Un micro à 20 balles pour se produire en première partie de Sabrina Carpenter, Olivia Rodrigo, Gracie Abrams ou Florence + the Machine. C’est un beau deal. Et c’est la vie de Rachel Chinouriri.
Bon, tout ne s’est pas passé exactement comme ça (évidemment). Pas de panique, pas un teasing de plus : on vous raconte ça.
Tout commence il y a 10 ans et, comme pour beaucoup, dans sa chambre. À 17 ans, elle s’achète un peu de matos et sort rapidement ses premiers sons aux grandes heures d’une plateforme : SoundCloud.
Plusieurs singles s’ajoutent à sa page. Et les fans de la première heure commencent à suivre cette voix ronde, teintée de mélancolie, accompagnée très sobrement d’accords de guitare.
Après la BRIT School, qui a vu passer sur ses bancs des noms comme Adele, elle surfe sur la vague de ces artistes féminines du début des années 2000. Mais si elle suit la voie tracée par des Amy Winehouse, Lily Allen ou M.I.A., sa voix, elle, s’inscrit parmi celles de la nouvelle génération de femmes qui font briller la pop UK, de PinkPantheress à RAYE en passant par Olivia Dean ou Lola Young (croisées sur les bancs de la fac). Le Guardian titre même : “Rachel Chinouriri, la pop star britannique préférée de toutes les stars de la pop.” C’est pour dire.
Parce que s’il y a bien une chose qu’on ne peut pas enlever à Rachel Chinouriri, c’est qu’elle transpire la Gen Z : elle entretient scrupuleusement un compte Twitter, assume un look Y2K et s’est propulsée grâce à TikTok. Mais rattacher Rachel Chinouriri à une simple étiquette d’enfant d’internet, ce serait passer à côté de toute l’œuvre d’une artiste profondément inscrite dans sa génération.
Après une flopée d’EP, Rachel Chinouriri se livre comme si la musique était un purgatoire. Son premier album, What a Devastating Turn of Events, en est la parfaite illustration. Elle écrit comme si les pages de son carnet de paroles (ou de ses notes) étaient un journal intime. Il lui aura fallu deux ans et demi pour tout coucher sur le papier. L’écriture de l’album s’est “naturellement arrêtée” lorsqu’elle s’est rendu compte qu’elle avait surmonté son traumatisme. Mais si certains pourrait voir ici une autre artiste peu pudique depressive ou en égotrip, ils seront heureux d’apprendre que Rachel Chinouriri s’ancre de l’autre côté du spectre. lle propose, avec une bluffante sincérité, de rendre universel le remède à son malheur. Sur ce sombre univers, elle allume les projecteurs et fait entrer une lumière pleine d’humour et de douceur.
Si certaines thématiques tentent de traiter de sujets plus larges, comme l’estime de soi, la dysmorphie, le racisme ou les relations toxiques (“Dumb Bitch Juice”), Rachel Chinouriri ne s’oublie pas non plus dans ses textes. Dans “My Blood”, elle chante l’automutilation ; dans l’éponyme “What a Devastating Turn of Events”, elle raconte le suicide de sa cousine suite à une grossesse non désirée. Une histoire familiale tout particulièrement sensible pour cette fille de deux enfants-soldats de la libération du Zimbabwe. Première de sa fratrie à naître en Angleterre, elle a confié au média Euphoria que ses parents étaient plutôt discrets sur l’histoire familiale. Le temps a adouci les blessures, incitant Rachel à exprimer tout ce qu’elle ressent. Un exercice réussi haut la main.
Rachel Chinouriri, c’est aussi l’une de ces inclassables, de celleux qui ne veulent pas se cantonner à un univers musical. Oasis, Coldplay, Ladysmith Black Mambazo… Elle a été biberonnée à une multitude de sonorités, d’énergies et de rythmes. Influence rock sur “Hills”, soul ronde et jazz subtil se rencontrent, s’embrassent puis se séparent sans jamais s’ignorer. Chinouriri floute les frontières des genres pour s’adresser à la génération de celleux “qui écoutent de tout”.
Vous comprenez maintenant pourquoi elle a su conquérir non seulement le public, mais aussi celui des artistes. Dès 2017, angoissée, elle assure des premières parties pour Celeste. S’enchaînent ensuite, avec une confiance galvanisée, une tournée en Angleterre, celle de Sabrina Carpenter, ainsi que des premières parties pour Olivia Rodrigo, Gracie Abrams ou Florence + the Machine. D’ailleurs, on l’a même retrouvée récemment en France sur le plateau de Taratata. Eh oui, pourquoi pas.
Sur son premier album, elle raconte la façon dont l’industrie la perçoit en tant que femme noire. Sur le nouveau, elle promet de décentrer le regard pour donner sa perception du milieu.
Sur Twitter, elle fait la première promo de son album I think I spoke too soon : elle y annonce avoir perdu son sac, avec la tracklist de son nouveau projet à l’intérieur. Une chasse au trésor s’est alors ouverte à Londres et les premiers singles ont commencé à sortir. “One song away from crying”, furieusement pop, ouvre le bal. C’est ensuite le langoureux “Make believe” qui poursuit la danse avant la sortie officielle de l’album ce 18 octobre.
Et vous voulez savoir le mieux ? Il est en playlist sur Nova, et il n’a pas été enregistré sur un micro à 20 balles.

