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Les vexations d'Erik Satie

Les vexations d'Erik Satie

Découvrez l'impossible partition de cette pièce composée en 1893

Par Sophie Marchand

Erik Satie fait partie de ces compositeurs dont les oeuvres appartiennent pleinement au patrimoine culturel institutionnel : ses Gymnopédies ont été maintes fois utilisées, reprises et sont souvent considérées comme des œuvres sinon mineures, au moins légères. En vérité, leur compositeur et le sens de ses oeuvres sont bien plus énigmatiques, et sa pièce "Vexations", composée en 1893, nous permet d'envisager cela.

La partition de cette pièce n'est pas parue du vivant de son auteur, et il semblerait qu'il ne l'ait jamais lui-même interprétée. Et pour cause, cette partition s'apparente à une oeuvre impossible, que les exégèses n'ont réussi à interpréter qu'à partir de 1949. La partition de Vexations se compose d'un thème court joué à la basse, puis du même thème harmonisé (Variation 1), suivi du thème court, et de ce même thème ré-harmonisé. Bref, la structure est circulaire, et le tout est ensuite joué... 839 fois !

C'est en tout cas ainsi que les musiciens qui ont redécouvert l'oeuvre ont interprété l'inscription qui figurait en incipit de la partition : « Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses »

Le premier à avoir réimprimé cette partition est John Cage, et il fut également le premier à prendre la décision de l'interpréter. Car pour ce marathon classique, il s’agit bien d’une performance : pendant plus de dix-huit heures, dix pianistes se sont relayés pour donner corps à cette oeuvre monstre. En Europe, il faut attendre 1984 et Thomas Bloch pour que cette oeuvre soit jouée, dans son intégralité, de midi à midi puis une seconde fois dans l'ancien studio d'Erik Satie, de minuit à minuit. On trouve maintenant différentes versions et différentes interprétations intégrales de l'oeuvre, telles que celle-ci :  

 

Mais cette oeuvre nous apprend surtout que l'oeuvre de Satie est plus riche, plus complexe, plus énigmatique que les échos que nous en avons à partir de l'utilisation populaire de ses Gymnopédies.