Alpha Beta Nova

Dès 9h, retrouvez Sophie Marchand entourée de disques classiques, d’informations excitantes et d’invité.e.s qui se sont levés du bon pied. Et installez-vous dans la Maison Nova, on n’attend plus que vous.

par Sophie Marchand

Épisodes

Vitamine So : « Nem Vem Que Nao Tem » de Wilson Simonal

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
Coucou Armel coucou Sarah Lou, ce matin l’ambiance ni oui ni non, j’y vais j’y vais pas de Yannick Jadot m’a inspirée, et m’a donné envie de vous jouer un gros classique de cette antenne. Et plus largement un classique de la musique, qui s’est décliné en plusieurs langues et plusieurs ambiances. C’est le fameux "Tu Veux ou Tu Veux Pas". Peut être que quand je vous dis "Tu Veux ou Tu veux pas" vous pensez à Marcel Zanini, et son ambiance bossa jazz.Peut être pensez vous à la reprise qu’en a faite Brigitte Bardot un an plus tard et qui a été un grand succès, comme tout ce à quoi touchait initiales B.B à cette époque là. Ou alors, peut-être pensez-vous à l’originale, qui va nous faire voyager à Rio De Janeiro en 1967 et qui s’appelle "Nem Vem Que Nao Tem". Ce morceau, on le doit à Wilson Simonal, qui est à cette époque là non seulement un musicien ultra populaire, parmi les premiers artistes noirs brésiliens à connaître un tel succès, mais qui aussi un présentateur TV à succès. Bref un homme bien en place. Et pour lui, le grand producteur Carlos Imperial va composer en 1967 ce titre "Nem Vem Que Nao Tem" qui va devenir un hymne populaire et un titre pionnier du mouvement culturel "Pilantragem", qui veut créer une samba légère, volontairement inconsciente, nonchalante. Assez loin d’idéaux révolutionnaires finalement. Par la suite Wilson Simonal lui se serait compromis avec la dictature politique, mais le morceau "Nem Vem Que Nao Tem" c’est devenu un grand classique de la chanson brésilienne, et comme beaucoup de standards brésiliens, il a connu une seconde vie quand il a figuré à la b-o du film La Cité de Dieu. Bref, quitte à être hésitant, à ne dire ni oui, ni non, autant le faire sur un petit air de samba.Crédit © Pochette de Nem Vem Que Nao Tem, de Wilson Simonal.  

15 janvier 2021

5:25

Vitamine So : « Zebra » de Beach House

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
De la musique et des animaux au programme de ton Vitamine So ce matin. Oui et une question pour commencer : jusqu’où peut-on aller par amour pour les animaux ? Sophie Calle, artiste plasticienne, photographe contemporaine en vogue, et très intéressante aussi, est allée super loin. Sophie Calle est connue pour ses performances un peu folles, qui portent souvent sur l’intime. Par exemple elle a suivi des inconnus dans la rue, pour le plaisir de la filature, elle s’est faite engagée comme femme de chambre dans un hôtel à Venise, elle a demandé à sa mère d’embaucher un détective privé pour la suivre, elle-même, Sophie Calle pendant des semaines. Bref, elle a l’habitude de surprendre. Et en 2018, elle a eu envie de réunir 37 artistes, genre des méga stars, pour faire un disque en hommage à son chat mort. Son chat s’appelait Souris, évidemment, et pour le pleurer elle a convié Bono, Laurie Anderson Christophe, Pharrell Williams, Feu Chatterton, Juliette Armanet qui ont tous accepté de chanter ce chat, qu’il ne connaissaient sans doute absolument pas. Voici par exemple le morceau qu’a composé spécialement Jean michel Jarre. De cette histoire d’amour a été tirée une compilation improbable qui s’appelle Souris Calle, un manifeste artistique à elle tiré à mille exemplaires, et qui se vendait à prix d’or. Et même si je comprends l’amour qu’on peut porter à son chat, je me suis dit que ce matin on rendrait plutôt hommage à des animaux libres d’exister sans nous. Surtout en cette période où à force de perturber la faune, l’humain à tout foutu en l’air. Alors chantons des zèbres par exemple, symboles chez le groupe Beach House de liberté, d’originalité, d’indépendance et de sagesse. En plus leur morceau "Zebra" est magnifique, alors on l’écoute.Crédit © Pochette de Zebra, de Beach House.  

