Plein de molécules de bonheur avec Fontaines D.C., un EP festif et bien pensé de Ruthee et un bel hommage à Cesária Évora… Pour bien finir la semaine, voici la sélection hebdo de Radio Nova des albums à ne pas louper.
ANGÈLE – Instinct (Columbia / Sony Music)
Qui, en écoutant “Balance ton quoi”, aurait pu croire qu’Angèle prendrait le virage de la musique club ? À la rédac, personne. Mais comme le dit le dicton : “il ne faut jamais dire jamais.” Une rentrée dans la musique électronique, par contre, ça se prépare, et pourquoi ne pas se faire épauler par des pontifes du genre ? Justice, Soulwax, SebastiAn : la liste des profs rendrait fou plus d’un. À cela s’ajoute la voix ensorcelante de Caroline Polachek sur l’intense “Love Triangle”. Si Angèle a troqué sa jupe plissée de “l’anti-sexism academy” pour une tenue plus confortable en rave, elle n’a pas changé de credo : parler des problèmes du quotidien, des siens et des tiens. Bienvenue dans l’Instinct club.
RACHEL CHINOURIRI – I Think I Spoke Too Soon (Warner)
morceau : “One Song Away From Crying”
La nouvelle perle de l’indie pop anglaise a encore frappé. Et fort. Après avoir fait fuiter sa tracklist en oubliant son sac, Rachel Chinouriri dévoile (enfin) son deuxième album, I Think I Spoke Too Soon. Et c’est très classe. Si sur son premier album elle racontait la façon dont l’industrie la perçoit en tant que femme noire, sur ce nouvel LP elle promet de décentrer le regard pour donner sa perception du milieu.
Ce projet est sensible et introspectif, tout en donnant envie de l’écouter très fort et de hurler certaines choses enfouies depuis trop longtemps. On connaît Rachel Chinouriri pour ses textes écrits à cœur ouvert, qui donnent presque l’impression de retrouver une amie. Cette fois-ci, elle nous invite aussi à danser, sans perdre une once de profondeur. Un exemple ? “One Song Away From Crying”. Rachel Chinouriri est magnétique, que ce soit par sa voix inimitable ou par sa manière de poser sur une prod aux allures féeriques.
CESÁRIA ÉVORA – Reina da Morna (Sony)
morceau : “Sonsente”
La Reine de la Morna s’est éteinte il y a presque 15 ans. Celle que l’on connaît pour “Sodade”, “Petit pays” ou “Bésame Mucho” avait plus d’un tour dans son sac et nous a laissé une belle surprise : 10 titres inédits retrouvés par son ami, confident et manager José Da Silva. Avec Reina da Morna s’ouvre un nouveau chapitre de l’héritage de celle qui a exporté le créole capverdien et sa musique sur tous les continents. Sa voix se prolonge pour sonner éternellement, sans prendre une ride. Ici, pas de regrets d’un “autre revival”. Tout est mesuré, pensé pour faire sonner dans toute sa splendeur sa chère morna qui lui colle à la peau : teintée d’une mélancolie tendre et d’une grandiloquence sensible.
Les grands thèmes du genre ont été invités à l’occasion de cet hommage : exil, mémoire, manque et amour. Ils se sont d’ailleurs pliés en quatre pour s’installer confortablement dans le titre “Sonsente”. Un clip jonché d’images d’archives jamais dévoilées accompagne cette joyeuse troupe.
THE AVALANCHES – No Bad Memories (Modular Recordings)
morceau : “I Give Everything I Have 2 U”
The Avalanches se sont lancé un défi : rameuter autour de leur projet un casting cinq étoiles. Bravo ! Mission réussie. No Bad Memories n’est pas radin, et le duo de Melbourne non plus. Sur cet album, ils ont mis les petits plats dans les grands avec 31 titres et une bande de joyeux convives : Jamie XX, Panda Bear, Barry Can’t Swin, Erick the Architect, John Glacier, Haruomi Hosono, Mike Patton, Vegyn, Ryoji Ikeda, Nikki Nair, Khadija al Hanafi, entre autres. Dès son titre, le repas promet aucun mauvais souvenir et une belle fête. Électronique, l’album saute d’un titre à l’autre, d’une IDM envoûtante à une jungle pétillante. La richesse du projet prouve à nouveau la maîtrise légendaire de Robbie Chater et Tony Di Blasi, aussi bien sur du hip-hop et de l’électro que dans l’usage agile des samples. Le banquet de pépites de ces virtuoses commence, et perso, on vous conseille de débuter par “I Give Everything I Have 2 U”.
FONTAINES D.C. – Dopamine Chamber (XL Recordings / Wagram)
morceau : “Marianne”
Qui peut se vanter d’avoir Rosalía en featuring ? Désormais, FONTAINES D.C., sur leur nouvel album Dopamine Chamber. Et ce sera la seule collaboration de cet album ! Le groupe irlandais avait été applaudi pour son rock alternatif bien pensé et sans artifice sur Romance, sorti en 2024. Dans cette Dopamine Chamber, l’air s’électrifie. Le rythme s’accélère. Les guitares laissent un peu plus de place aux synthétiseurs. On flirte parfois avec la new wave, et on batifole sans se cacher avec la crank wave, genre apparu à la suite du Brexit qui raconte la réalité dystopique d’une jeunesse évoluant dans une société qui la rejette ou ne l’entend pas. Avec un romantisme décomplexé, Fontaines D.C. raconte notre déconnexion face à nos réalités, le côté suicidaire de nos sociétés et leur besoin permanent d’être stimulées. Ça sonne un peu gothique, mais ça sonne bien. Pas étonnant de retrouver ce niveau de qualité quand on sait qui est aux manettes : James Ford, connu entre autres pour son travail avec des groupes comme Pulp, Depeche Mode, Geese ou Blur.
