Radio Nova était à Plage Sauvage sur la presqu’île de Quiberon. À la carte une programmation pointue de rock et de musique électronique avec The Itch et PVA, qu’on a pu rencontrer au bord de la plage.
Gare de Montparnasse direction Quiberon. A travers les fenêtres du TGV puis du TER, les champs carbonisés par la canicule d’Ile-de-France laissent place aux paysages de plus en plus bretons, puis finalement à la côte qui se dessine délicatement au large. A la gare de Quiberon, c’est le directeur Lucas Virot qui m’accueille et me pitche son festival : ramener Saint-Tropez en Bretagne. Rien que ça. Ayant travaillé au bar pendant 10 ans à Plage de Rock, Lucas a voulu importer sur la plus belle plage sauvage de Bretagne, les fameux rendez-vous des jeudis d’été de Plage de Rock.
Pour sa troisième édition seulement, Plage Sauvage et son hôtel Sauvage Collection Rivages transforme le Club House en scène musicale à ciel ouvert pour donner son dernier concert de cette édition 2026, une soirée qui se veut londonienne au possible avec d’abord The Itch puis avec PVA avec qui on a pu échanger quelques mots avant les concerts.
PVA
Dans l’après-midi, je rencontre Ella Harris, Josh Baxter et Louis Satchell de PVA au-dessus d’une petite colline qui mène à la plage. Depuis 2017, ils jouent dans les pubs les plus côtés, underground et visionnaires de Londres comme The Windmill à Brixton, Ormside Projects à New Cross, Colour Factory ou encore Village Underground. Signés sur Ninja Tune, ils sortent leur premier album BLUSH en 2022, remixent des morceaux de Caroline Polachek, Shame, ou encore Goat Girl, tandis que leurs morceaux sont également édités notamment par Mura Masa. Se produisant au départ sous PVA Presents, le nom du groupe devient rapidement PVA. Mais on se demande tous finalement ce que ça veut bien dire…
Ella : Potentially Very… ADHD (Potentiellement Très TDAH).
Josh : Poly Vinyl Acetate, en est un autre.
Ella : On n’a pas vraiment de signification officielle, mais au fil des années, il y a eu quelques bonnes suggestions qui font maintenant partie de l’univers du groupe. Penis Vagina Asshole.
Il est bien celui là.
Louis : Un classique.
Ella : Et chacun de nous choisit en fonction de l’ambiance.
En janvier 2026, ils sortent leur deuxième album No More Like This, un album visuellement et musicalement plus épuré, davantage coloré, qui occupe l’espace différemment. C’était un choix délibéré de leur part de ne pas vouloir être trop exubérants sur ce dernier disque. Sortant de cinq années de concerts explosifs et énergiques, ils souhaitaient rompre avec la tendance qu’ils avaient à occuper l’espace juste pour le plaisir d’occuper l’espace. L’album est donc né parce qu’ils passaient plus de temps en studio, à composer davantage pour l’écoute que pour le live ou la scène. Aujourd’hui ils puisent un peu dans les deux approches pour en tirer le meilleur de chacune d’elles.
Radio Nova : Donc la musique n’est pas votre métier à plein temps ?
Ella : Non, on travaille tous à plein temps. Je travaille dans une friperie, Josh est ingénieur du son et Louis est jardinier et prof.
Louis : J’essaie de lancer ma propre entreprise de jardinage.
Radio Nova : Comment ça se passe ?
Louis : Ça marche bien pour l’instant.
Radio Nova : À l’est de Londres ?
Louis : Je n’ai pas encore conquis l’ouest. Il faut que je m’achète une camionnette et que je conduise jusqu’à l’ouest de Londres, car c’est là qu’il y a vraiment des clients…riches.
PVA nous raconte aussi à quel point la scène musicale a changé en dix ans à Londres. Ils étaient là à l’époque de Fat White Family, puis Black Country New Road, Squid, Black Midi, jusqu’à aujourd’hui. En effet il est difficile de sortir de la musique indépendamment en 2026. PVA admet que leur parcours n’a pas été facile, ni linéaire, et ils affirment que c’est un véritable privilège de pouvoir continuer à en faire aujourd’hui. Et puis cette même scène musicale reste vachement masculine…
Ella : Sur le premier album, il y avait des commentaires du genre : « Laissez tomber cette chanteuse monotone et vous aurez peut-être une chance de devenir un groupe à succès« . Ou alors « Putain, elle sait pas chanter« .
Radio Nova : T’as passé trop de temps à doom scroller sur Twitter…
Ella : C’est vrai. Mais on se demande toujours comment les paroles de ce qu’on chante vont être perçues. Dans notre chanson « Divine Intervention« , ça m’énerve toujours autant parce que les paroles sont mal transcrites sur Internet. « Who sits here open for your heavenly score » (« Qui est assise ouverte, prête à accueillir ta partition céleste« ) alors que ce n’est pas du tout ça en réalité. Les gens partent du principe que si une femme a une voix grave, elle est obsédée par le sexe. Il y a clairement un truc patriarcal là-dedans.
Malgré les obstacles que le groupe a pu rencontrer face à une industrie en pierre, PVA reste convaincu qu’il faut continuer à enregistrer, faire des concerts, faire des festivals, même sur une plage sauvage dans le fin fond d’une presqu’île de Bretagne.
Ella : On ne devrait pas faire de la musique juste pour faire de la musique, on devrait en faire parce que ça fait du bien et que ça aide à créer des liens et à communiquer avec les autres. C’est agréable d’avoir cette liberté. Et puis, la gorge se détend, la tension s’en va et on commence à chanter… Il faut être chill, physiquement et mentalement.