14 janvier 2021

7:16

Vitamine So : « Death With Dignity » de Sufjan Stevens

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
Sophie ce matin, tu nous joues un disque mémoriel qui tient vraiment à coeur ? Oui je vous parle aussi de mémoires musicales et même si je n’ai pas lues celles de Bruno Le Maire, je crois que peux déjà le dire. Celles que je vais vous jouer sont mieux, parce que l’album en question est mon album préféré, alors j’y crois assez solidement. Cet album est signé de Sufjan Stevens et il s’appelle Carrie & Lowell. Et c’est quasiment, au sens littéraire du terme, des mémoires. Celles de ce musicien culte, mystérieux, et réputé pour ne pas trop en dire sur sa propre vie. L’histoire de ce disque, sans doute le plus intime de tous ceux qu’il a composés, remonte à 2014. À l’époque, le musicien décide de se confronter à un moment dramatique de sa vie : la mort de sa mère, Carrie, et à tout ce qu’ils ont vécu avant ça. Ce que l’on sait, ce qu’il nous dit presqu’en préambule de cette œuvre, c’est que sa mère l’a abandonné quand il n’avait qu’un an, et que toute sa vie elle a souffert d'alcoolisme, de dépression, de schizophrénie. Ce qu’on découvre au fil du disque, c’est tout l’amour, et toute la compréhension que son fils lui porte. Envers et contre tout. Piste après piste, Sufjan Stevens dessine un grand miroir, où il s’inspecte lui-même, où il déshabille ses névroses, au regard de celle de sa mère. Il parle aussi de son beau-père, Lowell, qui est le second pilier de cet album, qu’il a élevé et lui a enseigné l’amour de la musique. Et honnêtement c’est sublime. Parce que c’est intime mais ce n’est pas voyeur, Sufjan Stevens a l’art de ne pas dire les choses trop frontalement, de se servir de la spiritualité ou des images mystiques pour contourner la réalité. Parce que c’est surtout un disque plein d’amour, de pardon, d’acceptation, de compréhension. Et finalement c’est le seul moyen que lui, jeune orphelin, a trouvé pour faire le deuil de sa mère. Nous livrant au passage le plus bel album autobiographique que je connaisse, enregistré en plus dans un dépouillement absolu, une guitare, un iphone, pas grand chose. Choisir un seul morceau parmi les 11 merveilles que comporte l’album c’était un crève-cœur, donc j’ouvre avec le premier morceau : "Death With Dignity", où l’on entend les mots : "I forgive you mother". Je te pardonne mère. Parce que finalement, pourquoi écrire ses mémoires si ce n’est pour tendre à l’apaisement.Crédit © Pochette de Carrie & Lowell, de Sufjan Stevens  

