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« Pousser les hommes à s’intéresser au sexisme », la mission de Valérie Rey-Robert

« Pousser les hommes à s’intéresser au sexisme » : la mission de Valérie Rey-Robert

Avec « Le sexisme : une affaire d’hommes », la militante féministe définit les sources du sexisme et veut responsabiliser les hommes.

Par Laura Marie

La majorité des Françaises et Français sont confinés chez eux. Une situation propice à l’ennui, dont nous ne sommes qu'aux prémices. Alors avant d'avoir englouti l'intégralité des programmes Netflix, n'oubliez pas qu'il vous reste un peu de temps pour commander de quoi vous divertir. On parle, entre autres, de livres et pas forcément d'Amazon - car les libraires indépendants livrent les livres ! Ça tombe bien, Valérie Rey-Robert a récemment sorti Le sexisme : une affaire d’hommes, son deuxième ouvrage.

« Lorsque des femmes leur demandaient pourquoi ils ne venaient pas, ils répondait qu’ils ne se sentait pas concernés »

Militante féministe, Valérie Rey-Robert se fait connaître au début des années 2000 avec Crêpe Georgette, un blog où elle analyse l’actualité sous le prisme du féministe. En 2019, elle sort son premier livre, Une culture du viol à la française, dans lequel, comme sur son blog, elle analyse et met en lumière le concept de « culture du viol ».

C'est pendant les différentes présentations publiques de son livre, qu'elle a le déclic qui l'amènera à écrire Le sexisme : une affaire d’hommes.

« Je me suis rendue compte qu’il y avait énormément de femmes et seulement 15 % d’hommes », explique-t-elle. « Lorsque des femmes leur demandaient pourquoi ils ne venaient pas, ils répondait qu’ils ne se sentait pas concernés ». Alors que 98 % des violeurs sont des hommes, la militante peine à comprendre. « En fait c’est l’idée de dire que, le viol, ce serait aux femmes de s’en charger, de se protéger contre, mais que les hommes n’auraient rien à faire contre les violences sexuelles ». 

« Il faut s’attaquer aux mentalités, à la structure de la maison »

Avec son livre, Valérie Rey-Robert veut justement « pousser les hommes à s’intéresser au sexisme et au rôle qu’ils ont a jouer contre ». Sexisme et culture du viol sont si prégnants, depuis si longtemps, que, selon l'écrivaine, il faut d'abord commencer le combat pour leur éradication par une étape primordiale : les admettre. Car beaucoup nient encore ces faits. « Force est de constater que le sexisme est supporté par les femmes et que ce sont les hommes qui sont sexistes », poursuit-elle. « Tant qu’ils n’étudieront pas leur propre comportement, leur propre construction, ce qui crée le sexisme, on n’avancera pas. » Les féministes se sont longtemps battues contre les lois sexistes. Aujourd’hui, il faut élargir ce combat : « Il faut s’attaquer aux mentalités, à la structure de la maison », avoue Valérie Rey-Robert.

Ainsi, c’est par l’éducation de nos enfants qu'il commence. « Il faudrait, dès le plus jeune âge mettre en place une éducation qui ne serait pas sexiste à l’école », propose la militante. « On constate par exemple que les professeurs ont beaucoup plus tendance à interroger les garçons et à interrompre les filles ». En revoyant notre façon d’éduquer, on fait ainsi barrage au potentiel comportement sexiste de l’enfant en construction, car « une éducation sexiste crée des personnes sexistes ».

« Ils n’ont pas envie de modifier leur comportement »

Dans une ère post-#Me Too et #BalanceTonPorc, une prise de conscience des hommes aurait été la suite logiques des choses. Mais la réalité est toute autre. Aux États-Unis, une récente étude démontre que les hommes sont désormais plus réticents à interagir avec leurs collègues femmes et à les embaucher. Pour Valérie Rey-Robert, « On en est au stade où les femmes ont réalisé qu’elles vivaient des situations qui relèvent de délits. Elles ont compris qu’il y avait des situations qui ne sont pas condamnables (…) mais qui ne sont pas agréables à vivre et elles souhaiteraient que cela s’arrête ». De leur côté, les hommes doivent prendre conscience de ces situations et « ainsi modifier leur comportement. Et c’est là que ça ne plait pas car ils n’ont pas envie de le modifier ».

Visuel © Getty Images / Robert DEYRAIL