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Sur le podium du pop art

Sur le podium du pop art

Le roy du Lichtenstein : exposition

Par Jean Rouzaud

Le pop art est né en Angleterre dès le milieu des années 50, avec les collages de Richard Hamilton, puis des gens comme David Hockney ou Allen Jones (et ses femmes meubles) allaient lancer la mode.

Très vite ces idées d’objets de consommation banals, détournés en icônes artistiques, vont trouver un écho énorme dans la société américaine, qui va presque s’approprier le mouvement.

Roy Lichtenstein a eu l’intelligence dès 1960 de devenir un des pionniers du POP art, mais à travers le Bande Dessinée.

Jasper Johns peignait des drapeaux américains (et avait fait une boite de soupe en bronze, avant Warhol), Robert Rauschenberg mélangeait des photos de presse, de guerre avec d’autres objets de la vie courante, Claes Oldenburg allait créer des objets géants, et Warhol aligner ses séries de  photos de stars.

L’allemand Volf Vostell allait bétonner voitures et téléviseurs et les Français - appelés nouveaux réalistes - allaient écraser (César avec ses compressions) ou casser (Arman avec ses colères) ces mêmes objets.

Lichtenstein lui se fait connaître avec des images de BD agrandies : combat aérien de la 2ème guerre mondiale et romance de gare avec blondes, baisers et larmes .

 

Sa base: ne travailler qu’avec les trois couleurs pures ; jaune, rouge bleu sur fond blanc, cernés de noir, comme le hollandais Mondrian et ses célèbres carrés abstraits .

Son astuce sera de les étaler à travers des panneaux métalliques à trous, pour imiter la trame faite de points de l’impression des cases de BD, mais agrandies une centaine de fois.

Avec ces trois couleurs tramées (donc éclaircies), il obtient des roses pour la chair, des bleus ciel pour les décors et des verts (avec les bleus et jaunes superposés) et des violets (bleus et rouges superposées) ou des oranges (rouge jaune) et des bruns avec les trois tons .

Très critiqué, il insiste : plus je suis fidèle à l’image, la case de BD de départ, et plus l’agrandissement sera mécanique - comme une fausse photo agrandie, mais en réalité repeinte avec ce système de trames à points - et plus ce sera fort et révélateur.

Cette méthode est si efficace, que Lichtenstein va la décliner dans des séries successives au cours des trois décennies qui suivront.

 

 

Séries d’intérieur design, un peu comme des plans d’architectes intérieurs, puis de simples miroirs dont les trames noires bleues et grises évoquent les reflets argentés, puis carrément des copies « à la Lichtenstein » : Picasso, Matisse, Kandinsky sont repeint en grand avec des trames de couleurs systématiques.

 

 

Le cubisme, le fauvisme et l’abstrait se prêtent au jeu des trames et des cernés noirs des « comics » de départ. Les trois couleurs pures tiennent le coup et Lichtenstein devient un des papes du Pop, un de ses toiles atteindra plus de 5 millions de dollars de son vivant.

Enfin, Roy s’attaque au volume avec des sculptures, en résine ou en altuglass transparent,  toujours recouvertes de trames. Une tête de femme virtuose, redessinée au trait noir sur la forme en clair obscur, avec des couleurs différentes qui divise le visage en deux,  comme des reflets de lumières

 

 

Les images de départ, reviennent à la réalité du volume. 

Vous l’avez compris : Roy Lichtenstein, le discret (presque oublié), le têtu, sûr de sa formule et de ses choix radicaux , n’a jamais changé de direction en quatre décennies , même s’il a parcouru un peu tous les exercices de la peinture : nus, paysages, objets et écoles artistiques.

Il est un des premiers modernes "classiques", il a relié des extrêmes opposés : un lien indispensable pour nos cerveaux et notre goût. 

Exposition au centre Pompidou jusqu’en Novembre.