Aller au contenu principal
Garance Marillier : intense et précise, la révélation du film "Grave"

Garance Marillier : intense et précise, la révélation du film "Grave"

Présentation de la jeune artiste, adoubée à Cannes.

Par Faustine Kopiejwski
Adoubé à Cannes lors de la Semaine de la critique, Grave, le premier long-métrage au cinéma de Julia Ducournau, sort en salles cette semaine. On a rencontré son actrice principale, Garance Marillier. 
 

Sans la profondeur intellectuelle et la maîtrise technique de sa réalisatrice Julia Ducournau, Grave aurait pu être un film de genre avalé et digéré à la vitesse d’une pizza. Un film sans conséquence, un film pas grave. Mais si Grave imprime autant la rétine que l’encéphale, c’est aussi grâce à la performance intense et précise de son actrice principale, Garance Marillier. À 19 ans, la lycéenne a appréhendé et endossé le rôle de Justine, adolescente qui se découvre cannibale, jusque dans ses moindres nuances physiques et psychologiques. Cette dernière en est convaincue, Grave n’a rien d’un film d’épouvante. D’ailleurs, elle-même avoue ne jamais regarder de cinéma d’horreur: “Je suis vraiment une flipette, grave.”

Au cours des années qui auront servi à l’écriture de Grave, faire appel à Garance Marillier pour donner corps à Justine est devenu une évidence.

Grave est, pour ainsi dire, l’aboutissement d’une première vie de cinéma pour Garance Marillier, qui a débuté à l’âge de 13 ans, alors qu’elle était un “garçon manqu锓rebelle” et “insolente” avec sa famille. Sa mère, qui cherchait un moyen de la canaliser, a un jour l’idée de l’inscrire à un casting, “en mode ‘va faire ton cinéma ailleurs’. Garance Marillier s’y présente à reculons. Il s’agit d’un court-métrage intitulé Junior. Derrière la caméra, une fille “hyper charismatique et hyper belle” fait passer les essais. Elle provoque Garance, appuie là où ça fait mal, cherche à déclencher des émotions. “T’as vu comment t’es habillée, t’es une bouffonne”, lui lance-t-elle. C’est un jeu, bien sûr, mais Garance n’a pas le recul nécessaire. L’ado mal dans ses pompes se prend ces attaques en pleine face. “Quand je suis sortie de là, je la détestais”, se rappelle Garance Marillier. Avant d’ajouter: “Je ne savais pas que c’était la réalisatrice.” Voilà pour la première rencontre avec Julia Ducournau.


Si l’actrice dit de la réalisatrice qu’elle aime “la fidélité” et préfère travailler, d’un film à l’autre, avec les mêmes équipes, elle n’a pas attendu que Julia Ducournau la rappelle après leur collaboration sur Junior pour se mettre sérieusement au boulot. Malgré ses airs détachés et sa diction traînante, Garance Marillier est une jeune femme déterminée qui érige le travail et la technique en valeurs fondamentales. Lorsqu’elle comprend, sur le tournage de Junior, qu’elle se sent bien au milieu des caméras, elle décide immédiatement de s’inscrire dans une école de théâtre, L’école du jeu, qu’elle fréquente encore assidûment à l’heure actuelle: “Être à l’aise ne suffisait pas, j’avais envie de me construire une vraie technique pour être capable de tout jouer.” Rigoureuse, elle aime aller au bout des choses et, si elle avoue que le lycée n’est pas son truc, elle met un point d’honneur à passer son bac avant d’envisager la suite.

Laquelle ne s’écrira pas forcément avec Julia Ducournau. Garance Marillier a beau entretenir avec cette dernière une “relation totalement fusionnelle sur les plateaux” et être très proche d’elle dans la vie, elle précise que “Le but n’est pas de faireTruffaut et Jean-Pierre Léaud. Timide, la jeune femme rechigne à citer des noms de réalisatrices ou réalisateurs avec lesquels elle aimerait travailler, craignant que cela passe pour des “appels de phare” et préférant être repérée pour la qualité de son travail.

Pour l’heure, elle défend Grave sans trop se coller la pression. “Ce qui m’intéressait, c’était de tenir le personnage, pas spécialement le haut de l’affiche”, affirme-t-elle. Pour pouvoir jouer un rôle aussi intense sans devenir complètement cinglée, elle s’est appuyée sur la technique. “Je voulais avoir le recul nécessaire pour jouer des scènes intenses sans être traumatisée”, répond-elle quand on lui demande comment elle a abordé ce personnage. “Une fois que c’était coupé, je redevenais Garance, assure-t-elle, je ne me suis pas mangé le cerveau.” Cannibale, peut-être, mais seulement au cinéma.

Pour l'article original, et pour d'autres, rendez-vous sur Cheek Magazine.

 Visuel : © Wild Bunch