faisait ses tournées en camion à la campagne, moi je tenais le magasin. Au début, les clientes en profitaient un peu, je coupais pas comme il faut, j’abimais la viande, mais c’est rentré, à force. Fallait se lever à 4h du matin, tout préparer pour l’ouverture, jusqu’à 20h, du mardi matin au dimanche midi – avec quand même une fermeture en milieu de journée, pour nettoyer la machine à jambon. Le lundi, le grand-père allait chercher ses bêtes à la ferme et il les tuait dans notre abattoir. Puis fallait faire la tripe, détailler, tirer parti de tous les organes commercialisables. Aujourd’hui, c’est moins difficile : les bouchers se font livrer. On a travaillé bien deux ans sans personnel. Après, on a pris un employé, qui désossait. Mais après, on arrivait à trop travailler, donc j’ai proposé à René d’abandonner ses tournées, qu’on travaille que tous les deux, sans personnel, sans femme de ménage. J’aimais le contact. J’achetais des kilos de bonbons pour les gosses qui passaient dire bonjour. Et chaque premier de l’an, les clients arrivaient de leur réveillon pour boire le café. C’était dur, mais tellement sympa. »


Désormais aussi âgée que William Shatner, l’inoubliable interprète du Capitaine Kirk dans Star Trek, Mémé grimpe à bord de L’Arche de Nova et découpe des conseils sur-mesure pour les générations futures. « Faut pas demander l’impossible, hein ! Je rêvais pas d’aller sur une autre planète, par exemple. On a bien assez de la Terre. Et j’ai jamais eu de vélo ! »


Réalisation : Mathieu Boudon.


Image : Jacqueline Bouvier, mère de Marge Simpson, dans Les Simpsons de Matt Groening (1989).
 

01 juin 2021

6:01

Grödash : « Demain, la République Démocratique du Congo sera le socle de la cohésion planétaire »

Entre Paris et Kinshasa, ce rappeur-producteur prêche avec ferveur son désir d’unité mondiale inter-espèces « win-win, spirituelle et égalitaire », via un texte coécrit avec sa mère, la scientifique et militante féministe congolaise Georgette Biebie Songo.


« À chaque nouvelle rime, j’écris mon futur NostraDashmus / Certains ont pris ça comme un don / D’autres m’appelaient l’rêveur », rappait-il à la rentrée 2020 sur son morceau Casablanca. Branchons-nous sur les visions de Freddy Biebie dit Grödash, « artiste humaniste et producteur engagé ». Né en 1981 (comme Radio Nova), ce fils d’intellectuels congolais opposés à Mobutu grandit au Congo Brazzaville et arrive en France à 14 ans, direction Les Ulis (Essonne). « Au lycée, j’étais en cours avec Diam’s et c’est un petit peu elle qui m’a boosté en premier. Elle écrivait déjà, elle me faisait écouter ses trucs. On a commencé à gratter avec Fik’s, Bobby, Sinik… » Ce qui donna, depuis son premier enregistrement au « mental de mercenaire » en 1999, depuisson passage en solo en 2008 après l’aventure collective Ul’Team Atom, « des poignées de punchlines » parfois devenues des classiques, comme l’inoxydable et si puissant Charme du ghetto.


Invité récent d’une session de freestyle aux côtés des platines de Sims sur Nova, Grödash y présentait des éclats de son dernier EP sorti en avril dernier, Ghetto littérature, porté par les samples de son compère Coazart, où son flow est irrigué à plusieurs reprises par sa relation complexe au continent africain. Sur Jeux pervers, qui détourne et « fait chialer » la guitare mélancolique du Wicked games de Chris Isaak, le tout jeune quadragénaire écrit : « Africa je t’ai détesté de toutes mes forces, depuis que t’as baissé la garde, que t’as traité de sorciers tes gosses. T’as préféré viser le Nord, délaissé nos cités d’or. Tu t’es trompé de Léopold, fallait enseigner du Senghor. » Grödash lui fera « un doigt d’honneur » pour avoir « bafoué les droits de l’homme », avant d’avouer à l’Afrique qu’il « l’aime depuis le placenta » et rêve de se « blottir dans ses courbes » tandis qu’à Paris, il « crève de froid ».


Pour L’Arche de Nova, Grödash signe un beau prêche utopique d’unité mondiale inter-espèces… avec sa mère, la Congolaise Georgette Biebie Songo, professeure de toxicologie ayant œuvré dans la recherche du vaccin contre le virus Ebola, « aînée d’une famille de vingt-et-un enfants dont quatorze filles » devenue militante acharnée pour la promotion des droits humains et des droits de la femme en particulier, lauréate en 2016 d’un prix décerné par l’ONU pour son combat en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomie des femmes africaines. En 2008, afin de lutter contre « la pauvreté excessive » de celles-ci, ce « diamant brut » a fondé à Kinshasa une mutuelle d’épargne et de crédit d’appuis au développement, prolongée depuis 2017 avec la GBS Fondation, qui promeut l'entrepreneuriat féminin, le micro-crédit et l’accès pour toutes à la téléphonie connectée. Sa lutte a également permis d’inscrire la parité et la condamnation des violences sexuelles en tant que crimes contre l’humanité dans la constitution de la République Démocratique du Congo. Changer le monde, en mieux, avec verve et panache : une mission poursuivie de mère en fils.


Pour en savoir plus sur les actions de Georgette Biebie Songo, c’est ici : https://www.gbs.foundation/


Pour écouter Ghetto littérature, c’est là : https://music.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_khv-lxzOo_QvUETMSHInwRqTBFcLTl1IA


Réalisation : Mathieu Boudon.


Image : Kinshasa, de Guillaume Jan (2009).
 

31 mai 2021

5:25

Morgan Navarro : « Demain, le monde ira-t-il mieux sans les différences sexuelles ? »

À Grenoble, cet auteur de BD prolonge avec sa langue les aventures coquines de son célèbre ourson érotomane, pour interroger les frontières du genre et les limites de la fluidité.


Trouble des sens sur la planète bleue. À Brooklyne, ce bon vieux Teddy Beat, l’ourson baiseur au grand cœur dont la peau est de la même couleur que les Schtroumpfs, a sacrifié son corps sur l’autel de la science « afin de percer le mystère de la jouissance féminine ». Par la magie d’une opération de chirurgie esthétique aux bons soins du Docteur Ragoût, ce Casanova a casquette est devenu « Jamie-Lee », sculpturale bimbo aux longs cheveux roses en mini-jupe jaune. Et inévitablement, « ça dérape ». Sa recherche insouciante du plaisir se transforme en expérience du sexisme ordinaire, du harcèlement de rue, avant un viol sinistre – et le « vol de sa bite » chapardée par un chanteur cafardeux, que Teddy cherche à récupérer par tous les moyens. Mais comme l’apprendra ce nounours « femâle » lors d’une scène splendide d’épiphanie psychédélique : « La route de l’excès mène au palais de la sagesse. »


Ecrit et dessiné par Morgan Navarro, Sex Change, troisième tome des aventures sexuelles de son érotomane favori (qui lui valut en 2012 le prix de l’audace au festival d’Angoulême), est sorti en mars aux éditions Les Requins Marteaux au sein de leur coquinette collection « BD cul ». Pour L’Arche de Nova, ce Grenoblois de 45 ans livre avec la langue une sorte d’épisode-bonus, où Teddy rencontre une femme-oiseau, en interrogeant les frontières du genre et les limites de la fluidité. Si vous n’êtes pas d’accord, sachez que Morgan Navarro sera en dédicace ce vendredi de 17h à 19h à la librairie BD Net Bastille, 26 rue de Charonne dans le 11e arrondissement.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Illustration : Sex Change, de Morgan Navarro (éditions Les Requins Marteaux, 2021).
 

27 mai 2021

3:21

Salvador Dali « L’architecture du futur sera comestible, molle et poilue »

[Archive.] Toute sa vie, le surréaliste peintre catalan tressa des lauriers aux « beautés terrifiantes » de son compatriote Antoni Gaudí, créateur de la Sagrada Família ou de structures « aussi visqueuses qu’un foie de veau ».


