Radio Nova s’est rendu à la quatrième édition du Festival Emmaüs Solidarité au Point Fort d’Aubervilliers (Seine Saint-Denis) ce samedi 13 juin.
On ne parlera jamais assez de l’engagement d’Emmaüs Solidarité, qui lutte au quotidien depuis près de 70 ans contre l’exclusion des « personnes qui rencontrent des difficulté sociales. ». L’accueil constitue l’ADN de l’association, comme en témoigne cette quatrième édition du Festival Emmaüs Solidarité, où l’on s’est senti·es submergé·es par un puissant sentiment de communauté et d’esprit de famille.
En sortant de la station Fort d’Aubervilliers un samedi après-midi, les bruits, la musique et les rires nous guident vers le Point Fort. Sur un premier stand, un drapeau palestinien flotte au vent. Nous y reviendrons plus tard : pour l’instant, la basse d’un baile funk résonnant sous le chapiteau nous appelle.
Entre concerts, stand-up, performances et braderie, le Festival Emmaüs Solidarité défend le droit à la fête pour toutes et tous, à tout âge. Sur scène, des ateliers de danse réjouissent le public, qui se met à sautiller et à reproduire à la perfection les pas de « 1er Gaou » de Magic System. Le MC continue d’encourager les enfants qui courent dans tous les sens — surtout vers la gauche —, passant du stand de maquillage à celui des strass dentaires.
Suivant le mouvement, nous faisons la rencontre de Leïla sur le stand de La Cuisine de Souad, restaurant qu’elle a fondé avec son frère, Tarek. Elle nous raconte que leur établissement, qui proposait une cuisine marocaine engagée, faite maison, bio et vegan, a fermé il y a quelques mois. En cause, selon elle, le mécontentement d’un touriste face aux marques visibles du soutien du restaurant à la Palestine.
Au-delà de son activité de restauration, le projet portait également un programme d’insertion offrant des opportunités professionnelles à des personnes confrontées à l’isolement social. Désormais, l’équipe poursuit l’aventure sous forme de traiteur, de festival en festival. Le drapeau palestinien aperçu à l’entrée du site prend alors tout son sens. Le Festival Emmaüs Solidarité apparaît ainsi aussi comme un tremplin pour des restaurateurs et restauratrices en difficulté.
Le festival ne s’appelle pas Emmaüs pour rien : place à la braderie. Tout le monde gravite autour des nombreux stands dédiés aux vêtements de seconde main. Des particuliers qui vendent leurs fringues aux petits commerçants qui chinent le matin pour revendre l’après-midi, on déambule entre les étals et l’on finit par se laisser tenter par une paire de bottes farfelues.
On découvre aussi de jeunes créateurs et créatrices de vêtements et de sacs, comme Larba Eco-Design, dont la démarche vise à célébrer et revaloriser le savoir-faire artisanal afro, en lui redonnant la place et la reconnaissance qu’il mérite, dans le respect de la nature et des artisan·es.
Côté musique, l’énergie du latin lover Sergio Alejandro et de ses trois danseurs est palpable, portant ainsi une identité musicale hybride entre reggaeton, pop et dancehall. Le public se laisse ravir par son interprétation de “All For U (Ameyatchi)” certifié disque d’or en 2023, signé sur le label Can’t Stop productions, pionnier du disco et de la musique dance. A 22h15, c’est la DJ Tatafio qui finit par faire bouger tout le monde, en dialoguant entre grooves afro, caribéens et électro.
En passant devant des enfants endormis et des couples enlacés, on se faufile discrètement vers la sortie du festival, les sacs remplis de vêtements chinés, les pommettes scintillantes et les oreilles comblées.
Mais cette journée aura surtout été l’occasion de se réunir, d’échanger des sourires, des rires, quelques mots et quelques pas de danse. Emmaüs Solidarité, ce n’est pas seulement l’organisation de maraudes ou l’accompagnement des personnes en situation de précarité : c’est aussi la création d’espaces culturels comme ce festival, dont la quatrième édition confirme toute la pertinence.
Car la fête et la culture ne sont pas des privilèges, mais des droits. Elles participent à la construction d’une identité collective, nourrissent le sentiment d’appartenance et créent les conditions de la rencontre.

