Pop Corn

Chaque semaine, Nova fait le tri pour vous dans les sorties en salles.  S’il n’y a qu’un seul film à voir, c’est celui-là.

par Alex Masson

Épisodes

SOS Fantômes, L'Héritage : La nostalgie n’est plus ce qu’elle était

Je n'ai jamais vraiment compris la hype qui s'est maintenue au gré des années autour de Ghostbusters (oublions son redoutable titre français, SOS fantômes). À l'époque, en 1984, je m'étais passablement ennuyé aux aventures d'une bande de scientifiques un peu branleurs qui se reconvertissaient en chasseurs de fantômes.
Certes, il y avait bien le côté rigolo d'un bonhomme chamallow géant ou d'un ectoplasme vert bouffeur de saucisses. Mais pour le reste, Ghostbusters allait plutôt à rebours d'un mouvement de fond du cinéma familial hollywoodien, qui grâce aux productions Amblin, la société de Steven Spielberg, essayait des Goonies à Roger Rabbit, L'aventure intérieure ou Gremlins de le faire un peu dérailler. Là où Ghostbusters faisait marche arrière en ressuscitant sous couvert de film fantastique, les comédies romantiques des années 40, forcément inintéressantes pour un ado des années 80.
Alors, pourquoi s'emballer pour SOS Fantômes : l'héritage ? Peut-être parce qu'entre temps, un véritable fantôme s'est emparé de la culture pop américaine, justement la nostalgie du cinéma façon Amblin, un peu potache, un peu transgressif jamais lisse.
Ou parce que cette réinvention de Ghostbusters prend finalement à rebours son matériau originel. Par exemple en déplaçant la chasse aux spectres de New York à un coin perdu de l'Oklahoma et du coup se débarrassant d'une pose un peu frimeuse. Mais surtout parce qu'il ramène cet univers de film d'aventure à sa bonne échelle : le film de 1984 reposait essentiellement sur des adultes qui voulaient continuer à jouer comme des enfants, celui d'aujourd'hui suit des enfants qui se retrouvent avec une mission d'adultes en devant sauver le monde.
Il n'est pas anodin non plus que ce soit Jason Reitman, fils d'Ivan, le réalisateur du premiers Ghostbusters qui se retrouve derrière la caméra. SOS fantômes : l'héritage ne se contente pas de remplir un cahier des charges, mais bien de raconter comment, si le monde continue de tourner génération après génération, celle d'aujourd'hui n'arrive pas à se trouver de modèle contemporain. 
Même s'il est très divertissant quand il joue la carte de l'action, SOS Fantômes : l'héritage n'est jamais aussi bon que quand il n'essaie pas de relancer une franchise, mais justement de remiser autant que se peut ses propres fantômes au placard pour un regard plus intime, moins désinvolte, sur une famille américaine paumée loin de ses repères habituels, qui doit solder les comptes d'un abandon paternel.
Reitman Jr. a beau multiplier les citations du film de son père, jusqu'à quasiment en faire le remake dans sa dernière partie, ce n'est pas tant la nostalgie des années 80 qui met ici la larme à l'œil que de voir un fils qui accepte la transmission de flambeau tout en revendiquant à la fois son indépendance et la part d'enfance qui subsiste en lui.

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01 décembre 2021

3:48

“Soul Kids” : rythm’n’blues et politique

Qu'est-ce qui vient immédiatement en tête quand on parle de Memphis, Tennessee ? La musique évidemment. C'est là-bas que l'héritage d'Elvis perdure dans le manoir de Graceland, là-bas que s'est noyé Jeff Buckley.
Memphis, c'est aussi un des berceaux du blues. Peut-être bien parce que c'est historiquement une des villes américaines les plus pauvres. Elle a pourtant enrichi dans les années 60, la musique mondiale en devenant le creuset de la soul, entre autres avec la création de Stax, label qui règnera en maître sur le Rythm'n'blues alignant tube éternel sur tube éternel. L'histoire de Stax s'est arrêtée en 1989, quand ces studios furent rasés. Elle renaît en 2000 avec l'installation au même endroit d'une école de musique qui donne des cours gratuits aux adolescents.
À la Stax Music Academy on apprend bien plus que la musique. Si Soul Kids swingue sur les morceaux d'Otis Redding, Sam & Dav, Issac Hayes et bien d'autres, réinterprétés par des gamins, le documentaire d'Hugo Sobelman fait entendre une voix plus profonde, celle d'un enseignement civique à l'heure de l'Amérique post-Trump. Dans cette école pas comme les autres, on élabore la construction personnelle des élèves en leur proposant de s'affirmer en dehors d'une stigmatisation de la classe pauvre ou noire. En s'extrayant d'un formatage social. Mais aussi à quel point ils s'inscrivent dans une histoire, quand les paroles des chansons d'hier, chantées par des mômes d'aujourd'hui portent le même discours, les mêmes complaintes.
Soul Kids se refuse pour autant à prendre le pli de la colère. Il s'essaie à une alternative militante qu'on aurait presque oubliée dans une époque ou seuls ceux qui éructent se font entendre : la possibilité d'un débat argumenté, pondéré, voire parfois teinté d'autocritique.
Soul kids donne des fourmis dans les pieds à chaque séquence musicale, mais fait surtout danser les neurones dans celles d'échanges entre professeurs et élèves, partageant leur expérience du vécu où le souvenir de figures historiques d'un combat pour les droits civiques qui n'a en fait jamais cessé.
À l'heure où la musique qui se fait le plus entendre chez nous est celle d'une offre politique particulièrement médiocre, qui a accordé ses violons autour d'une pensée aussi réductrice que nauséabonde, assurant que le plus grand dénominateur commun est la division ; une scène, parmi d'autres, de Soul Kids ou des enseignants apprennent à des mômes qu'ils ont de la valeur et la nécessité d'une écoute commune pacifiée, devient essentielle. Tout comme ce documentaire refaisant les gammes d'une pédagogie collective plus que jamais nécéssaire pour réinvestir pleinement la lutte des classes. Celle qui se joue donc ici dès l'école.

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24 novembre 2021

3:34

“Les Magnétiques” : so 80s

Un splendide coup de rétro sur la jeunesse des années Cold wave rappelle que le futur, c'est aussi une question de passé.

