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Les filles de la Beat Generation : perdues sans collier

Les filles de la Beat Generation : perdues sans collier

Retour sur les Beat women avec cette anthologie "Lady Land".

Par Jean Rouzaud

Avec cette anthologie de 25 auteures contemporaines américaines, l’éditeur 13eme note se focalise sur un genre, une attitude et une littérature entre coup de poing et dérive Rock n Roll.

D’ailleurs, pas mal de morceaux et références ROCK surnagent dans ce bouillon aux vapeurs underground, Punk, voire Trash.

Dans la vraie vie, ces 25 FEMMES ont toutes eu un parcours assez chaotique, puis une rédemption dans l’écrit, l’enseignement, la création ; ce qui leur donne une légitimité à parler de prisons, de drogues, de violences et autres raffinements de la vie ultra moderne. 

Dire qu’elles sont toutes les filles de (dans l’ordre): John Fante, Nelson Algren, Hubert Selby ou Charles Bukowski serait réducteur, encore que certaines furent les compagnes, confidentes ou correspondantes de ces derniers (il y a même l’ex femme de notre Jean Louis Costes national).

Ces pères fondateurs que je viens de citer faisaient eux mêmes suite à Faulkner ou Steinbeck et à tant d’autres raconteurs de la réalité américaine. Simplement chaque génération va un peu plus loin et parle un peu plus cru.

Il est des féministes qui ronchonnent devant ce ghetto de filles perdues, regroupées dans cette anthologie style réserve d’indiens, comme si on voulait qu’elles ne contaminent pas la littérature dite « normale ».

Sauf que l’Amérique EST et RESTE un pays qui a poussé sur la VIOLENCE (massacre des Indiens puis esclavage des Africains) et qui la crie au monde à travers son cinéma, sa musique et ses armes.

Pas mal de ces femmes, qui nous transmettent dans ces nouvelles une vision de l’existence plus que dure, ont eu des familles, pères ou mères alcooliques, drogués, taulards, absents, quand ce n’était pas des pauvres monstres sadiques ou détruits, qui abimaient leurs enfants.

Il n’y a pas plus de complaisance dans la souffrance dans ces textes que dans Zola, Balzac ou Stendhal, mais seulement cette fois, en surdose c'est la différence entre une LIGNE et un FIX, pour parler le langage des JUNKIES.

Quand à l’HUMOUR, il est bien là aussi : entre GRIS et NOIR, mais la vision des bébés de Lydia Lunch, le Hamburger sexy de Sabine Walser, le voyeur de Kate George, les Who vus par Mende Smith, et des trouvailles dans chaque nouvelle sont autant de claques à la « bien bien-pensance »…Un carré blanc s’il existait encore. 

Au final on ne s’ennuie jamais, on est un peu secoué, bousculé par ces amazones du WILD WEST, ces courtes lectures ne sont même pas à déconseiller aux âmes sensibles, car elles font partie du traitement.

Ce qui ne nous tue pas nous renforce, c’est un peu la morale de cette compile avec péripéties mauvaises pour le foie mais bonnes pour la tête

 

 

_ LADYLAND . Anthologie de littérature féminine américaine.

Editions 13eme note. 495 pages . 24euros 95 .