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Despentes se prend-elle pour Dostoievski ?

Despentes se prend-elle pour Dostoievski ?

"Vernon Subutex" son nouvel ouvrage.

Par Jean Rouzaud

Avec ce nouveau Roman au nom de médicament, Virginie Despentes, la passionaria de littérature PUNK-ROCK, nous livre un premier gros volet d’une trilogie qui s’annonce plutôt hard. Car notre Virginie n’a jamais fait dans la dentelle, et semble tremper sa plume comme un junkie sa seringue, dans un avant bras déjà infecté, pour ce premier tome d’une trilogie ambitieuse.

Après ces livres, presque pamphlets (Baise - moi,  Chiennes savantes, King Kong Theorie , Apocalypse bébé..), elle se lance dans la littérature lourde, naturaliste, descriptive, psychologique, élargissant le champ underground à toute la société… 

Et oui, on pense à Dostoievski pour la quantité de personnages, à Gorki pour les Bas-fonds et à Tolstoi pour la critique violente de la société ! Et dans son roman, il y a des idiots, des joueurs, du crime et des châtiments…Et des âmes mortes ( Gogol ), et je ne suis pas fou d’évoquer ces grands russes à côté de la petite française.

Ce ne sont pas des formules, mais bien le contenu touffu de cette tentative un peu désespérée de visiter toutes ces couches sociales profondes, ces laissés pour compte, oubliés des médias et inconnus des hordes de littérateurs néo-bourgeois dont les magazines nous gavent. 

Car la vaillante Virginie, inspirée par quelques anciens critiques Rock, et un climat de post-révolution qui aurait échoué, décrit pour nous cette génération perdue, ces bandes de Rockers, Junkies, Punks, travelos, hardeurs, déconneurs de toute sorte… et leur chute.

Gueule de bois, combines , misères et magouilles sont le lot de ces déçus de la fête Hippy-Pop-Rock qui aurait si mal tourné ? ( on peut ne pas être d’accord…) En tout cas elle plonge la tête la première dans les squatts, caves, studios, chambres de bonnes de ce petit peuple appauvri, qui se survit par illusion, dope et quelques rares fêtes encore possibles.

Elle a le cran et l’humanité de décrire les pauvres, la vraie misère (par étape), et nous entraine dans le nerf de la vie, avec ces vrais comptes d’ARGENT, de système D, mais aussi des FLASHES de romantisme ( même de pacotille), d’AMOUR ( même bidon) et d’IDEAL ( même trahi pour cause de manque , de fauche ou de malchance) 

Son anti héros, VERNON SUBUTEX, loser, charmeur, menteur, voleur, va TAPER l’INCRUSTE tout au long de cette descente aux enfers, chez tous les zonards, groupies et mêmes bobos de sa route.

On y croisera d’anciens rockeurs ou punks, des beurettes, des dealers et magouilleurs, mais aussi des petits bourgeois , fils à papa, et ces NOUVEAUX REACS, avec la dose de racisme quotidien d’une société exténuée. ( et bien sur, des lesbiennes, superwomen ,belles et libres, violentes et frondeuses,  nouvelle race imaginaire que VD affectionne..)

Alain PACADIS avait tourné Disco, Yves ADRIEN Cold Wave, Patrick EUDELINE presque Symboliste , Ann SCOTT Techno, et Virginie Despentes semble vouloir se lancer dans le grand roman psychologique…

Russe, vous dis- je.

VERNON SUBUTEX . De Virginie Despentes . Ed Grasset . 397 pages . 19Euros  90