C'était comment, le début des années 80 ? Pas forcément aussi bien que la patine du temps à inscrit les années Mitterrand dans l'histoire. Avoir dix-huit ou vingt ans dans un petit bled de province,  à cette époque, c'était souvent synonyme d'ennui, entre la liberté limitée à un tour en mobylette et la menace du service militaire. Mais surtout la crainte de passer à côté de quelque chose qui était en train de se passer, un changement d'époque.

L'écho s'en faisait par la bande-son du monde extérieur, principalement anglaise. Une transition entre la fin des années punk et le début de celles cold wave. Avoir vingt ans au début des années 80, c'est se rendre compte que l'euphorie de Mai 68 est déjà sous tranquillisant, sentir que Mai 81 était en fait une arnaque, qu'après son vent de liberté, la camisole de la rigueur s'annonçait déjà.

Les Magnétiques témoigne remarquablement de cette charnière. Le film de Vincent Maël Cardona s'attache à Philippe, jeune homme qui vit et attend dans cette France rurale où il ne se passe rien, que justement il se passe quelque chose. Pour son père garagiste, c'est déjà trop tard, son frère aîné, lui a encore un tigre dans le moteur, mais commence à s'enrouer. 

La soif de vie de Philippe, elle,  rugit dans le micro d'une radio pirate bricolée dans la grange familiale.  À l'époque, on parle de radios libres, elles ne le seront plus longtemps, bientôt dévorées par des nécessités industrielles ou commerciale. Les Magnétiques se glisse dans cette parenthèse plus désenchantée qu'on le croit. Cardona rétablit cette vérité avec un film qui rend la parole à la jeunesse d'alors, celle  qui espérait qu'il y avait encore quelque chose à faire de sa vie.

Un vrai film “No future” ?

C'est ce qui en fait la splendeur d'un film qui constate que ces années 80 ont été la matrice d'un aujourd'hui socialement et politiquement bouché. Tout était déjà là, des inquiétudes écologiques aux statistiques d'un chômage de masse en passant par une pensée libérale déjà à l'œuvre.

Mais Les Magnétiques réincarne justement le véritable esprit No future en tombant pas dans la caricature du nihilisme, mais se refusant à une nostalgie, en insistant sur le principe de vivre tant que possible l'instant présent, de rester en colère contre les carcans. Ça peut être en montant le son, que ce soit celui d'une BO, impeccable compile d'époque alignant entre autres les danses métalliques de Joy Division et Front 242, mais aussi le lyrisme d'une variété symphonique avec le fameux Premier pas de Claude Michel Schönberg ou avec les extraordinaires séquences autour des créations sonores de Philippe.

Avec elles, Les Magnétiques ravive le langage pulsionnel, l'imaginaire ultra-créatif de cette génération, mais plus encore le feu intérieur qui anime ce jeune homme en apprentissage de la vie. Ses lueurs sont bien plus qu'une capsule temporelle, quand elles appellent à rallumer cette flamme dans l'époque actuelle, à l'image d'un des morceaux de la BO, le “Teenage Kicks” des Undertones, qui comme ce film conjugue aussi parfaitement qu'éternellement rage et mélancolie.  



En salles le 17 novembre.

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17 novembre 2021

3:29

« Une vie démente » : plus belge la vie

On ne le dira jamais assez, le point de vue Belge sur le sens de la vie est un des plus réjouissants qui soit. Pas forcément par le biais pris au pays du surréalisme, mais par cette capacité à pouvoir aborder de manière aussi frontale que relativisée tous les sujets. Comme le font par exemple Ann Sirot et Raphaël Balboni avec une vie démente, chronique de la gestion d'un Alzheimer en cours d'une sexagénaire par son fils et sa belle-fille.
Pas vraiment le sujet qui prête à rire, ou plutôt justement si. L'approche de ce couple de réalisateurs, basée sur leur propre expérience, est d'intégrer autant les moments difficiles que ceux heureux dans une telle situation. Une vie démente, se mettant au chevet non pas d'une malade et de ses proches, mais de leur quotidien quand il bascule parfois vers l'absurde. Pas question d'occulter les doutes ou les craintes, mais encore moins - et c'est la vraie rareté de ce film - de trouver un mode d'emploi quand l'extraordinaire devient ordinaire, de comprendre comment la vie peut malgré tout continuer
Alléger la pesanteur usuelle d'un tel sujet n'empêche pas de faire du cinéma, et du vrai, par de pures idées de mise en scène, d'un motif floral qui va peut à peu contaminer l'écran, comme l'Alzheimer colonise le cerveau de Suzanne ou des situations sociales lambda, comme un entretien avec un banquier ou un médecin reconstituées à minima, autour d'une table de cuisine.
C'est justement cela que demande Une vie démente, qu'on puisse s'asseoir et causer librement, normalement des choses, sans fard, mais sans y ajouter de pathos. Il y a quelque chose dans cette démarche, d'un cinéma de Maurice Pialat dans une version adoucie ou des photos de Martin Parr par la distance qui rend plus supportable la réalité.
Pour accompagner un esprit qui dérive peu à peu, Sirot et Balboni prennent le parti d'être philosophes, Une vie démente ne voyant pas quelqu'un qui perd la boule, mais la vie comme une pierre qui roule quel que soit le terrain accidenté.
En salles le mercredi 10 novembre

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10 novembre 2021

2:44

"A Good Man" : Le parcours d’un homme trans pour porter un enfant

Depuis quelque temps le cinéma s'est emparé de la question de la transidentité. D'entre autres Girl à Petite fille, le sujet est sorti du bois. Dans le cas d'A good man, il est même peut-être devenu un arbre cachant une autre forêt. Marie-Castille Mention-Schaar y filme bien le parcours d'un homme trans ayant décidé de porter l'enfant que sa femme, stérile ne peut avoir, mais pour porter le débat ailleurs : vers le droit à la normalité pour les histoires d'amour de couples non-cisgenres.

Mine de rien, c'est une autre forme de progressisme et de reconnaissance qui est ici en jeu. Le sens habituel de la pédagogie bienveillante de la réalisatrice (Les héritiers, Le ciel attendra ou la coécriture du scénario de La première étoile) est un bon atout pour ça.

Bien sûr, le choix d'une femme pour interpréter Benjamin reste questionnable, mais ce serait faire un mauvais procès d'intention à Schaar d'aller sur ce terrain-là. Au minimum parce que c'est Noémie Merlant, actrice à qui on peut accorder le crédit, via des films – Curiosa, Jumbo, Portrait d'une jeune fille en feu ou tout récemment Les olympiades- de rôles réfléchissant littéralement corps et âme à la recomposition du sentiment amoureux qui endosse ce rôle particulièrement casse-gueule.

