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Techno, tuning, reggaeton, un documentaire sur l’underground cubain

Techno, tuning, reggaeton, un documentaire sur l’underground cubain

Sa réalisatrice Juliette Touin était de passage dans Plus Près De Toi.

Par Camille Diao et Morane Aubert

Hommage à la jeunesse cubaine, le documentaire Cuba Underground met en lumière celles et ceux qui, à travers différentes pratiques culturelles, conduisent l’île à une mutation certaine, depuis la mort de Fidel Castro il y a un peu plus d’un an. Cette histoire, la réalisatrice de la série Juliette Touin la connaît bien. Elle a étudié pendant plusieurs années à Cuba. Depuis le 15 janvier et le début de la diffusion de cette websérie sur le site d’Arte, elle dresse le portait d’une culture marginale, alternative, rebelle et engagée qui s’exprime sur skate, par le graffiti, la danse, ou encore avec des platines. 

« Cela fait peu de temps qu’ils ont accès à internet »

De passage dans la matinale de Nova il y a quelques jours, Juliette Touin explique que cette jeunesse exposée dans Cuba Underground s’est avant tout construite via internet. « Cela fait peu de temps qu’ils y ont accès. Ils ont pu voir des vidéos, aller sur Youtube, voir des contests de break dance. Ils s’inspirent beaucoup de ce que se fait à l’international. »

La série est construite en dix épisodes, qui couvrent différentes thématiques. Parmi elles, le succès du reggaeton, les communautés de skateurs, le tuning de vieilles voitures, le métal, le hip-hop et les musiques électroniques, le street art, la communauté LGBT, le tatouage…Elle permet notamment de constater la mainmise du gouvernement cubain sur les sous-cultures. En 2002, il créait l’agence du rap - un organisme qui dépend de l’État - afin de garder un contrôle sur les artistes.

C’est le sujet de l’épisode 6 de la websérie où l’on fait la rencontre du rappeur Etiane, ancien membre d’Explosion Suprema, qui raconte : « Ici, la seule possibilité qu’on ait pour vivre de la musique, c’est de bosser pour une des agences ». À l’inverse, le collectif La Alianza revendique son indépendance vis-à-vis de l’État, « on veut faire sans les institutions car il y a trop de bureaucratie. » 

Le rap n’est pas le seul genre musical encadré par l’État. « C’est un peu ce qui s’est passé avec l’électro. Il y avait une grande rave, qui avait lieu chaque année depuis 1994. D’année en année, ils se sont mis dans l’organisation des évènements, ils sont rentrés, et de manière très subtiles, ils ont commencé à imposer des choses vis-à-vis de la sécurité, des artistes » explique Juliette Touin. 

Mais le sujet principal de ce documentaire, c’est cette jeunesse qui s’affirme, « qui s’exprime en dehors des clichés », et qui montre l’ouverture au monde de Cuba, « les cultures alternatives restent très influencées par la culture occidentale. Même si on ne peut pas reprocher à un cubain d’écouter du rap US. Il faut éviter de voir Cuba comme un petit musée qui doit rester figé dans le temps. » 

Les dix épisodes de la série sont à visionner sur le site d’Arte.

Visuel : © Capture d'écran Cuba Underground