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Frida Kahlo et Diego Rivera : la souris et l'éléphant

Frida Kahlo et Diego Rivera : la souris et l'éléphant

Découvrez l'exposition consacrée aux peintres mexicains.

Par Jean Rouzaud

Le grand peintre mexicain c’est Diego Rivera. Avec ses amis Jose Clemente Siqueiros et David Alfaro Orozco, ils ont inventé le muralisme, ces grandes fresques, historiques, sociales, révolutionnaires et lyriques.

Avec ces murs peints immenses, ils ont influencé le monde entier : les Américains, mais aussi les Européens, de Picasso à Léger et Dali, et les très grandes toiles continuent encore d’impressionner le monde depuis, comme un « passage obligé » des grands peintres.

Rivera est si doué que même ses portraits, symboliques, ses visions des Indiens, des paysans mais aussi des riches mécènes, sont des évidences de beauté, de plénitude. 

Les muralistes sont donc à la base les peintres de la révolution mexicaine : des foules d’ouvriers, d’agriculteurs exploités, et de l’histoire sanglante et coloniale du Mexique, des forces symboliques qui s’affrontent. Mais leur force lyrique englobe aussi les Indiens et leur magie.

Pourtant, même les grands industriels américains vont commander des fresques murales à Diego Rivera, pour leurs halls et usines, un peu comme à la Renaissance pour les palais et églises.

Frida Kahlo, une jeune bourgeoise, allemande par son père, va adorer Rivera, devenir sa groupie, puis son égérie et l’épouser. Diminuée par un terrible accident de bus, elle subit des opérations répétées et c’est là, alitée, qu’elle va suivre son maitre dans la peinture.

A l’inverse, ses toiles sont petites - presque des miniatures - et intimistes : loin des révolutions sociales, elle SE peint, mais en malade symbolique avec, bandages, corsets ou plâtres qui soutiennent sa colonne abimée.

Si Rivera est connu dans le monde entier, elle n’est qu’une amateur, naïve et surréaliste, à l’inspiration morbide. De ses organes à ses vaisseaux sanguins, de ses os à ses cicatrices, c’est une martyrologie qu’elle représente et qui ne peut qu’horrifier le public.

Grace à la protection et à l’influence de Diego Rivera, Frida Kahlo va élargir sa palette, vers les Indiens, la nature, les animaux, les plantes et réaliser des auto portraits nombreux « à la mexicaine », avec chemisiers brodés, jupons, tresses, rubans, châles et bijoux .

Rebelle, elle peint son ombre de moustache et accentue ses sourcils qui se rejoignent comme un V ouvert sur son front. Sa tête, auréolée de tresses de rubans et de fleurs, ses boucles d’oreille, bagues et bracelets sont exactement la tenue traditionnelle des Mexicaines de la capitale : les Indiennes.

Avec son visage aigu aux traits fins, elle est obligée d’en rajouter dans sa pilosité, sa couleur de peau, sa tenue et ses attitudes. Ces petits autoportraits sont une déclaration d’indépendance : une artiste indianisante, parée à l’indigène, entourée d’animaux et de fruits exotiques, si photogéniques.

Car Diego et Frida appartiennent à la « jet set » de Mexico, mais communiste !! Même Trotsky vient les visiter (comme André Breton et bien d’autres). Ils ont une vie amoureuse agitée. La grande photographe Tina Modotti les a présentés l’un à l’autre et multipliera les images d’eux, de leur vie, des portraits qui font le tour du monde.

C’est cette image qui, vers les années 80, va déformer la réalité, faire de Frida une Star stylée et à la mode, et de leur histoire une love story idiote. L’exotisme de Frida va en faire un modèle décalé, une gravure de mode ultra-latino en quelques mauvais articles, livres et films.

La réalité est plus dure, douloureuse et triste. Pour comprendre cette petite femme têtue, regardez les toiles et fresques de Rivera. Il est la locomotive qui tire toute cette histoire. La force de ses évocations, le gigantisme des certaines œuvres en font un personnage plus grand que nature et presque historique.

Diego est la porte ouverte sur le grand monde et Frida la petite souris curieuse, forte et téméraire qui a été emporté par ce vent.

Exposition "Frida Kahlo / Diego Rivera. L'art en fusion" du 9 octobre 2013 au 13 janvier 2014, à l’Orangerie des Tuileries, place de la Concorde . Paris

PS : Le seul film valable et respectueux de la vérité sur Frida Kahlo est celui joué par l’actrice mexicaine : Ofelia Medina, intitulé Frida, Naturaleza viva et date de1986. Actrice politisée et militante de la protection des indiens, je l’ai rencontrée et elle est ignorée aux états unis et en Europe. Photo ci-dessous :