13 janvier 2021

6:45

Vitamine So : « Avec des Si » de Françoise Hardy

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
Avec des si on mettrait Paris en bouteille, alors ce matin Sophie : et si tu nous jouais un morceau ? D’accord. Et j’ai ce qu’il faut en la matière. Mais d’abord je voulais vous présenter d’autres versions de cet aphorisme, qui s’entendent ailleurs et que j’ai découvert en faisant cette chronique. Au Québec sachez qu’on dit plutôt "si les chiens avaient des scies, il n’y aurait plus de poteaux".Chez Denis Diderot, dans Jacques le Fataliste, c’est autre chose encore : c’est "si la mer bouillait, il y aurait bien des poissons de cuits". Une expression qui paraît-il sert encore à Haïti. Bref, puisque de toute manière personne n’y voit clair dans ce qui nous attend, et que nous en sommes réduits à faire des suppositions très larges, je vous invite à inventer votre propre version de ce proverbe, et je vous propose de chercher l’inspiration avec François Hardy. Qui a eu le bon goût, en 1968, de sortir le morceau "Avec des Si" qui est assez époustouflant. D’abord parce que c’est elle qui en a écrit les paroles, et la mélodie, alors qu’elle n’a que 24 ans, et qu’il faut avoir vécu beaucoup de choses, déjà, pour composer un tel titre. Ensuite parce qu’il est orchestré par Jean Pierre Sabar, grand arrangeur de l’époque yéyé, et qu’il trouve exactement les notes qui habillent la voix de Françoise : c’est une symbiose assez dingue. À l’époque, Françoise Hardy est déjà une icône française. Elle a déjà chanté de grands succès, rencontré Jacques Dutronc, qui partagera sa vie tumultueuse, elle a tourné à travers le monde, été admirée, copiée, a créé sa propre société de production. Et pourtant tout ce succès et ces réussites la fragilisent, elle se pose des questions, sur elle et sur l’avenir, s’intéresse à l’astrologie, domaine dans lequel elle décide de se former très sérieusement, et semble déjà savoir que sa vie ne sera pas un long fleuve tranquille. Ce qui explique peut-être pourquoi et comment elle compose prématurément ce morceau plein de maturité et chargé d’une sincérité assez bouleversante. Il s’appelle donc "Avec des Si", et on l’écoute.Crédit © Pochette de Avec des Si, de Françoise Hardy.  

12 janvier 2021

5:31

Vitamine So : « Better Days Ahead » de Gil Scott Heron

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
Alors ce matin Sophie, ton morceau va nous donner l’espoir ? Oui, et ça même s’il ne parle pas précisément de festivals en été, de restaurants, de musées, de bars qui réouvrent. À vrai dire, il pourrait s’appliquer à toutes les situations et à toutes les époques, puisqu’il sonne comme une imploration qui mise sur la méthode "coué", selon laquelle les choses arrivent quand on y croit très fort. Ce morceau s’appelle "Better Days Ahead". C’est un poème ultra langoureux signé Gil Scott Heron, orchestré et enregistré avec son grand complice Brian Jackson en 1978.À l’époque, le musicien auteur de Chicago va plutôt bien, il est sur le point de se marier et de fonder une famille. Et vous allez le voir, dans son texte, et dans l’interprétation grave et cotonneuse, on y entend autant la certitude d’un homme qui est sûr que son quotidien va s’arranger, que la mélancolie de celles et ceux qui savent que la tempête va encore durer. Et je crois que c’est cet entre-deux que j’aime bien, qui n’est ni de la résignation, ni de la fausse naïveté. C’est plutôt un titre de résilience pour utiliser ce mot qui a pris tant de reliefs ces derniers mois. Parce qu’on s’habitue aux troubles, pourvu qu’ils ne durent pas trop. Voici donc "Better Days Ahead", une promesse de Gil Scott Heron.Crédit © Pochette de Secrets, de Gil-Scott Heron  

11 janvier 2021

5:33

Vitamine So : «  Leave The Capitole » de The Fall

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
Ce matin Sophie, tu ne vas pas nous jouer Ariel Pink ni John Maus. Et bien non, parce qu’on a appris que les deux lurons, ces deux musiciens de pop indie que l’on pensait alternatifs étaient en réalité de vrais trumpistes, qui étaient hier au Capitol. Bizarrement ça refroidit, alors non ce n’est pas eux que je vais jouer. Je vais vous jouer à la place The Fall, le groupe de Mark E Smith, icône du post-punk anglais. Mark E Smith, qui est mort il y a deux ans, et qui pour le coup était un musicien vraiment alternatif, cultivé, fan de littérature, de rock expérimental. Un vrai bosseur, qui a commencé comme docker dans le port de Manchester et qui a décidé après un concert des Sex Pistols de devenir musicien. À la fin des années 70, il monte le groupe The Fall, La chute, hommage au bouquin de Camus. Et pendant 40 ans c’est avec ce groupe, dont il sera le seul membre permanent, qu'il va faire de la musique. Il va tester plein de choses, se frotter à la pop, à la musique plus expérimentale, il va se bagarrer, critiquer le milieu dans lequel il évolue, se faire des ennemis, faire des émules, et devenir non pas une star mais un artiste culte. Et ils ont eu l’excellente idée de sortir un morceau "Leave the Capitole", quitter le Capitol, qui prend quand même un sens nouveau quand on se souvient que les suprémacistes blancs ont tenté un coup d’État dans le Capitol. Bon à vrai dire "The Capitol" chez Mark E Smith, ça signifie autre chose : c’est un jeu de mot sur The Capital, la capitale Londres, et Le Capitole, le temple de Jupiter, symbole des institutions à Rome. Je vous l’ai dit Mark E Smith était cultivé, mais en gros, il en appelle à quitter la ville, le capitalisme, la rationalité du monde urbain. Bref il a envie d’ailleurs, et nous aussi alors on l’écoute ce "Leave The Capitol", signé de The Fall. Crédit © Pochette de Slates, de The Fall  