Mais aussi parce qu'en pliant aux codes d'un cinéma romantique une identité sexuelle loin des cases traditionnelles, A good man vise à aller au-delà des normes sociales, avec la volonté d'intégrer les personnes transgenres à des problématiques très communes, du désir d'enfant à la difficulté de faire perdurer un couple. Ou, en l'occurrence, vouloir dépassionner un débat délicat en se focalisant sur une passion amoureuse entre deux êtres, quoiqu'ils aient dans le ventre.

En salles le 10 novembre



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09 novembre 2021

8:58

“Burning Casablanca” : chouffe Marcel !

Une romance sauvage fait mijoter l’esprit de Tarantino et de Sailor & Lula. Maroc’n’roll !

À Casablanca, on appelle les bastons de rue le “Zanka contact”. C'est de l'argot marocain, mais ça sonne aussi vachement bien en français, “Zanka contact”, ça swingue, ça percute à l'oreille. La magie de la traduction des titres de films en français fait que celui du film d'Ismaël Iraki est devenu chez nous Burning Casablanca. C'est pas mal non plus, ça sonne à la fois comme une annonce de série B ou comme un album de punk-rock des 70's, quelque chose d'énergique, d'électrique en tout cas.

Ça se confirme dès une première séquence rentre dedans. Ce dans tous les sens du terme quand le taxi de Raja, prostituée, s'encastre dans celui de Larsen Snake, rockstar aussi déchue que junkie. Une rencontre qui vire au coup de foudre entre ces deux écorchés à grande gueule. Les coups de latte qui les menacent viendront d'un client de Rajae, issu de la bourgeoisie, mécontent de ses services qui voudrait que son mac la corrige.

À partir de là, Burning Casablanca met le feu a à peu près tout ce qui est à sa portée, enfournant dans son moteur autant un scénario saute-mouton à la Tarantino que l'esprit d'un David Lynch période Sailor et Lula, tout est combustible dans cette romance sauvage et épicée.

Dans les festivals où le film est passé, il a même souvent hérité de l'étiquette inédite de “western tajine”. Ça se tient quand Burning Casablanca revendique aussi dans son décidément furieux melting-pot d'aller aussi piocher chez les westerns spaghettis, pas forcément ceux de Sergio Leone, plutôt ceux un peu plus râpeux, à base de traumas carabinés.

C'est d'ailleurs de là que vient la véritable énergie du film, ce principe de base pour Rajae et Larsen de s'arracher à leur sort, de toujours partir en live, Burning Casablanca les y encourageant en étant filmé avec l'urgence d'une performance permanente, parfois excessive jusqu'à devenir un sacré souk, mais particulièrement généreux.

Même quand il se perd un peu à force de changer les rues de son foisonnant bled de cinéma, il y a quelque chose d'une mèche allumée avec ce premier long métrage incandescent, au minimum pour la double bombe d'acteurs que sont Khansa Batma et Ahmed Ahmoud, aussi magnétique que sensuel tandem d'amants chauffés à blanc.

En salles mercredi 3 novembre

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03 novembre 2021

3:07

« Las niñas » : adolescence à l’espagnole

Sous les jupes plissées et les socquettes d’une bande de collégiennes des années 90, une chronique de l’émancipation de l’Espagne.

Fait incontestable : l'adolescence et le cinéma ont toujours fait bon ménage, que ce soit par des pans entiers de films sur cet âge pas si tendre ou par une production pléthorique lui étant directement adressée. Reste qu'il ne suffit pas de faire un film sur des ados pour savoir capter toute la complexité de cette période formatrice, ou ne pas sombrer dans certains clichés.
Ce n'est pas le cas de Las niñas. Peut-être parce que cette chronique d'une bande de gamines a Saragosse au début des années 90 explore aussi un pays lui-même alors en pleine phase de transformations profonde. Le premier film de Pilar Palomero a un évident goût de vécu, piochant très probablement dans les souvenirs de la réalisatrice mais surtout celui d'une Espagne, qui comme son personnage principal etait traversée par des envie de libération, d'émancipation.

Quelque part c'est une adolescence plus globale, d'un pays, délivré du franquisme depuis une petite poignée d'années, mais qui ne s'était pas encore débarrassé de certains réflexes, n'avait pas tout à fait acquis le mode d'emploi du progressisme qui est au centre de Las niñas.

Palomero a la justesse d'entremêler l'intime de Celia, élève trop sage d'une école catho bousculée par l'arrivée d'une nouvelle copine bien plus effrontée et donc une vision sociale en coupe, pour raconter ce mélange d'euphorie et de trouilles de pousser certaines portes, de pouvoir enfin jouer avec les interdits. Mais aussi comment il était nécéssaire de rompre une chrysalide purement espagnole, découvrant la démocratie mais encore sous l'égide d'une Église encore très prépondérante.

Las niñas ne se concentre pas pour autant sur une génération de filles tout juste pubères, cloitrées sous l'uniforme jupes plissées et socquettes. Ça a beau être un film se déroulant dans les années 90, il observe aussi le monde de 2020, ce moment où les libertés et droits des femmes sont remis en question. Filmer avec un incroyable naturel des gamines d'aujourd'hui jouer celles d'hier, dans des gestes de découverte, des premières fois, que ce soit fumer une clope en douce ou avoir un gros crush amoureux fait ce lien. S'attarder sur l'éducation par des mères naturelles et celles religieuses aussi, par cette demande aux spectateurs d'aujourd'hui de ne pas oublier que les injonctions sociales d'hier n'ont pas forcément autant bougé qu'on le pense aujourd'hui. À sa manière, Las niñas fait une prière, celle de continuer à veiller à l'émancipation , des petites comme des grandes filles.

En salles le 27 octobre

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28 octobre 2021

2:48

"Pig"  : Dans le cochon tout est bon

Une histoire improbable de truie kidnappée rappelle qu’il ne faut pas prendre Nicolas Cage pour une truffe.

