Cinq jours, quatre scènes, la rédac de Nova était à Saint-Cloud du 26 au 30 août. Voici les six concerts qu’on en ramène.
Difficile de faire sa sélection dans 5 jours de Rock en Seine très denses. Une édition qui restera surtout comme celle où la politique s’est invitée partout : sur l’écran des Lambrini Girls, où « F*ck Marine Le Pen » s’affichait en lettres rouges géantes, dans le micro de Missy de Mannequin Pussy, dans le « Fuck ICE » lâché par Karly Hartzman entre deux morceaux de country trempée. Musicalement aussi on a été gâtés, alors voici nos coups de coeur.
La furie Tyler, The Creator
Ensemble en cuir jaune, casquette et moustache, « T » débarque en Big Poe, personnage sulfureux de Don’t Tap The Glass, dont il ne jouera que quelques morceaux. Il mue son show du Chromakopia Tour en une version compacte et furieuse : « Sugar On My Tongue », « Best Interest », les inévitables « Earthquake » et « See You Again ». Pas de musiciens, pas de danseurs. Le Californien n’a besoin que d’un micro et de son charisme pour ensorceler les milliers de personnes venues clôturer la première journée. L’enchaînement de ses deux tournées pèse parfois sur sa voix ou sur le rythme du concert. Le contrat tacite passé avec son public, lui, tient : toujours donner son maximum.
AMG, du jazz à Rock en Seine
C’est un quartet de jazz qui a lancé les hostilités, mercredi à 17h55. Antoine Fleury, Keïta Janota, Anthony Jouravsky et Mailo Rakotonanahary jouent ensemble depuis un soir de mars 2022 sur la scène du Sunset. Leur nom vient de la théorie « autophysiopsychic » de Yusef Lateef : jouer avec le corps, l’esprit et le souffle en même temps. Héritiers assumés de Coltrane et de McCoy Tyner, les quatre Parisiens ont raflé les tremplins. Ouvrir cinq jours de rock avec un quartet acoustique, c’était le pari le plus étonnant de la programmation, mais il valait le détour.
Wednesday, la country qui saigne
Le jeudi a commencé par mercredi, pour la seule date de festival en France du groupe de Caroline du Nord. Leur affaire, c’est la « countryhaze », cocktail goulu et goûtu de country et de shoegaze. Tatouages et cheveux noirs shaggy, Karly Hartzman incarne le cool de l’attitude gothique sudiste. Elle prend la parole pour rendre hommage à Dolly Parton, morte deux jours plus tôt : « Dolly Parton was actually fucking punk rock. » Elle évoque les dons de la chanteuse à sa communauté d’Asheville après l’ouragan Hélène, sa voix tremble, elle enchaîne sur « Phish Pepsi ». Au troisième morceau, la pluie s’abat comme un coup de marteau. Les pédales disparaissent sous les bâches, le rouge à lèvres noir de Karly ne bouge pas d’un millimètre. Sur « Wasp », la terre liquéfiée est projetée en l’air par les bottes. Entre des références à Dieu et un « Fuck ICE », le groupe hurle pour les opprimés.
Lorde, merci
Le concert le plus attendu de la deuxième journée. Comme un ange sorti de la brume, Lorde débarque sur « Royals », le méga hit qui l’a propulsée star mondiale en 2013 alors qu’elle n’avait que 16 ans. En une heure et demie, elle déploie les tableaux de son show ultra cinématographique et parfaitement maîtrisé. Ambiances rouges et bleues saturées, fréquence cardiaque affichée en grand, jeu avec la caméra : la pop métallique de la Néo-Zélandaise se savoure encore mieux en live, là où la frontière entre l’œuvre d’art contemporain et le film de science-fiction devient franchement floue.
Mannequin Pussy, quand la rage est politique
Le groupe ouvre la Grande Scène devant un public déjà nombreux, et dès les premières secondes l’ambiance est électrique. « Drunk II », issu de Patience (2019), est repris en chœur par des fans qui en connaissent chaque parole. Au premier rang, une festivalière s’accroche à la barricade, les larmes aux yeux. Missy, de son vrai nom Marisa Dabice, fondatrice et frontwoman du quatuor queer de Philadelphie, impose d’emblée une intensité qui saisit. Et un discours aussi engagé qu’engageant : « Ce qui arrive en ce moment aux USA devrait être un avertissement de ce qui pourrait et est en train d’arriver en France. Il n’a jamais été aussi crucial qu’aujourd’hui d’être impliqué politiquement… » Quarante minutes de set, pas une de plus. Aussi bref qu’intense.
Turnstile, la vraie tête d’affiche du samedi
Dans l’esprit de nombreux festivaliers, le véritable groupe headline de la soirée ne s’appelait pas Deftones. Dès son entrée, la bande de punk-hardcore de Baltimore déploie une énergie explosive avec « BIRDS », issu de NEVER ENOUGH (2025), puis « Real Thing », extrait de Time & Space (2018). Derrière eux, l’écran géant diffuse des images des fans en direct pendant la majorité du show. Un choix qui dit tout de leur relation au public, et qui fait écho au thème central du dernier album : l’amour. Les corps se déchaînent et s’entrechoquent à perte de vue, dans une énergie autant brutale que bienveillante. Seul regret : les festivaliers n’auront pas pu rejoindre le groupe sur les planches, habitude pourtant chère à Turnstile.

