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Soulwax à la Salle Pleyel : une machine live bien rodée

par Louis Herbé Léonardi

Publié le 20 janvier 2026 à 10 h 22 min
Mis à jour le 20 janvier 2026 à 14 h 53 min

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Ce vendredi 16 janvier, Soulwax faisait son retour en France pour une unique date à la salle Pleyel, à Paris. Récit d’une épopée électronique.


Sur le trottoir, le temps d’une dernière cigarette, dans le grand hall tapissé de moquette rouge ou encore dans la (très longue) file d’attente pour tenter d’attraper une bière à la volée — comptez 12 euros pour une pinte de blonde — le public donne immédiatement le ton. Une assemblée élégante et très majoritairement issue de la génération X (à savoir la cinquantaine bien installée), mêlant fidèles de la première heure, amateurs de musiques électroniques et quelques visages familiers du paysage culturel parisien. Quelques 18–25 ans et des familles viennent compléter le tableau. Depuis peu ouverte aux musiques actuelles et électroniques, la salle Pleyel (dont la programmation est historiquement plus tournée vers la musique classique) semblait toute désignée pour accueillir Soulwax, toujours aussi branchés.

Fondé dans les années 1990 par les frères David et Stephen Dewaele, Soulwax — également connus sous leur alias 2manydjs — développe une approche musicale hybride entre rock, électro et musique club. Le groupe s’est imposé avec des albums devenus références comme Much Against Everyone’s Advice ou Nite Versions, des remixes novateurs, et de nombreuses collaborations, notamment avec Justice, LCD Soundsystem ou encore Tiga. Entre productions singulières et performances live très construites, Soulwax bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance internationale bien installée.

Les deux frères achèvent ici une mini-tournée européenne (Manchester, Londres, Pays-Bas), dont Paris constitue l’unique étape française. Une tournée lancée à l’automne, dans la foulée de la sortie de leur nouvel album All Systems Are Lying, publié en octobre dernier et pour lequel l’équipe du Nova Club s’était déplacé, profitant de cette occasion pour aller rendre visite au duo, à domicile dans la ville de Gand. 

Quelques semaines auparavant, c’est à Bruxelles, leur ville natale, que Soulwax avaient inauguré ce nouveau cycle, avec trois concerts complets aux Halles de Schaerbeek. Une manière logique de présenter ce nouveau disque sur leurs terres, avant de l’emmener sur les routes. Malgré des périodes parfois longues entre deux albums studio, les Dewaele restent omniprésents : par le biais de DEEWEE, leur label, ils se posent en dénicheurs de talents et portent des artistes désormais incontournables, à l’image de Marie Davidson. 

À 21h précises, le concert débute. La scénographie est désormais bien identifiée : trois batteries installées sur des échafaudages métalliques, face au public, dominent la scène. Derrière les fûts, des musiciens reconnus — Igor Cavalera, Aurora Bennett et Blake Davies — forment un impressionnant mur rythmique qui libère une énergie impressionnante, parfaitement synchronisée avec les séquences électroniques des Soulwax. À leurs côtés, Stefaan Van Leuven à la basse (membre historique du groupe) et Laima Leyton au chant complètent le dispositif. Au centre, Stephen et David pilotent leurs machines, dont la sobriété et la précision évoquent l’héritage de Kraftwerk. Il n’est d’ailleurs par rare de voir Stephen pousser la chansonnette. Avec sa voix suave, il donne un relief intéressant aux sons métalliques de la setlist. Les frères Dewaele ne sont pas des showmen, et la voix de David, lorsqu’il s’aventure au micro, peut parfois sembler un peu en retrait ; des limites largement éclipsées par l’élégance du duo et la finesse de sa scénographie.

Dès les premières minutes, la dynamique est claire : une montée rythmique progressive, soutenue par des lignes de synthé répétitives et des basses très présentes. Le son est dense, immédiatement identifiable. Soulwax évolue ici dans un territoire familier, à la croisée de l’électro, du rock et de l’héritage club, avec des influences 80s et 90s assumées. 

Un court moment explicatif vient éclairer l’installation. Une voix — dont la diction rappelle fortement celle de Chilly Gonzales, sans que son identité ne soit explicitement confirmée — détaille le fonctionnement des machines centrales : quatre contrôleurs capables de piloter simultanément plusieurs synthétiseurs, et qui permettent, par exemple de naviguer entre les boucles acid de la TB-303, ou encore les basses grasses du mythique Korg MS-20. Cette parenthèse pédagogique rend la performance d’autant plus lisible et renforce la dimension artisanale du projet, les contrôleurs ayant été spécialement conçus pour l’occasion par la marque Hackin’ Toys.

Le set alterne alors entre nouveaux morceaux issus de All Systems Are Lying et réinterprétations de titres emblématiques, souvent présentées sous forme de mashups, clin d’œil direct à l’esthétique 2manydjs. Des fragments de « E Talking », « NY Excuse », « Krack », « Miserable Girl », « Beatbox » ou encore « Any Minute Now » (dans sa version Nite Versions) surgissent, fondus dans des boucles plus technoïdes. C’est le fameux son « Soulwax ». La setlist est exigeante et privilégie davantage la continuité et la tension plutôt que la juxtaposition de « tubes ». 

Progressivement, la salle se transforme. Malgré les différents niveaux de la Salle Pleyel, aucune frontière ne subsiste : du parterre aux balcons, le public finit par se lever et danser à l’unisson. Le morceau All Systems Are Lying agit comme un déclencheur, confirmant l’efficacité du nouvel album en contexte live. Pensé comme un album rock sans guitares, construit autour de batteries live, de synthés analogiques et de voix traitées, le disque trouve ici une dimension plus directe, plus organique.

La fin du set puise dans l’histoire du groupe, avec notamment « Conversation Intercom », seul titre issu de Much Against Everyone’s Advice, rappelant les racines indie rock de Soulwax. Une filiation assumée, que l’on retrouve aussi dans « Teachers », leur hommage aux figures qui ont façonné leur culture musicale.

À 22h19, le concert s’achève, après un rappel concis mais efficace. La Salle Pleyel, habituellement associée au classique, aura ce soir pris des allures de club géant. Pour cinquantenaires, certes. Mais tout de même.
Trente ans après leurs débuts, Stephen et David Dewaele confirment leur singularité : celle d’un groupe capable de faire dialoguer musique live, culture DJ et expérimentation électronique, sans jamais figer sa formule. Une performance solide et parfaitement maîtrisée. 

Un moment charnière dans la carrière des Soulwax ? Laissons l’avenir faire son travail. Mais on ne se fait pas de soucis.. 

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