Faut pas emmerder Nicolas Cage. Toute une tripotée de films où l'acteur pète un câble en attestent. Avec le souci de performances exubérantes voire excentriques devenues une marque de fabrique ayant mené les films en question directement sur les rayons des plateformes SVOD ou du direct to video. À priori un pitch à la John Wick (un chef cuisinier devenu ermite décide d'aller péter la gueule aux malotrus qui ont kidnappé sa truie truffière) laissait entendre que Pig rejoindrait cette cohorte. À grand tort.

Le premier long métrage de Michael Sarnoski baisse le ton, ramène Cage du maximalisme exacerbé à un minimalisme pour rappeler à quel point il peut être un acteur phénoménal. Plus fort encore, Pig met à jour quelque chose que l'on n'avait pas forcément vu, un fil rouge ténu entre les derniers opus furibards de Cage, qui raconte autre chose que des écarts de conduite furibards. Quelque chose de bien plus intérieur, lié à des personnages tous dévastés par l'idée de perte d'un être proche ou aimé. Une part doloriste qui prend sa place dans Pig, œuvre tout en intériorité à la limite de la leçon de philosophie bouddhiste autour d'un type meurtri par la civilisation humaine au point de s'en être retiré, mais qui n'a pas d'autre choix que de renouer avec elle. Un chemin de croix auquel se plie un Cage d'autant plus sidérant de retenue que ses récents états de service avaient occulté cette capacité.

Pig peut dès lors aborder l'idée d'une violence du monde autrement, en distribuant des bourre-pifs envers l'industrie de la cuisine étoilée via une grinçante satire, autre très bonne surprise d'un film inattendu dans tous les sens du terme.

En salles le 27 octobre



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27 octobre 2021

2:56

Pop Corn : "Les Héroïques" de Maxime Roy

Michel a 53 ans et peut-être pas forcément toutes ses dents. Normal, quand on s'est défoncé et qu'on a picolé dès l'adolescence. Michel n'a en fait jamais vraiment quitté cet âge-là. Rebelle un jour, rebelle toujours. Ce serait un crève-cœur pour lui d'abandonner ses t-shirts élimés ou un blouson de cuir aussi usé et buriné que son visage, voire de jacter autrement qu'en verlan façon loulou de banlieue des années 80.

Michel n'a en fait jamais vraiment grandi. C'est d'ailleurs ce que lui reprochent ses proches, de son fils ado à sa femme, avec qui il a récemment eu un bébé. Jusqu'à ce que ça craque, qu'elle décide de s'en séparer. Où que son daron renoue avec lui, alors qu'il crève à petit feu d'une sale maladie.

Alors Michel se retrouve coincé entre ses responsabilités de père et de fils, entre ses pulsions de vie et d'autodestruction. Les Héroïques n'a pas besoin d'en raconter beaucoup plus, puisque Michel est un concentré d'histoires à lui tout seul. Michel ou plutôt François Creton, acteur de sa propre vie.

Les héroïques n'est pas qu'une fiction, le film de Maxime Roy piochant énormément dans le parcours de Creton tout en fracas social. Il apporte bien plus qu'un visage et un physique ou une vérité à ce récit de la France des ultra-précaires. En touchant grâce à lui au près, au plus juste, un vécu, mais sans en occulter les zones d'ombres, Les héroïques touchent à une honnêteté loin d'être courante dans le cinéma français naturalisto-sociologique. Oui, il est question ici d'une reconstruction, mais avant tout de son processus et de la difficulté de l'accepter. Sans pour non plus sombrer dans le misérabilisme, Creton et Roy s'autorisant parfois à ridiculiser ce perpétuel immature comme à respecter les résurgences de son envie de ne pas rentrer dans le rang.

Forcément ce cinéma-là fera penser à une descendance de celui, solidaire, d'un Robert Guédiguian, renforcée par la présence d'Ariane Ascaride, avec le bonus de ne jamais s'affranchir de la complexité du réel, en filmant ses hauts et ses bas, sans angélisme ni jugement.

En salles le mercredi 20 octobre

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20 octobre 2021

4:30

"Pleasure" : le porno, cet autre monde du travail

Dans la séquence d'ouverture de Pleasure, une jeune suédoise débarque à Los Angeles. À la douane, lui est posée la traditionnelle question de contrôle « Are you here for business or pleasure ?» Le film de Ninja Thyberg pose d'emblée sa thématique : Linnéa est venue d'Europe dans l'espoir de devenir la plus célèbre des pornstars, quitte à devoir faire son trou dans le porno le plus extrême.
Pleasure achève l'imagerie du porno chic en s'immergeant dans les coulisses de cette industrie actuelle, régie depuis que ce registre est devenu essentiellement visible sur le Net, par la nécéssité commerciale d'un toujours plus. Thyberg se refuse pour autant à faire le procès de ce milieu en le présentant avant tout comme un univers de travail, avec des codes particuliers, mais en filigrane les mêmes dérives dans les rapports de pouvoir, de soumission, d'égalité hommes-femmes que dans la plupart des environnements professionnels. Le regard posé est clinique, cru et cul. Mais c'est la franchise de ce qui tient d'une rigoureuse étude sociologique, voire anthropologique qui surprend, Pleasure ne parlant finalement pas tant du porno tel qu'il se fait aujourd'hui, que de sa part de reflet de l'époque contemporaine.

Une fois rhabillée d'un nom de scène, Linnéa devenue Bella Cherry, se fait esquisse d'un portrait d'une génération décomplexée que ce soit dans son rapport à la sexualité, à la célébrité, l'argent comme à l'incarnation de soi par l'image. Le monde moderne selon Thyberg est fait de contrats, de relations factices, d'une hiérarchie économique reposant sur l'exploitation, dont les échelons peuvent se grimper en string ou en talons aiguilles, mais surtout en écrasant les autres. Un monde basé sur un principe de compétition permanente qui n'est qu'un miroir aux vanités. Pleasure avertissant qu'une fois traversé, il sera difficile de faire marche arrière.

En salles mercredi 20 octobre.

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19 octobre 2021

13:16

Ultime combat, Arts martiaux d'Asie

Le cinéma d'arts martiaux asiatique a longtemps manqué de reconnaissance critique. Peut-être par mépris envers un cinéma dédaigné parce qu'estimé impur ou marginal alors qu'il aura été un des plus populaires au monde. Ou simplement par ce que considéré comme un vulgaire cinéma d'action pour prolos. À tort quand derrière les prouesses physiques, il s'est toujours attaché à l'enseignement des vertus de disciplines aussi mentales que corporelles. Depuis une trentaine d'année, le regard porté sur ce cinéma a évolué pour admettre sa richesse, sa complexité et surtout la pertinence d'une identité cinématographique, de son extension du cinéma burlesque à sa relation profonde avec l'histoire de l'Asie est ses mouvements sociaux. De très nombreuses rétrospectives lui ont rendu hommage comme sa noblesse. Une exposition vient renforcer la chose en mariant cinéma et collections du musée du Quai Branly.