« Dresser des tours de chair et d'os à vif dans le ciel vivant par excellence de notre Méditerranée, telle a été l'architecture de Gaudí. » En 1933, Salvador Dalí érige un cryptique et mystérieux palace de mots et de louanges à son compatriote catalan, Antoni Gaudí, créateur de la mythique Sagrada Família de Barcelone, disparu sept ans plus tôt. Publié dans la revue Minotaure avec des photographies de Man Ray, son article, intitulé De la beauté terrifiante et comestible de l'architecture modern style, exprime le désir d’une architecture « phénoménale » qui reposerait essentiellement sur une « dépression très accentuée de l’activité raisonnante, allant jusqu’aux confins de la débilité mentale », une « imbécilité lyrique positive », « échappement, liberté, développement des mécanismes inconscients », « grande névrose d’enfance, refuge dans un monde idéal, haine de la réalité », « folie des grandeurs, mégalomanie perverse », « besoin et sentiment du merveilleux et originalité hyper-esthétique », « impudeur absolue de l’orgueil, exhibitionnisme frénétique du caprice », « aucune notion de mesure », « réalisation de désirs solidifiés », « éclosion majestueuse aux tendances érotiques ».


Où sont aujourd’hui les « maisons pour les fous vivants » réclamées par le peintre surréaliste à moustache qui rebique ? Ces « tartes et gâteaux ornementaux » ? Ces « grottes aux tendres portes en foie de veau » ? La « dynamique-asymétrique » de ce style « gothique méditerranéen » capable de se « métamorphoser », « par une certaine fantaisie involontaire », « en hellénique, en extrême-oriental, en Renaissance » ? L’édifice de mes connaissances en architecture contemporaine est bien trop fragile pour répondre à la question. Réécoutons alors Dalí, via ce montage de deux interviews télévisées de 1958 et 1964, tresser des lauriers à Gaudí.


(P.-S. : Une exposition « immersive » baptisée Gaudí, architecte de l'imaginaire, créée par le studio Cutback et visible jusqu’en janvier 2022 vient de s’ouvrir aux Ateliers de Paris, 38 rue Saint-Maur dans le 11e arrondissement. Le prospectus annonce : « Par un jeu de matières et de lumières, l’Atelier prend les formes de voûtes hyperboliques, de piliers obliques, de façades ondulées et s’ornent de motifs organiques et de mosaïques de verre et céramique. En une dizaine de minutes, au rythme des courbes musicales de Gershwin, le matin se lève sur le parc Güell, éclairant le visiteur au milieu des moulures ou chapiteaux mais surtout de la texture des rochers, du parfum des plantes, de la couleur des fleurs, du chant des oiseaux. » Et les foies de veau, caramba ?)


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter la précédente archive du futur, avec Marguerite Duras, c’est là : https://www.nova.fr/news/marguerite-duras-demain-tout-recommencera-par-une-indiscipline-140475-04-05-2021/


Tableau : Réminiscence archéologique de l’Angelus de Millet, de Salvador Dalí (1934).
 

26 mai 2021

3:17

Camille Brunel : « Demain, la variété de l’espèce humaine explosera »

Lauréat 2020 du Prix de la Page 111, cet écrivain de Châlons-en-Champagne a lu les travaux de l’éthologue new-yorkais Carl Safina et attend d’arrache-patte notre mutation façon X-Men, quand nous aurons des plumes ou des nageoires.


« Si mutation il y a, elle vient de l’esprit. Du cerveau, naissance du désir. Ce sont les micro-événements électrochimiques qui nous donnent l’impression de penser plus et mieux que les animaux (…) C’est la vanité qui a fait les premières victimes (…) Le retour des animaux a nettoyé le monde comme les arbres absorbent le carbone (…) Pourquoi pensez-vous que Greta Thunberg a fini cachalot au milieu de l’Atlantique ? (…) La honte nous élève, elles nous rend meilleur.e.s (…) Nous nous transformons, aléatoirement (…) Je peux changer de corps, d’espèce, de sexe (…) Si je deviens lionne, vous pourrez vous moquer de moi, car alors je devrais égorger pour vivre (…) Femme ou lionne, je n’apporte rien de plus à l’univers que mouvement et chaleur. »


Paru en septembre aux éditions Alma, récompensé sur Nova du très convoité Prix de la Page 111, Les Métamorphoses, le second roman de Camille Brunel, se déroule dans un avenir assez proche où une pandémie transforme soudain les humains en bestioles, au hasard. En hyène, en écrevisse, en brebis, en taon. La société toute entière s’en trouve assez naturellement bouleversée. « Des dizaines de milliers de grues regagnaient le Sud. Isis n’en avait jamais vu autant, ne pensait même pas qu’une telle concentration d’oiseaux si grands fût possible (…)


- C’est mes oiseaux préférés, s’enthousiasma Augustine. Est-ce que c’est des humains ?
- Oh, probablement, lui répondit sa marraine. »


Pour sa sixième utopie à bord de L’Arche de Nova, ce drôle d’oiseau de Châlons-en-Champagne (Bourgogne), qui publiera bientôt un Éloge de la baleine aux éditions Rivages, a lu les travaux de l’éthologue new-yorkais Carl Safina et attend d’arrache-patte notre mutation façon X-Men. Suite à l’observation des aras rouges du Pérou par ce dernier, Camille Brunel rappelle que « la beauté des humains tient sur un spectre de variations très restreint : la couleur de peau varie, la forme des yeux et du nez, allez, les cheveux, mais ce sont des détails. Du côté des oiseaux, en revanche… la distance sera toujours plus grande d’un albatros à une autruche – ou même d’une tourterelle à un faucon – que d’un Marseillais à un Ouïghour. »


L’auteur des Métamorphoses projette ici son roman dans le réel et rêve pour demain d’hominidés dotés « d’ailes de peau multicolores entre le coude et le bassin », quand d’autres, « capables de modifier la couleur de leur peau en fonction de la lumière, survivront aux canicules », quand d’autres « auront développé des plumes, des yeux immenses, vifs comme des joyaux », ou « douze doigts, qu’ils emploieront pour jouer leurs sérénades au piano », ou développeront encore la capacité « de se boucher les oreilles comme on ferme les yeux – les manchots ont fini par apprendre, pourquoi pas nous ? »


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter la précédente utopie de Camille Brunel, c’est là : https://www.nova.fr/news/camille-brunel-demain-leuthanasie-sera-la-seule-facon-de-mourir-heureux-137806-15-04-2021/


Image : X-Men Apocalypse, de Bryan Singer (2016).
 

25 mai 2021

5:39

Niteroy : « Demain, internet va crasher »

À Rennes, ce jeune musicien d’origine brésiliano-portugaise court-circuite les réseaux pour imaginer un tissu social planétairement déconnecté, où nous essaierons de retrouver dans le réel les habitudes prises avec Facebook, Twitter ou Tik Tok.


La jumelle de Rio de Janeiro. C’est ainsi que l’on surnomme parfois la ville de Niterói, située à quinze kilomètres à peine de la mégalopole carte-postalesque du Brésil. Plages, collines, lagunes, possible douceur de vivre : tout pareil en plus calme, avec quelques-unes des prouesses architecturales signées Oscar Niemeyer, dont un célèbre Musée d’art contemporain en forme d’énorme soucoupe volante posée au bord de l’Atlantique. Ce printemps pluvieux, Niterói inspire aussi le pseudonyme d’un musicien français d’origine brésiliano-portugaise, Tiago Ribeiro, rebaptisé Niteroy, qui depuis Rennes s’apprête à publier, à 24 ans, son premier mini-album solo, Dia de chuva, à paraître cette semaine via le label Yotanka.


« Cette ville est le symbole de mon enfance. C’est là que vit ma grand-mère, c’est là que ma mère a grandi, je m’y rends tous les ans », confie l’artiste. Né d’un père portugais et d’une mère brésilienne, Tiago Ribeiro s’émancipe ici de la pop anglophone de son groupe Born Idiot (toujours en activité) pour des chansons plus personnelles qui racontent « l’angoisse du passage à l’âge adulte », certains fantasmes féminins ou l’éloignement propre à ceux qui vivent coupés de leurs proches. Dans la vidéo d’Amores Nostalgia, constituée d’images tournées au caméscope, on le voit petit garçon, en vacances en famille à Niterói, baignant dans la lumière carioca avec une insouciance irrésistible. Sensations qui lui permirent de glisser un parasol de groove dans le mojito de sa bossa-nova lusophone aux chœurs enchanteurs – à boire sans modération, surtout les jours de pluie.


Pour L’Arche de Nova, ce chanteur, guitariste, bassiste et claviériste breton provoque le crash de tous les serveurs Internet à cause d’un frappuccino renversé par un agent d’entretien de la Silicon Valley, auquel il rend hommage en esquissant une chanson inédite – sans oublier au préalable d’imaginer la panique générale puis les détails d’une nouvelle société planétairement déconnectée, où nous essaierons de retrouver dans le réel les habitudes prises avec Facebook, Twitter ou Tik Tok. Tudo bem.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour voir le clip d’Amores Nostalgia, c’est là : https://www.youtube.com/watch?v=rjFt6H6uOQU&ab_channel=NiteroyNiteroy
Image : Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2020).
 

