Comme souvent l’air du temps s’est invité à Cannes. L’époque est pour le moins trouble, d’une incrédulité devant la réalité d’un contexte social ou géopolitique de plus en plus sidérant, aberrant ?
Histoires parallèles, de Asghar Farhadi
De nombreux films présentés ici ces derniers jours s’en sont fait un miroir en interrogeant ses frontières avec la fiction. C’est le centre même d' »Histoires parallèles », le nouveau film d’Asghar Farhadi, où la romance adultère qu’imagine une romancière recluse à partir de ce qu’elle imagine de ce qu’il se passe chez des voisins qu’elle espionne se concrétise réellement dans l’immeuble d’en face. Le film dédouble sa structure de poupées russe en étant originellement un remake de Brève histoire d’amour de Krysztof Kieslowski, film ultra-intime pour être retricoté en version hitchockienne boursouflée autour d’un casting all-stars (Isabellle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney, Vincent Cassel ou Catherine Deneuve en guest le temps d’une scène).
Une distributions maousse mais où tous se croisent sans jamais vraiment se rencontrer quand chacun joue dans son propre couloir, ajoutant une pelote supplémentaire à celle d’un scénario poussif à force de
surchauffe. « Histoires parallèles » anésthésiant de toutes façon son concept par des poncifs de cinéma d’auteur, entre démonstration des plus ampoulée et dialogues pompiers rendant l’ensemble artificiel jusqu’à l’indigeste.
La vie d’une femme, de Charline Bourgeois-Tacquet
Autre film de la compétition encombrant par son point de vue, « La vie d’une femme » à l’avantage d’être mieux porté par une réalisation ultra-dynamique, ne lâchant pas d’une semelle une chirurgienne quinquagénaire dans sa course du quotidien, cavalant entre bloc opératoire, mère atteinte d’un alzheimer et couple vacillant, jusqu’à sa rencontre avec une romancière qui lui propose une sortie de route.
Si Léa Drucker est plus qu’impeccable dans ce rôle, le contexte lui reste très problématique quand sa toile de fond (à la crise de la cinquantaine, s’ajoutent celle de l’hôpital public ou la charge mentale des femmes) est énoncée à partir d’un environnement de classe supérieure peu concernée par ces sujets.
La chronique survoltée se fait alors agaçante dans sa part d’auto-apitoiement voire horripilante quand elle vire geignardise de petite bourgeoisie, définitivement illégitime, par son côté hors-sol ou un regard particulièrement autocentré, pour rédiger un tel cahier de doléances.
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Teenage sex & death at Camp Miasma, de Jane Schoenbrun
Bien mieux à sa place, Teenage sex & death at Camp Miasma assume pleinement un discours méta sur le cinéma d’horreur en envoyant une jeune cinéaste convaincre l’actrice d’une série de slasher culte des années 90 de se joindre au reboot qu’elle en prépare. Un point de départ étant lui même un leurre : le film de Jane Schoenbrun est très conscient que les Scream et leur auto-analyse du cinéma de genre sont déjà passés par là et qu’il serait vain d’y revenir.
Sans se priver de vannes aussi cinglantes qu’hilarantes sur l’industrie actuelle du cinéma d’horreur, Teenage sex & death at Camp Miasma se lance dans une autre thèse, passionnante, au- tour de l’identité queer et de ses dissociations, pour un film aussi délirant que mélancolique. Et si sa part théorique autour de l’impact des fictions sur le réel frise par moments l’abscons, sa puissance plastique comme son sens de l’humour décapant en font le film le plus singulier, le plus électrisant vu au festival jusque là.
La chronique ciné Pop Corn par Alex Masson est à retrouver en podcast sur nova.fr & sur toutes les plateformes habituelles d’écoutes 🍿