PAN AMSTERDAM – Panarama (Def Pressé)
morceau : “Hot Potato”
Pan Amsterdam a un son, une voix, un rythme qui donnent envie de regarder par la fenêtre du train, d’admirer l’horizon et de hocher doucement la tête au battement de chaque kick. Planer au-dessus des souillures et des rêves brisés de la ville, c’est l’identité de cet artiste qui jongle entre impro jazz, rap abstrait, prod expérimentale et attitude presque punk. Pan Amsterdam est de retour avec l’album Panarama. Il est épaulé par son comparse trompettiste Leron Thomas pour prendre de la hauteur et livrer leurs observations libres et spontanées. Commentaires sociaux, réflexions personnelles, critique culturelle et humour absurde se mêlent pour dessiner un panorama. Parmi les 16 titres qui composent cet album, difficile de faire l’impasse sur le doux-amer “Vanilla Ice”. Ce morceau est une réaction épidermique face aux exactions de l’ICE (services d’immigration américains) et à la rapidité avec laquelle les tragédies sont absorbées puis aussitôt oubliées. Difficile également de ne pas saluer la finesse des textes de Pan Amsterdam, profondément personnels sur le commun. Le morceau “Hot Potato”, aussi piquant que percutant, donne le ton de tout un album dangereusement rap, qui crache sur le monde son regard acéré.
EELS – Cookie Happened (E Works / PIAS)
morceau : “Congratulations To Me”
Disruptif, suave et chic : c’est la recette de l’album Cookie Happened d’EELS (si, finalement, ça ne l’a pas toujours été). Mark Oliver Everett a troqué sa veste de rockeur de Beautiful Freak pour celle de l’indie pop. Sur ce nouveau projet, il semble s’être adouci, mais un cœur rock bat toujours sous son blouson. Et cette fougue commence dès le nom de ce LP. Sa philosophie tient dans quelques phrases prononcées par un certain Cookie Monster : “Moi pas pleurer parce que cookie fini. Moi sourire parce que cookie arrivé.” Tout sera oublié, terminé un jour, alors pourquoi ne pas garder le principal : “n’est-ce pas magnifique que ce soit arrivé ?”. À partir de ce point de départ, EELS déroule cette pensée en 12 tracks, en l’accompagnant d’une pointe de douleur et d’un soupçon de folk façon David Bowie, en plus introspectif. Eh oui, tout ça. Parmi ses singles, on a tout particulièrement remarqué le très classe “Congratulations To Me”. Ici, on se célèbre, libre et sans souci. Beau programme.
GOTTS STREET PARK – Somewhere Between (Play It Again Sam)
morceau : “Flowers”
Un groupe plus anglais, ça n’existe pas (regardez leur nom). Et pourtant, pour leur retour avec Somewhere Between, Gotts Street Park s’essaie à un nouveau genre : le folk et l’Americana. Et ça leur va très bien.
Dans ce nouveau volet de leur carrière, une certaine mélancolie est sous-jacente, mais éclairée de temps à autre par des bribes d’espoir. Ça va avec le genre : le spleen est un grand ami de l’Americana, mais ici il garde un sourire affectueux. C’est peut-être parce que les trois amis sont comme ça. Basés entre Leeds et York, Josh Crocker, Tom Henry et Joe Harris sont inséparables (depuis dix ans, du moins). La musique, ils ont décidé de la faire libre et spontanée. D’ailleurs, GOTTS STREET PARK le revendique : le groupe a un problème avec l’IA. Pas étonnant de la part d’artistes qui enregistrent leurs disques en analogique et en prise directe. Alors, si on cherche un peu de tendresse “in this mad world”, il faut descendre à Gotts Street Park, prendre la direction de Somewhere Between et faire une pause face à “Flowers”, sublime ode au bon temps et au groove.
RUTHEE – Juste avant l’étincelle
morceau : “Zoblazo”
Parmi les artistes qui passent derrière un micro, il y en a qui nous touchent, dont on se souvient tout particulièrement. C’est un peu ça avec Ruthee. L’année dernière, elle avait déjà conquis plus d’un cœur avec TOUT BRÛLE SAUF MOI et son très beau feat avec Myra sur “AMOR”. En 2026, elle a bien décidé de devenir une incontournable de la scène RnB française. Passée par “On the Radar”, “Car Ride With” d’ARTEM ou les micros de Naomi Clément, elle a fait parler d’elle avec “Zoblazo”. Ce single est une célébration de la joie dans toute sa splendeur. L’énergie est contagieuse, construite autour de percussions vibrantes et de sonorités afrobeats bien vues. Une voix ronde et des refrains entêtants à écouter pour faire la fête.
Et toutes ces nouveautés sont à retrouver dans le grand mix de Radio Nova !