24 mai 2021

5:20

Félix Jousserand : « Demain, peut-être, le cri du paon »

« En direct » de Rome et d’une Villa Médicis peuplée de volatiles impromptus, ce poète nous propose un pitch possible pour le monde de demain matin.


« Est-ce que le tamanoir déterre lui-même dix mille fourmis par jour derrière sa cage ? * Le seul journaliste qui m’interviewe a l’air plus fou que moi. » Pour Les Plaies d’Occident, son dernier livre publié ce printemps aux éditions Au Diable Vauvert, Félix Jousserand a noté, chaque jour de l’étrange année 2020, ses pensées, par bribes, réduites à l’essentiel, à l’os comme on dit – à l’écoute de son monologue intérieur, de l’actualité géopolitique, économique ou sanitaire, de ses amis, de son éditrice, de la radio. Florilège : « Nouvel an chinois annulé, l’année ne commencera jamais. » « Le week-end pose problème. » « Jouer au con m’a bien aidé mais c’est fini. » « Tempête. Vents violents. Guyotat meurt. » « Si j’étais médecin je tuerais les hypocondriaques. » « La mendiante n’a plus de clients, aux rares passants elle dit que sa carte bleue vient de "se faire avaler". »


Pionnier de la scène slam française des années 2000 (à propos de laquelle il écrivit une anthologie, intitulée Blah) avec le collectif Spoke Orkestra, auteur de nombreux recueils de poésie, de pièces de théâtre ou d’albums musicaux, ce Parisien de 43 ans, qui vit désormais à Montpellier, nous appelle de Rome. Pensionnaire de la prestigieuse Villa Médicis pour la saison 2020-2021, Félix Jousserand y écrit en ce moment « un oratorio découpé en cinq pièces de poésie, de cinq actes chacune, en vers mesurés, retraçant les grandes heures de la dynastie des Antonins, suivant le règne des cinq empereurs qui conduisirent l’Empire romain à son apogée avant d’accompagner sa chute : Trajan, Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle et Commode ». Entre deux séances de travail, il nous propose un pitch possible pour le monde de demain matin, en compagnie d’oiseaux.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Image : Junon et le paon, d’Alfred Hitchcock (1930).
 

20 mai 2021

3:32

La P’tite Roberte : « Demain, l’Académie française sera saupoudrée de paillettes linguistiques »

À Paris, les deux créatrices de ce dictionnaire téléphonique aux accents féministes revitalisent notre passion des mots rares et des néologismes, tout en blâmant le charabia libéral de la start-up nation. Fantasmagorique !


« Bonsoir. Merci pour votre appel. Savez-vous ce qu’est une belladone ? » Nous sommes lundi, il est 18H39 et je viens de composer le 07 58 25 10 43, la hotline de La P’tite Roberte, ce dictionnaire téléphonique aux accents féministes créé en 2020 par deux mystérieuses justicières du langage, Nadiam’s et Louise Aloupic. Ces derniers mois, leurs autocollants fleurissent un peu partout en ville, clamant que la centrale d’appel est joignable du lundi au vendredi de 18h à 20h. Timide, je me hasarde à répondre que la belladone est peut-être un opéra italien au sujet d’une jolie dame. Perdu. Il s’agit d’une plante parfois surnommée « la cerise du diable », qui a pour effet immédiat, une fois consommée, de « dilater la pupille » ; elle peut provoquer « des transes et des hallucinations » et les sorcières du Moyen-Âge l’utilisaient pour des rituels de magie noire avant que la Renaissance n’en fasse un onguent susceptible de soigner le système digestif. Par extension, la dilatation du regard chez certaines Italiennes et leur capacité à « susciter le trouble auprès de la gent masculine » aboutira à la naissance de l’expression « avoir une coquetterie dans l’œil ». Je raccroche, pas déçu du voyage. Florian, l’un des assistants de la rédaction de Radio Nova, découvrira quant à lui l’existence de la « sitophilie », qui désigne l’excitation sexuelle produite par la nourriture. Miam. Merci La P’tite Roberte !


À bord de L’Arche de Nova, Louise Aloupic et Nadiam’s remplacent l’Académie française (« et ses dix trains de retard ») par une nouvelle institution collective inclusive intitulée « Hop-hop-hop, t’as dit quoi, là ? », pour revitaliser notre passion des mots rares et des néologismes, tout en blâmant le charabia libéral de la start-up nation, sans oublier de citer Chloé Delaume, Virginie Despentes ou la poétesse et essayiste queer afroféministe américaine Audre Lorde (1934-1992), pour « virer les galimatias qui mentent, détruisent, uniformisent » et « remettre au centre de nos interactions les tchatches qui unissent, éduquent et partagent ».


Enregistrement : Benjamin Macé. Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter une autre utopie langagière, c’est ici : https://www.nova.fr/news/mattia-filice-demain-tous-les-mots-seront-payants-79150-16-12-2020/
Image : Girl 6, de Spike Lee (1996).




 

19 mai 2021

5:48

Jean d’Amérique : « Demain, la poésie sortira de l’usine »

Entre Paris et Bruxelles, ce poète et dramaturge haïtien jette les bases d’une « politique de poétique publique », où des ouvriers du verbe fabriqueront à la chaîne des sandwichs composés « d’un morceau de cœur, d’une tranche d’âme et quelques pincées de rêves ».


« Ma mère me raconte qu’à une époque, prendre la plume pour donner des ailes à un cœur était élégance, que longtemps on a écrit des lettres à l’autre, on a déclaré sa flamme sur le papier, et c’était si beau, incandescent. Je suis depuis deux ans face à une feuille que je voudrais remplir de tendresse. Je ne quitterai pas le chantier. J’écrirai à ma lune avant la tombée de la nuit. Je lui écrirai car je ne sais quoi faire d’autre. Il y a longtemps que je cherche un chemin vers mon cœur-miroir, la fille appelée Silence, mais son père fait écran, il la garde sous son aile à l’école ou l’enferme dans une maison luxueuse protégée par un mur immense et une cohorte de barbelés. Que faire ? Lui écrire ? Je m’y mets. »


Dans Soleil à coudre, son premier roman publié ce printemps aux éditions Actes Sud, le poète et dramaturge haïtien Jean d’Amérique, 26 ans, décrit les turpitudes de Tête Fêlée, habitante d’un quartier « enveloppé d’une odeur de charogne et d’un cortège de mouches », qui brûle de désir pour l’une de ses camarades de lycée, mystérieusement surnommée Silence ; alors l’amoureuse rature, déchire et reprend sans cesse sa lettre, en espérant parallèlement que l’école saura « la tirer de ce bidonville crasseux ». 


À bord de L’Arche de Nova, Tête Fêlée trouvera peut-être la solution à ses problèmes d’inspiration. Entre Paris, Bruxelles et « un peu » Port-au-Prince, l’auteur de Cathédrale de cochons ou de Nul chemin dans la peau que saignante étreinte jette ici les bases d’une « politique de poétique publique », où des ouvriers du verbe fabriqueront à la chaîne des sandwichs composés « d’un morceau de cœur, d’une tranche d’âme et quelques pincées de rêves », en se figurant lui-même employé de ses futures manufactures parnassiennes dirigées par un certain… Karl Marx. Au passage, Jean d’Amérique rend hommage à ses maîtres, en particulier René Depestre et son « état de poésie », tout en déclamant pour Nova son Discours du champ brûlé, semé dans le recueil Atelier du silence (Cheyne, 2020) et tranché dans le bois de sa « pensée-forêt ». Timber ! 


Réalisation : Mathieu Boudon. 


Image : Factotum de Bent Hamer, adapté du roman de Charles Bukowski (2005).
 

17 mai 2021

5:30

Iris Kooyman : « Demain, les Français deviendront peu à peu des opossums »

Faire le mort en cas de danger, manger n’importe quoi et dormir énormément : tirons des leçons de ce marsupial ami qui n’a jamais le seum, conté par une étudiante du master de création littéraire du Havre.


Elle déclare, non sans panache, aimer « les bus de banlieue et les documentaires animaliers de la BBC ». Elle aurait dédié ses trois dernières années à enseigner le français dans une classe d’accueil pour adolescents non-francophones de La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Étudiante du master de création littéraire du Havre, elle écrit désormais un roman sur quatre spécimens de copines présentant la particularité de savoir lever le coude en milieu bistrologique (bref : elles se retrouvent au bar, et c’est pas triste), dont l’une est « une assistante sociale au bord du burn-out ».


