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Le clip de « Bardo » de GoGo Penguin est déjà l’un des plus beaux de l’année

Le clip de « Bardo » de GoGo Penguin est déjà l’un des plus beaux de l’année

La vie, la mort, et la renaissance pour le groupe de jazz très très libre de Manchester.

Par Bastien Stisi

Lorsque l’on songe à la ville de Manchester, et à sa scène musicale qui su bâtir, jadis, sa belle réputation, on songe au post-punk de New Order et de The Fall, au son « Madchester » des années 80 (incarné par les Stone Roses, les Happy Mondays ou New Order), aux pop-songs orchestrées par The Smiths ou Oasis, à l’acid-house, qui fit les glorieuses heures de l’Haçienda au coeur des années 90. On pourrait songer aussi à ce rap, plus récent, qui regarde partout, d’IAMDDB, ou de Just Banco.

Mais Manchester, très loin de l’imaginaire collectif donc, c’est aussi une scène, jazz, active (ils sont signés sur Gondwana Records, le label lancé par le jazzman mancunien Matthew Halsall), au sein de laquelle a notamment émergé, aux débuts des années 2010, le projet GoGo Penguin, synthèse des talents de quatre garçons (Chris Illingworth, Nick Blacka, Rob Turner et Joe Reiser) qui ajoutèrent progressivement, au jazz plus acoustique qu’ils proposaient à leur début, des composantes électroniques aujourd’hui portées à leur apogée, d’abord avec la sortie de l’album Man Made Object en 2014 (quelques merveilles, dont le superbe « Branches Break »), puis désormais avec A Humdrum Star. « Si bon nombre de textures et de sonorités portent en elles la marque de l’électro, Brendan a tenu à ce que tout soit enregistré de la manière la plus organique possible », affirme à ce sujet Rob Turner, rappelant en cela la démarche de certains confrères d’intention, Aufgang ou Brandt Brauer Frick en tête.

Au sein de cet album, témoin de passerelles permanentes entre musiques classiques (le piano y est omniprésent) et musiques électroniques (les maquettes ont été travaillées par Rob, sur des logiciels type Logic ou Ableton), un chef-d’oeuvre, qui vient clôturer le disque : « Bardo », qui cumule mélodies addictives, dissonances sérieuses, montées vertigineuses, et qui est aussi accompagné d’un clip, dévoilé en exclusivité sur Nova et joué, cette semaine, à l’occasion d’un live, superbe, que donnaient les Mancuniens chez nos voisins et camarades de TSF Jazz.

« Bardo » donc. Le terme, aux origines bouddhistes, évoque ce moment où l’esprit, devenu volatile, passe d’un espace-temps à un autre, quittant le monde du vivant afin d’effectuer le passager vers une nouvelle renaissance. Cycle vital pour, issu, un clip magistral : dans la vidéo de « Bardo », on y voit un homme, marqué par le passage du temps, en train de mener, justement, ce voyage mystique. Trois couleurs dominent ici : le rouge qui symbolise la mort, le bleu qui symbolise le moment transitoire, et le vert pour l’idée de renaissance.

Renaître, se réinventer, repartir sur des bases sans doute plus sereines encore : une croyance à l’image des intentions de ce groupe au son d’une délicatesse rare, et pourvu d’un clip absolument magnifique, qui s’impose déjà, aujourd’hui, comme l’un des plus beaux et les plus justement menés de l’année 2018.

Et le live chez TSF Jazz donc, à revoir ci-dessous. Avant le live du groupe au Café de la Danse le 12 mars, et la sortie, surtout, du disque, le 9 février, chez Blue Note.

Visuel : (c) capture d'écran du clip