La Danse du Zèbre

Radio Nova de A à Z ! Pour célébrer les 40 ans de notre antenne, jeunes pousses et grands anciens se retrouvent sous l’arbre à palabres pour ce podcast documentaire en 40 épisodes, où sont racontées, année par année, de 1981 à 2021, les histoires les plus folles d’une station unique au monde. La Danse du Zèbre, un grand mix d’archives, de témoignages et de musiques, sous les rayures noires et blanches.

Raconté par :

Ruddy Aboab / Aline Afanoukoé / Sir Ali / Marion Armengod / Marie Arquié / Aure Atika / Morane Aubert / Arnaud Aymard / Mélanie Bauer / Thomas Baumgartner / Emmanuel Baux / Antoine Blin / David Blot / Marie Bonnisseau / Smaël Bouaici / Mathieu Boudon / Tania Bruna-Rosso / David Brun-Lambert / Camille / Sébastian Carriau / Sulivan Clabaut / Fany Corral / Eve Couturier / DJ Cut Killer / Isadora Dartial / François Dayre / Jamel Debbouze / DJ Dee Nasty / Héloïse Delaunay / Annick Delefosse / Bruno Delport / Yao Dembelé / Camille Diao / Julien Donaz / Léa Drucker / Loïc Dury / EJM / Elodie Font / Matthieu Fontaine / Nicolas Frize / Franck Haderer / Armel Hemme / Esteli Hernandez Ortiz / Richard Gaitet / Guillaume Girault / Mathieu Girod / Liz Gomis / Isabelle Gornet / Nadine Gravelle / Tristan Guérin / IAM / Jimmy Kiavué / Cédric Klapisch / Ariel Kyrou / Jeanne Lacaille / Catherine Lagarde / DJ LBR / Ray Lema / Manu Le Malin / Patrick Leygonie / Angela Lorente / Linda Lorin / Mai Lucas / Lionel « Foxx » Magal / Mélanie Mallet / Jean-Jacques Mandel / Valérie Massadian / Sophie Marchand / Alex Masson / Martin Meissonnier / Marc Melki / Marie Misset / Jean Morel / Samba Ndiaye / Christophe Nick / Jean-Jacques Palix / Thierry Paret / Gilles Peterson / Thierry Planelle / Nicolas Pradeau / Reza Pounewatchy / Princesse Erika / Elisabeth Quin / Roudoudou / Nicolas Saada / Sapho / Aino Schlaegel / Théo Sébald / Mathilde Serrell / Aurélie Sfez / Bintou Simporé / Solo / Squaaly Baba / Bastien Stisi / Hadja Tabi / Frédéric Taddéi / Patrick Thévenin / Benoît Thuault / Patrick Van Troyen / Marushka Vidovic / Malo Williams / Ariel Wizman / Yannick & Mélusine / Bernard Zekri.

Un podcast imaginé et coordonné par Richard Gaitet, réalisé par Guillaume Girault, Benoît Thuault, Malo Williams, Mathieu Boudon, Tristan Guérin, Emmanuel Baux et Sulivan Clabaut, avec des interviews menées par François Dayre et Matthieu Fontaine, et des archives retrouvées par Isadora Dartial et Bintou Simporé. Graphisme : Sébastien Carriau.

par Nova Family

Épisodes

2010 : transhumance et faux-plafond

Les glaciers fondent, mais ça continue de chauffer dans les étages du 33 rue du Faubourg Saint-Antoine. OK, déjà trois ans qu’on ne peut plus fumer dans les lieux publics, mais quand la Nova Family doit quitter son immeuble historique occupé depuis le début des années quatre-vingt, chargé de tant de joies souples, de drames lourds, de concerts spongiformes et de célébrations païennes, elle organise une teuf d’adieu ponctuée par un geste explosif d’exorcisme quasi chamanique, comme un remake fauché génial de Piège de cristal. Le tout, pour ne transhumer tel un troupeau d’éléphants forcément effervescents, qu’à seulement 702 mètres de là, dans les couloirs blancs du 127 avenue Ledru-Rollin, encore dans le XIe arrondissement de Paris, en face d’un commissariat. 

En ces mêmes bureaux, nous retrouvons à nouveau nos consœurs et confrères plus sages de TSF Jazz – avec des flashs infos assurés sur les deux antennes par Amar Abdelkrim, Thierry Paret, Laurent Sapir ou Thierry Lebon. Qui annoncent, en vrac, que : la terre tremble terriblement en Haïti, en Chine, au Chili, à Sumatra ; Jacques Audiard est césarisé pour son Prophète ; le lanceur d’alerte australien Julian Assange dévoile via la plateforme WikiLeaks des milliers de documents confidentiels sur le rôle du gouvernement américain et de leurs alliés dans la guerre en Irak et en Afghanistan ; la mort de Chabrol, Lhasa, Rohmer, Louise Bourgeois ; la création d’Instagram, l’arrivée de l’iPad ; le burlesque filmé par Mathieu Amalric en Tournée, prix de la mise en scène à Cannes, dont les nuits sont parfaitement décrites sur nos ondes par Enora Malagré ; cette loi indienne qui oblige les enfants de 6 à 14 ans à aller à l’école, pour lutter contre le travail des mineurs ; ou la sortie des mémoires de Patti Smith, sous le titre Just Kids. 

Cette décennie qui démarre sera l’écrin d’un fameux petit programme qui pousse, qui pousse, passant de vingt minutes à une heure : Dans Les Oreilles de..., présenté par Isadora Dartial et réalisé par Guillaume Girault et Benoît Thuault. « Quel disque a changé votre vision de la musique ? Celui que vous avez le plus écouté ? Quel air a bercé votre jeunesse ? » Voici le type de questions auxquelles répondent, excusez du peu, Bob Wilson, Lalo Schifrin, Bianca Li, James Blake, Anna Karina, Jean-Pierre Bacri, Carolyn Carlson ou Russell Banks… 

Pendant ce temps, une caravane est joyeusement atomisée par nos auditeurs lors d’une fête à Nova Bordeaux, dont les membres sont aussi garnements qu’à Paname. Marie Arquié, biblio-maniaque à la voix grave, s’immisce dans le Grand Mix de l’après-midi pour glisser quelques conseils littéraires entre le rock fluide de Gossip et la plage en plastique dénoncée par Gorillaz (entouré cette fois de Bobby Womack, Lou Reed ou l’orchestre national du Liban). Les jeunes musiciens new-yorkais du Menahan Street Band se pointent avec deux mastodontes de la soul, Lee Fields et Charles Bradley, et tout s’arrête : l’équipe se colle aux vitres du studio pour écouter leurs timbres baignés de whisky. Alors, on danse, dirait le Belge Stromae, à suivre. Et Bintou reçoit ce message des Nubians, envoyé depuis Brooklyn, à l’annonce de notre déménagement : « Quand je me balade dans New York, bars et restaurants sont souvent tenus par des Français. Légion, nous sommes. Génération Nova. L’hospitalité, c’est dans le sang. Les fêtes sur le toit du 33 rue du Faubourg Saint-Antoine font partie de l’Histoire (…) Gardez-nous vifs, et alertes, conscients, pleins et amoureux, heureux et malpolis, meilleurs même dans le pire, voisins, humains ! »

Réalisation, mixage : Malo Williams.



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22 décembre 2022

41:14

2009 : l’art mouillé des Grandes Tournées bidouillées

On dirait que le sort s’acharne. Cofondateur du magazine Actuel, fidèle compagnon de route de Nova dont il fut un éphémère directeur dans les années 80, Jean-Pierre Lentin disparaît début mars, d’une crise cardiaque, à 58 ans. On pouvait le lire dans Sciences et Avenir, Libé, Le Canard Enchaîné, dans son ouvrage L’Encyclopédie des merveilles sur les plus belles images de la science, dans ses nombreuses enquêtes à propos des dégâts des ondes électromagnétiques, dans ses documentaires sur les drogues, on pouvait voir ses réalisations sur Canal+ dans l’émission culte L’Œil du Cyclone, ou l’entendre sur notre antenne à minuit dans l’émission Out of the blue, qui présentait la sélection de notre « coffret bleu » dont il était l’un des orfèvres. Juste avant sa mort, Jean-Pierre projetait de créer un programme « sur les musiques innovatrices », qui aurait pu devenir un livre intitulé À la recherche de la musique qui cherche.

Alors, dans cette période de deuil dur-dur qui dure, Nova prend l’air. Et décide de partir chaque été en Grande Tournée à travers les villes où nous avons (ou aurons bientôt) une fréquence, posant ses consoles, micros et peaux de zèbres dans des bars, sur les places ou sous les chapiteaux des festivals ; ainsi, à Avignon, avec Mélanie Bauer, marquée par un drôlement joli concert du funambule flegmatique aux doux trois-fois-rien Mathieu Boogaerts. Mathilde Serrell, elle, repart au Combat, titre d’un rendez-vous sur l'activisme contemporain imaginé comme un « manuel d'entraînement pour tous les gabarits », sur « la contestation rigolarde, festive, mutante », ce « bourgeonnement de nano-révolutions » en cours depuis le début des années 2000. « S’engager aujourd’hui, écrira-t-elle qui dans le bouquin qui en découlera (publié où ? Chez Nova Editions !), c’est cultiver son miel en ville, uriner sous la douche pour économiser l'eau ou empêcher une expulsion. À chacun ses mini-prises de la Bastille. »

Cette année-là, dans Néo-Géo toujours animé par Bintou Simporé, Isadora Dartial interroge un sacré bosseur : le romancier, poète et philosophe martiniquais Edouard Glissant, auteur du concept de « créolisation », qui encourage à vivre « l’imprévisible », l’inédit qui naît grâce à la « mise en relation » des cultures du monde, lesquelles « s’intervalorisent » dans un partage consenti. Voyez comment la présence enfumée des jardiniers jamaïcains du collectif roots-reggae Inna Di Yard bouleverse la population de la station !

Pendant ce temps, des notifications tombent sur nos premiers iPhone. Éclipse solaire totale, la plus longue du vingt-et-unième siècle. Bashung délaisse les grands axes et prend la contre-allée vers l’irréel, avec imprudence. Tout comme Lux Interior (des Cramps), Ron Asheton (des Stooges) et Michael Jackson, qui venait pourtant d’annoncer son come-back. Polanski, lui, est incarcéré en Suisse pour ses agressions sexuelles à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par les États-Unis. Un jeune rappeur de Caen nommé OrelSan se déclare perdu d’avance. La fable écologique en 3D de James Cameron, Avatar, contre l’impérialisme colonial et militaire, bat tous les records. Le dessinateur Winshluss revisite Pinocchio façon punk. Et sur la dernière compil’ NovaTunes, la rumba infirme survitaminée des Congolais du Staff Benda Bilili côtoie les lamentations romantiques d’Eels, qui médite sur un regard qui ne lui était pas destiné. Dans le cyclone de l’actu, il est bon de garder un œil sur Nova.

Réalisation, mixage : Mathieu Boudon.

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22 décembre 2022

59:39

2008 : debout, la radio « bordélastique » !

