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MEKAS, pape du cinéma underground ?

MEKAS, pape du cinéma underground ?

New York, années 50... Le réfugié Lituanien Jonas Mekas a tout capturé, devenant l'inventeur du carnet de voyage filmé

Par Jean Rouzaud

Jonas Mekas, réfugié lituanien, arrive à New York en 1949 avec son frère Adolfas. La guerre les a chassé, ils ont été réfugiés dans des camps américains, et ils en ont vu ..

Né en 1922, Poète,  Mekas va tenter de se réenraciner dans la grosse pomme à 27 ans. Il vit à Williamsburg, avec d’autres réfugiés de l’est ravagé de l’Europe, polonais ou autres russes... Il travaille en usine.

Fou de poésie, d’images, il envoie  des scénarios à Hollywood mais devant l'absence de réponse, il s’achète une caméra Bolex et se met à tourner frénétiquement tout ce qui l’entoure : amis, rues, passants..

En 1954, il crée « film culture », un magazine tourné vers le cinéma européen, et très vite aussi vers le cinéma américain indépendant, dit Underground ou expérimental... Dés 1958, Jonas Mekas a sa chronique dans le « Village Voice » ..

 

En 1960, Mekas aide à fonder le "New american cinéma group", en dehors de l’industrie mainstream, puis en 1962, la "Film maker’s Cooperative", société de distribution dirigée par les cinéastes eux-mêmes qui, huit ans plus tard deviendra, avec le développement du cinéma indépendant, des réseaux parallèles, de la free press, l’"Anthology Film Archives" avec Peter Kubleka, Adam Sidney et Stan Brakhage.

Nous sommes en 1970 : Ils vont devenir les mousquetaires du cinéma dit Expérimental. Mekas fréquente les écrivains et poètes Beat, Warhol et sa bande, Barbet Schroeder (qui vient de tourner « More » à Ibiza et Formentera) et des tas d’artistes de Manhattan, du Village et les écrivains, poètes.. Ginsberg revient d’Inde et des Hare Krishna défilent dans les rues avec les anti-guerre du Vietnam .

Le mouvement hippy est fatigué, mais l’underground tient bon .

Mekas a été influencé par le mouvement « Fluxus « de George Maciunas, ou sont passés les musiciens John Cage (le minimaliste), et John Cale (futur Velvet), La Monte Young (musique répétitive), Marianne Zazeela (light Shows), Volf Vostell (activiste viennois), Nam June Paik (l’empileur de télé), John et Yoko ou encore Ben et Arman qui ont fait circuler Fluxus jusqu’à Nice !

Grace à lui, on peut voir des films rares de Stan Brakhage, Kenneth Anger, John Cassavetes, Maya Deren, Jack Smith.. (renseignez-vous sur ces génies fondateurs du cinéma indépendant ou expérimental, ils influencent encore notre goût aujourd’hui !)

Warhol allait en regarder pendant des heures, ce fut son école d’art.

Jonas Mekas lui–même, dès le début des années cinquante, s’est mis à tourner tout ce qu’il voyait à New York, Brooklyn, Williamsburg ..

Lui le réfugié, le déraciné, voulait tout rattraper du vide de la guerre : curieux de tout, il nous offre des séquences impressionnistes de la ville dans laquelle il s’intègre. Un défilé, une manif, un chantier, des enfants noirs habillés en dandies, des passants, des artistes plus ou moins connus, des amis, un breakfast, un pique-nique, une ballade dans la neige …

 

Une nouvelle vie, et des milliers de bobines des magasins de trois minutes de sa caméra Bolex. Il croit en l’instant et ses images fugitives nous restent dans les yeux : un visage, un chat, un trottoir osur lequel passent des gens comme il n’y en a plus. Des ambiances ou autres lieux qui ont disparu.

Il ira au port filmer d’autres réfugiés, jeunes ou vieux, il retournera en Europe, à Hambourg dans son camp de travail, et en Lituanie dans sa ferme Kholkoisée ! Il y a sa mère son frère et sa sœur.. Toujours là !!

Partout ou il passe, Côte d’Azur, Italie, Vienne, il trouve toujours à filmer par bouts, en laissant sa caméra posée, ou par rafales, ou séquences, puis une voix off, ou de la musique.. du classique ou Lennon chantant... Mekas a filmé des rencontres, la montée des années soixante : manifs, Vietnam, pop culture, mouvements parallèles et artistes.. Des poètes tout comme lui, les Beat, puis le mouvement Fluxus, puis Pop, puis Rock..

A force de filmer l’Amérique et surtout New York, de retrouver et de conserver TOUS les films d’artistes, il se réintègre dans une existence, un projet, et protège ses semblables. Son âme de poète nous offre ainsi la plus grande ballade possible au 20eme siècle  

( copyright photos : Jonas Mekas 2012) 

 

_Coffret de 6 films-clés de Jonas Mekas. Editions Potemkine, agnès b. Fonds de dotation et Re : Voir

_ Allez voir les RV sur le site du centre Pompidou, en Janvier 2013

+ Londres :

_Serpentine Gallery : des projections, photos, rencontres. 

La plus grande rétrospective sur Mekas. Voir leur site 

+ Mexico: rétrospective festival cinéma universitaire..