Il est assez pertinent que ce musée dédié aux arts et cultures primitives accueille un cinéma longtemps jugé primitif, au mauvais sens du terme, dans son rapport à la violence. Il y a même quelque chose de très beau à rattacher des objets traditionnels à des films, les faire se converser au gré des salles et des nombreux extraits pour lier spiritualité, légendes ancestrales et décryptage d'un art de vie guerrier. Les films sont remis en perspective avec les secousses des périodes historiques, délestant ce cinéma de sa réputation de spectacle bourrin pour les recontextualiser, expliquer la signification d'une technique ou d'un geste, révéler leur portée philosophique comme politique. La majorité des films choisis parlant en fait d'apprentissage, de transmission des traditions, de code d'honneur. Mais aussi de la modernité permanente de ce cinéma-là que ce soit par le rôle des femmes dans les films de sabre japonais ou hong-kongais ou dans l'incroyable complexité de scènes de combat plus virtuoses les unes que les autres. Il faut à ce titre saluer la scénographie de cette exposition, qui ne réduit jamais le champ ni le cadre des extraits à de simples vignettes. Au contraire, le choix a été fait de les présenter sur de grands écrans. Idem pour la hiérarchie, veillant à ce qu'aucun genre, de la kung-fu comedy au chambara ne soit négligé. Même quand il faut en passer par un passage obligé, par exemple l'évocation de Bruce Lee, la figure la plus iconique de ce cinéma, c'est par une salle spéciale, superbement dédiée aux mouvements du Petit Dragon, mais sans qu'elle écrase le reste. On pourra pour autant faire le petit reproche de l'absence de certains pays et cinématographies, comme la Thaïlande, l'Indonésie, ou le Vietnam alors que c'est aujourd'hui là-bas que les films d'arts martiaux connaissent désormais un renouveau, pour se concentrer essentiellement sur le cinéma et les cultures chinoises et japonaises. Mais après tout tant mieux, ça laisse de la matière pour une éventuelle future extension à cette exposition aussi foisonnante que remarquable d'intelligence rappelant que la philosophie est bel et bien un sport de combat.

Ultime combat, arts Martiaux d'Asie. Au Musée du Quai Branly, jusqu'au 16 janvier

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13 octobre 2021

4:23

"Mon légionnaire" : L’amour est un champ de bataille

Qui a dit que l'Armée était une affaire d'hommes ? Pas Rachel Lang. Encore moins le second film de cette réalisatrice. Dans Mon légionnaire, il y a bien des soldats, mais tout autant leurs compagnes. Elles forment une quasi-communauté dans un coin de Corse, en attendant que leurs conjoints reviennent de mission au Mali. Une opération qui n'a rien d'une routine et pourtant c'est ce qu'essaie de filmer Lang, cet ordinaire d'une vie de couple singulière quand elle est autant soumise au devoir qu'au conjugal. Mon légionnaire gravite autour de ces allers-retours : alors qu'un lieutenant part au front laissant son épouse à la base, une jeune ukrainienne y débarque accompagnant une nouvelle recrue. Lang en fait un double champ de bataille, en alternant séquences sur le terrain dans le feu de l'action et immersion dans le quotidien des femmes rongées par le feu de l'inaction, craignant chaque jour qu'on leur apprenne que leurs hommes sont tombés pour la France.



La question du bien fondé de la présence militaire français au Sahel n'est pas le souci de Mon légionnaire, film qui s'attaque avant tout à une guerre d'usure, celle où les blessures ne sont pas causées par balles, mais par les limites de l'engagement, qu'il soit au nom de la nation ou au nom du cœur. La question centrale posée par Lang étant de savoir faire face à un quotidien doublement régulé par la peur de ne plus être loyal à ses idéaux. Mon légionnaire ausculte ce front commun pour ces femmes et ces hommes avec une rigueur qui invoque la précision clinique, pour ne pas dire militaire, d'une Kathryn Bigelow (Démineurs) mais aussi la compassion pour l'élément humain du cinéma d'une Claire Denis (Beau Travail). Peut-être Lang doit peut-être cette inattendue combinaison à un parcours peu commun, qui l'a amené à faire ses armes au cinéma tout en étant officier de réserve. Un cadre qui l'a très probablement amenée à observer de près le fonctionnement de l'armée et son impact sur l'intime. En ressort un film étonnant quand il interroge le prestige de l'uniforme sans pour autant se mettre au garde à vous, voire ayant l'intelligence de revisiter avec nuance et complexité, la fameuse trilogie travail, famille, patrie comme de donner une parole aussi inédite que forte aux souffrances d'une institution surnommée La grande muette.



En salles le 6 octobre

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06 octobre 2021

3:02

Candyman : la vie en noir

On ne le rappellera jamais assez, le bon cinéma d'épouvante est celui qui n'a pas peur d'intégrer un rapport au réel, pour le commenter. C'était le cas en 1992 de Candyman, inattendue apparition d'un croque-mitaine qui surgissait pour éventrer à coup de crochet quiconque avait eu l'imprudence de prononcer cinq fois son nom. C'est plus encore le cas d'un film entre le remake et la suite qui débarque aujourd'hui. Les deux films conservent le même cadre, celui d'une cité HLM de Chicago, historique ghetto où a été parquée la classe ouvrière noire comme l'idée d'une créature issue de l'esclavage, revenue se venger éternellement. Les vingt ans qui séparent le premier Candyman de celui-ci ont fait le reste, laissant le temps d'infuser la dégradation des rapports entre blancs et noirs, comme les ravages de la gentrification dans l'Amérique contemporaine.
 D'autant plus quand c'est Jordan Peele, instigateur depuis Get Out, d'un cinéma d'épouvante prenant à bras le corps la question de la place des afro-américains dans la société qui le produit. Il assume pleinement la portée politique de ce nouveau Candyman, que ce soit en en ayant confié la réalisation à une femme noire, Nia Da Costa, ou en le truffant d'allusions, comme la présence dans la bande-son d'un morceau de Sammy Davis Jr, partisan de la cause noire qui avait fini par devenir supporter ardent de Nixon, justement titré... The Candy Man. Pas tant pour boucler la boucle que pour indiquer que l'Amérique se trimballe depuis trop longtemps ses rapports interraciaux. Cette réactualisation du film de 1992 troque sa part gore, par une mise en scène aussi habile qu'inventive, vers quelque chose de plus anxiogène, la prophétie d'une révolte coléreuse qui finira par engendrer des monstres au nom d'une bonne cause, qui ne peut plus se contenter de promesses. En faisant de son croquemitaine la mémoire d'une oppression contre les noirs qui ne veut pas être oubliée, ni être récupérée par une woke culture de hipsters blancs, ce Candyman là rend coup pour coup.

