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Musique naïve pour un Mirwais désabusé

par Siam Catrain

Publié le 13 octobre 2026 à 16 h 17 min
Mis à jour le 13 octobre 2026 à 16 h 17 min

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McDonald’s, Madonna et French Touch… Non, on ne fait pas de cadavre exquis à la rédaction de Radio Nova. Tous ces mots sont reliés à un homme, punk et profondément électro : Mirwais.

Cet artiste, c’est l’un des musiciens incontournables de la fin des années 70, membre du brûlant groupe Taxi Girl. C’est aussi l’inspiration des Daft Punk, le cousin d’un ancien président de l’Afghanistan et l’architecte d’un album monument d’une pop expérimentale. Toute une histoire, donc on vous la raconte.

Mirwais Ahmadzaï devient véritablement Mirwais à 12 ans, lorsqu’il reçoit sa première guitare pour imiter son musicien favori, Jimi Hendrix. Apprendre la guitare, c’était aussi dans le but d’une chose : “faire partie d’un groupe”. D’origine italienne et afghane, il se sent étranger partout. C’est quand il forme Taxi Girl, avec Daniel Darc, Laurent Sinclair, Stéphane Erard et Pierre Wolfsohn, qu’il a le sentiment de vraiment appartenir à une famille. Mais la famille va (souvent) avec sa part d’histoires tragiques.

Après la sortie en 1980 de deux singles qui ont fait parler d’eux (“Cherchez le garçon” et “Mannequin”) et d’une première partie des Talking Heads, un premier drame s’abat : Pierre Wolfsohn, fils de celui qui a lancé Jacques Dutronc et Françoise Hardy, meurt d’une overdose de speedball, mélange de cocaïne et d’héroïne. Stéphane Erard, lui, avait quitté le groupe un an avant.

Malgré les pertes et la peine, Taxi Girl poursuit en trio avec la sortie en 1981 de son unique album, Seppuku, sur son propre label. La critique n’accueille pas cet LP d’un bon œil à cause de son univers glauque et trash. Les trois amis iront tout de même suivre les Stranglers (dont le bassiste, Jean-Jacques Burnel, est leur producteur) pour une tournée en Angleterre.

Un deuxième drame surgit et, cette fois-ci, c’est Laurent Sinclair qui quitte le groupe après une dispute avec Mirwais. De cinq, il passe à deux. Les activités ralentissent également. Un disque traite des addictions (“Quelqu’un comme toi”), un single raconte la vie d’un Paris désabusé, et ils participent à un album hommage où ils reprennent en français, version new wave, “Stephanie Says” du Velvet Underground. Face à un succès mitigé et aux écarts de comportement de Daniel Darc, leur label les lâche et le groupe se sépare définitivement.

Mirwais poursuit la musique avec sa copine Juliette Desurmont et monte un groupe, “Juliette et les Indépendants”. Dans les années 90, il explore un grand nombre de genres, passant de la pop acoustique à la jungle pour divers projets. Il fera même à nouveau une collaboration avec Laurent Sinclair.

En 1999, il est à la recherche d’un label aux États-Unis pour sortir un nouveau projet qui est aujourd’hui la pièce maîtresse de sa discographie : Production. Il envoie alors, grâce à un ami photographe (qui a entre autres réalisé la pochette de son album), un premier son au manager de Madonna (qui travaille au sein du label Maverick, qu’il affectionne particulièrement). Sacrée histoire !

Et d’autant plus que Madonna écoute le morceau et adore. Malgré quelques difficultés liées à la barrière de la langue, la collaboration fait des étincelles et produit tout simplement un monument de la pop : Music. Madonna a pris le risque de se frotter aux expérimentations de Mirwais pour un beau résultat : des sonorités de ce qu’on appellera la French Touch combinées à une suave pop tout ce qu’il y a de plus américaine.

Dans la foulée, c’est l’album de Mirwais qui sort et s’inscrit dans une nouvelle ère de la musique électronique française. Tandis que Air et les Daft Punk rencontrent leurs premiers succès, il présente le très ironique “Naïve Song”. Synthé tout droit sorti de Retour vers le futur, accords de guitare découpés dans tous les sens et autotune savamment dosé pour donner à la voix un petit quelque chose de robotique : avec ce single, Mirwais a sorti la parfaite recette du son French Touch.
Une recette qui a même plu à McDonald’s ! Le son a été utilisé dans une pub. Du clown désabusé de son clip, “Naïve Song” devient la bande-son qui accompagne le joyeux Ronald McDonald.

Dur alors de ne pas l’inclure dans la grande famille de la French Touch et dans le volume 2 de notre compilation “French Touch” disponible juste ici !

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Par

Siam Catrain

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