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Des ramens, des Poilus et André Franquin

Des ramens, des Poilus et André Franquin

La sélection bd du mois par David Blot.

Par David Blot

TANIGUCHI, FRANQUIN ET… BOUZARD.

Un gourmet Solitaire est un manga publié en 1994 écrit par Kusumi et dessiné par Taniguichi, Les Rêveries d’un Gourmet Solitaire, en est le prolongement publié ici chez Casterman. Et en 20 ans le principe n’a changé : une succession de courts récits mettant en scène un héros col blanc et mallette qui se promène aux quatre coins du Japon à la recherche de quoi se sustenter, les échoppes discrètes et modestes ayant sa préférence. Chaque chapitre est comme un rituel vers l’estomac : une promenade d’abord, puis un restaurant, puis un plat. La nourriture, le lieu et le quartier. Décrits, commentés, disséqués. Ca tient dans ce volume sur 15 scénettes, mais il pourrait y en avoir 100 de plus qu’on ne s’en lasserait pas. Le plus frustrant c’est que même chez les restaurants les plus pointus du quartier japonais de la rue St Anne à Paris, vous ne trouverez pas le dixième de ce que notre héros savoure. Notons tout de même que dans les dernières pages tout s’inverse, puisque le récit se conclue dans… un couscous parisien.

Taniguichi qui, par la quantité et la diversité folle de son oeuvre, s’impose définitivement comme l’un des plus immenses auteurs de bande dessinée (de l’Histoire, oui). L’avantage c’est qu’il est en vie. Evidement depuis 1997 ce n’est plus le cas d’André Franquin, et pourtant, même mort, on n’a jamais autant vu de Franquin, rares, croqués, repris, reliés. Le volume 2 de La Véritable Histoire de Spirou paru chez Dupuis - énorme pavé de 300 pages - est presque intégralement consacré au créateur de Gaston (mais avant Gaston). L’objet est certes un peu hybride, on ne comprend pas très bien s’il s’agit de histoire des éditions Dupuis, du journal de Spirou (mais dans ce cas la, bien peu de séries sont représentées) ou tout simplement du personnage de Spirou à travers ses auteurs, Mais, peu importe, pour la période qui nous concerne (1947-1955), tout vacille chez le vénérable éditeur belge, et André Franquin prend la place de Jijé comme l’auteur Dupuis de référence. Et c’est donc un festival de croquis et d’anecdotes franquinesque subtilement 50’s (avec un peu de Morris, Jijé ou Will en plus, ce qui ne gâte rien) qui défile dans ce bouquin volumineux qu’on ne souhaite même pas à monsieur De Mesmaeker de recevoir sur la tête.

Après Taniguichi et Franquin, le nom de Bouzard ne vous dit surement pas grand chose. Et si Bouzard ressemble à ses personnages (il se dessine assez souvent) ça ne doit pas spécialement le tracasser. Qui se souvient d’ailleurs des noms de tous les poilus morts en 14, sujet humoristique de cette série chez Fluide Glacial dont le numéro un s’intitule Les Poilus Frisent le Burn-Out ? Le ton est posé, nous ne sommes pas dans la précision nihiliste de Tardi mais dans la déconne absurde (et parfois tout aussi nihiliste). Et si je ne peux pas vous dire que tout est bien - il y a beaucoup de moment tire à la page, l’ensemble fait un famélique 48 planches très 70’s, et la reliure n’est pas au top -, l’histoire intitulée « Les Poilus et la lettre d’Amour » et plus particulièrement les pages 42 et 43 avec le personnage de Gros Bidon m’ont fait rire comme je n’ai pas dû rire en bd, depuis, euh, je ne sais pas, mais Franquin devait être encore en vie. Donc, ok Bouzard n’est ni Taniguichi, ni Franquin, mais il me fait rire. Surtout Gros Bidon et les pages 42 et 43. 

 

 

PS 1 : Si Fluide Glacial ne s’est pas foulé pour imprimer le Bouzard, l’éditeur s’en sort nettement mieux sur un Croquettes de JC Menu très soigné. Mais bon c’est Menu, on imagine qu’il a du dormir à l’imprimerie pour vérifier chaque copie (il aurait pu les dédicacer tiens). Et sinon évidemment que c’est bien.

PS 2 : Concernant les poilus, une bd qui sort du lot parmi l’avalanche de récits d’aventures bien franco français au prétexte historique, c’est Le Chant du Cygne aux éditions du Lombard, écrit en 2 volumes par Herzet et Dorison, récit ample, maitrisé, cohérent et bien mené jusqu’à la chute. Je serais plus réservé sur le graphisme de Babouche, un espèce de manga peint pas très gracieux, mais c’est finalement original et efficace. Recommandé.

PS 3 : Gros Bidon, Bouzard, page 42 / 43. Arrachez les pages si il le faut.