En salles depuis le 29 septembre



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30 septembre 2021

3:02

69e Festival de San Sebastian

De l’autre côté des Pyrénées, se tient actuellement l’équivalent espagnol de Cannes: sans la Croisette, mais à dimension plus humaine.

Alors que les salles de cinéma ont encore un peu mal à se remplir, les festivals, eux, font carton plein. Il faut dire que l'automne, c'est la pleine saison pour eux. Loin des immuables et mastodonte rendez-vous internationaux d'hiver et de printemps, que sont Berlin et Cannes, en septembre s'enchaînent ou presque, Venise, Toronto et San Sebastian. Ils sont un peu moins médiatiques, mais pas moins négligeables. San Sebastian a même pris l'habitude de se rebaptiser, « le plus petit des grands festivals ». A tort, quand non seulement, c'est l'épicentre du business du cinéma espagnol, mais aussi quand il diffère des autres manifestations, en étant fondamentalement accueillant pour le public quand les autres sont plus réservés à l'industrie.

Il y a quelque chose de très touchant à voir dans cette période de pandémie, des salles aussi pleines qu'enthousiastes. Surtout quand cette année, la programmation reflète non seulement un état du monde des plus inquiets quand à l'avenir mais se passe, pour énormément de films présentés, dans un cadre particulièrement intime. Beaucoup explorent des histoires d'individus en rupture avec leur environnement. Ainsi, la jeune fermière de la fin du XIXe siècle, dans As In heaven, film danois sous bel héritage Dreyer ou la jeune roumaine teigneuse d'aujourd'hui de Crai Nou, pour ne citer qu'elles, se rejoignent dans la difficulté de s'émanciper des règles familiales. D'une manière plus générale, quelles que soient les sections ou les nationalités, les films de cette édition énoncent clairement leur désarroi face à l'époque. Parfois en ruant dans les brancards, comme le douanier du Bruit des moteurs incapable de s'évader de son village canadien ou en succombant aux crises de paranoïa comme le prof slovène du grinçant Inventory peu à peu persuadé que tout le monde, surtout ses proches, ont voulu le tuer. Même les histoires de résilience spécifiquement locales, dont celle de Maixabel, autour du véridique rapprochement entre le mari d'une victime de l'ETA et son assassin, témoignent des obstacles que mettent une période faite de défiance, de méfiance sur un chemin qui ramènerait vers quelque chose de plus paisible. Quand ce n'est pas l'étonnante adaptation des Illusions perdues de Balzac par Xavier Giannoli qui scrute sous ses costumes des torts et travers – du phénomène des Fake News à la domination du libéralisme- très contemporains. Tout ça n'étant qu'un petit aperçu de la densité d'une édition clairement préoccupée par le monde tel qu'il se prépare. Mais au vu donc de la foule dans les salles, comme de la qualité générale des films ou même d'une météo qui a la politesse de ne faire tomber des trombes d'eau uniquement la nuit, le festival de San Sebastian, qui se tient jusqu'à samedi soir, a de très beaux airs de parenthèse encore un peu enchantée. Du moins pour les cinéphiles.

Jusqu'au 25 septembre. Plus d'infos : https://www.sansebastianfestival.com/in/

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22 septembre 2021

3:02

L'origine du monde : Laurent Lafitte lève des lièvres avec une histoire de chatte

À quoi tient une bonne comédie ? Peut-être bien à ce que l'on trouve de moins en moins souvent dans celles françaises : un postulat non seulement original mais surtout qui s'en sert pour s'affranchir de certaines limites.

Pour son premier film de réalisateur, Laurent Lafitte a fait le bon choix en allant piocher chez l'un des auteurs actuels de théâtre de boulevard les plus audacieux, Sébastien Thiéry. Comme souvent chez lui, l'argument de L'origine du monde, secoue des bases classiques, celle du vaudeville pour les malaxer avec des éléments d'absurde délirant, voire de surréalisme pour un commentaire social bien senti. En l'occurrence, avec un quadra petit bourgeois qui se retrouve un matin avec son cœur qui ne bat plus mais reste pourtant vivant. La seule solution pour retrouver un état normal est de fournir à une psy, marabout new-age sur les bords, une photo du sexe de sa mère. Lafitte a conservé cette combinaison d’Œdipe sur le fond et de Bunuel dans la forme mais ajoute son propre sens du décalage.

De quoi se réapproprier la mécanique parfaite de Thiéry pour mieux la détraquer. Là où le dramaturge se demandait si un homme sans cœur est toujours un homme, Lafitte enfonce le clou avec une joviale provocation pour s'attaquer en bonus aux notions de couple, d'amitié ou de famille, le tout sur un ton frontal pas éloigné de ce qu'aurait pu faire un Bertrand Blier avec cette matière. D'ailleurs, Lafitte reprend à son compte le fameux esprit « décontracté du gland» en mettant littéralement à poil le trio déchainé qu'il forme avec Vincent Macaigne et Karin Viard. Ce qui n'empêche pas une paradoxale pudeur, quand derrière les mordants dialogues cash ou les réjouissantes situations trash, L'origine du monde cache une autre mise à nu : entre une incartade au bois de Boulogne, d'insistants dialogues à double-sens entre les personnages joués par Laffite et Macaigne ou des génériques d'ouverture et clôture utilisant des chansons de Marie Laforêt et Shirley Bassey, références culturelles gays, une lecture possible du film comme celui du coming-out de son auteur s'installe rapidement. Il n'est donc pas impossible qu'avec ce solide premier essai derrière la caméra, Laffite coupe bien bien plus qu'un cordon ombilical. Qu'il le fasse à pleine dents, n'en est que honorable.
En salle depuis le 15 septembre

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16 septembre 2021

3:31

L'origine du monde : Laurent Lafitte lève des lièvres avec une histoire de chatte

À quoi tient une bonne comédie ? Peut-être bien à ce que l'on trouve de moins en moins souvent dans celles françaises : un postulat non seulement original mais surtout qui s'en sert pour s'affranchir de certaines limites.


