Direction le Parco Dora, avec plus de 130 artistes et un line-up qui va de la techno aux pères fondateurs de la house. Retour sur le Futur Festival.
Pour sa 13e édition, le Futur Festival a repris ses quartiers au Parco Dora, l’ancienne friche sidérurgique devenue le plus beau terrain de jeu de l’électro européenne. Six scènes, du plus sec des kicks techno à la plus soyeuse des house, et la chaleur turinoise en prime. Voici, dans l’ordre du week-end, ce qui nous a retournés..
Ed Banger en ouverture
Autant vous prévenir, je ne suis pas objectif. Quand j’ai vu débarquer Busy P et Tatyana Jane pour un b2b (à trois avec Diplo), je savais déjà que ce serait mon coup de cœur. Pedro Winter, patron d’Ed Banger et ancien manager d’un certain duo casqué, c’est une partie de l’ADN de la french touch à lui tout seul. Et à ses côtés, Tatyana Jane. Première signature féminine du label en vingt ans et un nouvel EP tout frais, Discordia, où elle fait dialoguer la bass music, le baile funk et le bend-skin camerounais de son enfance. Un beau b2b2b, fierté nationale section platines.
Place aux diggers
Changement de température avec Floating Points b2b Palms Trax. Sam Shepherd, alias Floating Points (le monsieur qui a un doctorat en neurosciences et qui a signé un album culte avec Pharoah Sanders et le London Symphony Orchestra) a rangé les nappes cosmiques du live qu’il nous avait offert l’an passé pour repasser en mode fouineur de vinyles. Face à lui, Palms Trax, sélecteur berlinois au crate-digging redoutable. Deux obsessionnels du disque rare qui creusent, couche après couche, une house lumineuse. Finalement le plaisir un peu geek de deux types qui s’échangent des pépites comme on s’échange des cartes Panini.
Dans le même registre d’élégance, il y a eu Avalon Emerson. L’Américaine s’est fait un nom sur des DJ sets fleuves façon Berghain avant de bifurquer vers la pop synthétique (son deuxième album sous le nom Avalon Emerson & the Charm, Written into Changes, est sorti en mars). Autant dire qu’on était curieux de la retrouver derrière les platines, là où tout a commencé pour elle. Et elle n’a rien perdu de sa science du build-up. Clin d’œil maison d’ailleurs : quelques semaines plus tôt, David Blot et Malou Malerin la recevaient dans le Nova Club. La boucle est bouclée.
Puis le tempo s’est emballé. Interplanetary Criminal, de son vrai nom Zach Bruce, est le fer de lance de cette nouvelle vague de UK garage qui a envahi les clubs britanniques. Le mec qui a collé un numéro un au Royaume-Uni avec « B.O.T.A. » ne fait pas dans la dentelle : speed garage, bassline, 2-step, ça part vite et ça tape fort. Une demi-heure dans son set et les jambes le comprennent très bien.
Four Tet b2b Skrillex, le sommet
Et puis il y a eu LE moment. Celui pour lequel la plus grosse foule du week-end s’est agglutinée. Four Tet b2b Skrillex. Sur le papier on a Kieran Hebden, le Britannique de la folktronica jazzy et minimaliste et Sonny Moore, la superstar américaine du dubstep élevée à l’emo-core. Tout les sépare : l’âge, la coupe de cheveux, leurs drops. Pourtant, ces deux-là se cherchent depuis des années (déjà un b2b au Warehouse Project en 2019, un passage par Coachella, une nuit entière à San Francisco au réveillon dernier). Et quand ils se retrouvent aux platines, il n’y a plus de hiérarchie, plus de star, juste deux passionnés qui se passent le relais en souriant. La retenue chirurgicale de l’un, la puissance de tractopelle de l’autre, et au milieu une foule complètement hystérique.
Daphni et le fantôme de l’an dernier
Joli hasard de programmation : l’an dernier, c’est Caribou qui fermait notre festival tout en douceur. Cette année, c’est son alter ego dancefloor, Daphni, qui a pris le relais. Même homme (Dan Snaith, l’ancien matheux devenu magicien de l’électronique) mais version plus brute, plus bouclée, plus club. Preuve qu’un même cerveau peut te faire planer un soir et te faire sauter le suivant.
Les papas de la house font l’école
Enfin, le Futur Festival n’a jamais oublié d’où vient toute cette musique et le festival a déroulé le tapis rouge à la génération fondatrice : Lil Louis, pionnier de la house de Chicago, Chez Damier, gardien du son de Detroit, et Joe Claussell, prêtre de la deep house spirituelle new-yorkaise et des nuits Body & Soul. Les voir enchaîner leurs classiques dans ce décor d’acier, devant des festivaliers qui n’étaient même pas nés quand ils inventaient le genre, c’était un peu comme assister à un cours magistral.
Pour prolonger le week-end, gardez un œil sur nos réseaux : on vous emmène en balade dans le Parco Dora avec Busy P et Tatyana Jane.

