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Le coup de la beat génération

Beatnik de 70 ans et plus ?

Par Jean Rouzaud

John Cohen : Robert Frank, Alfred Leslie, Gregory Corso, 1959 © L. Parker Stephenso

On est en droit de se demander quelle est la durée de vie des mouvements culturels. Le Punk de 20 ans en 77, en a 60. Alors le Beatnik de 20 ans en 1960,  en aurait plus de 75 ? 

Mais la bande à Burroughs a commencé à s’agiter après-guerre.  Alors il faudrait rajouter encore 15 ans : Beat bientôt centenaire !

L’Amérique finit par nous vendre les agités qui lui crachaient dessus, après avoir refusé de les éditer en pleine activité ?

Avant eux il y eut John Fante, Nelson Algren, et Henri Miller pour ne citer qu’eux : je parle des anti-sociaux, déjetés et errants, mais qui écrivaient.

Car si tu bois et injecte seulement ta dope, alors tu n’es rien. C’est le fait d’écrire, qui a rendu ces clochards célestes ! Et le fait de s’être - plus ou moins artificiellement - regroupés, qui vend le truc avec un titre générique, en rythme avec les aspirations de l’ex - jeunesse.

Le malentendu avec ces poètes Beats commence dès le départ : Burroughs s’inspire de Herbert Huncke, vrai junky prostitué de New York, auquel on doit l’expression : « I’m beat », je suis foutu, crevé, au bout du rouleau. Ce qui lui allait parfaitement (voir son livre : Coupable de tout)

De son côté, Jack Kerouac s’inspire de Neal Cassady, un terrible zonard, élevé par un père semi clochard. Il est le modèle absolu de Hipster, en déplacement perpétuel. Voleur, menteur, abuseur, qui finira au volant du bus des Merry Pranksters, après 15 années de dérive.

Je pourrais continuer sur Allen Ginsberg, poète et homme à tout faire de la promotion de la bande du désordre littéraire… Giorno et Corso, poètes déclamatoires ou Brion Gysin, bricoleur et adepte du Cut-up. 

Les beatophiles américains refusent de reconnaître que cette écriture automatique existait déjà chez les Surréalistes et surtout Dada … Et que le « cadavre exquis » est le cut-up du dessin.

Cette concurrence ridicule avec l’Europe est d’autant plus malvenue que les Beats connaissaient Apollinaire, Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Leyris et Céline, avant de se perdre dans les méandres du Zen.

Mais lorsque Kerouac le catholique alcoolique contrarié et fouteur de merde, ajoute sa touche tantrico –bouddhiste en disant que Beat, en dehors de « rythme « veut aussi dire « béat », au sens de la béatitude, alors il passe les bornes de l’ébriété, pour plaire aux hippies des sixties.

Bref, pas mal de bricolage, de dérapage dans cette aventure des pieds nickelés de l’Underground, devenus stars malgré la révolte auto destructrice, dont ils ne sont pas les pionniers, mais les promoteurs tardifs, profitant des mythes noirs, hoboes, hipsters qui les précédaient !

Je voulais juste signaler que les Beat littéraires ont beaucoup marché dans les pas des jazzmen, des dealers, arnaqueurs et autres pimps basanés, tentant d’élever au rang de l’Art, la vie et la pensée marginale des hors-castes de la société. 

Depuis, on a rajouté dans leur hotte, tout un fatras néo-culturel : Jazz, Be Bop, Hindouisme, Zen, spoken words, poésie rythmée, littérature, mais aussi paradis artificiels, dérèglements de la perception (voir Huxley ou Michaud bien avant), paranoïa et mauvaises manières…

On tente aujourd’hui d’en faire une culture grand public…Ce marketing est déjà paradoxal, mais de là à en faire un Art officiel, ou simplement montrable… il y a encore de la « marge », non ?

Reste des individus et leurs aventures décousues ou dramatiques. Burroughs déclarait l’importance sociologique du groupe supérieure au contenu littéraire. 

 

 

BEAT Generation . 22 juin – 3 octobre . centre Pompidou .

( beaucoup de livres, photos et objets, faute d’œuvres d’Art…)

*Il faut lire les témoignagesdes « femmes « : Caroline Cassady, Joyce Johnson, Joan Vollmer…Diane di Prima, pour comprendre l’envers du décor.