En juin 2008, un incendie se déclare par accident dans un arrière-studio d’Universal à Hollywood. Pendant douze heures, plus de cent mille bandes analogiques sont détruites, emportant des originaux de Snoop Dogg, Ella Fitzgerald, Nirvana, Yma Sumac, R. E. M., Al Green, Burt Bacharach, les Who, Billie Holiday ou Sonic Youth. Le New York Times déplore « le plus grand désastre de l’industrie musicale ». Vivre le deuil de quelqu’un, d’un collègue et ami à l’intelligence goguenarde, puis d’un chef gourmand aux idées magiques, est-ce comme voir… brûler une bibliothèque – selon la formule de l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ à la tribune de l’Unesco, re-tricotée par son confrère américain Edmund White ? Lentement, mais sûrement, Nova « se relève de ses morts », comme dit Mathilde Serrell, en fredonnant ce blues sans âge de Moriarty, menés par Rosemary Standley, qui se souvient d’un vieux buffle nommé Jimmy. Mathilde insiste aussi, dans cet épisode, sur la finesse de la sélection musicale de Max Guiguet et Emile Omar, programmateurs diggers de pépites : la cumbia revisitée par l’Anglais et Colombien d’adoption Quantic, le spleen long-courrier d’un barde du Nouveau-Mexique au pseudo de capitale libanaise (Beirut), le groove politisé de l’Anglo-Pakistanaise M. I. A., le retour soul de Sharon Jones & ses Dap-Kings, la pop afro des blancs-becs bon teint de Vampire Weekend ou les harmonies d’un fils de pasteur jamaïcain, Winston McAnuff, qui réveilla notre première Nuit Zébrée marseillaise. Pendant ce temps, Gilles Peterson ambiance des soirées cubaines et introduit RKK au clubbing, en tant que DJ-bientôt-star à bretelles. Notre bande-originale.

Entre nos murs, alors que la Palme d’Or revient cette année-là à Laurent Cantet pour son portrait d’une classe de collège parisien réputée difficile, on parle pas mal de cinéma. Du fond crémeux de leur émission dominicale baptisée Le Pudding qui durera quinze ans, Jean Croc et Nicolas Errera reçoivent John Malkovich, pour savoir ce qui se passe dans sa tête. L’année de sortie du premier Iron Man, qui lance la domination régressive de « l’univers Marvel » appelée à phagocyter la pop-culture mondiale, notre critique Alex Masson salue la puissance d’un premier long-métrage produit par Kassovitz, Johnny Mad Dog de Jean-Stéphane Sauvaire, adapté d’un roman d’Emmanuel Dongala sur les enfants-soldats. Agnès Varda manque de tomber d’un bateau en excès de vitesse par notre faute, Jean-Claude Van Damme évoque ses parents en discothèque et… on réécoute avec chagrin les messages que Guillaume Depardieu laissait sur notre répondeur, dont celui-ci : « Je vous appelle en direct de ma solitude, si soudaine et si prévisible. Et je compte sur vous tous pour mettre un peu de SANG dans vos textes, dans vos films, dans vos espoirs, dans vos cris, dans vos rires – s’il en reste. »

Yes we can! Barack Obama devient le premier président noir des Etats-Unis. Des espoirs, il en reste. Dans Le Monde de Demain, bulle d’anticipation poursuivant sa voie l’année de la triomphale reformation du Suprême NTM, Antoine Blin se projette chaque matin dans le futur, le temps d’un flash info qui exacerbe les préoccupations du moment (enfermant la société dans une épidémie « de grippe folle » avec protections d’hygiène encadrées par l’Etat, non mais vraiment, n’importe quoi). Bref, notre radio « bordélastique » tient toujours debout.

Réalisation, mixage : Emmanuel Baux.

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22 décembre 2022

51:17

2007 : un moment de faiblesse

Avec force, et un art monstrueux du montage, ils affirment pratiquer la « caricature tranquille ». Chaque dimanche soir pendant deux ans, les deux punks de première classe planqués derrière les pseudos de « Polémix et La Voix Off » piquent, repiquent et remixent les petites phrases et polémiques nulles de nos politiques, pour « créer une chambre médiatique absurde », parfois secondés par un énigmatique « DJ Flashball ». Ce brillantissime bulletin de « déformations », souhaité comme « iconoclaste et hirsute », encore porté de nos jours (en ligne et sur d’autres ondes) par le Tourangeau Jean-Baptiste Diaz, nous a permis de rire et de respirer. Ce n’était pas toujours fastoche, en 2007. Un procès démarre contre Charlie Hebdo suite à la publication de caricatures de Mahomet, qui auront des conséquences tragiques. Il y a des phases plus légères, comme notre feuilleton matinal Plus belle la France, lui aussi riche en détournements (avec, parfois, les doubleurs des Simpson). N’oublions pas non plus la candidate du Parti Socialiste, Ségolène Royal, qui déclare lors d’un voyage en Chine, en pleine campagne présidentielle : « Qui n'est pas venu sur la Grande Muraille n'est pas un brave, et qui vient sur la Grande Muraille conquiert la bravitude. »

Il fallut rester braves, lucides et drôles, à l’annonce de la victoire de Nicolas Sarkozy – qui, dès le lendemain de son sacre, part se reposer au large de Malte sur le yacht de son ami Vincent Bolloré et laissera un généreux dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, planter sa tente dans les jardins de l’hôtel de Marigny. Entre Jamel et Diam’s, vénères et dépité·e·s, la tribu Nova se réunit au micro, apaisée par Jean-François Bizot qui relativise, en poussant à la réflexion, la génération nan nan. Mais pressent-il lui-même qu’en coulisses, un ancien du magazine Actuel, Bernard Kouchner, se joindra au gouvernement « d’ouverture » formé par François Fillon, en tant que ministre amer des Affaires étrangères ?

Citizen Bizot meurt en septembre, à 63 ans. C’est tôt. Dans le livre Un moment de faiblesse (Grasset, 2003), son « plus long reportage » sur la guerre menée contre le cancer qui le « squatte », il écrivait : « Plusieurs regards possibles quand on révèle qu’un crabe grouille dans le ventre. Ceux qui, droit dans les yeux, laissent passer une brume dans le regard. Cette humidité seule vous fait l’amour. Ceux qui l’ont vécu, le vivent, vous accueillent au club, flegmatiques comme un barman élégant (…) Le cancer est une maladie philosophique ; on ne peut le remercier qu’en le mettant KO mais la lutte reste un cours particulier sur l’épistémologie des émotions. » Proches et disciples se réunissent pour la veillée. Dans Libé, ses copains Van Eersel et Mercadet signent une nécrologie exemplaire, où piocher des mantras : « Jean-François Bizot nous a quittés à l'âge de 126 ans. Vivre jour et nuit pendant 63 ans, le compte y est. Il n’avait peur de rien, mais il était terrifié à l'idée de devenir un grand bourgeois comme il faut. Il avait peur du "bon goût" (…) Peur de ne rien faire. Ses mots clés : "Bougez ! se remuer le cul ! Vite ! " Peur de mourir, terriblement peur. Encore qu'à cet égard, cinq années de lutte exemplaire contre Jack, ainsi qu'il nomma le rongeur, avaient à l'évidence opéré en lui des métamorphoses essentielles (…) La vie continue. La vie sans Bizot commence. »

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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22 décembre 2022

57:59

2006 : l’effervescence de l’éléphant

Un quart de siècle ! En 2006, Nova célèbre ses noces d’argent avec le public et ne coupe pas le son, contrairement à Philippe Katerine qui, sur son album Robots après tout, confie pourtant qu’il adore regarder danser les gens au bar du Louxor. Notre anniversaire se fête un dimanche soir en très grandes pompes dans les 12 500 m² de la Nef du Grand Palais, à Paris, avec DJ Medhi, Amadou et Mariam, Rachid Taha, Saïan Supa Crew, Bumcello, Grand Master Dee Nasty ou l’Allemande Ayo – dont la complainte soul acoustique Down on my knees tourne en rotation lourde. Accompagné d’un DVD documentaire de 3H30 d’archives vidéo (aujourd’hui disponible sur YouTube), un livre sort en kiosques avec 25 ans d’histoires, « ponctuées de causes et d’actes aussi gratuits que l’est une radio pour un auditeur », écrit Jean-François Bizot en ouverture. « Pour vivre, survivre, Nova a affirmé sa liberté face aux autorités de tutelle, celles d’avant le CSA. Avant qu’on ne comprenne à quel point Nova a vocation à figurer dans les grandes agglomérations. » 

On nous capte désormais aussi à Angers, Boulogne-sur-Mer, Dreux, Limoges, Marseille, Montpellier, Nantes et Pau. Cela mérite une n-ovation ! Et notre sachem de faire le bilan, calmement : « Il est passé du beau monde dans les locaux (…) Quand on écoute les épanouis de la réussite, les entortilleurs de causes (…) ou les filles à la voix d’or qui passent plus vite que l’éclair, oui, quand on les revoit tous avec amour, fierté et cette complicité puissante (…), eux qui ne sont devenus rien de plus que ce qu’ils étaient, puisqu’ils étaient si forts qu’ils n’avaient rien besoin de devenir (…) En regardant dans le rétroviseur de Nova (…), on sent qu’il va falloir assurer pour participer aussi fortement aux vingt-cinq ans qui se profilent, avec leurs nationalismes, leurs enfermements, leurs âpretés (…), faire attention aux humeurs de la banque si l’on refuse d’être dompté. »

L’animal indompté qui ne trompe pas, dans ce contexte, c’est L’Éléphant effervescent, baptisé d’après une chanson de l’ex-Pink Floyd Syd Barrett (qui meurt en 2006, comme Ray Barretto, Ali Farka Touré, J Dilla et même Sa Majesté James Brown, le jour de Noël). Animée par Mélanie Bauer, transfuge de Ouï FM, cette émission quotidienne, qui parvient à aligner un live par jour et n’oublie pas de jouer Baxter Dury, Amy Winehouse ou Le Chercheur d’or d’Arthur H, voit démarrer un jeune critique littéraire : Augustin Trapenard. Nouveaux pilotes de nos matins, Armel Hemme et Mathilde Serrell s’octroient les services de deux reporters farfelus, Jean-Philippe Lagarde et Mélanie-George Mallet, et ne parlent probablement pas du coup de tête de Zidane en finale de coup du monde, mais plutôt : de la création de Twitter, d’une extraordinaire série sur Baltimore baptisée The Wire, de l’épidémie de chikungunya à la Réunion, de la sortie de Borat ou d’OSS 117 avec Dujardin en athlète des sourcils, de Justin Timberlake produit par Timbaland, des deux cowboys in love de Brokeback Mountain, du premier tome de la BD Aya de Yopougon récompensé à Angoulême, du groupe Phoenix en perruques dans le biopic de Marie-Antoinette, de la France qui décrète une journée nationale pour commémorer l’abolition de l’esclavage, du succès d’une trilogie suédoise nommée Millenium, voire de la pendaison de Saddam Hussein en Irak – où se crée, dans l’ombre, une organisation terroriste appelée Daech.

Le dernier mot est encore de Bizot : « Nova a besoin d’agrandir son espace pour progresser. Et plus question de la fermer. Comme on disait sur nos badges de 1981 : pas question de mollir. »

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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22 décembre 2022

49:51

2005 : je veux prendre ta douleur

Le 1er janvier 2005, Radio Nova démarre l’année avec la pire des gueules de bois. Notre « Tintin post-moderne », Marc-Alexandre Millanvoye, est mort accidentellement au terme d’une nuit de réveillon, à 31 ans. Toute l’équipe est sous le choc, de battre son cœur s’est arrêté. Il faut pourtant reprendre le micro. L’hommage rendu à l’antenne se prolonge sur la piste du Rex, avec des lives de Cosmo Vitelli, Laurent Garnier ou Keren Ann. 

