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Homicide, cosplayers et mastodonte : la sélection BD de la rentrée

Homicide, cosplayers et mastodonte : la sélection BD de la rentrée

David Blot vous guide dans sa bibliothèque bédéphile.

Par David Blot

Quelques oublis d’été d’abord. L’excellent Homicide (Delcourt) de Philippe Squarzoni par exemple, adaptation, validée par l’auteur, du livre de David Simon, le créateur de The Wire, racontant son année en immersion dans la police de Baltimore. Le récit est tangible, solide, noir, évidement, humain aussi, l’adaptation des écrits de Simon en langage bd est astucieuse et travaillée. C’est la tout le talent de Squarzoni (oui je sais, ce type a un nom de flic) qui tranche avec l’adaptation classique et souvent flemmarde du polar en bd. 

 

Sorti cet été aussi, Etunwan, Celui qui Regarde (Futuropolis), de Thierry Murat, ou les tribulations de Joseph Wallace, l’homme qui captura les premiers clichés d’indiens dans le far west du XIXème siècle. On est longtemps troublé par ce récit que l’on imagine historique et qui est en fait totalement fictif. Probablement conditionné par les ouvrages généralement documentaires ou biographiques de Futuropolis, nous sommes pourtant ici dans l’imaginaire ; Joseph Wallace n’a jamais existé. Dommage sans doute que Murat ne pousse pas plus loin son histoire, mais on recommande quand même ce récit inspiré, lointain ancêtre, en esprit, du Photographe, le classique de Guibert, Lefèvre et Lemercier de 2003.

 

Dans Cosplayers de Dash Shaw (Editions Ca et Là), on joue certes aux cow boys et aux indiens, mais aussi aux X-Men ou aux manga. Les cosplayers ce sont ces fans des conventions de super héros ou de séries SF qui se déguisent en leurs personnages favoris. Recueil de petits comics sortis en indépendant aux USA, Cosplayers fait mouche à mi chemin entre le premier degré (on a même droit à des collages) et une distance façon Clowes ou frères Hernandez - moins sérieux que Clowes, mais moins beau que Jaime Hernandez quand même (faut pas déconner).

 

 

Dans le lot intarissable des bd d’aventure, et parmi les sous Thorgal ou Largo Wynch souvent bien traditionnels et peu inspirés, on trouve parfois quelques petites surprises, et c’est le cas de cette nouvelle série de Guilhem et Marazano : Les Trois Fantômes de Tesla (Le Lombard) qui lorgne dès la couverture du côté du Château des Etoiles. On n’atteint pas la classe du sus-cité, mais ce tome un est un joli démarrage de ce récit SF et rétro, se déroulant dans le New York de la seconde guerre. Une bonne ambiance de comics Pulp (pas le club hein) avec un côté Wrightson pas désagréable dans le style graphique. Il pourrait y avoir en revanche un peu plus d’humour et de distance dans le récit. 

 

 

Enfin et comme d’habitude, on dira du bien de la maison Spirou et des éditions Dupuis, avec en vrac la parution du tome 3 (et fin de cycle) de Maggy Garrison, le polar fish and chips et roux (ou plutôt rousse) de Trondheim et Oiry, meilleur nouvelle série du genre depuis, hum, longtemps; du tome 4 de l’Atelier Mastondonte, qui s’apparente de plus en plus à un journal du temps qui passe (et donc d’une source de documentation éventuelle inestimable dans le futur, enfin si l’humanité va jusque là, hein); et on surveillera surtout un numéro collector de Spirou, le numéro 4093 exactement, de la semaine du 21 septembre, consacré au génial Gil Jourdan du tout aussi génial et disparu Maurice Tillieux. Trois bons récits reprenant le personnage, et si on ne souhaite pas forcément une reprise en bonne et due forme des enquêtes du détective (laissons un peu l’héritage belge en paix), un hommage comme ça tous les 10 ans, on en redemande. 

 

 

D’ici là, bonne lecture !