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Poésie squat - zones d’autonomies temporaires

Poésie squat - zones d’autonomies temporaires

Par Bastien Stisi

Les Éditions du Passager Clandestin publient les chroniques de la « Zone libre», série de souvenirs de militant - traveller sur les lieux de résistance en France… Mais le style est hautement poétique !

Cosma Sale, le pseudonyme de l’auteur - en hommage à un héros de Panaït Istrati (auteur roumain), et à une ville franche de pirates au 17eme siècle, sur la côte Atlantique du Maroc ! -  annonce déjà la vision romantique du livre.

En effet, chaque occupation de lieux, chaque squat ou résistance, même éphémère, permet à l’auteur de décrire ces petits lieux sauvages, oubliés par les communes, pas encore planifié par les départements.

On pense à Jean-Jacques Rousseau et à Henri David Thoreau, l’écrivain marcheur américain, inspirateur des Beatnicks. Mais aussi bien sur à Hakim Bey, et à ses Taz (Zone d’Autonomie Temporaire). Voir sur net.

Entre sac de couchage, feux de camp, retrouvailles, discussions, récupération, ces actions austères et dures prennent un cachet de rêve, dans des coins de forêts : cris d’animaux, pêche sauvage, nuits étoilées et bergeries…

Texte libre, malgré quelques lieux et dates, ce sont ces instants de résistance, de découvertes de coins abandonnés et à défendre ( ZAD= zone à défendre), ces moments de vie, de bandits de grands chemins qui inspirent le témoin privilégié : exister hors des plans, des routes et des aménagements.

On sent la délectation du personnage à faire vibrer ces errances, à nous inciter à vivre l’instant, à respirer et sentir, à vivre ces aventures de manière épique, presque héroïque, comme des moines soldats. 

Cabane ou friche industrielle, quelques photos rappellent la poésie de l’éphémère du bricolé, du passage d’humains en rupture avec le société de consommation, comme celle des pirates dans les ilots caraïbes. 

Le militantisme est noyé d’impressions, de souvenirs d’école médiocres, de mélancolie devant un monde dévoyé, triste, quantifié et quadrillé. Chaque jour de ces militants rêveurs est gagné sur la grisaille et le renoncement.

Il y a évidemment un énorme romantisme dans ces vies de nomades résistants, mais aussi du corsaire idéaliste et libertaire dans ces jeunes fauchés, mais inspirés par le partage, la débrouille, l’aventure, et les trouvailles de quelque  trésors miraculeux, par ci par là, au bord d’un chemin. 

Et dans ce livre plein d’atmosphère, de fièvre et d’espoir, ces récits de guerre contre l’état et les promoteurs , un parfum de magie vient compenser la vie dure et aléatoire, face aux bulldozers et aux CRS.

Il n’empêche que dans ce combat absurde et inégal, la prise de conscience du partage, de la Frugalité heureuse (du sage Pierre Rabhi, le guide écologique devenu célèbre), font du chemin et, partout dans le monde, des groupes se rendent plus autonomes et conscients des méfaits de l’industrie. 

On est tous dans le bain.

 

Chroniques de la zone libre. Par Cosma Salé aux Editions du Passager Clandestin, 150 pages. 15 euros (avec une demi douzaine de photos noir et blanc)