Hors Nova, une ambiance étrangement sombre plane sur 2005. De janvier à juin, des comités de soutien travaillent à la libération de Florence Aubenas, journaliste à Libération, et de son guide Hussein Hanoun, séquestrés en Irak – ce que nous raconte la rubrique Deux minutes de réel conçues par Mathilde Serrell, Antoine Blin et Isadora Dartial comme un plan-séquence avec des sons bruts. En mai, Trois enterrements, western crépusculaire de Tommy Lee Jones, remporte le prix du scénario au festival de Cannes. En juin, un môme de 11 ans est tué devant chez lui à la Courneuve (Seine-Saint-Denis) de deux balles perdues. En réaction, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, affirme vouloir « nettoyer au Karcher la cité des 4000 ». Fin août, l’ouragan Katrina ravage la Louisiane et notamment la Nouvelle-Orléans ; sur place, un rappeur et producteur de rap nommé Kanye West, remarqué pour l’inventivité de son premier album The College Dropout, interpelle George W. Bush à la télévision en considérant que le président américain « ne se préoccupe pas des Noirs ». En octobre, deux adolescents meurent électrocutés dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois, en tentant de se soustraire à un contrôle de police. L’événement déclenche de très nombreuses émeutes en banlieue, pendant trois semaines, à tel point que le gouvernement proclame l’état d’urgence.

Pourtant, tout n’est pas déprimant – loin de là. On peut tuer les zombies culturels à coups de vinyle dans la gueule, comme à la fin de la comédie anglaise Shaun of the dead. Remonter jusqu’à l’extrême-amont de la motivation, tels les courageux « hordiers » qui font bloc pour avancer à « contrevent » dans le best-seller d’Alain Damasio. Première greffe réussie du visage sur une femme de 38 ans, mordue par un chien. Au même moment, un réalisateur très drôle venu de France Culture, Armel Hemme, nous rejoint et tombe le masque : depuis deux ans déjà, c’était lui, « Brice Lee », reporter du zinc. De son côté, Rémy Kolpa Kopoul découvre une jeune chanteuse cap-verdienne à la voix d’émeraude, Mayra Andrade. Le film Broken Flowers de Jim Jarmush augmente l’intérêt du public pour l’éthio-jazz, ardemment défendu sur nos ondes depuis le milieu des années 80. Coiffé de trois Césars, Abdellatif Kechiche rappelle dans L’Esquive, si besoin, que les jeunes des cités savent charmer en déclamant Marivaux et son jeu de l’amour et du hasard. Lors d’une Nuit Zébrée mythique, les Néo-Zélandais de Fat’s Freddy Drop et leur fanfare dub-reggae-soul mettent les spectateurs en apesanteur. À minuit, pendant deux ans, la voix de synthèse qui présente Home Radio fait de Nova la première antenne FM à proposer des podcasts, en donnant un espace aux créations sonores bizarres. Quand elles sont bien choisies, paroles et mélodies restent inoubliables. Comme le chante Camille sur son deuxième album, Le Fil, qui bourdonne : « Lève-toi c'est décidé / Laisse-moi te remplacer / Je vais prendre ta douleur / Doucement sans faire de bruit / Comme on réveille la pluie / Je vais prendre ta douleur / Elle lutte elle se débat / Mais ne résistera pas / Je vais bloquer l'ascenseur / Saboter l'interrupteur. »

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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22 décembre 2022

58:11

2004 : c’est ici que le zèbre chante ses nuits

Dans son livre Vaudou & compagnie, histoires noires de Abidjan à Zombies, Bizot écrit : « Je voudrais ici rendre hommage à Jean Rouch qui m’a, le premier, immergé dans le monde africain quand j’avais vingt-cinq ans et des clichés à en boucher le nez. Jean Rouch m’a fait toucher l’histoire vivante de l’Afrique, de ses peuples, ses royaumes et ses empires. » Pionnier du cinéma ethnographique, auteur d’une centaine de films (au cœur d’une secte ghanéenne, chez les chasseurs de lion, ou les danseurs dogons du Mali), Jean Rouch meurt au Niger en 2004 au cours d’un accident de voiture, de nuit. C’est aussi la nuit qu’Aline Afanoukoé reçoit, éclairée à la bougie, dans son cabinet de curiosités musicales intitulé Novamix, un tout nouveau duo parisien, Justice – qui vient de remixer Simian et ne sera plus jamais seul. Leur électro qui tabasse, pop et brutale, au succès phénoménal en queue de comète de la French Touch, va s’affirmer comme l’un des repères esthétiques de la décennie, comme d’autres productions du label Ed Banger tout récemment monté par Pedro Winter, manager de Daft Punk. Sur Nova, on joue également l’obsédante Ritournelle de Sébastien Tellier, les bricolages funkys-dub de Sporto Kantès (Yo Leeroy!), ou la bossa lumineuse du Brésilien Seu Jorge, embauché par Wes Anderson pour reprendre Bowie dans le sous-marin loufoque de La vie aquatique.

Dans le grand bain de cette année-là, deux hommes sont mariés à Bègles par un élu de la République alors que la loi ne le permet pas encore. Un étudiant de Harvard crée avec quelques camarades un réseau informatique fondé sur le principe du trombinoscope, baptisé « Facebook ». Le Hong-Kongais Tony Leung joue un écrivain qui se souvient de ses histoires d’amour dans le somptueux 2046 de Wong Kar-wai, tandis que Jim Carrey efface de sa mémoire sa rencontre avec Kate Winslet dans Eternal sunshine of the spotless mind, réalisé par le Français Michel Gondry.

Pendant ce temps, Nova Mag publie son dernier numéro et de nouvelles recrues (Isadora Dartial, Franck Haderer, Liz Gomis, Emilien Aumard) viennent grossir les troupes de la station, qui se structure autour d’une véritable grille des programmes pensée comme « un bug sur la bande FM » avec mission de « perturber » le ronron des ondes, dixit Antoine Blin, réalisateur et co-animateur de la matinale avec Emmanuel Gouache et qui, par exemple, couvre pendant deux semaines une (vrai) course de dromadaires dans le désert tunisien. Le tout, en ouvrant leur refuge à une jeune chroniqueuse, Mathilde Serrell, qui cause activisme et désobéissance civile. Un nouveau module surgit quatre à cinq fois par jour, sur une idée de Marc H’Limi : le Sonar, collage sonore quotidien sur l’actualité politique et sociale, sans aucun commentaire. S’intercalent également des tops horaires gouailleurs, qui dureront quasiment vingt piges, fabriqués à partir de la collection de vieux films de Jean Croc. Le seul moyen de passer le temps, c’est de jouer à la roulette russe. Mais l’événement de notre antenne, c’est la création d’un programme qui servira de vitrine à notre antenne pendant dix-huit ans, d’abord à Paname puis à travers la France : Les Nuits Zébrées, concerts gratuits à haut potentiel de transe collective, limite vaudoue, qui démarrent à la Scène Bastille, animées avec flamme par Aline, produites par Ruddy Aboab, sur une intuition originale de Marca. 

Réalisation, mixage : Mathieu Boudon.

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22 décembre 2022

1:9:25

2003 : Chapier perché

Hey ya ! Si notre mystérieux reporter bistrologique Brice Lee a échoué à trouver le fils du Père-Lachaise, constatons qu’en 2003, de nombreuses étoiles rejoignent leur dernière demeure : ciao Nina Simone, Johnny Cash, Compay Segundo, Barry White ou, hors musique, Marie Trintignant et Maurice Pialat. Pas besoin d’être une vedette internationale, d’ailleurs, pour quitter cette planète en surchauffe les pieds devant : près de 20 000 Français·es meurent sous l’effet de la canicule qui frappe l’Europe cet été-là. Mais c’est aussi en 2003 que naît, en Suède, l’une des futures figures de la lutte contre le réchauffement climatique : Greta Thunberg. Anticapitaliste et écologique, le mouvement altermondialiste tonne et donne de la voix dans le Larzac, à Genève ou à Porto Alegre. À la tribune de l’ONU, la France refuse de s’allier à une intervention armée en Irak. Le rock lui-même, ce T-Rex qu’on croyait près de la retraite, n’en finit plus de ressusciter avec un faux duo de frère et sœur à rayures nommé The White Stripes. Des bandes blanches sont aussi peintes au sol pour délimiter les décors extrêmement minimalistes du dérangeant Dogville du Danois Lars von Trier. Qu’en pense notre vénérable critique cinéma, Henry Chapier, dandy à lunettes d’écaille qui fête ses 70 ans ?

Dans son dos, sur une idée de Marc-Alexandre Millanvoye promu rédacteur en chef, la réalisatrice Héloïse Delaunay fabrique chaque jour sur des canulars téléphoniques à partir de phrases absurdes volées à Chapier entre deux chroniques filmiques. Assortie du générique des Schtroumpfs, la rubrique devient vite un rendez-vous attendu de l’émission Work in progress. Tout comme Les vingt minutes les plus chères de la bande FM, qui samplent des questions de Thierry Ardisson, Pascale Clark ou Michel Drucker, auxquelles répondent les Rita ou MC Jean Gab’1, tout auréolé du succès de son single-bazooka J’ t’emmerde dans lequel il allume les ténors du rap français – tandis que Diam’s, bientôt disque d’or, veut juste kiffer la vibe avec ceux qu’elle aime. Autre moment du programme : les bons plans incruste, pour aider crevardes et demi-mondains à torpiller les vernissages du temps béni des open-bars. Combien d’entre vous, d’ailleurs, se sont pointé·e·s en loucedé à nos soirées sur la terrasse du 33 rue du Faubourg Saint-Antoine, avec vue sur le génie de la Bastille ? Et l’incruste de Laurent Garnier qui prend l’antenne sans prévenir avec Juan Atkins et les fondateurs du label techno indé de Détroit, Underground Resistance, pour deux plombes de mix en impro, parce qu’il n’en peut plus d’entendre Blur sur notre antenne ? On en parle ? Et ces dix heures de fête non-stop organisées par Nova dans vingt-cinq lieux à Pigalle, au cours desquelles on entend sûrement Crazy in love de Beyoncé, la B.-O. de Kill Bill ou The World is coming to my party de Cody Chesnutt ? C’est parti mon kiki.

Réalisation, mixage : Mathieu Boudon.

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22 décembre 2022

1:0:07

2002 : le joyeux mauvais esprit de Marca & Tania

Parfois la pêche est miraculeuse. En 2002, le « mariage forcé » de deux chenapans de la bande FM, Marc-Alexandre Millanvoye et Tania Bruna-Rosso, aboutit à la création d’une petite entreprise d’interviews, de détournements conceptuels et de vacheries « potaches et pointues » qui, pendant deux ans, ne connaît pas la crise. Leur émission quotidienne de fin d’après-midi, Work in progress, progresse et travaille à devenir incontournable chez les branché·e·s parisien·ne·s, comme une auberge espagnole où l’apéro démarre à dix-sept heures. Attrape-les si tu peux. 

Le 21 avril, un autre sentiment est en progrès : la xénophobie. Pour la première fois, un parti d’extrême-droite arrive au second tour des élections présidentielles françaises. Pendant deux semaines, des milliers de personnes manifestent contre les idées du Front National, qui ont su séduire 4,8 millions d’électeurs. En réaction, jusqu’à la fin de la saison, Antoine Blin part chaque jour en reportage pour tenter de comprendre, auprès d’anciens soixante-huitards ou le temps d’une soirée de bouclage à Libé, la gauche déboussolée et les questions démocratiques en jeu. Chirac est réélu avec un score de despote, tandis que Marc H’Limi, au service de Nova depuis le mitan des années 80, devient directeur des programmes. Malicieux comme Le Chat du rabbin, Jean-Pierre Lentin & Ariel Kyrou racontent la grande histoire des musiques électroniques, quelques mois avant la mort de Joe Strummer, dont le cœur clashe. On se passionne pour la vie d’une famille de croque-morts dans la série Six feet under sur Canal Jimmy, alors que le sociologue Pierre Bourdieu perd son combat contre la faucheuse et franchit le boulevard du crépuscule la même année que le cinéaste Billy Wilder – tout comme Sextoy, icône techno tatouée d’une génération de femmes DJ. Le franc quitte nos poches au profit de l’euro et le grand public découvre les battles hip hop via 8 mile avec Eminem dans son propre rôle. Au même moment, une improvisation d’Edouard Baer en scribe égyptien, perdu sous les pyramides de l’adaptation d’Astérix par Alain Chabat aux 14 millions de spectateurs devient instantanément culte. 