Voici l’essentiel, à ce jour, des pièces que nous pouvons verser au dossier concernant notre invitée du soir répondant au nom d’Iris Kooyman. Dernier élément, peut-être décisif : enfant, l’intéressée lisait La Rubrique-à-brac de Marcel Gotlib, avec une attention accrue pour les fiches zoologiques du Professeur Burp. Souvenons-nous de l’épisode poignant consacré à la hyène, qui sut défaire la sombre réputation de ce charognard rigolard, car il est faux de dire : « là où y a de la hyène, y a pas de plaisir ».


Que savons-nous des opossums ? Que veut dire, en anglais, « playing possum » ? Collectionnant les photos insolites de cet animal « omnivore et opportuniste », fréquentant assidûment les groupes Facebook à propos de cette bestiole pour qui l’expression « un certain manque de motivation » semble avoir été inventée, Iris Kooyman nous conte une parabole relatant l’invasion imminente de la France – et ses conséquences socio-culturelles inévitables – par un posse de marsupiaux amis qui n’ont jamais, ô grand jamais, le seum. Merci.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter la précédente utopie d’Iris Kooyman, c’est ici : https://www.nova.fr/news/iris-kooyman-demain-peter-les-plombs-au-guichet-permettra-de-chauffer-tout-un-quartier-137690-14-04-2021/


Image : L’Âge de glace 2, de Carlos Saldanha (2006).
 

12 mai 2021

7:51

Hadrien Klent : « Demain, nous travaillerons moins sans gagner moins »

Trois heures de taf quotidien, au max ? Des salaires compris entre 1500 et 6000 euros, pour tous ? Un candidat à la présidentielle qui s’engage pour revitaliser notre droit à la paresse ? C’est le programme de cet écrivain marseillais, auteur d’un roman énergiquement utopique.


« Nous ne laisserons plus le travail nous imposer sa loi. Nous ne serons plus des fourmis laborieuses, pressées, empressées, compressées. » Dans Paresse pour tous, son troisième roman publié la semaine dernière aux éditions Le Tripode, Hadrien Klent conte la campagne présidentielle d’un économiste marseillais, Emilien Long, qui pourrait bien de devenir le nouveau maître des horloges de l’Elysée en 2022 – sans bouger le petit doigt, ou presque. Depuis son hamac avec vue sur la Méditerranée, ce prix Nobel crée l’événement avec un essai qui réactive les thèses de Paul Lafargue et son célèbre Droit à la paresse ; en 1883, ce journaliste français dénonçait déjà « cette folie de l’amour du travail, la passion morbide du travail, poussée jusqu’à l’épuisement ». Emilien Long appelle les Français.es à « construire leur propre rapport au temps, ne plus le subir », en les incitant par la suite à devenir « tous candidat.es » à ses côtés.


Trois heures de taf par jour, quinze maximum chaque semaine. Dans le bouquin, l’idée fait son chemin en passant par les travaux de grands hostiles au labeur imposé : Sénèque, Breton, Aragon, Debord, jusqu’au Comité invisible de Tarnac. « L’utopie est là : devant lui. » Des « ateliers du temps libre » essaiment partout en France, le samedi après-midi, pour réfléchir « à une société plus mûre, dégagée de l’esclavage salarial ou autoentrepris ». L’emporteront-ils ?


De Klent, nous savons peu de choses : cet homme vit à Marseille, écrit sous pseudonyme et aime « la mousse au chocolat, l’humour subtil, les îles bretonnes ou l’écrivain chilien Roberto Bolaño ». C’est à bord de L’Arche de Nova qu’Emilien Long a choisi d’officialiser sa candidature à l’élection présidentielle. Très énergique (pour un paresseux professionnel), le personnage évoque, par la voix tonitruante de son créateur, le bouleversement du code du travail, des salaires mensuels encadrés et son prodigieux slogan : « Travailler moins pour gagner moins. »


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter notre précédent plaidoyer en faveur de la paresse, signé Luc-Michel Fouassier, c’est là : https://www.nova.fr/news/luc-michel-fouassier-demain-les-feignasses-simposeront-mollement-42229-23-11-2020/


Image : Gaz de France, de Benoît Forgeard (2015).
 

10 mai 2021

5:27

Claire Richard : « Demain, nous interdirons la reconnaissance faciale »

Contre la banalisation d’une technologie liberticide, cette autrice et journaliste parisienne en appelle à la mobilisation générale pour crever l’œil de Big Brother. Ne souriez plus, vous êtes filmé.e. 
« Qu’est-ce qui fait qu’une image qu’on a rencontrée par hasard vous suit pendant toute une vie ? » Claire Richard, l’autrice des Chemins de désirs, ce podcast d’Arte Radio doublé d’un splendide petit essai sur son rapport aux images pornographiques et la manière dont celles-ci ont formé et orienté ses fantasmes et sa sexualité (éditions du Seuil, 2019), a deux mots à nous dire sur la reconnaissance faciale. Figurez-vous que cette journaliste parisienne a également dirigé à mi-temps le site Digital Society Forum, consacré aux cultures et usages numériques. Sensible aux combats de l’association La Quadrature du Net, elle en appelle à la mobilisation générale pour crever l’œil de Big Brother, contre la banalisation d’une technologie liberticide. 


Souvenons-nous au passage des « tours panoptiques », terrible invention tirée du premier roman d’Alain Damasio, La Zone du dehors (1999), où chacun.e peut venir, à sa guise, espionner son prochain. « Ces salles étaient surtout pleines la nuit. S’y installaient sans honte une pléthore de voyeurs, hommes et femmes, d’épouses soupçonneuses et de maris trompés, de pères qui surveillaient leur fille et de filles qui surveillaient leur père, de curieux. S’y complaisaient surtout des pervers, des vicieux, des flics dans l’âme, des délateurs payés à l’hôtesse dénoncée et des honnêtes hommes faisant leur devoir de citoyen en enregistrant tout scène leur paraissant suspecte ou de nature à porter atteinte aux bonnes mœurs… Une fiche tactile (facultative) trônait sur la table. Pouvaient y être reportés les faits observés avec le lieu de l’action et les références du timecode. Chose remarquable, aucune case n’était prévue pour le nom de l’observateur. Ça n’avait pas d’importance : seul ce qui avait été observé comptait. À moins que l’observateur se trouvât déjà lui-même observé, enregistré et noté… si bien que son nom importait peu. » 


Réalisation : Mathieu Boudon. 


Pour écouter la solution de Philippe Garnier contre la reconnaissance faciale, lors d’un épisode précédent de L’Arche de Nova, c’est là : https://www.nova.fr/news/philippe-garnier-demain-nous-porterons-deux-masques-38791-04-05-2020/
 
Image : Black Mirror S1E3 – Retour sur image, de Jesse Armstrong (2011).
 

05 mai 2021

7:30

Élodie Milo : « Demain, les voies migratoires aériennes seront sacrées »

Tout juste rentrée au nid après sa participation au tournage, en Mauritanie, d’un documentaire sur les oiseaux migrateurs, cette musicienne mystique posée en Normandie nous offre une chanson inédite.


« On court, on coule / on croule, sous nos poids. » Sur son dernier album, Sous la lune, sorti en octobre 2019, Élodie Milo invitait à écouter « les louves qui hurlent en nous » via six incantations fort sabbatiques teintées de guitares surf, de pop songeuse ou de rythmiques sud-américaines, écrites et composées pour « explorer de puissants archétypes féminins » : la vierge, la sorcière, la maman ou la putain. Le disque s’accompagne d’un spectacle, Lunas, mélange de théâtre et de chansons, d’humour et de féminisme, cabaret barré élaboré au diapason des quatre phases du cycle menstruel, conçu avec la danseuse Delphine Dartus et mis en scène par Loïc Deschamps.


« Elle a le serpent qui change de peau, l’aigle qui plane là-haut / Chant de la terre, de l’air, de l’eau. » Ce printemps, cette musicienne et comédienne a quitté son nid forestier de Basse-Normandie pour voler vers Iwik, en Mauritanie, les pieds dans la vase « riche en mollusques » du parc national du Banc d’Arguin, où elle fut invitée à « jouer les couteaux-suisses » sur le tournage de Flyways, ce documentaire de l’Australien Randall Wood sur les multiples pièges tendus par la modernité sur la route d’oiseaux migrateurs menacés d’extinction, produit par Arte et Zed Productions. L’ornithologue néerlandais Jan Van Gils y suivra notamment, grâce à « de touts petits satellites », le trajet intégral d’un piaf en danger, de l’Arctique à l’Afrique.


