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Raja Meziane

Raja Meziane, la rappeuse algérienne qui chante contre le système

Le portrait de Néo Géo, par Reza Pounewatchy.

Par Reza Pounewatchy

Dans Néo Géo, Reza Pounewatchy fait le portrait de Raja Meziane, rappeuse algérienne qui dénonce la politique de son pays et dont les chansons sont reprises en choeur dans les manifestations que connaît actuellement l'Algérie.


« Nous voulons une République...
Une démocratie populaire... pas une monarchie.
Les gens ont assez souffert, ils en ont marre de vous.
Nous sommes le déluge.
Vous feriez mieux de déguerpir, bande de voyous
».

C’est dans les grandes lignes ce qui ressort du refrain en Arabe du morceau « Allô le système » scandé par Raja Meziane, et qui compte depuis sa publication sur YouTube plus de 7 millions de vues. Un succès viral qui ne semble pas près de s’arrêter…

Tout a commencé le 4 mars dernier, soit dix jours après les premières manifestations contre un cinquième mandat du président algérien Abdelaziz Bouteflika. Alger décide de battre le pavé. De quoi donner à la capitale une atmosphère « étrange » mais « déterminée » selon quelques témoins.  Les images de liesse que l’on voit depuis le début des protestations parlent d’elles-mêmes.

Ces mêmes images sont reprises dans le clip « Allô le système » de Raja Meziane. L’artiste, elle, y figure seule devant un téléphone public, combiné à la main, en plein monologue. D’où le titre. Une lettre au président et à un système qui a mis à sac sa population, à en lire ses paroles :

« Vous avez écrasé l’enseignement, réduit la jeune génération à l’abandon
La "Société" est bloquée, malade
La culture est absente
Le peuple fuit le pays dans des barques
Et vous, vous vous croyez éternel
Vous nous avez enterré vivants et laissé les morts gouverner 
».

Raja Meziane

Raja Meziane n’a pas pu manifester avec ses compatriotes. Elle fait partie de ceux qui ont quitté leur pays natal. Car l’artiste n’est pas une inconnue dans son pays.

En 2007, Raja Meziane a 19 ans. Elle se fait remarquer dans l’émission Ahlane Wa Chabab, un équivalent algérien de la Star Academy. Sa voix douce et ses prestations ,qui naviguent entre rap, pop et chaâbi, la propulsent finaliste de la compétition.

À côté de ses tours de chant, la jeune femme continue ses études de droit. Car si sa carrière de chanteuse ne décolle pas, elle sera avocate. Un déterminisme doublé d’une jolie frimousse qui fera d’elle la coqueluche de tous les médias algériens. Un rond de serviette qu’elle va néanmoins perdre lors de la sortie de son deuxième album. Le pays découvre alors une chanteuse engagée. L’artiste dénonce la corruption, le désarroi d’un peuple.

Les responsables du secteur de la culture n’ont pas fait que bloquer ma carrière artistique, mais aussi ma profession d’avocate.

 

Raja Meziane s’exile alors à Prague. Là, elle continue sans entrave à écrire des textes engagés en hommage aux gazaouis ou à la mémoire des esclaves partis de l’ile de Gorée. Et elle n’oublie pas l’Algérie. D’où son récent coup de fil rappé au bled repris en choeur en manifestations. Quand on demande à Raja Meziane d’où vient sa colère. Elle répond qu’elle la tient de son père disparu, ancien professeur dans sa ville natale de Marnia, proche de la frontière marocaine. Des propos qui ne font pas l’unanimité car Raja Meziane a évidemment des détracteurs, même dans sa propre famille. Dès ses débuts télévisés, les frères de son défunt père se sont indignés que la jeune fille salisse l’image de la famille.

En attendant un remplaçant d’Abdelaziz Bouteflika et de son entourage, les protestations et les chants populaires continuent. Comme le disait récemment le journaliste franco-algérien Nazim Bellabdelwahab, « après la révolution politique, viendra celle des esprits ».

Le Néo Géo du dimanche 17 mars, c'est en podcast.

Visuel (c) https://twitter.com/RajaMeziane