C’est une bonne situation, ça, stagiaire ?, pourrait-on demander à Mélanie Mallet, 20 ans, qui assiste Philippe Vecchi et Aline Afanoukoé dans la préparation du Nova Club, de 20h à 22h, comptant parmi ses chroniqueurs une certaine Alessandra Sublet, tout en recevant aussi bien les ambassadeurs du Groland que les stars du X. Embrassez qui vous voudrez. Dix-huit ans plus tard, Mélanie deviendra la patronne de la station, en passant par ce poste-clé : le standard. Allô ? Excusez-moi, d’où vient cet incroyable pianiste nommé Gonzalez qui invite Feist et Guesch Patti à chanter le même refrain dans deux langues différentes, en simultané ? Et Kung-fu fighting dans La Cité de Dieu du Brésilien Fernando Meirelles, c’est cool, não ? Tant que j’y suis, pourriez-vous remettre la balade de cette jeune chanteuse, Camille, dans laquelle elle affirme en sautillant qu’elle veut se barrer de Paris ?

Réalisation, mixage : Emmanuel Baux.

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22 décembre 2022

55:26

2001 : l’odyssée du Grand Mix

Suivre le rythme. Surtout quand Laurent Garnier, DJ, compositeur et producteur-passeur-pionnier des musiques électroniques, compagnon de Nova depuis 1990 et cette année-là audacieux programmateur anti-format, se réjouit d’une danse traditionnelle catalane, la sardana. En 2001, notre directeur Bruno Delport « pond une note » sur laquelle figure trois mots passe-partout qui aujourd’hui encore résument notre manière d’habiter la planète : « Le Grand Mix ». Tout mélanger, brasser, connecter, en ondes et en rondes. La même année, un vrai-faux groupe anglais baptisé Gorillaz, fondé par Damon Albarn (tête pensante de Blur) et Jamie Hewlett (dessinateur de la BD Tank Girl), qui n’apparaît que sous la forme d’affiches et de clips animés drôlement cools, sort son premier album homonyme, à la fois léger et sophistiqué. Style(s) du macaque : pop, trip-hop, hip-hop et tant qu’on y est, hop-hop-hop, dub, reggae, psyché, sample d’Ennio Morricone ou surprises hybrides en la présence chatoyante du chanteur cubain Ibrahim Ferrer ou de la section rythmique des Talking Heads. Est-ce que c’est ça, le panorama du Grand Mix ? Tu mets quoi dans ton iPod ? Que faire du rock revitalisé par les Strokes, ou du rap-R’n’B produit par Timbaland pour Missy Elliott, Dr. Dre pour Mary J. Blige, ou les Neptunes pour Britney Spears ? C’est trop mainstream ou quoi ?

Le monde tourne trop vite, claironne Gorillaz avec une désinvolture très début de siècle. Le 11 septembre, des avions s’écrasent sur le World Trade Center ainsi que sur le Pentagone. Le président américain George Bush Jr., fraîchement élu, part « en guerre contre le terrorisme » et bombarde l’Afghanistan. Au cinéma, l’ado Donnie Darko voit le réacteur d’un jet se crasher dans sa chambre – prétexte à un tourneboulant voyage dans le temps.

Harder, Better, Faster, Stronger. Tandis que s’élance sur grand écran une adaptation épique du Seigneur des Anneaux, où va la communauté de la No-va ? Vers un étrange méli-mélo nommé « la tournante » qui consiste, pour les six principaux animateurs de l’antenne, à changer d’émission (et, donc, de tranche horaire) toutes les semaines. De nouvelles voix déboulent, on dirait la famille Tenenbau : le Toulousain Johann Roques, qui joue des mauvais tours à Jean Rouzaud ; l’éditeur et journaliste littéraire parisien Philippe Di Folco ; ou Tania Bruna-Rosso, journaliste aux Inrocks ayant étudié le théâtre, le mime et les marionnettes au Québec, qui remarque que nos studios ressemblent à un décor AB Productions « en version sale », ce qui est toujours plus marrant que celui de Loft Story ou le château de la Star Ac’. Sans oublier, déjà, un curieux dandy-réalisateur venu de France Culture, fan des Kinks et fou de radio, Marc-Alexandre Millanvoye, qui transforme en série de chroniques le livre-somme de Jean-François Bizot sur l’histoire de l’underground. Bizot, lui, repart à Kingston avec Taddéi pour rafraîchir ses oreilles. Pendant ce temps, un cinglé de reggae, le jeune Max Guiguet, futur Blundetto, qui arrive de Radio Campus Dijon et restera seize ans programmateur musical de notre station (record de longévité à ce poste), range patiemment notre gigantesque discothèque en la cartographiant par genres. « On s’en sort bien », comme disent les rappeurs francs-tireurs de Sniper. En 2001, Nova a 20 ans, poursuit son odyssée et commence à se demander : avons-nous, telle Amélie Poulain, un fabuleux destin ?

Réalisation, mixage : Tristan Guérin.

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22 décembre 2022

57:49

2000 : Se balader sans demander son chemin

La super Nova a donc survécu au bug de l’an 2000. Est-ce l’heure du jubilé ? Quelles sont nos bonnes résolutions ? A-t-on atteint l’âge de raison, comme Bridget Jones ? Ou continuons-nous à être aussi intransigeant·e·s que le disquaire joué par Jack Black dans Haute fidélité de Stephen Frears, d’après le roman de Nick Hornby ? Une partie de la réponse se trouve dans Test, « laboratoire musical » animé par Ivan Smagghe avec l’aide Fany Corral, du lundi au vendredi de 19h30 à 22h, pendant quatre saisons épiques pleines d’invité·e·s et de lives incroyables, d’Iggy Pop à James Ellroy. Mais qui est cet Ivan, aux goûts terribles ? Disquaire de l’historique boutique indé « Rough Trade » rue de Charonne, ce DJ et musicien, sorti major de promo de Science-Po Paris, écoute dans son enfance Brigitte Fontaine et Soft Machine puis Violent Femmes et Sonic Youth, avant de découvrir l’éventail troublant des musiques électroniques nées sur les cendres du disco, grâce aux merveilleuses soirées du Boy. Dans Les Inrocks, où il pige en même temps que dans Nova Mag, le « prescripteur le plus désintéressé du moment », qui a « toujours eu peur de ne pas être différent », définit sa position de tir : « Je suis peut-être un passeur, mais pas un vulgarisateur ; un disque majeur qui ne me plaît pas, je ne me sens pas obligé d’en parler. Un disque mineur que personne ne trouvera et qui me plaît, je pourrais le jouer 200 fois. » Dans la foulée, Nova produit une série de compil’s Test, qui annoncent les NovaTunes. Ivan deviendra l’un des seigneurs de la nuit parisienne du début des années 2000, notamment via sa présence aux platines du Pulp, club lesbien des Grands Boulevards, ou par la suite grâce au label Kill The DJ.

Faut-il tuer les DJs ? En 2000, épaulée par Mirwais et coiffée d’un chapeau de cow-boy rose, Madonna chante que « la musique mixe la bourgeoisie et les rebelles », tandis que Daft Punk revient one more time ou que les trois compères du 113, qui comme chacun sait sont dans la chanson, célèbrent leur tonton du bled porté par un classique du raï samplé par DJ Medhi. Le Saïan Supa Crew déclare sa flamme à Angela, ce qui incite peut-être Disiz La Peste à péter les plombs. Notons que le millénaire qui démarre ne manque pas des raisons de devenir dingue, comme Marilyn Monroe dans Blonde de Joyce Carol Oates. Rendez-vous compte : le teigneux directeur des renseignements russes, Vladimir Poutine, est élu président de la Fédération de Russie dès le premier tour ; Radiohead parie que le premier enfant cloné existe déjà et lui consacre l’album Kid A, alors que l’Inde abrite désormais un milliard d’habitant·e·s ; Screamin’ Jay Hawkins et Tito Puente nous lâchent, tout comme le papa de Snoopy, Charles M. Schulz.

À l’antenne, un critique de cinéma venu de Toulouse, Alex Masson, rejoint l’équipe de Jamais sans mes fibres à Cannes, qui bitche grave pendant la cérémonie de clôture l’année du triomphe de Björk dans Dancer in the Dark de Lars von Trier. Et nous faisons la connaissance de deux grandes dames : la chanteuse algérienne aux 400 K7, Cheikha Remitti, en live et interview dans Néo-Géo, et Hadja Tabi, notre « tour de contrôle » et suprême intendante, qui nous protège et fait la chasse aux sheitans.

Au cours de cette introduction, vous ai-je menti, juste un peu ou compulsivement, comme le meurtrier Jean-Claude Romand raconté par Emmanuel Carrère dans L’Adversaire ? Pour le savoir, une seule solution : grimpez donc sur le dos de ce zèbre !

Réalisation, mixage : Tristan Guérin.

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24 novembre 2022

58:51

1999 : Stop La Violence !

« À l’aube de l’an 2000 pour les jeunes c’est plus le même deal / pour celui qui traîne, comme pour celui qui file / tout droit », avaient prévenu les tontons de NTM sur leur quatrième album, dont nous ignorions à l’époque qu’il serait leur dernier. « De toute façon y a plus de boulot / la boucle est bouclée, le système a la tête sous l'eau / Et les jeunes sont saoulés. » Le 14 janvier 1999, un garçon de 22 ans est tué d'un coup de couteau dans un train, à Bouffémont (Val-d'Oise). Laisse pas traîner ton fils. Le journaliste Christophe Nick propose qu’un manifeste soit rédigé par des lycéen·e·s de banlieue et publié dans Nova Mag. Fort de dix règles susceptibles d’endiguer un mal qui ronge la société toute entière, le texte prend pour titre « Stop La Violence », inspiré par KRS-One – et ne parle pas que de règlement de comptes au pied des tours, mais aussi de violences sexuelles, conjugales et familiales. Canal+ s’en fait l’écho le jour de la sortie en kiosques, Le Monde et TF1 lui emboîtent le pas, médias et politiques s’emballent. Un documentaire télé sur le mouvement, dont le noyau dur provient d’une asso d’ados baptisée « Droit de cité » qui écrit des textes hip-hop dans un atelier, se prépare. Au moins trente jeunes, de Sarcelles, d’Argenteuil ou du XXe arrondissement de Paris, s’entassent dans nos studios. L’un d’entre eux souligne, pour expliquer la misogynie ordinaire : « Quand les rappeurs traitent les filles de pétasses et qu’on nous le bassine 24h/24 sur les ondes, forcément, il y a répercussion. » L’expérience se réitère toutes les semaines et un morceau est enregistré, avec un freestyle en béton d’une rappeuse de 18 piges nommée Diam’s. 

