Ce mardi 27 octobre, Les Inrockuptibles a choisi son palmarès de son fameux prix littéraire. Roman de l’année, meilleur roman étranger, meilleure première œuvre… On fait ensemble le récap de cette belle soirée.
À l’hôtel Amour à Paris, Laura Vazquez, lauréate de l’édition précédente avec Les Forces, a mené la danse et a fait office de présidente de cette cérémonie. Elle avait entre ses mains les enveloppes contenant la précieuse sélection du jury. La soirée ne pouvait toutefois pas commencer sans quelques mots de Carole Boinet, directrice de la rédaction des Inrockuptibles :
“Nous attendons que la littérature nous bouscule, nous chahute, nous taquine, nous déplace. Nous attendons qu’elle nous fasse voir des mondes invisibles, qu’elle ouvre en nous des portes que nous ne soupçonnions pas, qu’elle nous fasse rencontrer de nouvelles idées, pensées, de nouvelles langues. Nous attendons de la littérature qu’elle soit indocile, et qu’elle nous invite à l’être, qu’elle nous laisse intranquilles, habités par de puissants récits, de troublantes pensées. Nous attendons d’elle qu’elle dise ce qui n’est pas dit, qu’elle montre ce qui n’est pas montré, qu’elle soulève le voile de silence qui recouvre tant de vérités”.
Les termes sont posés : place aux lauréats, à leurs livres et à leurs quatrièmes de couverture.
Roman français de l’année
Karim Kattan : Septentrionale (Elyzad)
« Au crépuscule, alors que tous fuient un pays en proie à l’apocalypse, Joseph fait du stop à la frontière sud. Maryam s’arrête.
Ensemble, le temps d’une nuit, ils filent vers le nord, traversent un territoire qui explose sous leurs yeux. De forêts profondes en villages en ruines, de bien mystérieuses rencontres – un dauphin, un vieillard, un ange peut-être… – ravivent leurs blessures, leurs amours, et les confrontent à la violence qui les habite.
Et là-haut, plus ardente que toutes, l’étoile du Nord, la Septentrionale, éclaire leur chemin. Dans une langue sublime, se jouant des registres et des attentes, Karim Kattan signe un roman d’une intense vibration, où s’entrelacent l’antique et le contemporain, le mythe et la merveille. »
Meilleur roman étranger
« Qui à Mission Hills pourrait oublier le 16 juillet 1969 ? Le matin, tous les regards étaient médusés par les premières images d’une fusée décollant vers la Lune. L’après-midi, le petit Richie Manning se noyait dans la nouvelle piscine bleu lagon du quartier, bondée en cette journée si chaude. Une maître-nageuse était pourtant présente — une splendide étudiante, aux longs cheveux blonds et aux jambes parfaitement bronzées. Mais derrière ses lunettes de soleil, surveillait-elle vraiment la baignade ? De ce jour tragique qui fait chavirer une famille et toute une communauté, Laura Kasischke scrute chaque recoin, sans relâche, pour en saisir toutes les failles. Elle plonge également dans les destins des témoins clés, qui se trouvent heurtés, par ricochet. Baignade surveillée, lecture vertigineuse, signe le retour époustouflant de l’immense écrivaine américaine. »
Meilleur premier roman français
Daria Marx : Tuer le vieux (Flammarion)
« « C’est comme si j’avais encore 8 ans dans les yeux des gens, comme si être victime et l’assumer me condamnait au rôle de statue commémorative, on l’admire de loin les premières années, et puis les chiens pissent dessus sans que ça dérange, c’était y a longtemps tout ça. Mon corps comme un monument aux morts d’une petite ville de province, sommé de se faire beau pour les grandes occasions, pour témoigner, pour porter la cause, mais globalement oublié, envahi par la mousse, mausolée. Je refuse la tombe, pour moi, pour la petite fille, pour toutes les autres. »
Elle avait rendez-vous aujourd’hui pour porter plainte contre son grand-père, qui l’a agressée sexuellement durant son enfance, mais il vient d’être annulé. Alors elle décide d’aller tuer le vieux, là, tout de suite. Dans ce train vers le Pays basque, elle échafaude son plan : quand elle sera de nouveau face au vieux, qu’arrivera-t-elle à dire ? Et surtout, à faire ?
Avec une écriture qui tempête et cavale, ce premier roman déplie, en une journée, tout un voyage intérieur et physique tendu jusqu’à son dénouement. »

