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Golden Rules : Deux mecs en or

Entretien avec le groupe.

Par Julien Renou

Deux mecs en or

La sortie de Golden Tickets par Golden Rules avait eu le mérite de nous tirer de notre moite torpeur estivale. Du « golden » en veux-tu en voilà qui avait attiré notre attention sur ce duo composé de Paul White et Eric Biddines. Le premier s’était fait connaître en produisant des instrumentaux pour l’un des plus beaux sourires du game, Danny Brown et l’autre avait aiguisé son flow sur différents projets solo dont quelques très bonnes mixtapes. Une association alléchante sur le papier qui se révélait le binôme idoine à l’écoute des premières notes de l’album. Si de leurs aveux, ils se sont entendus comme larrons en foire sur ce disque, cette première collaboration se révèle aussi l’une des meilleures sorties hip-hop de l’année. On leur a demandé de s’expliquer.  

Vous avez des carrières solos en vos noms propres mais quelle était le concept derrière ce nom : Golden Rules ? 

Paul White : On voulait mettre en avant cette idée que la vie possède certaines règles auxquelles on s’astreint pour atteindre ses rêves ou pour mener à bien nos relations avec sa famille, ses amis mais aussi dans un sens plus général. 

Eric Biddines : On peut dire d’une certaine manière que ce sont nos règles d’or personnelles mais on espère aussi que les gens, à travers tout ce qui traverse l’album,  trouveront aussi leurs propres interprétations, que cet album serve de miroir. 

Lequel de vous deux a eu l’idée de cette collaboration ? 

PW : C’est mon manager qui m’a fait découvrir la musique d’Eric, par le biais de son album planetcoffeebean 2. J’ai tout de suite accroché à son univers, il y a avait quelque chose qui me touchait. On lui a donc envoyé quelques tracks et assez rapidement j’ai senti que ca marcherait entre nous. La plupart du temps, les emcees prennent seulement une chanson et on doit revenir sur certains aspects. Mais avec Eric, l’alchimie a parfaitement opérée, il y avait une osmose assez rare en travaillant avec lui. C’était vraiment un plaisir. 

L’Atlantique sépare vos foyers (Londres pour PW et la Floride pour Eric), vous étiez ensemble pour l’enregistrement ou c’était une relation à distance ? 

PW : À distance malheureusement mais tout s’est très bien passé. 

EB : Quoi qu’il arrive, je n’aurais pas pu vivre avec lui dans sa boite qu’il lui sert de studio. La solitude est un élément important dans mon processus de composition. Paul, comme de nombreux producteurs, travaille aussi souvent seul dans son studio. On a un peu la même manière de faire de la musique. Parfois deux solitaires peuvent former un beau couple. 

Bien que cet album soit traversé par de nombreux styles, vous n’avez pas utilisé de samples. C ‘était important pour vous que tous les instrumentaux soient joués live ? 

PW : C’était évident pour nous que cet album sonne très naturel, organique. Au cours de l’enregistrement, la question de sampler tel ou tel morceau n’a jamais été évoquée. On peut presque dire que ce projet a trouvé sa direction tout seul. Nous n’avons jamais buté sur la construction d’un morceau. Eric peut rapper, chanter de la soul mais aussi dans un style très funk. On ne pouvait pas se cantonner dans un album purement hip-hop. Même s’il n’y avait pas de direction préétablie, tout s’est mis en place très naturellement, dont ce côté instrumental qui nous offre une plus grande palette de style. 

N’est-ce pas justement le style très personnel d’Eric qui donne cette grande liberté dans les productions ? 

EB : En effet, cela nous donnait plus de possibilités. Nous avons senti cette liberté qui nous était offerte dés le début de l’enregistrement, cette richesse sonore que l’on pouvait donner aux morceaux. Et au fur à mesure que l’album se dessinait, il y avait cette dimension live que nous n’avions pas soupçonnée et qui, irrémédiablement, nous attirait. On a donc continué dans cette voie et nos premiers concerts ont été un vrai bonheur. 

