A partir du 16 septembre, la pièce Ubu Roi d’Alfred Jarry est jouée au Théâtre de Paris, mise en scène par Daniel Benoin.
Ubu est un homme lâche, avare, brutal, grotesque. Poussé par sa femme, la Mère Ubu, il décide de prendre le pouvoir sans partage. Il ne conquiert pas : il écrase. Il ne gouverne pas : il confisque. Il exerce son autorité avec la délicatesse d’un char d’assaut, dans une violence à la fois absurde et méthodique. Tyrannique, spoliateur, assassin de la noblesse, des magistrats et des financiers, il installe un règne fondé sur la peur, l’arbitraire et la destruction.
Il gouverne sans vision, sans stratégie, sans intelligence politique, et se retrouve rapidement encerclé par ses propres contradictions. Sa seule issue devient alors la fuite en avant : attaquer l’extérieur pour masquer l’effondrement intérieur. Il se lance dans une guerre absurde contre le « Czar » et la Russie, transformant la folie du pouvoir en délire expansionniste.
Le Père Ubu est plus qu’un personnage : c’est un mythe, incarnation d’une humanité à la fois terrifiante et dérisoire, comique à force de laideur, colossale de sottise et de lâcheté.
Un des précurseurs du mouvement surréaliste et du théâtre de l’absurde, Alfred Jarry écrit cette pièce en 1894 (publiée en 1895) qui fait dès lors polémique, inscrivant cette farce provocatrice entre satire et parodie d’un climat politique tendu (début de l’affaire Dreyfus, assasinat de Carnot, lois scélérates luttant contre l’anarchisme). En 2026, l’interprétation de Daniel Benoin retentit tel en écho cynique dans le contexte géopolitique actuel.

