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La plume de The Wire & Treme (5)

La plume de The Wire & Treme (5)

Interview de George Pelecanos, scénariste et romancier américain

Par Reza Pounewatchy & Quentin M

George Pelecanos est un écrivain et scénariste américain. D'origine modeste, il est fils d'immigrés grecs. Depuis bientôt 20 ans, il écrit des polars sur et à Washington, sa ville natale. Récemment conquis par l'atmosphère de la Nouvelle-Orléans, il a également élargi son champ de compétences en travaillant aux scénarii de The WireTreme et The Pacific, 3 séries phares et ultra réalistes de la chaîne américaine HBO. Retour sur un personnage fascinant, héraut moderne du réalisme noir et parangon sans égal de la critique sociale.

NB. Cette itw fera l'objet d'une publication en 5 parties, à raison d'un extrait par semaine. Ceci est la 5e partie.  

Chaque extrait est accompagné d'une playlist musicale : let's rock cette semaine !

 

Quelles sont vos références littéraires actuelles ?

J’aime beaucoup Michael Connelly. Actuellement, c’est un des meilleurs auteurs de roman policiers au monde. Richard Price a également eu une grande influence sur moi ; Clockers (1992) est un bouquin génial. Avant, il y a eu Steinbeck, David Goodis. J’ai des goûts très éclectiques.

Dans The Cut, vous parlez de Donald Wesley, Elmore Leonard…

 J’adore ces types. Je veux être à leur place quand j’aurai leur âge ; je veux continuer à écrire des livres à 85 ans – être meilleur même. Les livres d’Elmore Leonard sont toujours excellents, plein d’énergie et d’esprit. C’est un modèle de longévité artistique.

Ces écrivains ont un talent particulier ; ils sont très réalistes et présentent le monde, non tel qu’ils voudraient qu’il soit, mais tel qu’il est réellement. C’est ce qui fait toute la différence entre un artiste et un écrivaillon de pacotille.

Je serais plus le genre de type à vous indiquer le meilleur hot dog 

Vous utilisez toujours un vocabulaire très précis et détaillé quand vous parlez de nourriture – d’ailleurs votre père tenait un snack. Etes-vous un auteur épicurien ?

(Rires) Je ne me décrirais pas comme ça. C’est un qualificatif qui conviendrait mieux à un auteur comme Jim Harrisson. Je serais plus le genre de type à vous indiquer le meilleur hot dog ou le meilleur hamburger de la ville.

Vous aimeriez tenir un restaurant ?

Oui, ça me dirait bien. Dans le livre de Nick Stefanos, il y a un endroit qui s’appelle le Spot.  J’y ai pas mal traîné durant l’écriture du livre. J’ai compris là-bas que je préfèrerai toujours écrire des livres plutôt que de tenir un restaurant. Au demeurant, ça me fait toujours très plaisir d’aller manger dehors. C’est un de ces petits plaisirs de la vie : un bon verre de vin ou de bourbon, une belle compagnie…

Quand vous commencez à écrire, vous savez déjà si ça va déboucher sur un roman ou une saga ?

Non, plusieurs fois j’ai commencé à écrire des romans qui se sont transformés par la suite en sagas. En fait, le choix se fait plutôt à la fin de la rédaction. Est-ce qu’on accroche avec le héros ? Si oui, pourquoi ne pas continuer ? Et puis, il y a l’éditeur. C’est souvent lui qui vient me demander de continuer les histoires d’un personnage. Au demeurant, je n’ai jamais écrit de livre ou de scénario juste pour l’argent. C’est pas aujourd’hui que je vais commencer ; je suis trop vieux pour ça.

C’est un luxe, non ?

Oui, c’est vrai. Je ne l’avais jamais conçu de cette façon, mais c’est sans aucun doute un luxe d’être dans cette position.

J’ai lu sur votre site que vous alliez faire une nouvelle série avec Derek Strange. Info ou intox ?

J’ai publié un livre – qui n’est pas traduit en français – qui raconte les débuts de Derek Strange, sa première affaire. C’est un livre des années 70 que j’aime beaucoup, une sorte de « prequel ».

 

C’est important pour vous d’écrire des livres populaires ?

Pour moi, les termes « pop » ou « populaire » ne sont pas péjoratifs. Je me fiche pas mal de savoir dans quelle catégorie mes livres sont classés en librairie. Tout ce qui m’importe, c’est que les gens continuent à lire mes livres, car sans cela, j’arrêterai d’écrire.

Je lis ce que j’ai envie de lire, pas ce que les gens attendent que je lise.

Prenez-vous autant de plaisir à lire de la littérature classique – Les Misérables de Hugo par exemple – que des romans policiers ?

Pour être honnête, je n’ai jamais lu Les Misérables. J’ai vu le film par contre. Pour être encore plus honnête, j’ai lu très peu de classiques. Je lis ce que j’ai envie de lire, pas ce que les gens attendent que je lise.

Pourquoi n’avez-vous pas fait de CD pour The Cut, comme vous l’aviez fait pour Hard Revolution ?

Ca coûte de l’argent. J’étais très reconnaissant envers mon éditeur qui m’a laissé faire ça pour Hard Revolution, mais c’est vraiment très cher. Et ça n’a pas franchement fait exploser les ventes. Je réfléchis à la manière d’adapter ce combo livre-cd sur le livre numérique. A priori, les cds vont disparaître, les gens liront sur leur livre numérique et écouteront des playlists mp3 préenregistrées en même temps.

Je reste foncièrement un homme du livre 

Cette évolution vous effraie ?

Pas plus que ça. J’ai toujours lu des livres qui tenaient dans la main et je ne pensent pas qu’ils vont disparaître. D’ailleurs, l’explosion du marché du livre numérique semble profiter au livre papier. Je garderai toujours un certain plaisir à voir mes livres imprimés. Je reste foncièrement un homme du livre (physique).

Vous pourriez écrire d’autres livres que des romans policiers ?

Oui, je pourrais mais je ne sais pas si je le ferai. Enfin, je le fais déjà à la télévision avec Treme par exemple. Ce fut un vrai défi pour moi d’écrire le scénario.

En quoi votre travail de scénariste diffère-t-il de celui d’écrivain ?

Le travail sur une série est collaboratif. C’est très enrichissant, une sorte de retour à la civilisation, après avoir écrit des romans tout seul dans mon bureau pendant plusieurs mois. C’est vraiment très différent. D’un autre côté je trouve ça très gratifiant d’avoir mon nom sur la couverture d’un livre. Je suis pas un obsédé du travail en équipe.