Stop la violence, oui. Et partout si possible. En 1999, deux ados tuent treize personnes au lycée Columbine de Littleton, Colorado. Un pétrolier affrété par Total, l’Erika, fait naufrage au large de la Bretagne, souillant le littoral sur 400 kilomètres et causant la mort d’environ 200 000 oiseaux. Une nouvelle édition du festival de Woodstock, trente ans après l’apothéose du mouvement hippie, est ruiné par une série de viols et la destruction des lieux par le feu, par un public enragé. Le gosse de Sixième sens, mis en scène par M. Night Shyamalan, voit des morts partout. Les balles sifflent au ralenti mais nos vies sont des simulations d’après l’oracle de la Matrice des frères-bientôt-sœurs Wachowski. Une génération d’hommes déboussolés se retrouve dans des caves pour se défoncer la gueule et fomenter, sur les conseils d’un gourou schizophrène, un « Projet Chaos » censé rebattre les cartes du système – sujet du roman culte Fight Club de Chuck Palahniuk, devenu à son tour film culte réalisé par David Fincher. Car il y a de bonnes nouvelles, quand même. Fin de la guerre du Kosovo. Médecins sans frontières désigné prix Nobel de la paix. Solidarité Sida crée un festival de musique, Solidays, qui marquera les esprits. Cédric Klapisch embauche notre programmateur Loïc Dury pour la bande-originale de Peut-être, situé dans le Paris ensablé de 2070.

Et sur Nova, qui ouvre des fréquences à Angers et Montpellier ? De nouveaux noms ? Oui. Une jeune journaliste de Villeneuve-la-Garenne, Aline Afanoukoé, traque les bons plans « au-delà du périph’ » et Keziah Jones sur la piste du Rex. Antoine Blin, futur réalisateur-animateur-producteur-reporter « tout ça à la fois », débarque de l’Hérault avec des idées héroïques, tandis que Manu Le Malin continue de nous éclater les oreilles avec le hardcore de son émission Extrême Terror. Mais cette violence-là, d’accord.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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24 novembre 2022

53:34

1998 : le nouveau maître des horloges

Il est venu le temps des cathédrales. En 1998, l’architecte Jean Nouvel, bâtisseur en chef de l’opéra de Lyon, de la Fondation Cartier ou de l’Institut du Monde Arabe, est l’invité de Jamel Debbouze dans son émission quotidienne de fin d’après-midi, Le KX, riche en interviews invraisemblables (avec Yves Mourousi ou Éric & Ramzy). Avons-nous, selon la formule de Jamel, « rendu service » à la France ? Par l’édification d’une maison virtuelle avec des briques de toutes les couleurs, où les fenêtres seront toujours préférées aux murs ? Comment ça va sur la Terre ? L’année du sacre d’une France dite « black-blanc-beur » qui remporte la coupe du monde de foot, et un, et deux, et trois zéros ? En 1998, la Déclaration universelle des droits de l’Homme a cinquante ans et Kim Jong-il est désigné chef suprême de la Corée du Nord. Une guerre éclate au Congo et Bashung ment effrontément sur l’album Fantaisie militaire. En Afghanistan, l’armée américaine bombarde les camps d’entraînement présumés d’un certain Oussama Ben Laden, tandis que des islamistes algériens assassinent le poète et chanteur kabyle Matoub Lounès – auquel les Toulousains de Zebda dédient leur album multi-platiné, Essence ordinaire, qui nous incite aussi à tomber la chemise, mais je crois que ça va pas être possible. Toute l’Amérique du Sud s’amourache d’un petit Parisien nommé Manu Chao qui voyage Clandestino, Lauryn Hill retrace sa mauvaise éducation sur son unique album solo et les Beastie Boys deviennent intergalactiques, alors qu’un duo de Versaillais nommé Air nous embarque pour un moon safari.

Et pendant qu’une épaisse saga pleine de loups et de dragons nommée Le Trône de fer apparaît dans les librairies françaises, un nouveau « maître des horloges » est convoqué à la cour de Nova, à la demande du roi Bizot. L’arrivée de Bruno Delport, ancien directeur général de OUÏ FM, va provoquer une petite révolution copernicienne sur notre antenne. Suite à ses conseils, réalisateurs et animateurs ne sont plus séparés par une vitre et on met des micros pour capter la vie dans le studio. L’architecture de la grille des programmes, son rythme global, est réorchestrée – de même que la programmation musicale, classée par genres et en fonction des émotions que suscitent les morceaux choisis. On parle désormais de « rotation » pour certains titres emblématiques du moment, de « golds » et de « rare grooves » pour les chansons adorées du passé, ou d’un aphorisme paradoxal pour désigner notre tendance à ne jouer que des trucs chelous : « Plus c’est différent, plus c’est pareil. » 

Ce nouveau cap dans la professionnalisation de la station, qui lui permettra d’acquérir de nouveaux auditeurs et, in fine, de durer, n’ira pas sans de vives contestations internes qui déplorent la fin d’une époque, le début du « formatage ». Pourtant, right here, right now, comme le crie le refrain big beat de FatBoy Slim, nous continuons de faire pousser – comme les immeubles dans la nuit du film Dark City – les talents de tous les âges. Un nouveau tandem, Yannick (Barbe) et Mélusine (Raynaud), dynamite nos matins de manière « ludique et poétique » avec des feuilletons-fleuves qui parodient le soap-opéra, comme La Grande Saga du Foin, La légende de Poire et surtout Baklava ou la toge écarlate. Et qui aurait pu croire que le vénérable Henry Chapier deviendrait à 65 ans un amateur éclairé de musiques électroniques qui tabassent, en after au festival Boréalis de Montpellier ? L’année de la première Techno Parade ? Oh, Henry ! Music sounds better with you !

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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24 novembre 2022

1:2:48

1997 : Le service public des bons plans

Fortifier l’esprit d’équipe. Dernière saison de La Grosse Boule d’Ariel Wizman et Edouard Baer, qui s’arrête de rouler après toujours autant de sketchs et de bons plans perturbés, non sans scotcher Linda Lorin, standardiste et future matinalière, dans tous les sens du terme. Ariel, jamais rassasié, shake nos samedis avec Cocktail Time, « comme si on montait un film en direct, mais les rushes, ce sont les disques » (de musique easy listening, hawaïenne ou classique) grâce à la dextérité gourmande de son complice Jean Croc. Grand Master Dee Nasty re-revient sous la blouse de Dr. old school, avec un MC aux punchlines chirurgicales, Big Brother Hakim. Le couple malien Amadou et Mariam pensent à toi, mon amour ma chérie, au micro de Néo-Géo. Un tandem de tour operators gouailleurs, Jean-François Bizot et Rémy Kolpa Kopoul, nous guident dans une série de voyages improbables, en Amazonie ou au Kazakhstan, tandis qu’un guitariste cubain perd son dentier en plein live chez RKK ! Mais qu’en diraient les attaquants du Buena Vista Social Club ?

En 1997, de nouveaux joueurs rentrent sur le terrain de la pop culture mondiale : Harry Potter le sorcier binoclard, ou Monkey D. Luffy, petit pirate à chapeau de paille de la saga One Piece d’Eiichirō Oda, qui sera bientôt le manga le plus lu du monde. Pendant ce temps, à la surprise générale, le Clermont Football Club élimine le PSG en huitième de finale de la Coupe de France. Cantona prend sa retraite, mais Thierry Henry dispute son premier match avec les Bleus, et Ronaldo, 22 ans, devient le plus jeune lauréat du Ballon d’or. Le Titanic remonte à la surface (puis, spoiler, re-coule) devant la caméra de James Cameron, Jeff Buckley se noie dans un affluent du Mississippi, Biggie se fait flinguer, Cousteau rejoint le monde du silence, Lady Di ne voit pas la sortie du tunnel sous le pont de l’Alma et la mort de Franquin nous donne des idées noires, m’enfin. Heureusement, depuis Oxford, Radiohead livre son chef-d’œuvre, OK Computer, dans lequel la police du karma arrête un homme qui grésille comme une radio déréglée. Chirac dissout l’Assemblée puis cohabite avec Jospin, qui ne donne aucune consigne gouvernementale concernant les Pokemons à attraper. Faut-il appeler les Men In Black pour tout oublier ? Demain c’est loin ? Pas tant que ça. Les mystérieux robots de la French Touch, Daft Punk, alias Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, racontent à Gilles Peterson – en anglais ! –, dans son émission Worldwide, la fabrication de leur fracassant premier album Homework, enregistré à la maison et destiné à faire danser around the world.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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24 novembre 2022

44:45

1996 : L’université de l’underground

Ouh la la la ! Ready or not ? En 1996, alors que les Fugees, interviewés par Bashir N’Diaye et Laurent Bachet, se réfugient sur Nova pour un freestyle mâtiné de créole juste avant leur premier concert français, on apprend l’existence de la brebis Dolly, tout premier mammifère cloné au monde, tandis qu’une armée de jeunes et beaux garçons musclés à peu près identiques envahit le pays. C’est la mode, musicalement peu reluisante, des boys-bands, auxquels nous préférons de très loin les bad boys de Marseille célébrés par Akhenaton et la Fonky Family, en bons accros du micro. Mars attacks!, à la cool. Au lever, poste à fond, du bon son dans les oreilles. Par exemple : les reportages de Bintou Simporé et Jean-François Bizot à la Nouvelle-Orléans, l’actualité astiquée par David Blot dans son Blot Job, le punk électronique des cintrés de Prodigy, la B.-O. de Trainspotting, et quelques découvertes pérennes : les mélodies simples et funkys d’Alliance Ethnik dont nous avons joué les premières maquettes, ou les prescriptions thérapeutiques d’un ancien fonctionnaire du Ministère A.M.E.R., Doc Gynéco, 22 ans, qui t’emmène au Nirvana pour sa Première consultation – vendue à un million d’exemplaires. Au cinéma, La belle verte de Coline Serreau envoie une utopie extraterrestre nous avertir du péril climatique, pendant que 2-Pac passe l’arme à gauche sous les balles d’un règlement de comptes.

La vie est courte, les délices du bonheur substantiels / La mort frappe l'oiseau assassiné en plein ciel. Nous perdons très tristement, nous, l’un de nos animateurs : le rappeur East, qui meurt à 27 ans d’un accident de scooter sur le chemin de la radio. Peu de temps après, on l’entendra déclamer, au début du morceau L’Enfer sur L’École du micro d’argent d’IAM : « C'est clair, l'avenir ne nous réserve rien de bon / Vivant au jour le jour pour nous c'est la même de toute façon / Nous sommes toujours à l'heure, vivement le troisième round / East et Cut [Killer] tout droit de l'original underground. »

« L’université de l’underground » : la formule est habile et on la doit au journaliste et réalisateur David Brun-Lambert, pour parler de Nova. Qui raconte, outre les coulisses de nos toujours fameux Nova Mix, cette école du micro souvent désargenté, pas loin du burn-out (quand ce mot ne disait rien à personne), cette ribambelle de garnements érudits ou, comme le chante Eels, de beautiful freaks. Les tamagotchis squattent les poches des gamin·e·s et, scandale : la pub s’incruste sur notre antenne. Cédric Klapisch tourne une scène de Chacun cherche son chat sur le toit de la station, Aure Atika devient le visage d’une version télé de notre esprit métissé sur Paris Première. En 1996, notre radio a 15 ans et c’est une oasis pour les assoiffé·e·s de musiques rares : champagne, super Nova.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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24 novembre 2022

59:46

1995 : Son nom est Debbouze, Jamel Debbouze

En 1995, Nova vit-elle un éternel printemps ? Comme le crie Björk, dans une explosion jazz : It’s oh so quiet. David Blot anime Tout ce qui bouge avec Léa Drucker, Ivan Smagghe et l’un des futurs ténors du journalisme mode, Loïc Prigent. Jusqu’ici, tout va bien : La Haine de Mathieu Kassovitz décroche le prix de la mise en scène à Cannes, puis le César du meilleur film – qui démarre par un DJ qui mixe à sa fenêtre, dans la cité des Muguets de Chanteloup-les-Vignes, Sound of The Police de KRS-One, Police de NTM et Non, je ne regrette rien d’Edith Piaf. Son nom : Cut Killer, qui débarque sur nos ondes avec le Cut Killer Show, entouré d’East et de DJ LBR. Les freestyles s’enchaînent, parfois écoutés par des fachos qui traquent le moindre dérapage verbal. Un aprèm, Method Man, méchamment jet-lagué, se roule des joints « monstrueux » et pète les plombs en hurlant torse nu debout sur la table. L'important, ce n'est pas la chute, c'est l'atterrissage. Y compris pour sa compatriote américaine Eileen Collins, première femme à piloter une navette spatiale en route vers la station MIR – alors qu’un nouveau studio d’animation nommé Pixar nous présente des jouets doués de parole qui rêvent d’aller vers l’infini et au-delà. 

