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Bergen & Erlend Oye

Un voyage pop dans la ville norvégienne au travers du trajet de son emblême musicale

Par Jean Morel

Bergen. Une enclave géographique méconnue pour les géographes en bois que nous sommes, une bourgade norvégienne où les fondations architecturales semblent construites sur des portées de notes et où pullulent les talents qui semblent y naître du néant. 

Bergen. Une enclave géographique méconnue pour les géographes en bois que nous sommes, une bourgade norvégienne où les fondations architecturales semblent construites sur des portées de notes et où pullulent les talents qui semblent y naître du néant. 


Deuxième ville de Norvège avec 252 051 habitants, autant dire un patelin, Bergen est depuis les dix dernières années un vivier musical hors normes. Avec un son identitaire fort. 


 
Parce que depuis une décennie des sensations pop électroniques affluent en Europe depuis cette bourgade au point que la presse musicale anglaise menée par son leader à l’emballement parfois un chouïa excessif, le NME, évoquait au début des années 2000 une « Bergen Wave » notamment autour d’un label influent à l’époque : Tellé Records.  Il faut reconnaître qu’une émulation musicale semble s’effectuer dans ces contrées frigorifiques, autour d’une recette simple mais efficace : une bonne dose de groove, le tout clairsemé d’envolées synthétiques que surplombe une voix qui semble encore se tâter à muer.


Mais Bergen semble avant tout être l’évidence d’une mélodie, destinée à frapper immédiatement. Véritables tubes de mouchoir et pop de chambre, qui ne cessent de tourner en boucle dans les iPod une fois qu’on a mis l’esgourde dessus.


 
La figure de proue de ce tropisme musical est Erlend Oye, petit rouquin à grandes lunettes et dont les trouvailles pop-classe sont bien trop grandes pour ses épaules. Avec son compatriote  Eirik Glambek Bøe, lui aussi natif de Bergen, Il forme un groupe à l’âge de quinze ans qui deviendra plus tard Kings Of Convenience.  


En trois albums, Kings Of Convenience balaye un répertoire de pop-folk songs graciles et intimistes, aux paroles d’une simplicité totale, mais dont la candeur séduit instantanément. Trois albums qui obéissent à la même recette Quiet Is The New Loud qui les fait connaître en 2001. Riot On An Empty Street en 2004, dans lequel la chanteuse Feist fait une brève apparition. Puis en octobre 2009 Declaration of Dependence, pour fermer un tiercé qui apporte une lumière neuve sur la ville originaire de ces joyaux à peine polis.

 
Car des facettes, le joyau Erlend Oye en possède plusieurs. En parallèle de ses élucubrations folkiennes, le petit bonhomme s’amourache de la composition électronique, Bergen est trop petite pour son talent et en voyageant à travers le monde grâce aux tournées, il enregistre un album d’électronica, Unrest, en 2003 et se produit sur scène comme un DJ, chantant sur les compositions, comme en témoigne sa compilation DJ-Kicks sortie en 2005. 
 
 
En 2006, Il s’installe à Berlin et fonde un groupe, The Whitest Boy Alive qui devait être dans la mouvance électronique à l’origine mais mute rapidement en une formation se défiant de la musique programmée, et opérant comme un groupe de scène. Le groupe créé son propre label  Bubbles et fait paraitre Dreams. Un album concentré de pop ayant laissé décanter la formule élaborée pendant des décennies, pour en extraire l’essence et où figure une pépite pop des années 2000, Burning, dont la composition n’a rien de révolutionnaire si ce n’est le don de faire se soulever les jupes des filles.
 
 
En 2009 suivra un second album plus électronique mais tout autant jouissif, et un succès nettement plus au rendez-vous…

Vous l’avez compris Erlend Oye fait corps avec sa ville, où il s’est à nouveau installé, et avec la scène locale, dont la proximité constitue un rapport presque familial comme nous l’avait confié Kakkmadafakka lors de leur apparition à Nova. 
Erlend devient le  maire musical de la ville et la plaque tournante de l’ensemble des productions. C’est ainsi qu’un autre des immenses groupes installés dans cette ville remixe les morceaux de Kings Of Convenience et pas des moindres, j’ai nommé Röyksopp, Le duo électronique a connu un succès important à travers le monde, tous ses albums se classant numero 1 en Norvège.
 

S'il s’est essayé à différents registres, aussi bien l'ambient, la house, que la synthpop, c’est toutefois dans un registre de funk synthétique qu’il a produit l’un de ses morceaux les plus groovy, This Space (ci dessous), faisant de Bergen la ville la plus chaude des pays nordiques, un peu comme le Gini pour les boissons froides.


Il est bien difficile de tenter d’expliquer cette émulation géographique, cette science infuse de la rythmique qui émane de ces contrées. Néanmoins l’alchimie musicale d’un certain nombre de groupes se cristallise véritablement autour le de la personnalité d’Erlend, quand les canards anglais se focalisaient davantage autour de Datarock, eux aussi originaires de Bergen.

En effet, au-delà de ses propres talents de musiciens, Erlend a contribué à mettre en avant la scène musicale de sa ville natale, qui sont tous des amis avec lesquels il jouait dans les bars, notamment le café Opera. Il playliste ainsi Annie, qui contribue elle aussi à faire la renommée de la ville, ou encore CasioKids, (dont le tube Fot I Hose a largement tourné sur les ondes de Nova, et qui viennent de sortir un excellent nouvel album), dans ses DJ sets.
 

Il emmène surtout avec lui en tournée ses potos du coin, dont The New Wine, auteurs d’une ribambelle de micro-tubes synthétiques très inspirés des compositions du maître, à l’instar de ce I Had to Tell You, saisi au coeur sur le groove, chaleureux et éminemment dansant, issu de leur premier EP préfigurant l’album paru l’année dernière.
 

Enfin 2011 a encore été l’année de Bergen, car un nouveau disque à l’éclat digne d’une aurore boréale nous est parvenu de cette ville dont la fraîcheur doit forcer le rapprochement, Kakkmaddafakka ça vous dit quelque chose ? Ils sont passés en live chez Nova. Eh bien rebelote ça vient de Bergen. Hest, un album concentré de tubes, efficaces et drolatiques, comme renouvellement perpétuel d’une scène qui continue d’envoyer au compte-goutte ces pépites synthpop irrésistibles.


Un nouveau miracle norvégien ?


Ah oui au fait, c’est Erlend Oye qui a chapeauté l’ensemble de la production de cet album et qui l’a sorti sur son propre label Bubbles… 


Il semblerait donc que ça vaille la peine d’aller voir à quoi ça ressemble là-bas, or, ça tombe bien, il y a chaque année un festival qui s’y déroule qui a l’air fort sympathique, et qui promeut la scène locale. Ca doit être rudement chouette.