Tout juste rentrée au bercail, Élodie Milo nous incite à « prendre soin de tout ce qui migre », forte de son désir de « faire inscrire au patrimoine mondial de l’humanité les neuf voies aériennes naturelles » – tout en nous livrant une chanson inédite, Les Rives de l’oubli, accompagnée au clavier par Rodrigo Gonzalez-Miqueles.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour voir la bande-annonce de Flyways : www.flywaysfilm.com et www.globalstory.tv


Pour écouter la précédente utopie d’Elodie Milo, c’est là : https://www.nova.fr/news/elodie-milo-demain-nos-paroles-nous-apparaitront-comme-le-fil-de-laraignee-39219-29-05-2020/


Pour écouter Sous la lune, c’est ici : https://elodiemilo.bandcamp.com/album/sous-la-lune


Image : Le peuple migrateur, de Jacques Perrin, Jacques Cluzaud et Michel Desbats (2001).
 

05 mai 2021

8:03

Marguerite Duras : « Demain, tout recommencera… par une indiscipline »

[Archive.] En 1985, l’autrice d’« India Song » souffle à Michel Drucker son cauchemar pour l’an 2000 : écrans partout, surinformation, « tout sera bouché, investi », mais… « il restera la mer et la lecture », puis des « héros » qui prendront « un risque ».


« Dans cent ans peut-être, ou moins, ou plus, après qu'un continent civilisé aura sauté sur lui-même, dans un désert retrouvé, deux femmes se rencontrent. L'une d'elles trimballe avec elle un objet qu'elle veut jeter : le dernier guerrier. Elles se parlent. Elles ont perdu la mémoire des événements mais il leur reste celle de presque tous les mots. » En 1968, à 54 ans, Marguerite Duras signe un curieux texte d’anticipation : une pièce de théâtre intitulée Yes, peut-être, conte philosophique post-apocalyptique pour dire ce temps où l’être humain aura, peut-être, tout perdu : « sa colère, sa douceur, sa faculté de haine, sa faculté d’aimer ». Dans un bunker entouré par les océans, les deux femmes explorent ce qui reste avec la curiosité des enfants ; l’homme, lui, « l’œil fixe comme un œuf au plat », veut encore se battre.


Dix-sept ans plus tard, le 29 septembre 1985, alors que la bombe n’a pas encore tout irradié, Marguerite Duras répond sur Antenne 2 à une question posée par Michel Drucker – sacré Michel, toujours dans les bons coups –, qui l’interroge sur l’an 2000. Et Marguerite songe soudain à nos algorithmes. « L’homme sera noyé dans l’information. Elle sera constante : sur son corps, sa santé, sa vie familiale, son salaire, son loisir. Pas loin du cauchemar. » (…) « Il y aura des postes de télévision partout. Dans la cuisine. Dans les water-closets. Dans les rues. (…) Tout sera bouché, investi. » Mais… « Il restera la mer et la lecture (…) Un homme, un jour, lira. Tout recommencera. On repassera par la gratuité. Les réponses seront moins écoutées. Ça commencera par une indiscipline. Un risque. L’homme sera seul avec son bonheur et son malheur, qui lui viendront de lui-même. Ceux qui se tireront de ce pas seront les héros de l’avenir. » Merci Maggie. Tous à la plage !


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter notre précédente archive du futur avec Isaac Asimov, c’est là : https://www.nova.fr/news/isaac-asimov-demain-nous-voterons-mieux-en-connaissant-les-problemes-et-leurs-solutions-138820-22-04-2021/?fbclid=IwAR07-Ep32Mvt5YtC_O7H0Z5yTHb5pjObjMNwr_A3sfu-mGC1ophFFsckaeQ


Image : India Song, de Marguerite Duras (1975).
 

04 mai 2021

3:56

Carl Agité : « Demain, tu tueras toi-même, toujours, l’animal que tu veux manger »

Retranché dans son chalet alpin situé « en 2081 », cet énigmatique ermite se souvient de la petite mort du désir carnivore, le jour où les Etats obligèrent les viandards à se rendre eux-mêmes à l’abattoir. #MeatHook !


L’enregistrement que vous allez entendre nous est parvenu par la grâce liquide d’une bouteille de génépi, déposée en évidence à l’entrée des studios, fin août 2020. L’étiquette indiquait : « Pour votre Arche. » À travers le verre, un petit coffre en plastique flottait dans l’alcool de plantes. Le soir même, il fallut trois heures à notre équipe pour boire avec bravoure la boutanche entière, qui tomba en même temps que l’un de nos animateurs, et se brisa. Le coffre roula, s’ouvrit, révélant une pochette étanche, abritant elle-même une clé USB, contenant enfin plusieurs messages audios d’un certain « Carl Agité ».


Après débat au sein de la rédaction, il a été décidé de partager avec nos auditeurs ces « témoignages du futur », situés « en 2081 », cent ans exactement après la création de Radio Nova. L’auteur s’y présente sous les traits d’un ermite, « vieux sage et vieux singe », habitant un modeste chalet au pied du mont Blanc. Surprise, agréable : à « son » époque, le monde ne s’est pas encore écroulé.


Dans ce nouveau message, notre mystérieux moine des montagnes se souvient de la petite mort du désir carnivore, le jour où les Etats obligèrent les viandards à se rendre eux-mêmes à l’abattoir. « En 2022, un slogan devint viral. Si tu veux vraiment de la viande, tue l’animal toi-même. Au départ, on parlait d’un canular, d’un happening antispéciste de bobos énervés. Mais les rayons des supermarchés, les étals des bouchers, des charcutiers, des poissonniers, se vidèrent aussi vite qu’une balle de fusil. » Dévalisés, mais pas réapprovisionnés ; sauf en steaks de soja, en boulettes végétales ; des imitations, pas forcément insipides, mais plus de vrai jambon, plus de vrai poulet, plus de vrai saumon, « si tant est que le mot vrai, dans la grande distribution, signifie encore quelque chose », précise l’ermite.


Agité raconte : « En périphérie des villes, les abattoirs étaient ouverts à tous, les machines et les outils mis à disposition, les bêtes en liberté. Les employés n’avaient d’autres responsabilités que de veiller à leur sécurité des bestiaux, les nourrir, les soigner. N’importe quel citoyen-consommateur pouvait venir – sans arme, néanmoins – tuer à sa guise, avec le matériel habituel, un veau, un porc, un canard, et repartir avec sa cargaison de viande (dans des limites fixées à l’avance, pour éviter les abus). »


Détail : aucune aide n’était fournie pour “réussir” ces assassinats. « Chaque personne devait abattre, elle-même, les yeux dans les yeux, le bœuf tant désiré et lui arracher les côtelettes à la main. Aucun professionnel ne venait vous expliquer comment buter puis déplumer soi-même le poulet du dimanche. Il y eut des carnages, un gâchis effroyable, des scènes horriblement violentes et honteuses relayées sur les réseaux. » Mais cela ne dura guère. Viandard ordinaire, Carl évoque l’abandon de son propre régime carnivore rien qu’à l’idée de se « rendre en banlieue pour griller le cerveau d’un cochon, pour ensuite le découper en tranches, pendant des heures, avec du sang et des boyaux partout, juste histoire d’avoir trois saucisses » pour accompagner sa purée.


Le déni de la souffrance animale, qui nous permet depuis des millénaires d’engloutir trois tonnes de bidoche à chaque raclette, à chaque méchoui, à chaque barbecue, mua en évidence. On nomma ça la révolution #MeatHook, du nom d’une chanson de The Cure. « Le hashtag #MeatHook se répandit comme une traînée de poudre : 92% des humains se montrèrent incapables de faire clamser un animal si leur survie n’en dépendait pas. Bien sûr, aux quatre coins du globe, les mouvements pro-chasse et...  

03 mai 2021

6:14

Martine Guillaud : « Demain, la parole aura valeur de contrat »

À Paris, cette comédienne et coach en oralité articule un futur « 100% éloquent » où chacun(e) connaîtrait, dès la naissance, tous les mots du dico, tout en maniant l’art de la rhétorique à la perfection. Si bon bla-bla, zéro tracas ?


Vous allez adorer prendre la parole ! C’est le titre d’un recueil d’« astuces » pour apprendre à parler en public, signé Martine Guillaud et publié ce mois-ci aux éditions Robert Laffont. « Enfant de la balle », fille des créateurs du Centre culturel du Marais, cette Parisienne pratique très tôt les claquettes, la comédie musicale ou le piano, puis monte avec sa sœur une compagnie, qui accouche d’une quinzaine de pièces de « théâtre visuel, avec peu de paroles ». Les spectacles deviennent sa « thérapie ».


