Aller au contenu principal

Le retour du grand lyriciste Kendrick Lamar

Nouveau titre et couplets au dessus de la mêlée.

Par Jean Morel

Il y a dans chaque morceau de Kendrick l’équivalent en lyrics de ce qu’on trouve sur l’ensemble d’un album chez la concurrence. L’exercice de l’écriture a toujours été la grande distinction qui a placé le Emcee de Compton au rang de King Kendrick, faisant de Good Kid Maad City, le dernier grand classique de l’histoire du Rap. Après un single qui avait laissé sceptique (En dépit de lyrics là encore de haut niveau) et un live grimé en ODB où l’on semblait retrouver notre lyriciste favori, voilà un nouvel extrait, ou toute la profusion de l’écriture reste intacte. Deux premiers couplets agressifs, qui avancent que la situation des Afro-Américains n’a pas changé d’un iota, justement parce que les populations dominantes ne souhaitent pas qu’elle change. Les populations noires sont toujours traités dans les mêmes carcans,  véhiculent les mêmes clichés. Le rappeur avance en effet que ses cheveux sont crépus, son nez large et évasé mais qu’il est un singe fier, il répond aux clichés construisant la population noire aux Etats Unis comme employée future des pénitenciers, et refuse en bloc l’idée qu’on asservisse son cerveau et son âme, qu’on le construise comme un esclave. Et revendique fièrement que son image de Noir successful irrite.

Et puis la force des rimes de Kendrick oriente le dernier couplet vers une autre signification, où il s’irrite à se surprendre à correspondre à ces clichés véhiculés, Bloods et Crisps perpétuent ainsi les massacres intertribaux en Afrique, Il aimerait penser comme Marcus Garvey ( grand leader noir jamaïcain, prônant des le milieu du XXe siècle une union de tous les noirs du monde et un retour des esclaves sur le continent Africain), prier avec les Black Panthers, et souhaiterait considérer le mois de Février (le Black History Month) comme son anniversaire, mais mange des pastèques, du poulet, souhaite pouvoir sauter aussi haut que Michael Jordan, et regarde les BET awards parce que la culture urbaine est importante, il perpétue donc les clichés attribués à la communauté noire, verse une larme à la mort de Trayvon Martin (grande affaire juridique autour de cet afro-américain tué à bout portant en 2012) mais aurait pu tuer plus noir que lui dans ces guerres de gangs de Compton. C’est pourquoi il se revendique comme le plus grand hypocrite de 2015.

3 couplets fins et bien écrits, spittés avec le flow rauque d’un Kendrick enragé qui replace cet opus à venir parmi les plus grandes expectatives de 2015.