Radio Nova était à la dernière du Peacock Society Festival. Une édition pour boucler la boucle.
Après plusieurs années de contraintes et une série de coupes budgétaires successives, le Peacock n’a eu d’autre choix que de délocaliser ses festivités du bois de Vincennes au centre de la ville. Une configuration intérieur/extérieur entre les hauteurs du Wanderlust et les soubassements du FVTVR. Ce rassemblement de deux clubs aux caractères diamétralement opposés a contribué à former une vaste mosaïque d’ambiances et de publics.
La glace en haut, le feu en bas
Une large mosaïque de délires, oui. D’abord quelques cyber-emo-swagger venus assister au live de Frost Children, duo originaire de Saint-Louis (Missouri), composé d’une sœur et de son frère, Angel et Lulu Prost, à l’origine d’un son pop-EDM calibré, à la croisée de Kesha, Calvin Harris, Skrillex et deadmau5. Les deux débarquent en mode vampire, visages maquillés de blanc, polo à gros logo et casquette d’aviateur en biais. Le show est massif, les drops se succèdent sans que le public n’ait pleinement le temps de s’en remettre. Hypercore, hymnes pop, glitchs étonnants, synthés EDM grandiloquents : une exubérance kitsch toute en sincérité.
En bas, pendant ce temps, c’est tout rouge et tout noir. Une chaleur moite comprime la pièce et la jeune DJ française Roulita déploie une techno englobante, des mélodies provenant de continents immergés, de civilisations disparues telle l’Atlantide. On le sent bien, cette nouvelle et dernière édition tranche largement avec les précédentes. On passe d’une fête extérieure et de son atmosphère festival à une soirée club XXL en plein cœur de Paris. Il faut préciser que la fusion du Wanderlust et du FVTVR a engendré quatre scènes de tailles variées. Entre ces quatre espaces de son, un dédale de terrasses, de fumoirs et d’escaliers, idéal pour un moment discussion ou rigolade, par exemple.
Bol d’air sur la piste
Sur la scène Lab, Mathew Jonson branche ses machines. Le Canadien est connu pour être l’un des meilleurs performeurs live dans le circuit électronique. Peu à peu, boucle après boucle, remous de bass funky après séquences de patterns acides, il installe une atmosphère toute particulière, celle d’un groove lent et profond qui ne laisse pas d’autre choix que de danser. Une sorte de jazz techno organique et funk. Le lieu est plus intimiste, aéré, c’est une bulle d’air que l’on s’accorde volontiers.
Plongeon dans la nuit
De l’autre côté de la grande terrasse, sur la scène Wanderlust, les choses sont différentes. Le tempo a grimpé, c’est u.r.trax derrière les platines. La DJ et productrice française déroule une succession de missiles latin club, genres de pointes parfaitement affûtés pour les grandes baffles accrochées aux murs, et qui pourraient provenir, par exemple, des viviers sud-américains Tratratrax (Mexico City), ou Naafi (Colombie). Techno malicieuse, goofy et glissante, salade garnie de fidget et d’électroclash font vrombir le dancefloor. La DJ et productrice Legit Girl DJ passe devant le booth, micro en main, pour entonner quelques mélodies.
En parallèle, sur la quatrième scène — le Club — dont les clés ont été confiées pour la soirée au collectif Half Pipe, les mouvements de danse se font plus confidentiels, pour une poignée d’heureux élus seulement. Après une pause rafraîchissement en terrasse, si l’on ose s’aventurer en bas à nouveau, c’est le Britannique Dax J qui a pris le relais pour entraîner tout le monde dans les profondeurs de la nuit. Un saut dans les pales d’une turbine infernale lancée à pleine vitesse. Un son massif, industriel, qui tambourine sur l’ossature métallique du club. La chaleur et la danse font perler les gouttes de sueur.
Les closings font encore monter la température d’un cran. D’un côté, Lisa More, reine de la nuit parisienne, déroule une sélection deconstructed club faite de breaks, d’électro sleazy et de nappes émo. De l’autre, Robert Hood, figure tutélaire de la techno de Detroit, déploie un set en dentelle, une fine sélection de classiques du genre. Deux branches distinctes de la musique électronique, ou bien plutôt l’une dans le prolongement de l’autre, réunies par une intensité équivalente.
Le lendemain, se produisait un joli gratin French touch, avec la présence de Busy P, Sebastian, Mad Rey ou Tatyana Jane. Mais aussi le compositeur britannique Floating Points et son mélange savant de house, de soul, de hip-hop et de jazz : un live comme une respiration. Palm Trax entre house, disco, italo et afrobeat. Ou encore le producteur allemand Boys Noize et sa techno abrasive et frontale.
Finalement, cette dernière édition aura été l’occasion, pour l’un des rendez-vous majeurs des musiques électroniques en France, de revenir à ses racines en se reconnectant à l’énergie brute du club, tout en conservant un line-up d’envergure sur quatre scènes simultanées, brassant un large panel de musiques électroniques : de l’électroclash à une techno organique, en passant par la house. Une manière de refermer le chapitre en revenant, paradoxalement, à l’esprit des débuts.

