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Talking Heads : groupe arty ?

Talking Heads : groupe arty ?

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

Les éditions Carlotta ressortent le concert des Talking Heads, intitulé Stop Making Sense, sorti en 1984, et tourné dans un théâtre à Hollywood par Jonathan Demme (Le Silence des agneaux), et tiré de leur album Speaking in Tongues (décidément obsédés par la parole, le message, pour en arriver au non-sens ?)

Stop Making Sense

Un adieu à la New Wave ?

Ce show, quelque peu surestimé, sonne comme un adieu à la New Wave, débutée vers 1978, en réunissant tous les signes et symboles d’un mouvement Post–punk qui aura eu le mérite de toucher à tout, sortant le Rock de ses limites strictes.

Les « têtes parlantes », n’échapperont pas au « split » (fâcheries et procès), ni à la dictature du chanteur David Byrne (aidé par l’éminence grise Eno), spécialiste du sequencing, du collage, du métissage et de l’intellectualisation du Rock (qui aurait pu rester avec son excellent groupe d’origine Roxy Music !)

Ce concert est la parfaite illustration d’un groupe américain sorti d’école d’Art (comme beaucoup d’Anglais à cette époque), jouant de références, poses et attitudes, flirtant avec le théâtre à la Bob Wilson, se voulant à la fois pensant, esthétisant et dansant !

Augmentés d’une équipe afro-américaine (chœurs, claviers, guitare, percussions et danse), afin de garder le Funk (relancé par James Chance et les Contortions, en hommage à James Brown sur du Free jazz), ce groupe propret, joue sur cette opposition : clean-black ?

Ajouter un zeste de DEVO (groupe Punk US, genre mongolien en pleine dé-évolution), et là encore un contraste scénique qui fait penser à Kid Créole, car il y a dans ce concert l’équivalent de l’entertainer Coati Mundi qui accompagnait August Darnel (et ses Coconuts), pour augmenter le côté latino.

Taking Heads

Taking Heads, illustration d'un mélange bien calculé

La New Wave de New York, passé le flash 1976-77 : Television, Richard Hell, Ramones, Smith et autres Vega, avaient déjà tenté le froid-chaud, ne lâchant ni le Rock, ni le Funk, ni la Dance, ni une sorte d’épilepsie afin que la rythmique atteigne un genre baroque.

Les Talking Heads sont l’illustration de ce mélange calculé, voyant venir la masse de la World Music, que tant de groupes New Wave vont aussi tenter d’intégrer : Afrique, Inde, Moyen Orient, Flamenco, Son ou Salsa…Le Reggae ayant  servi de grande figure de proue…

Talking Heads

La froide Cold Wave, No Wave, minimaliste et stridente, avait nettoyé les effets lourds de studio ou concerts, mais la « Dance » reprenait ses droits : écouter c’est bien, danser c’est mieux ?

Un certain Bernie Worell (ex Parliament-Funkadelic !) est là, au clavier, et Lynn Mabry au chant (ex Sly & the Family Stone !)

C’est dire à quel point ce concert est doublé d’une deuxième équipe afin de tenir et réchauffer une scène où David Byrne (mauvais danseur et vêtu d’un costume géant, tente d’occuper l’espace en allers-retours…)

Pour finir, les Talking Heads étaient venu déjeuner avec nous chez Jean-François Bizot à Saint-Maur, avec leurs choristes black, très sapées disco chic, et sans doute déçues par les petits français no look, choquées du désordre absolu de la maison et par le menu lui-même… l’atmosphère était tendue ! Un camembert coulant les avait achevé, seul Byrne s’acharnait, bien décidé à apprécier les manières « vieille France »… 

Toute une époque (les débuts de Radio Nova !)

Stop Making Sense. Concert Talking Heads 1984. Carlotta Films. Couleur. 88 mn. Haute définition. Son numérique. Bonus : conférence de presse du groupe (60 mn) + auto entretien David Byrne  (5 mn) + livret de 36 pages (historique et presse). Bonus de deux chansons en plus des seize titres du concert.

Visuels © STOP MAKING SENSE © 1984 TALKING HEADS FILMS. Tous droits réservés