Pourtant, on le sait, le bonheur est dans le pré et d’après l’Australien George Miller, même les cochons peuvent devenir bergers. En cette année 1-9-9-5 capitale pour le hip-hop, Kool Shen & JoeyStarr content l’épopée graffiti dans Paris sous les bombes, tandis que Jacques Chirac, sans doute un peu porté par le succès de sa marionnette aux Guignols, accède à la présidence de la République et annonce un mois plus tard la reprise des essais nucléaires français. Un attentat au gaz sarin endeuille le métro de Tokyo. Dans Pulp, son ultime roman, Bukowski imagine que la Mort en personne engage un détective privé pour retrouver Louis-Ferdinand Céline – semble-t-il toujours vivant, à la différence du philosophe Gilles Deleuze, qui disait dans son Abécédaire : « Le vrai charme des gens c'est le côté où ils perdent un peu les pédales, où ils ne savent plus très bien où ils en sont. Ça ne veut pas dire qu'ils s'écroulent au contraire, ce sont des gens qui ne s'écroulent pas. Mais, si tu ne saisis pas la petite racine ou le petit grain de folie chez quelqu'un, tu ne peux pas l'aimer. On est tous un peu déments, et j'ai peur, ou je suis bien content, que le point de démence de quelqu'un ce soit la source même de son charme. » Et c’est un gros grain de folie qui va s’abattre sur nos studios à l’arrivée d’un jeune comique cinéphile de Trappes, Jamel Debbouze, avec ses 24 blagues par seconde, entraînant dans le sillage de sa tchatche en or massif l’irruption d’une troupe de rigolos durables : Éric & Ramzy, Omar & Fred ou Michaël Youn. En 1995, le cinéma a cent ans… mais était-il prêt pour le cinéma de Jamel ?

Réalisation, mixage : Guillaume Girault

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24 novembre 2022

56:11

1994 : payé·e·s pour s’amuser

Prose combat contre la vie chère : en 1994, Nova s’insurge contre la hausse du prix de la merguez-frites avec MC Solaar et un auditeur au téléphone, invités de La Grosse Boule d’Ariel & Edouard. Quoi qu’il en coûte, la radio – média gratos – s’offre les services d’une jeune comédienne nommée Léa Drucker, qui interpelle dans la rue des inconnu·e·s pour les faire monter à bord de la « Tatie Mobile », ou de Frédéric Taddéi, chroniqueur curieux et désinvolte, qui « lit pour nous » des romans-marqueurs de leur temps comme Génération X de Douglas Copland, l’année de sortie de Baise-Moi (Despentes) ou d’Extension du domaine de la lutte (Houellebecq). Kurt Cobain cesse de lutter contre son mal-être en se servant d’un fusil et plombe toute une génération, qui chiale en écoutant l’album MTV Unplugged, ou le vague-à-l’âme sophistiqué de Portishead. Regarde les hommes tomber, dit l’affiche du premier long-métrage de Jacques Audiard. Le fondateur de l’internationale situationniste, Guy Debord, théoricien de « la société du spectacle », se suicide aussi à l’arme à feu, mais Serge Karamazov met enfin la main sur le tueur en série qui terrorise le festival de Cannes dans La Cité de la peur. Chez nous, c’est la joie : pendant douze heures de direct, Nova fête la chanson française avec Juliette Gréco, Philippe Léotard, Malka Family ou Mad in Paris, qui rappe que Paris a le blues, que les gens ont les boules, que le manque de flouze et de temps les saoule – ce qui n’a pas beaucoup changé.

Au même moment, ta mère roule en Twingo en écoutant Mets de l’huile ou Mangez-moi mangez-moi mangez-moi et toi tu piques dans son sac de quoi t’acheter des pogs pour la récré. La Mano se sépare, mais Nas, qui n’est pas encore millionnaire, nous régale d’un freestyle pas naze à l’occaz’ de ses débuts gravés sur Illmatic. C’est la fin du magazine Actuel, mais la naissance de Nova Mag dans lequel un ancien pharmacien, Patrick Thévenin, qui couvre l’éclosion du mouvement house en France, s’étonne d’être « payé pour s’amuser » – alors que nos week-ends sont ensorcelés par les mix de Lord Zelko, Loïc Dury ou Gilb'r, à fond la caisse !

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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24 novembre 2022

55:54

1993 : Une Grosse Boule qui ravage tout sur son passage

Suite à l’arrivée tonitruante d’Ariel Wizman et Edouard Baer, Radio Nova n’est plus du tout, deux saisons durant, le pays du matin calme. Leur émission désormais culte, La Grosse Boule, dévale à toute berzingue sur les volcans de leur fantaisie et déploie son barnum grand-guignolesque de 7h à 9h. Un tout petit peu cadrés par la réalisation de haute volée signée, entre autres, Sébastien Boyer Chammard, les deux Monty Pythons parisiens livrent des caisses de sketchs invraisemblables, de chansons absurdes et d’interviews sans filet d’invité·e·s décontenancé·e·s par leur bagout et la folie surréaliste à l’œuvre. Tout peut arriver – une chorale de noctambules en after, les réponses monosyllabiques de Ben Harper ou le rendez-vous de « la pierre », ce pavé (supposément) ramassé par Bizot en mai 68, posé dans un coin du studio, qui leur permettait de couper la parole aux gens barbants en jetant ce caillou par terre, de toute leur force, avec des cris sauvages, telle une incantation chamanique. Pile l’année où les Enfoirés entonnent Le monde est stone. 

En 1993, Bill Murray se réveille tous les matins, lui, en écoutant à la radio I got you babe de Sonny & Cher, piégé dans un perpétuel Jour sans fin. Steven Spielberg ressuscite les dinosaures dans Jurassic Park, tandis qu’on songe à cloner les disparus de l’année : Fellini, Ferré, Zappa ou Dizzy Gillepsie. C’est le début de la fin pour le 45-tours et les débuts internationaux de Snoop Doggy Dogg, Björk ou Jamiroquai, à l’heure où l’eurodance, formellement prohibée sur notre antenne, se répand sans limite – no, no, there’s no limit – de même que la pop suédoise d’Ace of Base, qui rêve d’une Happy Nation. Comme le dit très bien Elisabeth Quin, en goguette au festival de Cannes pour rencontrer les espoirs du cinéma brésilien ou coréen, Nova est maintenant « labellisée intello-barjo ». Et se paie le luxe d’imposer avant tout le monde Je danse le mia d’IAM à plusieurs heures de la journée, pavant la voie de cette ritournelle terriblement funky appelée à devenir le succès n°1 des rappeurs phocéens – alors que la maison de disques envisageait un autre single pour le double album Ombre et Lumière. Tu connais la suite. « Tout le monde se levait, des cercles se formaient, des concours de danse un peu partout s'improvisaient. Je te propose un voyage dans le temps. »

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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24 novembre 2022

45:37

1992 : Naissance du style Néo-Géo

People get up, and drive your funky soul ! En 1992, Radio Nova te rythme l’âme sans te coller le blues, grâce aux voix plaquées or de nos « jingles-stars », fournies par Chaka Khan ou Mister Jaaaaaaaaames Brown. Et puisque rien n’arrive jamais par hasard, qui trouve-t-on parmi les membres du comité de soutien du Godfather of Soul, qui vient de passer trois ans en zonzon ? Bintou Simporé. Queen B. lance son émission-phare, partie pour durer trois décennies, pas loin d’un record sur la bande FM : « Néo-Géo ». Réalisé par Fadia Dimerdji, Marc H’Limi ou Isabelle Gornet, ce rendez-vous hebdomadaire explore les « nouvelles géographies » musicales au gré des rencontres et des expérimentations, comme avec le Pakistanais Faiz Ali Faiz.

En 1992, quoi de néo côté géo-politique ? L’U.R.S.S., l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, a été dissoute. Douze États signent le traité de Maastricht et entérinent l’Union européenne et son drapeau bleu étoilé, alors que l’amitié franco-allemande crève l’écran via une nouvelle télé nommée Arte. Gérard Depardieu joue Christophe Colomb le colonisateur sanglant devant la caméra de Ridley Scott, à l’occasion des 500 ans de la « découverte » de l’Amérique. En Californie, une fusion rap-métal incarnée par les marxistes de Rage Against The Machine hurle son dégoût de l’impérialisme libéral et nous incite à nous réveiller, à connaître l’ennemi – tandis que Bill Clinton entre à la Maison-Blanche avec son sax’ et son cigare, qui s’allume peut-être en secret sur les beats g-funk de Dr. Dre ou face à Basic instinct et sa scène déculottée.

Tant qu’on y est, quoi de néo à la radio ? Dans cette contrée où un enfant de 4 ans, Jordy, atteint la première place du Top 50 en chouinant qu’il est Dur dur d’être un bébé ? Pleure pas, gamin : Dee Nasty revient sans Lionel D., trois mois seulement, avant de subir la visite... d’une trentaine de gars d’Aubervilliers. Un journaliste des Cahiers du cinéma, Nicolas Saada, conte sa passion pour le 7e art à travers les bandes-originales et tout ça « sans notes » – pendant que les cinéphiles débattent des mérites de C’est arrivé près de vous, avec Poelvoorde, ou de Reservoir Dogs, écrit et mis en scène par jeune loup nommé Quentin Tarantino. Un fan de BD et de New Order, David Blot, passe un coup de fil au standard qui va changer sa vie. Sans oublier cet étudiant en philo, érudit et branché, Ariel Wizman, pigiste au magazine Actuel, qui démarre un programme estival farfelu baptisé Mouvements de jeunes dans lequel il entraîne un comédien des beaux-quartiers, génie de l’improvisation, nommé Edouard Baer. Ça va barder.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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24 novembre 2022

1:10:42

1991 : Promène ta langue de bon matin

« Quelle chance, quelle chance d’habiter la France. » Loïc Dury a raison : longue vie au rap et au raggamuffin. Sur Nova, en 1991, pas question de lâcher l’affaire, surtout pas l’année de sortie de trois albums fondateurs. Citons d’abord Authentik du Suprême NTM, « pur produit de cette infamie appelée la banlieue de Paris », qui souligne que « l’argent pourrit les gens » et s’impose en « haut-parleur d’une génération révoltée, prête à tout ébranler » pour reconstruire, bien sûr, Le monde de demain. Non loin de là, un break de batterie coule sur la FM et Claude MC Solaar nous avertit : Qui sème le vent révolte le tempo, en conseillant de ne pas devenir des « victimes de la mode ». Tandis qu’au Sud, un clan d’égyptophiles de dimension pharaonique, IAM, fomente une attaque en règle venue… De la planète mars, deux ans après leur première mixtape intitulée Concept. En parallèle, le hip hop est déjà une source de parodies, parfois bien amenées, comme le rap « BCBG » des Inconnus, Auteuil Neuilly Passy, certifié disque de platine, qui cartonne sur Antenne 2. 
 
