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Niki de Saint Phalle, pop excentrique

Niki de Saint Phalle, pop excentrique

La double face d'une suractive.

Par Jean Rouzaud

Il y a deux façon de regarder Niki de Saint Phalle : Par son œuvre, apparemment débridée et colorée, ou par sa vie sombre et douloureuse. Ou comment une aristo (qui en a beaucoup joué), belle et suractivée, a réussi, par une méthode style « reine des abeilles », a pérenniser une oeuvre protéiforme et contradictoire.

Marie Agnés Fal de Saint Phalle nait en 1930 à Neuilly dans une famille très chic de banquiers ultra catholiques ... Château et univers romanesques, mais violée par son père à douze ans. Gloup ! 

Elle va d’abord occulter le choc et faire ce qu’on attend d’elle : Beaux Arts, Mannequin, mariage chic , deux enfants.. Puis devenir peu à peu une bombe à sous munitions qui vont claquer les unes après les autres au cours d’une vie chaotique. Elle commence vers 1960 à tirer au fusil sur des toiles plâtrées renfermant des pigments liquides. Les couleurs saignent et NIKI devient une égérie sixties, reine du happening et du nouveau réalisme ( Klein, Arman, César, Tinguely, Villeglé, Hains, Ben, Raysse …) 

 

 

Car elle a divorcé d’un mari classe et idéal (Harry Matthews : 2 enfants Laura et Philip), pour jouer les Bonnie and Clyde avec le suisse Jean Tinguely (créateur de machines en ferraille animées ), qu’elle épousera et qui deviendra le maitre d’œuvre de ses sculptures géantes et habitables ! Car elle ne va plus s’arrêter, enrôlant toutes ses rencontres dans ses projets fous. 

Elle va INCARNER toutes les dérives et excès des années soixante : provocation, gauchisme, sexualité, libération, féminisme, psychédélisme, mégalomanie, délire, psychanalyse, communautés, créativité tous azimuts… et troubles hypocondriaques puis maladies réelles.

Elle va user un grand nombre d’amants, d’amis, de mécènes, de responsables d’art , mais aussi d’ouvriers, assistants, médecins, psychothérapeutes, magnétiseurs, gourous divers… Son compagnon Jean Tinguely, pourtant fort et macho ( voir ses machines et ses conquêtes) finira asservi par cette mante religieuse, car Niki se voulait à la fois fée, princesse, sorcière, magicienne, maman, amante, prêtresse, amazone, chef de clan, idole, tueuse, enjôleuse… 

Toute sa vie elle s’est cherchée frénétiquement, projetant sur ces grosses « Nanas » sculptées et colorées, mais aussi sur ces autels, totems, lingams, tours, monstres et autres animaux ce qu’elle VOULAIT incarner, dominer, posséder, et imposer au monde…

 

 

Vue du Jardin des Tarots, Garavicchio, Italie © Laurent Condominas

La part NEW AGE, HIPPIE se conjugue chez elle, la LEADER de grande famille, avec l’autorité, l’organisation et les jeux d’influences. Elle finira entourée d’aristocrates mécènes, comme elle, le tout au nom de la JUSTE CAUSE de l’art de la culture et de la reine NIKI !

Marquée à vie par le  célèbre parc GUELL d’Antonio Gaudi à Barcelone , elle va se battre frénétiquement pour faire aussi ses réalisations géantes couvertes de mosaïques : . .Nanas, puis cyclopes, grottes, têtes, fontaines et parcs magiques, remplis d’animaux de légendes et de références au tarot et à l’art ROMAN.

Elle habitera régulièrement dans certains « sculptures » aménagées, au point d’en perdre la tête et l’équilibre… Percluse d’arthrite( à cause du froid des ateliers de sculptures) et aussi rongée de bronchite chronique ( due aux colles et au vapeurs de polystyrène), elle paie cher ses fantasmes.

Mais son côté JET SET, femme ultra chic , ne cessera le la servir, et la haute société de toute l’Europe et de l’Amérique -( ses « relations »  mondaines sont nombreuses et internationales)- va l’aider dans ses entreprises, parfois brouillonnes ou irréalistes. 

Eternelle adolescente insatisfaite, véritable PETER PAN, mais doublée de visions, de mystique personnelle et poursuivie par une cohorte de démons ( elle montrera dans 2 FILMS ses monstres et ses vengeances : son père à quatre pattes doit accoucher de gnomes !! ) 

Il faut donc se méfier de l’apparence joyeuse de ses sculptures pops et colorées, dansantes ou enfantines, car le noyau est souvent NOIR (sa sœur puis son frère se suicideront…)

 

 

Son art est bourré de symboles phalliques, cabalistiques, totémiques. On se perd dans le labyrinthe de ses obsessions, on reste pantois devant sa résistance ( elle fut malade la moitié de sa vie)et  l’énergie déployée à imposer ses réalisations grand guignolesques sur  3 continents ( Europe, Asie, Amérique) .

Et on pardonne son goût parfois douteux et ses formes molles ou lâchées à cause justement de cette folie enthousiaste et dévorante.

Amen.

_ Niki de Saint Phalle . EXPOSITION rétrospective au Grand Palais 

 du 17 septembre 2014 au 2 fevrier 2015

 

_NIKI DE SAINT PHALLE . la révolte à l’œuvre . par Catherine Francblin

 Editions Hazan . 450 Pages . 29 euros . avec Cahier photos couleurs.