On décide de prendre ce conseil à la lettre. On se trempe une dernière fois dans l’océan avant de rejoindre le Club House pour la première partie de la soirée avec The Itch.
The Itch
Cela fait une semaine que le duo anglais est en France dans le sud mais ils n’ont encore pas joué un seul concert car rien ne se passe comme prévu. Plus tôt dans l’après-midi, j’avais retrouvé Georgia et Simon posés devant leur bungalow, un peu stressés parce que Ryanair a perdu tous leurs synthés dans l’avion depuis Marseille. Ils se demandent s’ils ne devront pas adapter leur setlist, peut-être supprimer “Space In The Cab”, mais aussi sûrement emprunter quelques synthés de Josh de PVA…
Sorti le 10 avril 2026, It’s The Hope That Kills You est le premier album de The Itch, projet mêlant influences post-punk, et new wave électronique, comme si David Byrne des Talking Heads avait sauté vingt ans dans le futur et avait remplacé James Murphy de LCD Soundsystem.
Sous le ciel bleu du mercredi soir, le groupe virevolte avec dynamisme entre les morceaux de leur album, jusqu’à ce qu’il lance “Aux Romanticizer”, chanson qui pose la question de l’utilité des DJs. A-t-on vraiment besoin de DJs ? Un vrai DJ devrait-il uniquement mixer sur vinyle ? Ne devrait-on pas plutôt appeler un DJ une personne qui romantise l’aux ?
Simon : Il est vrai que certains DJs sont meilleurs que d’autres. Mais ce qui est sympa avec les clubs et le DJing, c’est que c’est assez accessible. Il faut du talent pour être vraiment bon, mais le niveau d’entrée est très accessible. Si tu aimes la musique, c’est ce qui compte le plus, c’est juste une question de goût. Ce n’est pas comme un instrument.
Georgia : Je pense qu’on devrait revaloriser le côté fun du DJing. Ce n’est pas forcément censé être quelque chose d’ultra-sérieux. Ça peut simplement consister à sélectionner des morceaux pour passer une soirée sympa. On a souvent l’impression que, à moins d’être un très bon DJ, on n’a plus besoin de toi. Mais je pense plutôt le contraire. On n’a plus besoin de DJs sérieux.
Simon : Oui, c’est ça, le gatekeeping dans le monde de la musique électronique, c’est dingue.
Georgia : C’est très snob. Alors que je pense qu’il faudrait juste adopter une attitude un peu plus punk.
Georgia Hardy et Simon Tyrie se sont connus au lycée à Luton, une petite ville à trente minutes de train de Londres. Il n’y a pas grand chose à faire dans cette ville, mais eux ont passé leur adolescence à sortir au Ledge. Alors non, le Ledge n’est ni le Paradise Garage de New York, ni le Warehouse de Chicago, mais c’était LA boîte alternative de Luton. Musique indie au rez-de-chaussée, métal à l’étage, c’était le terrain de jeu préféré de Georgia et Simon.
Georgia : On avait l’habitude d’y aller religieusement. On s’est liés d’amitié avec le gérant du club, qui nous a appris à mixer et nous a laissé organiser des soirées là-bas. C’est aussi là qu’on a donné notre premier concert ensemble, avant The Itch, quand on avait 17 ou 18 ans.
Simon : À cette époque, dans les années 2000, il y avait beaucoup de croisements entre la dance music et la musique indie, donc c’est ce qui passait lors des soirées indie disco et dans les bars et pubs alternatifs.
Georgia : Ça nous a fait prendre conscience qu’aller voir un groupe en concert n’est certainement pas la seule façon d’écouter de la musique. Aller dans un club, c’est une manière tout à fait différente de vivre la musique, y compris la guitar music.
Après “Can’t Afford This” qui dénonce la crise du logement en Angleterre, The Itch joue une de leurs nouvelles chansons qu’ils n’ont encore jamais interprétée live mais qui devrait peut-être sortir en fin d’année sur un deuxième album sur lequel ils travaillent déjà. C’est une réussite car petits et grands tapent du pied et bougent la tête en signe d’approbation.
La tête dans la lune
En attendant que PVA monte sur scène pour clôturer cette soirée, on se balade à travers les pins et les pintes. Puis juste avant qu’ils montent sur scène, on recroise Ella, Josh et Louis avec leurs Club-Mate. Pas sûre d’être « chill physiquement et mentalement” comme elle nous disait plus tôt dans la soirée après 330ml de Club-Mate et ses 30mg de caféine… Mais bon, après la première chanson “Peel”, chacun met son corps en route doucement pour finalement lâcher prise jusqu’à carrément enlever les birks sur le morceau “Send”.
Le concert rassemble différentes textures et qualités sonores, fidèle à leur dernier album, construit à partir de différents moments capturés au fil du temps, un peu comme un collage. Cela explique en partie la forte influence hip-hop de No More Like This, avec notamment l’utilisation de nombreux samples.
PVA enchaîne alors avec la chanson “Boyface” en criant : « Cette chanson est pour les lesbiennes !!!! » Puis la nuit tombe, le ciel passe du bleu clair, au violet lavande puis au bleu saphir.
Parmi les projecteurs de la scène en plein air, la pleine lune se dessine sur le ciel noir. Comme si la musique savait qu’il fallait la convier ce soir, cette pleine lune orange, visible qu’une fois par an, apparait basse sur l’horizon. Le concert et le festival se termine alors avec Ella, murmurant les paroles de la chanson “Moon” : “Your mouth / The stars / The moon have made”.