En 1991, Radio Nova a dix ans et si tu m’crois pas, t’vas voir ta gueule à la récré. La guerre du Golfe est sur toutes les lèvres. Opération « Tempête du désert ». On voit Bagdad se faire bombarder en direct à la télé via des images vertes très bizarres, des Scorpions teutons nous percent les tympans avec un slow pacifiste sur le vent du changement, et le disque fondateur du trip-hop, Blue Lines des Bristoliens de Massive Attack, sort avec une pochette amputée du mot « Attack », jugé anxiogène. Pas facile de rester des Shinny Happy People, comme le chante R.E.M. En réaction à cette atmosphère pesante, Nova organise et diffuse pendant six mois des concerts le dimanche après-midi, sous la bannière « Aucun océan ne nous sépare ». Show must go on.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.



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24 novembre 2022

43:58

1990 : « Worldwide », ouaip !

En 1990, tout a recommencé là-bas pour un homme qu’on appelle Nelson Mandela, qui bouge de la prison après vingt-sept ans de détention. Des rythmes chelous nous aident à faire vibrer nos corps, comme U can’t touch this de MC Hammer et son fut’ parachute, Groove is in the heart de Deee-Lite, ou Vogue de la Madone qui nous donne du réconfort. Je bouge de là, j'continue mon trajet, j'arrive vers l’Organisation Mondiale de la Santé qui se dit vraiment très forte comme une lionne et retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Elle me dit « Mon Riri est-ce que tu veux qu’on beat-boxe ? » mais je lui dis que Benny B. apprend à peine à dire « Yo ! » aux téléspectateurs du Club Do. Ma voisine de palier, elle s'appelle Cassandre, elle prédit que cette invasion irakienne du Koweït va dégénérer en guerre du Golfe avec une coalition menée par les USA pour contrer Saddam et boire du pétrole à la paille, elle me demande si j’ai une bonne descente, j’ai bu un magnum, j’ai dû mal comprendre. Directement, j'suis allé chez Lucie qui aime Twin Peaks, sa Game Boy et Joe Pesci dans Les Affranchis, elle me dit « Tu aimes la radio toi mon super MC ? » et j’ai dit « Oui, j’adore, avec de la tech’ dans mes ouïes », elle m’a dit « bouge de là ». J'continue mon trajet, j'arrive sur le boulevard Barbès, quand je vois un de mes amis qui revient de Bucarest, où Nova a monté une radio nommée « Nova22 » pour accompagner en Roumanie la mise à pied du régime de Ceausescu, depuis le 22 décembre.

Alors, j'ai bougé, j'ai dû m'en aller, partir, bifurquer, j'ai dû m'évader, j'ai dû m'enfuir, j'ai dû partir, j'ai dû m'éclipser, j'ai dû me camoufler, j'ai dû disparaître, pour réapparaître… et entendre un jeune DJ de Normandie, Gilles Peterson, que Jean-François Bizot est allé chercher dans la cambrousse anglaise – afin de faire résonner sa voix « worldwide », pour les trente prochaines années.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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27 octobre 2022

47:19

1989 : La dynastie du mic

Du neuf, en 1989 : « Le Deenastyle », créé deux ans plus tôt sur notre antenne par DJ Dee Nasty et co-animé par Lionel D. et ses rimes solides, devient chaque dimanche soir le rendez-vous incontournable du rap francilien. À l’image du fameux freestyle réunissant NTM et Assassin, « fouettant l’auditeur, le touchant en plein cœur », des légions de MC’s aux abois, rarement timides et souvent sans complexe, font trembler le mic pour « inscrire leur nom sur la carte » tandis que nos escaliers sont repeints avec les graffs de Colt ou Mode2. Un autre dimanche soir, le téléphone sonne : c’est Mick Jones en personne, guitariste-chanteur des punks glorieux de The Clash, qui se pointe en direct pour jouer une sélection de vinyles électroniques. Il aurait pu choisir le baiser house de French Kiss signé Lil’ Louis, ou reconnaître en passant ses héritiers parigots débraillés, La Mano Negra, qui nous excitait un peu plus que La Lambada.

Pendant ce temps-là, Salman Rushdie est « condamné à mort » pour ses Versets sataniques, une sonde spatiale prend des photos de la planète Neptune et surtout, un mur chute : celui de Berlin, recouvert (à l’Ouest) de tags en faveur de la liberté. Avec lui, c’est la guerre froide et la binarité du monde qui s’effondrent, avec une déclaration officielle de Mikhail Gorbatchev et George Bush Sr. En Asie, c’est plus chaud : certes, le Dalaï-Lama reçoit le Nobel de la paix, mais les chars de l’armée chinoise sont envoyés place Tian’an men, à Pékin, pour réprimer des manifestations et massacrer des étudiantes, des intellectuels, des ouvriers. En réaction, Nova envisage l’impossible : affréter en mer de Chine un bateau-radio nommé « La Déesse de la Démocratie », pour tendre le micro aux dissidents traqués. Hélas, notre émetteur sera confisqué par le pouvoir avant sa mise en marche (et, d’après Bizot, nos équipes ont même été « poursuivies par un sous-marin »). Branchez-vous sur notre sonar temporel : on plonge.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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27 octobre 2022

47:44

1988 : Pas de bla-bla face au FN

Le 24 avril 1988, Jean-Marie Le Pen obtient 14,38 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle. Dès le mois de février, l’œil de verre de l’extrême-droite a annoncé que son parti occuperait la rue le 1er mai (plutôt que le 8, d’ordinaire dévoué à son carnaval de fafs à la mémoire de Jeanne d’Arc). Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur, évoque certaines « valeurs communes » entre le Front National et une partie de la droite majoritaire. À la téloche (ouais, dans les années 80, on dit encore « téloche »), François Mitterrand, qui s’apprête à affronter son Premier Ministre Jacques Chirac au second tour, rappelle que depuis le début des années 60, la France a, je cite, « fait venir les immigrés en masse par besoin de main-d'œuvre et pour contenir les salaires des travailleurs français. On les a embauchés, même clandestins, parce qu'ils étaient commodes. » 

Et le président socialiste ajoute, histoire de rassurer l’électorat droitard : « Nombre de mes amis auraient voulu que je tienne un langage plus conciliant sur les immigrés clandestins. Mais je pense que, s'ils doivent être traités humainement, les clandestins doivent rentrer chez eux. Pierre Mauroy, lorsqu'il était Premier ministre, a fait adopter une loi facilitant le retour et l'insertion dans leur pays d'origine des immigrés en situation régulière. Quoi qu'il en soit, lorsque l'expulsion devient nécessaire, il me semble que c'est à la justice de se prononcer puisqu'il s'agit de protection du droit des personnes. Quant aux autres, qui se trouvent légalement en France et veulent y rester, il est normal qu'ils soient, ainsi que leurs enfants, intégrés à la vie du quartier, de l'école, etc. »

Dans ce climat délétère, Nova préfère fêter son « 1er mai des immigrés » en tendant son micro à Yannick Noah (Radio Noah !), s’improvise premier sur le raï avec Khaled, et le single inaugural de Princesse Erika, Trop de bla-bla, complainte ragga contre les violences conjugales, tourne en rotation lourde. La même année, John Carpenter nous prête ses lunettes pour identifier les zombies gouvernementaux qui veulent nous endormir et nous faire obéir dans son film Invasion Los Angeles, tandis que Public Enemy te rapp/elle de ne pas croire à la hype. La jeunesse plonge dans les abysses du Grand Bleu de Besson, qui provoque beaucoup moins de remous que La Dernière Tentation du Christ de Scorsese. Chez Almodovar les femmes sont au bord de la crise de nerfs, Akira pique une colère nucléaire dans Tokyo en ruines, Roger Rabbit se demande qui veut lui faire la peau… alors que le prix Femina est attribué à Alexandre Jardin pour son deuxième roman très sentimental, intitulé Le Zèbre. Assez de haine : le seul RN qui compte, c’est Radio Nova.

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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27 octobre 2022

45:27

1987 : Symphonie sous pression pour douze locomotives

En 1987, tandis que (comme vous venez de l’entendre) le légendaire producteur jamaïcain Lee Scratch Perry bénit la console de notre studio avec des gousses d’ail et des citrons pressés, le métier d’animateur radio est incarné au cinéma par deux pointures : Robin Williams dans Good Morning Vietnam, Jean Rochefort dans Tandem. Deux salles, deux ambiances. Au Royaume-Uni, le gouvernement Thatcher impose aux clubs de fermer à deux heures du matin – ce qui provoquera l’apparition des premières raves-parties, où danseurs & danseuses portent peut-être les premières Air Max. Le conseil de l’Europe adopte le programme d’échange étudiant nommé « Erasmus » qui charme autant que l’ouverture du Futuroscope de Poitiers, où les visiteurs ont parfois le même mulet que Mel Gibson dans L’Arme fatale. Dans les taxis, on entend Joe le taxi, I want your sex ou la B. O. de Dirty Dancing, alors que Barbara chante Sid’amour à mort et met des corbeilles de capotes à disposition du public pendant ses concerts.

PUMP UP THE VOLUME. Montez le volume. Ce conseil élémentaire des Anglais du groupe M/A/R/R/S s’applique naturellement à Radio Nova. Direction la Gare de Lyon, rebaptisée « Gare des Etoiles » le temps d’un… concert de locomotives, orchestré par Nicolas Frize et diffusé en direct sur notre antenne (et sur TF1, on a encore du mal à y croire aujourd’hui). Outre cette « grande jubilation bruyante » initiée pour rendre hommage au mouvement futuriste, la station ouvre ses micros au chef de la Zulu Nation, Afrika Bambaataa, et assume son côté faiseurs-de-tubes avec un soutien-clé aux Gipsy Kings, comme à la bande-originale de Bagdad Café, vous savez, ce slow langoureux pour les paumé/e/s de la Route 66, Calling You. Revenue du fin fond de la route 87, Nova t’appelle.

Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

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27 octobre 2022

40:29

1986 : La jeunesse bouillonne

En 1986, dans Mauvais sang de Léos Carax, Denis Lavant décide de laisser la radio lui dicter ses sentiments et il se met à courir de nuit comme un fou dans Paris en écoutant Modern Love de Bowie. Mais quels étaient les sentiments des Français/es en apprenant, cette année-là, la mort de Coluche, de Simone de Beauvoir, de Borges, de Genet, ou l’explosion d’un réacteur dans la centrale de Tchernobyl ? Est-ce qu’aller voir 37°2 le matin (Beinex), La Mouche (Cronenberg), Top Gun (Scott) ou Blue Velvet (Lynch) remonte le moral ? Est-ce que ça suffit, l’annonce d’un tunnel qui se creuse sous la Manche, celle du premier cœur artificiel, la fusion rap-rock avec Walk This Way d’Aerosmith et Run DMC, ou gueuler comme les Beastie Boys quand ils nous incitent à nous battre pour notre droit à faire la fête ? Comment vous croyez qu’on se sent, quand le nec plus ultra de la réussite sociale a la tronche de Bernard Tapie ou de Jacques Séguéla ? Et quand on entend qu’un étudiant de 22 ans, Malik Oussekine, a été matraqué à mort par la police ?

La jeunesse bouillonne. En 1986, Nova choisit pendant trois semaines de devenir la radio d’un mouvement de contestation, contre le gouvernement Chirac, alors Premier Ministre, et la loi Devaquet, qui vise à reformer les conditions d’accès à l’université. C’est aussi l’année où notre reporter Black Samba tend son micro à Hugh Masekela ou Touré Kounda, ambiance les chauffeurs de taxi et colle des autocollants dans toutes les stations de métro, tandis que Bintou Simporé et l’équipe d’Actuel explorent les communautés d’un Paris mondialisé, dans les quartiers chinois ou espagnols.