Au cinéma, on l’aperçoit dans de petits rôles chez Alain Resnais (La vie est un roman) ou Bertrand Tavernier (Autour de minuit), elle joue sur scène sous la direction de Pascal Rambert ou Bob Wilson, puis sa voix devient sa voie : Martine Guillaud contribue à des pièces diffusées sur France Culture et sera pendant dix-sept ans l’identité vocale de la chaîne France Ô. Mais celle qui « enchaîna de nombreuses séances d’orthophonie » pour venir à bout d’une « sérieuse dyslexie » tombe hélas gravement malade suite à une « détonation accidentelle dans le cerveau », et doit « réapprendre à parler » pendant de longs mois.
Cette « cassure », ce brutal « reset », l’amène à mieux « apprivoiser ses doutes, son stress, ses émotions ». Elle met alors en place un « Lab’Oratoire » à l’université de Paris-Sarclay, des « ateliers d’éloquence » destinés aux étudiants scientifiques. Aujourd’hui, Coach Martine forme à la tchatche et à la respiration aussi bien du côté d’HEC qu’à l’Assemblée nationale. Ses conseils : « Pensez à écouter votre deuxième cerveau, le ventre. » « Ancrez-vous dans l’instant présent, la tête droite et la poitrine bombée. » « Soyez sincère, authentique. » Ou encore : « N’oubliez pas de tenir compte de votre interlocuteur. »


Grimpant à bord de L’Arche de Nova, Martine Guillaud articule un futur « 100% éloquent » où chacun(e) connaîtrait, dès la naissance, tous les mots du dico, tout en maniant l’art de la rhétorique à la perfection. Si bon bla-bla, zéro tracas ?


 Réalisation : Mathieu Boudon.


Image : Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, d’Alain Chabat (2002).
 

29 avril 2021

5:03

Blumi : « Demain, on ne sera ni femme ni homme, mais les deux »

Pour en finir avec le genre, cette musicienne parisienne déménage chez les « Getheniens », un peuple hermaphrodite imaginé en 1969 par la romancière américaine Ursula K. Le Guin.


« I see people change. » Elle voit les gens se métamorphoser. Sur I know about you, l’une des quatre chansons de son premier mini-album de folk sombre à paraître le 30 avril, Blumi observe des personnes qu’elle croit connaître, mais qui s’avèrent « aveugles » et manifestement paumées dans leurs désirs. Le beau vibrato de sa voix nous avertit d’un « froid » qui envahit tout, comme la marée qui monte, porté par d’étranges notes de claviers distordues – avant l’envolée des chœurs, vaguement psychédéliques, réclamant davantage de vérité dans les relations, « en attendant plus ». À la fin, le morceau The Dream nous conte, lui, le rêve d’une rencontre dans l’obscurité, lors d’un « anniversaire effrayant » où tout arrive « à l’intérieur, sous la peau ».


Parlons d’identité, tiens. Dans la brume de Blumi, une femme. Introducing Emma Broughton, trentenaire parisienne ayant étudié le jazz vocal ainsi que la flûte traversière au conservatoire, entendue aux côtés de Bon Iver, Mina Tindle ou Melissa Laveaux, poly-membre de trois groupes : Thousand, Orouni et O (mené par Olivier Marguerit). La musicienne s’affirme aujourd’hui en solo via cet EP délicat, qui paraît explorer – sans se lamenter – des chagrins enfouis.


Pour L’Arche de Nova, Emma Broughton rêve d’en finir avec le genre et déménage chez les « Getheniens », un peuple hermaphrodite imaginé en 1969 par Ursula K. Le Guin. Dans La main gauche de la nuit, la romancière américaine téléporte un Terrien sur la planète Nivôse, pour convaincre ses habitants d’adhérer à une organisation commerciale intersidérale. Ce voyageur découvre une nation asexuée et pacifique, cédant chaque mois à des « poussées hormonales » très libres, dont les mœurs firent du livre, dès sa sortie, un classique de la science-fiction. Les hommes peuvent tomber enceints, « l’abstinence est volontaire et le plaisir toujours licite, traumatismes et frustrations sont l’un et l’autre exceptionnels » et la société s’organise « devant les tourments et les joies de la passion ». C’est l’utopie sans blues et mi-mi, mi-homme mi-femme, de Blumi.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour voir la vidéo de I know about you, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=io20Iy2TeZ8&ab_channel=Blumi


Image : Laurence Anyways, de Xavier Dolan (2012).
 

26 avril 2021

7:14

Nicolas Ker : « Demain, nous vivrons 500 ans »

Crooner gothique, le chanteur et parolier parisien de Poni Hoax nous a laissé un message d’avenir, dans lequel il est question de nanotechnologies, d’un « contrat social mondial » et d’apocalypse ordinaire.


« Entre dans la lumière noire. » Enter The Black Light. C’était l’un des meilleurs moments d’Empire, second album né du mariage musical improbable entre Arielle Dombasle et Nicolas Ker, sorti en juin 2020. Une ballade lugubre, totale Doors, où la voix profonde et légèrement cassée du chanteur de Poni Hoax se demandait, sous la lune, en duo avec l’extravagante diva rohmerienne, si « l’information a une fonction ». Peut-être faut-il entendre, dans ces paroles cryptiques, la perplexité du genre humain à tirer des leçons de ses erreurs innombrables. La lumière noire serait alors la couleur du futur : flippante. Dans le clip de la dernière chanson du disque, We bleed for the ocean, des sirènes crèvent étouffées par les détritus plastiques, prisonnières de filets de pêche abandonnés. Mais Nicolas Ker, sous ses lunettes fumées, n’a-t-il pas répété plus tôt, lors d’une autre complainte goth-rock marquée par les Murder Ballads romantiques de l’Australien Nick Cave, que nous ne sommes « pas obligés de nous noyer, pas obligés de mourir » ?


Optimiste ? Kerrement. Né à Phnom-Penh en 1970 d’un père français et d’une mère cambodgienne ayant fui les Khmers rouges, le crooner cuir, qui vécut au Caire, à Istanbul, à La Réunion ou à La Courneuve, le dit franchement : « Je ne suis pas inquiet. » À bord de L’Arche de Nova, ce Roi-Lézard des désarrois sentimentaux, qu’on dit passionné par la physique quantique ou la théorie des cordes, confie sa fascination pour la nano-médecine qui pourrait nous permettre de vivre cinq siècles. Il esquisse aussi un modèle pour une plus juste répartition des richesses, un « revenu minimum humain, pour se loger et se nourrir, en vivant raisonnablement, voire comme des rois – si on était un peu moins stupides ». « Sinon, ce sera sanglant. »


Réalisation : Mathieu Boudon
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Pour voir la vidéo de Deconstruction of the Bride, réalisée par Arielle Dombasle, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=6skv7vRPy_Y&ab_channel=arielledombasleVEVO


Image : L’étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher (2008).
 

26 avril 2021

4:22

Isaac Asimov : « Demain, nous voterons mieux, en connaissant les problèmes et leurs solutions »

[Archive.] En 1974, l’écrivain russo-américain des « Robots » posait les bases d’une démocratie participative planétaire, renforcée « grâce à un surplus de technologie et une « meilleure éducation », tout en privilégiant « la liberté et le danger » plutôt que « le contrôle et la sécurité ».


Durant l’été 1964, Isaac Asimov visite l’exposition universelle de New York. Déjà considéré comme l’une des voix majeures de la science-fiction avec son cycle des Robots ou la saga Fondation, l’écrivain russo-américain constate que l’expo « écarte du monde de demain l’hypothèse d’une guerre nucléaire ». Rassuré, il imagine alors à quoi pourrait ressembler notre planète un demi-siècle plus tard, en 2014. Ses prédictions sont tantôt effrayantes, tantôt enthousiasmantes. « Les communications se feront par visioconférence et vous pourrez à la fois voir et entendre votre interlocuteur. L’écran vous permettra également d’accéder à des documents, de voir des photographies ou de lire des passages de livres. Une constellation de satellites rendra possible les appels directs vers n’importe quel point de la Terre, même en Antarctique. »
Hélas, « Les hommes continueront à fuir la nature pour créer un environnement plus à leur convenance ». Cependant, « il y aura des cités souterraines pleines de potagers sous lumière artificielle. La surface gagnée sera dédiée à l’agriculture à grande échelle, aux pâturages et aux parcs. » Nous découvrirons les premiers « modèles de centrales énergétiques dans l’espace, collectant les rayons du soleil à l’aide d’immenses paraboles, puis renvoyant l’énergie sur Terre ».