Pour son premier film de réalisateur, Laurent Lafitte a fait le bon choix en allant piocher chez l'un des auteurs actuels de théâtre de boulevard les plus audacieux, Sébastien Thiéry. Comme souvent chez lui, l'argument de L'origine du monde, secoue des bases classiques, celle du vaudeville pour les malaxer avec des éléments d'absurde délirant, voire de surréalisme pour un commentaire social bien senti. En l'occurrence, avec un quadra petit bourgeois qui se retrouve un matin avec son cœur qui ne bat plus mais reste pourtant vivant. La seule solution pour retrouver un état normal est de fournir à une psy, marabout new-age sur les bords, une photo du sexe de sa mère. Lafitte a conservé cette combinaison d’Œdipe sur le fond et de Bunuel dans la forme mais ajoute son propre sens du décalage.


De quoi se réapproprier la mécanique parfaite de Thiéry pour mieux la détraquer. Là où le dramaturge se demandait si un homme sans cœur est toujours un homme, Lafitte enfonce le clou avec une joviale provocation pour s'attaquer en bonus aux notions de couple, d'amitié ou de famille, le tout sur un ton frontal pas éloigné de ce qu'aurait pu faire un Bertrand Blier avec cette matière. D'ailleurs, Lafitte reprend à son compte le fameux esprit « décontracté du gland» en mettant littéralement à poil le trio déchainé qu'il forme avec Vincent Macaigne et Karin Viard. Ce qui n'empêche pas une paradoxale pudeur, quand derrière les mordants dialogues cash ou les réjouissantes situations trash, L'origine du monde cache une autre mise à nu : entre une incartade au bois de Boulogne, d'insistants dialogues à double-sens entre les personnages joués par Laffite et Macaigne ou des génériques d'ouverture et clôture utilisant des chansons de Marie Laforêt et Shirley Bassey, références culturelles gays, une lecture possible du film comme celui du coming-out de son auteur s'installe rapidement. Il n'est donc pas impossible qu'avec ce solide premier essai derrière la caméra, Laffite coupe bien bien plus qu'un cordon ombilical. Qu'il le fasse à pleine dents, n'en est que honorable.
En salle depuis le 15 septembre
 

16 septembre 2021

3:31

Afrofuturistik : la science-friction africaine

Où en est-on, en France, avec le cinéma africain ?

En fait, un peu nulle part. Alors que la plupart des sélectionneurs de festivals s'accordent à dire qu'il y a quelque chose qui frémit sur ce territoire, qu'une nouvelle génération est en train de se mettre en place ; vu d'ici, la découverte de ce cinéma-là est majoritairement rétrospective, patrimoniale. Depuis 2013, Quartier Lointain s'efforce d'y remédier en proposant régulièrement des programmes de courts métrages récents issus de tout le continent africain, regroupés autour d'un thème. La 6e édition agrège cinq films autour de l'idée d'Afrofuturisme. Une bonne idée quand elle s'intéresse à ce qui s'est passé autour du phénomène qu'à été Black Panther, le triomphant blockbuster Marvel et sa reconnaissance d'une culture africaine. Qu'importe si elle est passée par une réappropriation hollywoodienne, Afrofuturistik propose justement un effet miroir, avec des films, kényan, rwandais, nigérian, marocains ou congolais, très différents sur la forme ou le ton mais se rejoignant dans le principe d'une vision de l'Afrique actuelle par une Afrique reprenant à son compte les codes de la mondialisation. Y compris ceux d'un cinéma de genre, en l'occurrence la science-fiction. Refiltrée par les imaginaires de cinq réalisateurs pour une sorte de colonisation retournée à l'envoyeur, elle vire à la science-friction en confrontant mondes d'hier, aujourd'hui et demain.

Qu'il soit question d'un Maroc quasi post-apocalyptique dans Qu'importe si les bêtes meurent, des rivalités de sorcières nigérianes dans Hello Rain ou du premier spationaute rwandais resté trop longtemps en orbite dans Ethereality, la question de pouvoir associer traditions narratives ou culturelles et projection dans le futur est commune à ces courts métrages. Jusqu'à former une passionnante agora proposant des réponses méditatives ou cinglantes quand We Need Prayers : this one went to market, analyse de manière fulgurante en quelques minutes du marché de dupe que sont les rapports entre l'Afrique et le monde occidental, tandis que Zombies se fait particulièrement lucide pour danser sur la transe de la communication à tout crin et des réseaux sociaux. Le tout avec autant une énergie et une pertinence dans le propos social ou politique, dont ferait bien de s'inspirer le cinéma européen ou américain.

En salles depuis le 1er septembre



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08 septembre 2021

3:53

Une histoire d'amour et de désir : la fleur du mâle

Un jour, il faudra bien se demander pourquoi les histoires d'éducation sentimentales et d'émancipation au cinéma se focalisent très majoritairement sur des personnages féminins. Leyla Bouzid était passée par là avec un premier film, À peine j'ouvre les yeux, où une jeune tunisienne faisait sa propre révolution en devenant chanteuse engagée. Engagé, le second long métrage de Bouzid l'est à sa manière. Autour du coup de foudre d'un étudiant d'origine algérienne pour une tunisienne débarquée à Paris, Une histoire d'amour et de désir s'attaque a ce qui tient quasiment d'un tabou, à savoir le déterminisme des jeunes hommes maghrébins à l'heure de leur première fois.

Une histoire d'amour et de désir voit cependant beaucoup plus loin que son titre faussement programmatique. La relation entre Ahmed, banlieusard renfermé qui ne connait de son pays de naissance que les injonctions sociales et moralisatrices et Farah, fille de la bourgeoisie de Tunis que rien ou presque n'effarouche ouvre une brèche quasi-inédite en s'attaquant aux images d'Épinal encore très ancrées autour des cultures du Maghreb vues d'ici de la place des jeunes hommes face à la pression sociale à la représentation des corps masculins arabes à l'écran. Ou plus simplement d'amalgames ayant fait de l'Afrique du Nord une entité globale, alors qu'elle est des plus diversifiées. Le geste est d'autant plus audacieux dans une période de retour au conservatisme, où les raccourcis sont entérinés comme des vérités, que Bouzid ose la douceur pour accompagner une démarche intellectuelle autour du déni de soi ou l'autocensure par une forme de dépucelage.

