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Northwest

Northwest

Cinéma - Au Danemark aussi, l'ascenseur social est en panne...

Par Alex Masson

Dans sa version originale, Northwest se dit, se lit, Nordvest. Du nom d'un quartier de Copenhague, équivalent de nos quartiers Nord de Marseille : sa réputation est celle d'une cité dans la cité, d'une semi-cour des miracles où la monnaie d'échange est les trafics et combines en tous genres.

C'est là-bas que vit Casper, marlou pas vraiment désoeuvré puisque toujours à l'affut d'une baraque à cambrioler, histoire de refourguer ensuite les écrans plats ou la dernière Playstation qu'il y aura trouvé contre quelques billets. De quoi améliorer le quotidien de sa famille qu'il chérit. Mais c'est bien connu, une fois qu'on a mis le doigt dans l'engrenage de la petite délinquance, difficile de ne pas se faire happer, d'avoir envie de plus gros. Casper rencontre un caïd qui lui propose des affaires un peu plus grosses, puis de grimper en grade dans la hiérarchie du milieu. Plus dure sera la chute...

Northwest fait partie de ces thrillers qui font de la sociologie. Depuis Martin Scorsese et son Mean Streets ou Nicolas Winding Refn et sa trilogie Pusher, on a vu s'esquisser une topographie de la délinquance au cinéma. Michel Noer vient du même terreau: son film tamise le documentaire urbain dans le cinéma de genre énergique et kinétique 

 

Si Northwest sonne juste, c'est parce qu'il se nourrit d'une réalité. L’histoire ici racontée n'est qu'en partie fictionnelle. Des Casper, il y en a plein les rues de Nordvest, Noer a d'ailleurs nourri son scénario d'anecdotes glanées auprès d'authentiques voyous et braqueurs à la petite semaine, habitants du coin. Leur parcours est sans doute même encore plus dingue et cruel que le sien. Noer ne fait que témoigner, ne se pose jamais en moraliste, n'a pas de solution, fait juste état d'une société nordique loin de l'image de paradis social diffusée depuis longtemps.

Pas question non plus de tomber dans un poujadisme pointant du doigt les dérives de la classe politique au pouvoir, mais plutôt des mécanismes psychologiques qui ont mené à cette situation, ont fini par mettre définitivement en panne l'ascenseur social. Casper veut monter quatre à quatre les marches de l'escalier qui pourrait lui permettre de mettre à l'abri son frère, sa soeur et sa mère. Pourquoi pas en devenant le chauffeur/protecteur de prostituées, puis en devant assassiner son ancien boss qui ne supporte pas de voir que son larbin gravit les échelons de plus en plus vite.

Bien sur cette ascension qui va virer à la chute libre fera, ne serait-ce que par des origines danoises communes, penser aux Pusher. Et pourquoi pas si c'est pour être du même niveau de mise en scène ou d'interprétation (Gustav Dyekjaer Giese, comédien non-professionnel est aussi intense que Mads Mikkelsen en dealer rattrapé par ses conneries dans le tryptique de Winding Refn) ?

Et pour autant c'est sans doute plus proche de chez nous qu'il faut aller chercher, voir en Northwest, un cousin nordique de La Haine. Si la forme est différente - et encore que, Noer manie tout aussi bien la caméra à l'épaule, filme aussi bien le désarroi de grands mômes dans les rues- l'environnement est similaire : communauté métissée parquée dans des quartiers-ghettos, horizon social pas brillant, et colère qui peut s'embraser à la moindre étincelle. Et surtout même constat : ce n'est pas la chute qui compte, c'est l'atterrissage. Dix-huit ans après la sortie de La Haine, Northwest affirme que les choses ne se sont pas arrangées. A l'époque, Kasssovitz lançait son "Jusqu'ici tout va bien" sur fond de tic-tac d'un compte à rebours avant l'explosion. Noer et le final en suspension de son film, jure que celle-ci est de plus en plus proche.

 

En salles le 9 octobre