Mais « le monde aura encore rétréci », avec « des autoroutes surchargées », des « transports de plus en plus aériens » et un usage courant de « l’hydroptère », un appareil qui glisse sur l’eau via quatre jets d’air comprimé (les voitures pourront aussi surfer sur l’eau de cette façon, « bien que les arrêtés locaux décourageront cette pratique ».) En outre, les véhicules seront munis de « cerveaux-robots » configurés pour atteindre une destination « sans l’interférence des lents réflexes d’un conducteur humain » (hello, Super-GPS). « Pour les voyages de courte distance, des trottoirs mobiles surélevés (avec des bancs de chaque côté) feront leur apparition. » Et n’oublions pas que « des tubes à air comprimé transporteront biens et matériaux ; les aiguillages qui achemineront ces cargaisons seront une des merveilles de la ville. »
« Tout n’est pas rose », prévenait Asimov dans ce texte précieusement traduit par le site Framablog. « La population mondiale sera de 6,5 milliards. » (Elle était de 3 milliards en 1964, nous sommes plus de 7,5 milliards aujourd’hui.) « Toute la Terre ne sera qu’une unique ville comme Manhattan d’ici 2450 et la société s’écroulera bien avant. La pression démographique va forcer l’urbanisation des déserts, des régions polaires » et des fonds marins. « L’agriculture traditionnelle aura beaucoup de difficultés à s’adapter. » Nous fréquenterons des « bars à algues, dans lesquels seront servis des imitations de dinde et des pseudo-steaks. Ce ne sera pas mauvais du tout (si vous pouvez supporter leur prix élevé) ».


Et les robots alors, Isaac ? « La situation empirera du fait des progrès de l’automatisation. Seuls persisteront quelques emplois de routine, pour lesquels les machines ne remplaceront pas l’être humain. L’humanité leur sera asservie. Les écoles devront être réorientées dans cette direction. » Conclusion : « L’humanité souffrira sévèrement d’ennui, un mal se propageant chaque année davantage et gagnant en intensité. Cela aura de sérieuses conséquences aux niveau mental, émotionnel et social. La psychiatrie sera de loin la spécialité médicale la plus importante, en 2014. Les rares chanceux qui auront un travail créatif seront la vraie...  

22 avril 2021

10:32

Carl Agité : « Demain, la gauche l’emportera avec ce slogan : Méditation, Massage, Masturbation »

Retranché dans son chalet alpin situé « en 2081 », cet énigmatique ermite nous rappelle les grands axes de la campagne des 3-M, qui permit à l’union de la gauche de gagner les présidentielles de 2022.


L’enregistrement que vous allez entendre nous est parvenu par la grâce liquide d’une bouteille de génépi, déposée en évidence à l’entrée des studios, fin août 2020.L’étiquette indiquait : « Pour votre Arche. » À travers le verre, un petit coffre en plastique flottait dans l’alcool de plantes.


Le soir même, il fallut trois heures à notre équipe pour boire avec bravoure la boutanche entière, qui tomba en même temps que l’un de nos animateurs, et se brisa. Le coffre roula, s’ouvrit, révélant une pochette étanche, abritant elle-même une clé USB, contenant enfin plusieurs messages audios d’un dénommé « Carl Agité ».


Après débat au sein de la rédaction, il a été décidé de partager avec nos auditeurs ces « témoignages du futur », situés « en 2081 », cent ans exactement après la création de Radio Nova. L’auteur s’y présente sous les traits d’un ermite, « vieux sage et vieux singe », habitant un modeste chalet au pied du mont Blanc. Surprise, agréable : à « son » époque, le monde ne s’est pas encore écroulé.


Dans ce nouveau message, notre mystérieux moine des montagnes nous présente l’étonnante idée d’une certaine Célestine Briochin, 49 ans, massothérapeute à Nantes et sympathisante du Parti Socialiste, « qui décida, le 21 avril 2021, de parcourir la France en train, au mépris des amendes, pour réveiller les réunions du PS, des verts, des communistes ou des insoumis », jusqu’ici incapables de s’entendre pour contrer l’inévitable duel Macron-Le Pen, « avec trois mots, trois lettres, trois M : Méditation, Massage, Masturbation ».


Le programme de Briochin était limpide : « L’union de la gauche s’engagera à assurer chaque jour, à tou.te.s les Français.es et sans exception, même aux SDF, l’accès encadré aux 3-M. » « Chaque mâtinée comprendra 45 minutes de méditation, par groupe de trente, dans toutes les entreprises, toutes les écoles, toutes les facs, au sein de tous les corps de métier, avec un.e professeur.e agré.é.e et rémunéré.e par l’Etat, pour plonger en soi, lâcher prise, chasser les pensées négatives, apprendre à vivre ensemble en silence. » Puis, vers 17h, « chaque Français.e bénéficiera aussi d’un massage individuel de 30 minutes avant de quitter son lieu de travail ou dans des espaces dédiés ; ceci n’aura absolument rien de sexuel, toute forme d’indécence de la part du massé envers le masseur sera signalée et, si le comportement perdure, il sera puni. Ce soin sera gratuit, mais obligatoire ; car le simple fait d’être touché.e en profondeur fera retomber les tensions de soixante-trois millions de personnes tous les jours.»


Enfin, « le ministère de la santé organisera de grandes campagnes médiatiques (spots, affiches, happenings) sur les bienfaits d’une masturbation quotidienne juste avant de s’endormir », à tous les âges de la vie, pour encore un apaisement des tensions, une meilleure connexion avec soi-même – dans l’idée évidente de meilleures relations avec les autres, Célestine Briochin ne manquant jamais de souligner « les milliers d’emplois » qui résulteraient d’une telle « révolution de la conscience corporelle ».


Or, poursuit Carl Agité, « quand l’union de la gauche réalisa que les seules idées qui les rassemblaient, celles sur lesquelles ses membres ne s’écharpaient jamais et dont ils/elles avaient puissamment envie, étaient celles de Briochin… », celle-ci fut vite mise en avant. On cita aussi ses vingt ans dans l’humanitaire au Bénin, son éloquence sur les plateaux télé, son élégance vestimentaire, ses six recueils de poésie dédiés à Léopold Sédar Senghor, ses trois enfants issus de trois unions, son histoire d’amour naissante avec Pierre Niney et son amitié de...  

21 avril 2021

6:13

Iván Repila : « Demain, nous devons détruire le capitalisme »

L’auteur espagnol du « Puits » nous incite à anéantir au plus vite la matrice économique de toutes les inégalités, en déboulonnant au passage les partis d’extrême-droite et les écoles religieuses.


« Impossible de sortir, on dirait. Mais on sortira. » Deux jeunes frères coincés au fond d’un trou. Comment sont-ils arrivés là ? Réussiront-ils à s’en tirer vivants ? De quoi ces enfants piégés sous terre sont-ils la métaphore ? D’où vient cette écriture poétique, que la romancière cubaine Zoé Valdès compare à celle Saint-Exupéry ? En 2014, Le Puits, premier roman espagnol de cent vingt pages, agit comme un classique immédiat à offrir à la pelle (pour creuser notre imagination). Son auteur, Iván Repila, est un parfait inconnu en nos contrées ; né à Bilbao en 1978, il serait éditeur, graphiste et administrateur culturel. Quatre ans plus tard, les éditions Jacqueline Chambon publient Prélude à la guerre, à propos d’un architecte ambitieux dont le monde s’effondre, préfacé par Éric Chevillard qui voit là « le récit d’une lente apocalypse, le naufrage d’une utopie » en soulignant que « l’homme occidental » y apparaît comme un « être famélique abusant d’une civilisation fertilisée dans la gangrène ».


« Et pourquoi les femmes s’entêtent à lutter pacifiquement contre le patriarcat ? », demande l’antihéros de son dernier roman, ironiquement intitulé Un bon féministe, publié en janvier chez la même éditrice. « Avec cette tactique, d’après mes calculs, vous allez bien mettre trois ou quatre cents ans. Je ne comprends pas. Vous avez fait vœu de modération pendant vos sabbats ? Conduis lentement, mais sûrement ? Serre, mais sans étouffer ? La révolution sera féministe ou ne sera pas. Vous comptez détruire le système en demandant l’autorisation ? » L’homme qui parle ira trop loin. Déboussolé par l’avancée des combats post-MeToo pour l’égalité totale entre les sexes, qui bouleverse sa conception du monde et son éducation de macho ordinaire accro au porno, ce journaliste trentenaire sans envergure devient plus royaliste que le roi et fomente dans l’ombre un groupuscule « phallique » pour créer les conditions d’une vraie guerre des sexes, en vue du changement. On croirait une excroissance tordue du « Projet Chaos » de Fight Club, de l’Américain Chuck Palahniuk, auquel Repila semble répondre vingt ans plus tard – l’écriture est d’une nervosité palpable, méchante et sans répit, remarquablement traduite par Margot Nguyen Béraud, déjà à l’œuvre sur les deux romans précédents.


