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Sont fous ces philosophes !

Sont fous ces philosophes !

Exclusif : Kant préface le nouveau livre d'Yves Cusset

Par Quentin M

A la sempiternelle question “Peut-on rire de tout ?”, Yves Cusset répondrait sans doute ni détour : “oui, on peut rire de tout, mais par-dessus tout de la guilde des esprits torturés qui posent ce genre de questions imbittables”. Ces fous alliés, adeptes des problèmes sans sexes ni têtes, ça fait bientôt 2500 ans qu’on les nomme philosophes.

Littéralement, les amoureux de la sagesse.

Le problème – car il en faut toujours un en Philo pour ne pas paraître aussi sot que Sophie – c’est que ça fait belle lurette que la sagesse se rit de ces érastes aux lourdes avances. Un problème que Socrate, en bon amant éconduit, avait compris très tôt. Raison pour laquelle il affirmait sans cesse ne rien savoir sinon, justement, savoir qu’il ne savait rien. Un savoir du rien savoir… Ca commençait mal ! Et ça n’a fait qu’empirer après la mort du premier “official” de la philosophie européenne par cul sec de ciguë (ne pas reproduire).

Source : petrif.fr

Avatar moderne de ce fanatisme du rien savoir, Yves Cusset n’est pas seulement philosophe ; il est également humoriste. Dans La vie rêvée des philosophes, Biographies extravagantes, un ouvrage qui conjugue à merveille les deux tares susmentionnées de l’auteur, Cusset pose un regard amusé et empreint d’une tendre complicité à l’endroit de ses prédécesseurs. Le livre est servi par une solide culture philosophique et, ce qui ne va pas forcément de pair, par une bonne connaissance de la vie, la vraie, des philosophes. Cela dit, l'ouvrage emprunte davantage au style d'un Raymond Devos qu’à la verve masochiste de l’agrégatif moyen.

Qu’est-ce à dire ? exigera de savoir la “mulm” – la mule de la rue d’Ulm – effarouchée par ce parti pris hétérodoxe. C’est-à-dire, chère Mulm, que malgré sa science le docteur Cusset aborde la vie mi-figue mi-raison de ses sujets historiques sans le moindre sérieux. Alors, certes, en plus d’errer hors du sens commun, ces biographies sont étayées par des histoires et des anecdotes, sinon avérées, du moins communément admises sur la vie des philosophes.

Mais c’est toujours pour les mieux travestir qu’il y a recours. A coup de jeux de mots, calembours et autres contrepèteries tordantes, Cusset joue avec la vie de ces figures panthéonisées et ironise à l’endroit de leurs concepts massifs. 

C’est pourquoi cet ouvrage drôle, sarcastique et iconoclaste – destructeur facétieux de la rigueur et de l’assiduité mythologiques des philosophes – n’est pas réservé aux professionnels de la fuyante sagesse (étudiants, professeurs…etc) mais à toute personne qui s’intéresse de près ou de loin à la philosophie.

En pratique, et en chiffres, le livre prend la forme d’une compilation d’articles : 184 pages en tout, 4 à 6 pages par philosophe, 35 philosophes classés par ordre alphabétique (d’Arendt à Wittgenstein). Tout y passe : 

le côté canin mais pas très câlin de Diogène le Cynique

le nez sensible de David Hume

le fameux « je brille donc je suis » de BHL,

 la ponctualité quasi pathologique de Kant … et c’était Râ.

Kant qui, soit dit en passant, signe la préface du livre (véridique !). D’aucuns murmurent qu’il aurait remplacé Platon au pied levé, car ce dernier galérait à sortir de sa caverne... Une galère dans une caverne, on n'y croit moyennement. Mais comme disait le bien-nommé Burke, ce qu'il y a de bon dans le préjugé, ce qui fait qu'on le chérit et qu'on l'aime, c'est qu'il est toujours prêt à servir. Voilà c'est servi !  

N'en disons pas plus, manquerait plus qu'on gâche la surprise.

Ah si, un dernier mot… Un BIG UP à vrai dire :

Michel, Gilles, Jacques et Pierre, les prestigieux quat’z-amis de la French Connection, à qui Yves Cusset dédicace un audacieux « petit rap rhizomatique ». A vous de retrouver les noms de famille à partir de cet extrait : 

"Tagada, Tagada, voilà les Dalton,

Gilles et Jacques, Pierre et Michel,

Tagada, Tagada, la French Connection 

Rien ne les empêche de commett’ leurs forfaits

Mais tout en discrétion, c’est ça le crime parfait :

Déconstruction, dissémination, distinction,

Biopolitique, différance, reproduction,

Grammatologie, glas, percept, rhizomatique,

Archéologie, anatomo-politique,

Objectivation du regard objectivant,

Eclatement du trio Moi-Papa-Maman,

Gouvernementalité,hospitalité,

Epistémè, inconditionnalité, yeah !

Voici de leurs méfaits le beau vocabulaire,

Planté dans le séant des grands réactionnaires.