En parlant d’Espagne, la voix qui ouvre l’épisode, tirée de l’émission Actuel Sons spéciale Colombie, c’est celle de Luis Gonzalez-Matta, un espion de Franco qui – incroyable, mais vrai – fut l’éphémère directeur de Radio Nova, nommé par Bizot en personne. Est-ce une légende de notre bureau ?

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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27 octobre 2022

42:31

1985 : Les frères cadets du feu

En 1985, sur quels rythmes danse le monde ? Gorbatchev s’installe au Kremlin, l’épave du Titanic est retrouvée dans l’Atlantique, Christo emballe le Pont-Neuf à Paris et Super Mario débouche des tuyaux chez Nintendo. Au cinéma, Brazil de Terry Gilliam rejoue l’angoisse totalitaire de 1984 sur un air de samba, Kusturica se palme d’Or et le premier volet de la trilogie Retour vers le futur nous apprend à ne pas disparaître de la photographie. Nom de Zeus, Marty ! Assassin se forme autour de Solo et Rockin’ Squat, la même année que Radiohead, Zebda et Guns N’Roses. Pendant ce temps-là, un drôle de couple parigot, les Rita Mitsouko, décroche un premier tube avec le génialement funèbre Marcia Baila, dont le clip montre Catherine Ringer en robe corset Jean-Paul Gaultier. Bret Easton Ellis publie Moins que zéro, son premier roman pour élites frigorifiées, pile au moment où Michael Jackson et Lionel Richie persuadent une ribambelle de stars de chanter We Are The World, contre la famine en Éthiopie – et la France fait pareil, avec Renaud et les Chanteurs sans frontières, six mois avant la première Victoires de la musique, qui célèbrent Jeanne Mas, Michel Jonasz ou le funk glacial de Love on the beat, signé Gainsbarre.

Sur Nova, un jeune reporter sénégalais, Samba Ndiaye dit « Black Samba », parcourt Paname à la recherche de musiques africaines « plus urbaines » et rapporte à la radio l’enregistrement d’un jingle featuring… Miles Davis. À l’antenne, entre deux créations sonores de Catherine Lagarde et des émissions sans « vedettes », on entend du raï, de l’afro-beat, des mélodies mandingues, ou l’éthio-jazz de Mahmoud Ahmed, prélude aux futures compilations Éthiopiques, qui doivent peut-être aussi leur succès… à un vendeur de frigos de Belleville. 1985 est également marquée par l’arrivée de l’une des voix mythiques de la station jaune et noire, Bintou Simporé, qui entre pour la première fois dans ce studio, dit-elle, « tendu de toile de jute, qui ressemble à une case ». Black is beautiful.
Mais ce petit monde ne se doute pas qu’en coulisses, un putsch se prépare…

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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27 octobre 2022

49:57

1984 : Une queue de billard coupée en trois

En 1984, contrairement aux prédictions d’Orwell, Big Brother ne surveille pas – encore – tous nos désirs et nos pensées. Sur le répondeur de nos souvenirs, Stevie Wonder appelle juste pour dire I love you, mais les Talking Heads ne se rappellent plus ce qu’ils ont fait « ce soir-là » à part croiser un psycho killer (qu’est-ce c’est ?). On songe à téléphoner à SOS Fantômes, dont le premier épisode cartonne en salles, pour ressusciter Marvin Gaye qui vient de se faire descendre par son propre père. Serge Gainsbourg, peu avare en provocations, chante l’inceste de citron en duo avec sa propre fille, tandis que Marguerite Duras décroche le Goncourt avec L’Amant et l’archevêque sud-africain Desmond Tutu reçoit le Nobel de la paix pour son combat contre l’apartheid. L’Allemande Nena voit 99 ballons dans le ciel de son pays divisé, la communauté gay se découvre un hymne via le bouleversant Smalltown Boy de Bronski Beat, on écoute Purple Rain sur son baladeur CD et le groupe Queen se dit gaga de radio – ce que nous confirme le Top 50 diffusé chaque semaine sur une nouvelle chaîne de télé cryptée nommée Canal+.

Sur Nova, en 1984, on raconte l’arrivée d’une danse, le smurf, dans les cités – où se déroulent l’ancêtre des battles qui s’appellent encore des « super-défis ». Des pionniers du rap français, comme Destroy Man et Jhonygo, improvisent sur nos ondes – qui se dotent de génériques et de tops horaires. Et c’est ainsi que nous restons à l’heure, en gardant un œil sur les nouveaux courants musicaux, (big) brothers & sisters.

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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27 octobre 2022

39:49

1983 : La famille du délire

En 1983, l’ex-président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, poète ayant déjà accédé à l’immortalité via son recueil Éthiopiques, devient le premier Africain élu à l’Académie Française. La même année, Jean-François Bizot relit dans Actuel et sur Nova « l'Histoire de France avec des lunettes noires ». Si chacun nettoie ses verres avec les lingettes appropriées, on voit qu’à la même période, le capitaine Thomas Sankara réussit son coup d’État révolutionnaire pour réformer le futur Burkina Faso, Prince se croit déjà en 1999, Bowie répète Let’s dance et une certaine Madonna prêche depuis New York l’idée de partir tous ensemble en Holiday. En discothèque, on entend aussi Sweet Dreams, What a feeling, Girls just wanna have fun ou Last Night A DJ Saved My Life, tandis que les Français se déhanchent devant la gym tonique de Véronique et Davina. Téléphones et ordinateurs deviennent transportables, Karl Lagerfeld est nommé directeur artistique de Chanel, les Monty Pythons se questionnent sur le sens de la vie, le Jedi est de retour et Pacino se repeint l’intérieur des narines en blanc dans Scarface.

Sur Nova, une dizaine de permanents travaille soixante-dix heures par semaine, parfois en « pur bénévolat », parfois en étant « bien payés ». On commence à s’engueuler à propos de ce nouveau support musical, le CD, « qui vraiment, euh, compresse le son par rapport au vinyle, tu vois » ? Sir Ali nous accompagne à l’heure de la sieste, le couple Karl Zéro / Daisy d'Errata signe sketchs et chansons en pastichant l’avant-guerre, et le jeune Roudoudou coupe et colle des archives en multipliant les faux jeux rigolos. C’est le début des bons plans qui ne disent pas encore leur nom, et l’amorce des playlists avec des titres en rotation – comme, peut-être, le proto hip-hop Rockit de Herbie Hancock ou l’emblématique boucle muezzin-funk baptisée Regiment de David Byrne & Brian Eno. Le régiment des soldats du groove marche en rang serré.

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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27 octobre 2022

51:53

1982 : La face B du monde

Le saviez-vous ? En 1982, il existait sur Radio Nova une émission nocturne nommée Langue de vipère, basée sur le principe ultra-répandu de libre antenne, où les auditeurs étaient invités à... « râler » ! Certain/e/s, parmi vous, téléphonent à la radio année-là pour se plaindre de la mort de Patrick Dewaere, de Romy Schneider, de Louis Aragon ou de Thelonious Monk, pour se plaindre des groupes de merde qui jouent en bas de chez eux lors de la toute première fête de la musique, ou pour hurler parce qu’ils entendent presque partout Quand la musique est bonne de Jean-Jacques Goldman ou L’Aventurier de ces petits corbeaux new wave nommés Indochine.

OK, OK. En 1982, il n’y avait pas que des raisons de se plaindre. Thriller de Michael Jackson est en chemin pour devenir l’album le plus vendu de l’Histoire, un premier cœur artificiel se met à battre aux USA, un bébé éprouvette naît en France (elle s’appelle Amandine), alors que ma cousine Sandrine joue à Pac-Man sur sa console Atari. Tout le monde se demande à quoi peut bien servir cette boîte en plastique marron nommée « Minitel » et les salles de cinoche mettent à l’affiche Blade Runner, E.T., Conan le Barbare, Rambo (I) ou Rocky III : l’œil du tigre et sa chanson qui deviendra, de manière incompréhensible, le générique des Grosses Têtes.

Sur Nova, nouveauté : des émissions régulières, un peu bizarres, font leur apparition sur ce qui ne s’appelle pas encore « la grille ». Elles sont souvent animées par des femmes excentriques, comme Sapho ou Angela Lorente. Tandis que derrière la console, on s’active à pirater la télé ou à travailler « les ruptures de voix », à l’heure où s’invente à Paname un concept-clé, propice à la diffusion – et ensuite au succès – des musiques africaines ou arabes : « la sono mondiale », notre mélange essentiel.

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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27 octobre 2022

34:21

1981 : Obligés de tout se permettre

En 1981, Georges Brassens casse sa pipe quelques mois après Bob Marley, mais Joy Division renaît de ses cendres sous le nom symbolique de New Order, tandis que Charles et Lady Di se marient et que nous faisons, au cinéma, la connaissance d’un bel aventurier goguenard nommé Indiana Jones. IBM commercialise le premier ordinateur personnel au moment où les voitures, en Europe, peuvent se doter d’airbags. Aux États-Unis, une revue scientifique parle d’une étrange maladie nommée sida et une chaîne de télévision musicale nommée MTV se lance avec un clip des Buggles intitulé Video Killed The Radio Star. Au même moment, dans notre beau pays de France, la gauche accède au pouvoir, la peine de mort est abolie et les ondes radiophoniques se libèrent ; il était temps, à vrai dire, parce que sur la bande FM hexagonale, on entend surtout Les lacs du Connemara, Tata Yoyo, Couleur menthe à l’eau ou la bande-originale de La Boum.

BOUM. En 1981, entre les sous-sols de France Culture et un tout petit studio du quartier de la Villette à Paris, Radio Nova jaillit du rapprochement progressif des équipes de Radio Ivre et Radio Verte, vite rejointes par les journalistes d’avant-garde du magazine Actuel, à la recherche de ce tout qui est « nouveau et intéressant » aux quatre cents coins de la planète – avec parfois 400 000 exemplaires vendus par mois. Comme l’a écrit Jean-François Bizot, l’exubérant et charismatique cofondateur de ce journal et de la station, cette radio entend « faire danser tous les cabillauds congelés » en jouant « Fela Kuti, le funk, la new wave, Tuxedo Moon, Kraftwerk » et « remettre Paris à l’heure en assumant son vaudou », au gré d’une antenne « chaude et froide comme les années 80 ! »

De leur côté, Andrew Orr et Jean-Marc Fonbonne, tout comme Catherine Lagarde, Eve Couturier ou Jean-Jacques Palix, multiplient collages et brouillages dans un génial esprit de cut-up à la suite du stupéfiant William S. Burroughs, auteur du roman Nova Express en 1964 – auquel la radio emprunte son nom de baptême. Un son unique est né. Nova novatrice, pour toutes les oreilles. 

« Nous, on était modernes », comme le rappelle Thierry Planelle, l’un des premiers programmateurs musicaux et « activistes » de Radio Nova, dont nous avons placé la voix sur notre tout premier générique – lui-même fabriqué à partir d’une création de Laurie Anderson. Rester moderne, au fil de quatre décennies et au-delà. Créneau désirable, crédo durable. En 2021, Radio Nova a soufflé ses 40 bougies et enclenché un chantier à sa démesure : produire un documentaire de quarante épisodes pour raconter, année par année, les joies, les peines, les folies, les gloires et les rayures d’une radio « pas pareille », adepte endurante de « la liberté bordélique, spécialité maison ». Un an et 93 interviews plus tard, nous y voilà. Bienvenue dans La Danse du Zèbre.

Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

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27 octobre 2022

41:27

La Danse du Zèbre : bientôt disponible

La très grande saga de Radio Nova bientôt disponible sur nova.fr et toutes les plateformes d'écoute habituelles !
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20 octobre 2022

0:35

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