Mais quelle peut bien être la vision du futur d’un si « sombre prophète », selon la formule de Chevillard ? Pour le savoir, L’Arche de Nova a envoyé un télégramme en direction de la province de Burgos, au nord du pays, dans l’Espagne « vide ». Sans surprise, Iván Repila voit le monde qui arrive comme « obscur, difficile et mortel », en citant les classiques de la dystopie : 1984 de George Orwell, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou La Servante écarlate de Margaret Atwood. Il considère que nous vivons déjà une dystopie, avec le coronavirus et la « catastrophe politique et humanitaire » en cours. Mais l’écrivain incite ici chaque citoyen.ne. à s’attaquer à la racine du problème : le capitalisme, matrice de toutes les inégalités. Et se prête au passage à un exercice d’imagination, en concevant pour l’Espagne la fin des écoles religieuses, « qui disparaîtront lentement, comme certains insectes », en laissant l’enseignement de la foi aux espaces prévus pour cela.


Réalisation : Mathieu Boudon.


Traduction : Amélie de Castellan.


Voix : Judah Roger.


Image : Fight Club, de David Fincher (1999).
 

20 avril 2021

6:09

Rim Battal : « Demain, nous élèverons nos enfants à quatre, six, huit, douze »

Marocaine et Parisienne, cette poétesse de l’intime suggère aux parents de davantage « daroner en post-tribu », par mutualisation des compétences et des attentions, dans de grandes colocations. Ainsi, « fini l’enfant-roi, la mère poule et le père démissionnaire ! »


« Quand j'étais enceinte de ma fille, j'avais envie de lire des textes qui poseraient des mots crus, directs et précis sur l'expérience existentielle de la maternité. Je n'en ai pas trouvé. J'ai commencé à prendre des notes, c'est devenu L’eau du bain. » En 2019, Rim Battal publie aux éditions Supernova (promis, nous n’y sommes pour rien) le journal poétique de sa grossesse, de son accouchement et de ses premiers mois en tant que mère, en évoquant frontalement, par exemple, la douleur de l’épisiotomie. Elle raconte aussi d’autres pressions. « Vas-y Maman, avale-moi. Je reviens vers toi, molle, cuite à point. Sors les couverts, je vais te faire les petits-enfants dont tu rêves tant. Je te les léguerai dès la naissance. Ils t’appartiennent déjà. »


Née à Casablanca en 1987, diplômée de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris où elle vit depuis huit ans, Rim Battal a laissé tomber l’information et les médias traditionnels en 2012 pour tenter de faire entendre, pleinement, son regard de « féministe inconditionnelle » à travers ses textes, poèmes et photographies – tout en co-dirigeant le « Bordel de la Poésie », une série de rendez-vous feutrés dans des endroits élégants (du monde d’avant-la-pandémie) où, « habillée en putain d’un autre temps », il lui arrive de murmurer sa prose rose à l’oreille de spectateur.ice.s troublé.e.s ; cette pratique, dit-elle, a depuis « recouvert son travail d’une fine couche d’érotisme ».


En février dernier aux éditions du Castor Astral, Rim Battal a publié Les quatrains de l’all inclusive, composés dans un hôtel pour touristes « de masse » de Sardaigne, en vacances avec ses filles. Du bord de la piscine (qu’elle envisage de dynamiter : on y subit Despacito trois fois par jour), elle se pose parfois des questions vertigineuses : « Qui du maître ou de l’esclave / vit plus longtemps / vit plus heureux / vit plus vaillant / L’esclave connaît mieux le repos, le soleil et le contentement / Le maître est un mystère. » Avant de recommencer à interroger la parentalité : « Le parent a l’avantage d’être né avant / Il a ce coup d’avance des dieux / et comme les dieux essuiera tôt ou tard / la merde sur les murs de la foi qui détale. »


Grimpant à bord de L’Arche de Nova, Rim Battal suggère aux parents de davantage « daroner en post-tribu » par mutualisation des compétences et des attentions, dans de grandes colocations qui accueilleront aussi, outre des amis savamment choisis, des aîné.e.s ou des personnes dénuées de la moindre progéniture. Ainsi, « fini l’enfant-roi, la mère poule et le père démissionnaire ! » « Pour éviter que ne pèse sur deux personnes – et souvent sur une seule – la charge de maintenir en vie, soigner, éduquer, divertir un enfant ou deux ou trois », l’autrice marocaine conseille de partager les tâches au sens large et de mettre en commun « meubles et mètres carrés, jouets et vêtements » pour que les marmots puissent « courir, cuisiner, jardiner, apprendre une langue ou à coder », entourés d’autres adultes qui leur fourniront « d’autres modèles et une diversité de points de vue ». Conclusion savoureuse : « Pendant ce temps-là, les parents se réfugieront dans des boudoirs pour vaquer à des occupations plus personnelles. »


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour voir Rim Battal lire un extrait de L’eau du bain, c’est là : https://vimeo.com/388248675


Image : Le grand appartement, de Pascal Thomas (2006).
 

19 avril 2021

6:24

Camille Brunel : « Demain, l’euthanasie sera la seule façon de mourir heureux »

Lauréat 2020 du Prix de la Page 111, cet écrivain de Châlons-en-Champagne décuple notre espérance de vie, le temps d’une utopie où l’on pourra « guérir de tout » en choisissant le jour de son décès après cent, cinq cents ou mille ans d’existence.


« "Tobias est mort hier." Augustine et Margot ne réagirent pas. Elles n’avaient jamais été proches de leur arrière-grand-père, dont le grand âge les avait toujours intimidées, aussi gentil fût-il envers elles. Isis, leur marraine, se sentit terriblement vieille, moribonde et seule (…) "Qu’est-ce qu’il est devenu ?", demanda Isis, écrasée de lassitude. "Rien", répondit Timothée. "Il est resté humain, il est juste mort" (…) Timothée avait fini rongé par ses mauvaises décisions, toujours prises malgré lui. La dernière en date concernait la dépouille de son père, qu’il avait donnée aux vautours, comme cela se faisait encore dans certains coins du Tibet. »


Paru en septembre aux éditions Alma, récompensé sur Nova du très convoité Prix de la Page 111, Les Métamorphoses, le second roman de Camille Brunel, se déroule dans un avenir assez proche où une « pandémie de métamorphoses » transforme soudain les humains en bestioles, au hasard. En hyène, en écrevisse, en brebis, en taon. La société toute entière s’en trouve assez naturellement bouleversée.
Mais si les copains et les copines devenaient de glorieux éléphants, hériteraient-ils de leur longévité ? Prendraient-ils le chemin de leur légendaire cimetière pour s’y laisser mourir, comme ces élégants pachydermes ? Pour sa cinquième hypothèse futuriste, cet écrivain de Châlons-en-Champagne, honorant avec panache sa carte blanche d’une durée de 11 mois et 1 semaine sur notre antenne, dit merde à la mort. Admirateur de Lautréamont, auteur d’un Eloge de la baleine à paraître aux éditions Rivages, Camille Brunel, 35 ans, décuple notre espérance de vie le temps d’une utopie où l’on pourra « guérir de tout », en choisissant le jour de sa mort après cent, cinq cents ou mille ans d’existence. « L’euthanasie sera la seule façon de mourir heureux. Les suicides seront extrêmement marginaux – qui préfèrerait s’ouvrir les veines ou se jeter sous un train plutôt que de contacter l’hôpital pour en finir en douceur ? Mais si un gosse ou une ado contacte l’hosto pour en finir, on ne lui refilera pas sa dose de curare comme ça ; on en parlera d’abord, longtemps, beaucoup et bien. Est-ce que tu es sûr de ne pas vouloir rester en vie ? Regarde, tu n’es pas obligé de faire cinq siècles comme tes parents. Essaie au moins d’en faire un seul comme tu le veux toi. »


Réalisation : Mathieu Boudon.


Pour écouter la précédente utopie de Camille Brunel, c’est là : https://www.nova.fr/news/camille-brunel-demain-on-aura-mange-toute-la-viande-133330-16-03-2021/


Image : Cocoon, de Ron Howard (1985).
 

15 avril 2021

5:16

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