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« Le Cabinet du Docteur Caligari » : expressionnisme allemand, art récurrent

« Le Cabinet du Docteur Caligari » : expressionnisme allemand, art récurrent

Le chef-d’oeuvre ressort en coffret DVD.

Par Jean Rouzaud

Né en Europe du Nord dès le début du siècle, puis façonné en Allemagne, l’expressionnisme, ce style artistique, n’a cessé de hanter les autres arts par sa force, son efficacité et sa radicalité, et ce depuis son explosion dans les années 20. 

Tout ici, est violent

Cette école artistique de l’expression jusqu’à la déformation, avec ses contrastes, ses visages caricaturaux, ses angles aigus, ses lumières aveuglantes ou ses ombres, tout dans cette manière de voir est violent, d’où sa force.

Tous les films noirs américains viennent de là. Les grands réalisateurs  allemands comme Murnau et surtout Fritz Lang l’ont exporté à Hollywood. Oui, le « polar » est expressionniste par essence, et trouve sa source du côté de Fritz Lang : M le Maudit et la série Docteur Mabuse.

C’est en peinture que cette école s’est épanouie au maximum. Retenez Otto Dix, Georges Grosz, Max Beckmann (regardez quelques toiles ou dessins). Et le « triangle » expressionniste fut Dresde–Leipzig–Berlin.

 

Potemkine Films ressort en coffret Le Cabinet du Docteur Caligari, le chef-d’œuvre du cinéma expressionniste de Robert Wiene (1920), durant une heure dix. Deux autres DVD joints expliquent la longue marche du cinéma allemand à partir de ce film époustouflant, unique, entièrement conçu comme une œuvre d’art.

Les suppléments, dont un de 1h30 sur le cinéma allemand est une féérie d’images fortes, sur toile de fond de  la république de Weimar ou de la crise mondiale de 1929. Cette Allemagne d’après la guerre mondiale de 14-18 est troublée mais encore romantique, inspirée, bourrée d’artistes de cabarets, d’ateliers, de peintres.

Et c’est cette capacité d’expression, le culot des sujets et des productions, et la ruine des institutions d’Après-guerre, qui permet à de nouveaux artistes de faire surface. Les acteurs sont des amateurs, les réalisateurs sont neufs, les  sujets révolutionnaires : des cabarets, music halls à Marlene Dietrich, tout est lié.

Comme la France des années folles (1920-30) l’Allemagne aussi veut oublier, s’amuser, bouger, coller à la réalité, avec encore plus d’émotion…Voilà d'où vient cet expressionnisme. Le cinéma noir et blanc, les gros plans, le montage permettent des effets, la mode et le décor peuvent accentuer ces chocs.

 

Ombres, surexpositions, trucages

Après le Dadaïsme, le Futurisme ou le Constructivisme, trois mouvements esthétiques (respectivement européen, italien et russe) qui vont tout changer, le cinéma aussi va être contaminé et pressé d’expérimenter les nouvelles techniques, les ombres, les  surexpositions, les projecteurs et les trucages, souvent pour faire frissonner.  

C’est vraiment une nouvelle ère, puisqu’elle va durer dans les films noirs (français, anglais, américains…) Eisenstein en Russie ou au Mexique sera un expressionniste. C’est comme être débarrassé du politiquement correct. On montre avec force et passion, sans édulcorer le monde. Certains critiques ont eu tendance à expliquer ce choix esthétique par les crises de l’entre-deux-guerres : crise financière, puis montée des totalitarismes (russes, allemands, italiens, japonais...), mais le monde entier a vécu ces montées de fascismes et de violence, or ce ne sont que les Allemands (et quelques Nordiques) qui ont créé cette façon de peindre.

 

Une fois de plus, même après coup, les historiens de l’Art et les critiques n’expliquent rien, ils se contentent de relier des évènements chronologiquement, alors qu’il faudrait remonter beaucoup plus loin dans la création des peuples, et accepter aussi les parts d’irrationnel, de hasard et d’accidents…

En tout cas l’expressionnisme allemand n’a rien perdu de sa force et de son efficacité.

Un genre de spectacle choc, psychologique et esthétique à la fois… Le show pouvait être tragique, effrayant, monstrueux comme dans les cirques, avant que l’Amérique, de Disney et de Broadway ne conquièrent le monde. 

Le Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene (1920. 78 mn). Coffret de 3 DVD. Avec historique du cinéma allemand (119 mn. 2 DVD). Analyse de l’évolution jusqu’à la guerre. Invention du film d’horreur. Distribution Potemkine.

Visuels : (c) Le Cabinet du Docteur Caligari