 

 

Il y avait donc aussi cette envie de jouer ce Golden Tickets devant un public ? 

PW : Oui parce que bien que j’enregistre la plupart de mes productions sur ordinateur mais j’aime jouer sur de véritables instruments en live. J’ai joué dans beaucoup de groupe par le passé et c’est une chose qui me manque. J’aime la prise de risques que cela représente. Je pense que tu exprimes plus d’émotions, et de manière plus personnelle. 

Quel rôle a joué Shawn Lee sur ce projet ? 

PW : Ce mec est un génie. Il pratique pléthore d’instruments et de styles. Il nous a beaucoup aidé sur le son de l’album. C’est un sujet que je maitrise moins bien que lui. Il me conseillait dans mes choix de guitares, de son de rhodes, de peau de batterie pour avoir le son que j’imaginais. Son studio, c’est la caverne d’Ali Baba pour un musicien. Il possède des instruments du Japon, d’Inde, un vrai tour du monde de la musique. Il a joué un grand rôle dans ce projet et je ne le remercierai jamais assez pour ca, ainsi que son ingénieur du son qui a été parfait.  

Il n’y a qu’un seul invité sur cet album, vous pouvez nous raconter comment Mos Def s’est retrouvé sur Golden Tickets ? 

PW : C’est par le biais d’un ami qui le connaissait. On lui a fait écouter la chanson et il a tout de suite accroché. Il est revenu assez souvent au studio pour qu’on puisse travailler tranquillement. C’était quelque chose de magique et j’ai vraiment été honoré qu’il soit sur cet album. Il y a aussi un remix de ce morceau qui est sorti il y a peu avec Freddie Gibs dont on est pas peu fier. 

 

 

 

 

Vous avez partagé une partie de cet album, accompagné de quelques d’instrumentaux, sur le réseau (P2P) Bit Torrent. C’est assez rare dans le milieu ?

PW : Cela n’engage que moi mais je préfère avoir l’audience la plus large possible. J’ai trouvé l’initiative plutôt intéressante. 

EB : La décision appartenait évidemment au label mais nous avons soutenu cette démarche depuis le début. Nous avons eu beaucoup de chance de signer avec Lex Records, qui est devenu une famille pour nous. Ils ont tout de suite adoré les premiers rushs du projet et nous ont toujours encouragé. Avec cette philosophie, ils savaient qu’ils allaient perdre de l’argent sur les premières semaines de vente mais qu’ils toucheraient un public plus large. Ils investissent sur le long terme, ce qui nous touche énormément.  

Eric, on peut t’imaginer dans le futur sur un projet exclusivement soul ? 

EB : J’écoute et chante de la soul depuis ma plus tendre enfance. À travers Golden Tickets, Paul m’a poussé à me dépasser et aller plus loin. J’ai énormément appris et cela m’a donné l’envie d’aller vers des projets différents. Evidemment c’est une direction qui me tente énormément.

 

 

Eric, tu possèdes un label, tu peux nous en parler ? 

EB : Oui, planetcoffeebean me procure plus de latitudes dans mes propositions artistiques, je peux proposer des choses plus personnelles aux gens qui me suivent.  Ce label m’a beaucoup aidé dans l’élaboration de mes différents projets et donc d’aboutir à planetcoffeebean 2 qui est à l’origine de notre rencontre avec Paul. Je pense que c’était le bon moment pour nous de travailler ensemble. Il avait beaucoup aimé cet album et j’étais complètement fan de ce qu’il avait pu faire sur Watch The Ants ou avec Danny Brown sur Shaker Notes. Golden Rules est vraiment la genèse de ce qu’on a pu faire avant. 

Un second album est prévu ? 

PW : On va attendre encore un peu avant de se remettre sur la suite de Golden Tickets. On a tous les deux quelques projets en attente donc rien n’a été encore défini. 

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