En ne renonçant jamais aux langueurs d'une romance, comme en faisant appel aux classiques oubliés de la littérature érotique arabe du Xème siècle, Une histoire d'amour et de désir prend langue sans qu'elle soit de bois, car n'occultant pas la complexité d'une identité maghrébine, bien plus dense que ses façades de virilisme ou d'atavisme religieux. Bouzid les travaillant au corps, par une sidérante combinaison de retenue et de sensualité. La vraie part de séduction de son film venant pour autant de sa proposition, qui peut paraître folle aujourd'hui où tout doit aller vite, de prendre du recul pour contrecarrer les préjugés, faire s'embrasser enseignements anciens et enjeux contemporains. La vibrante chamade qui s'installe ici doit bien sur beaucoup à Sami Outalbali et Zbeida Belhajamor, aussi remarquable que fièvreux duo d'acteurs, mais Une histoire d'amour et de désir terrasse surtout en rappelant qu'un propos intelligent autour d'une génération qui doit réapprendre à s'aimer afin de pouvoir s'autoriser à désirer l'autre, peut être incroyablement sexy.

En salles depuis le 1er septembre

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01 septembre 2021

3:15

"Passion Simple" de Danielle Arbid

Comment adapter la langue d’Annie Ernaux à l’écran ? En donnant littéralement chair et âme à son ressenti d’un féminin libre.

"À partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme : qu'il me téléphone et qu'il vienne chez moi. Tout de lui m'a été précieux, ses yeux, sa bouche, son sexe, ses souvenirs d’enfant, sa voix… "

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06 août 2021

13:15

"The Sparks Brothers" d’Edgar Wright

Les Sparks sont le moins connu des groupes les plus influents. Un docu aussi pop et énergique que leur musique revient sur cette énigme.

The Sparks Brothers est une odyssée musicale qui raconte cinq décennies à la fois étranges et merveilleuses avec les frères/membres du groupe Ron et Russell Mael, qui célèbrent l’héritage inspirant des Sparks : le groupe préféré de votre groupe préféré.

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30 juillet 2021

3:39

"Les Sorcières de l’Orient" de Julien Faraut

Pendant que les J.O battent leur plein à Tokyo, un documentaire revient sur l’exploit exceptionnel de l’équipe féminine japonaise de Volley qui fit sensation à ceux de 1964.

Japon années 1960. Alors que Tokyo, en pleine reconstruction, signe son grand retour sur la scène internationale avec l’organisation des JO, un groupe de jeunes ouvrières connait un destin hors du commun. Après le travail, elles s’entraînent dans les conditions les plus rudes pour se hisser au sommet du volley mondial. Bientôt surnommées les « Sorcières de l’Orient », elles deviennent le symbole du miracle japonais. Leur histoire nourrira la pop culture durant des générations…

Visuel © Affiche Les Sorcières de l'Orient

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27 juillet 2021

14:08

74e FESTIVAL DE CANNES, le bilan

Doria Tillier avait raison : ça aurait été pas mal de commencer par la fin. Une cérémonie de cloture joyeusement chaotique et le palmarès ont éclairé une édition jusque-là nébuleuse. Voire bouclé en remaniant à la question posée au tout départ par Carax (et le Sparks) : So may we start (something new) ?

Visuel © Affiche Festival de Cannes

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20 juillet 2021

4:16

74e FESTIVAL DE CANNES, Jour 11

À 24 heures du palmarès pas de pronostics, si ce n’est celui d’un prix de l’édition la plus mineure.

Visuel © Affiche Festival de Cannes

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16 juillet 2021

2:37

74e FESTIVAL DE CANNES, Jour 10

Pas simple la tâche du jury Caméra d’or cette année : il va falloir départager 31 premiers films. Mais surtout trouver celui qui surpasse des oeuvres de vétérans plus fraîches que les nouvelles pousses.

Visuel © Affiche Festival de Cannes

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15 juillet 2021

3:05

BUENA VISTA SOCIAL CLUB

Alors que Cuba retourne dans la rue, le fameux documentaire sur la musique qui en est issue fait son retour en salles.

Ry Cooder a compose la musique de Paris Texas et de The End of Violence. Au cours du travail sur ce dernier film, il parlait souvent avec enthousiasme a Wim Wenders de son voyage a Cuba et du disque qu'il y avait enregistre avec de vieux musiciens cubains. Le disque, sorti sous le nom de "Buena Vista Social Club", fut un succès international. Au printemps 1998, Ry Cooder retourne a Cuba pour y enregistrer un disque avec Ibrahim Ferrer et tous les musiciens qui avaient participe au premier album. Cette fois, Wim Wenders était du voyage avec une petite équipe de tournage.

Visuel © Affiche Buena Vista Social Club

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14 juillet 2021

2:21

74e FESTIVAL DE CANNES, Jour 9

Cannes, c’est parfois une cour d’école pour adultes. Mais rarement un terrain de jeu pour enfants...
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14 juillet 2021

2:27

74e FESTIVAL DE CANNES, Jour 8

Le tour de France ne passe pas en Paca cette année. En attente de films incontournables ou de révélations majeures, le festival lui pédale un peu à vide…

Visuel © Affiche Festival de Cannes

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13 juillet 2021

2:32

74e FESTIIVAL DE CANNES, Jour 7

Dans l’attente d’une parole présidentielle qui pourrait impacter le festival, deux films français se rappellent férocement à son souvenir sur l’air de « Macron, si tu savais….".

Visuel © Affiche Festival de Cannes

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12 juillet 2021

2:23

74e FESTIVAL DE CANNES, Jour 4

La place des femmes à Cannes 2021 ? Pas encore 50/50 mais ça avance…

Visuel © Affiche Festival de Cannes

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09 juillet 2021

2:59

74e FESTIVAL DE CANNES, Jour 3

Une journée sous le signe de l’absence : d’un site de réservations de places qui finisse enfin par fonctionner, à celles, plus belles, de deux acteurs d’exception.

Visuel © Affiche Festival de Cannes

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08 juillet 2021

2:54

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