08 janvier 2021

5:30

Vitamine So : « Love Tempo » des Quando Quango

Aujourd’hui dans Vitamine So, un Hymne à la fête avec le morceau « Love Tempo » des Quando Quango.
Sophie tu voulais ce matin nous parler d’hymne à la teuf ? Oui, et je voulais commencer cette chronique en vous disant que si vous aviez envie d’entendre le point de vue de celles et ceux qui ont organisé cette teuf, ils signent une importante tribune dans Libération, où ils évoquent leur ardeur de vivre, après une année de tristesse et d’anxiété. Leur besoin de briser l’isolement, la compression, l’ennui mortel. Qu’on les partage ou non, qu’on soit d’accord ou non, leurs mots sont suffisamment recherchés pour inviter au dialogue, alors n’hésitez pas à les lire sur le site de libé. Du coup j’ai eu envie de vous parler d’un temps bien loin de tout ce que l’on vit en ce moment et de vous raconter au passage une histoire de danse contagieuse qui commence à Manchester. À la fin des années 70, la ville anglaise bouillonne, et il y a des dizaines de musiciens, de producteurs, de chanteurs qui ont envie de faire des choses, et de créer à tout va. Parmi eux il y a un certain Mike Pickering, un DJ et producteur anglais, qui monte un groupe, les Quando Quango, qui est un copain de label de New Order. Or au début des années 80, New Order commence à avoir un succès transatlantique. Et pour leurs concerts aux Etats-Unis, ils amènent avec eux les potes. Les Quando Quango qui se retrouvent ainsi à faire la première partie du groupe au mythique Paradise Garage en juillet 1983. Résultat : Quando Quango découvre la folie qu’est New York à cette époque. Ils vont faire la teuf au Loft, au FunHouse, à la Danceteria, soit dans les clubs avec les meilleurs DJ de l’époque, les meilleurs systèmes sons, les meilleurs ambiances, les dancefloor les plus métissés, les plus mixtes et cools. Ce qui leur donne envie de monter, à Manchester, un club un peu comme ceux-là : et quelques mois plus tard, La Haçienda, qui a d’abord été une salle de concerts, devient ce club destiné à devenir mythique où l’on danse sur toutes les musiques, pourvu qu’elles soient bonnes. Cette aventure amicale et artistique est notamment racontée dans le super documentaire 24 hour party people, mais voilà, cette histoire et ce morceau pour rappeler que parfois la fête prend aux tripes, et devient un art de vivre. En plus le morceau « Love Tempo » des Quando Quango, il est absolument génial et il s’appelle le tempo de l’amour, dont on a tous besoin en cette période.https://www.youtube.com/watch?v=xGil0GvMWUoCrédit © Vignette de Love Tempo des Quando Quango.  

07 janvier 2021

7:04

Vitamine So : « Notes Pour Trop Tard » d'Orelsan

Aujourd'hui dans Vitamine So, le morceaux « Notes Pour Trop Tard » d'Orelsan
Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.Ces exposés scolaires du gouvernement, Sophie je crois que ça t’a donné envie de jouer un morceau avec une vraie leçon qu’on a envie d’écouter ? Tant qu’à retourner sur les bancs de l’école, oui autant profiter d’une vraie leçon de vie. Et celle de ce matin est signée Orelsan. En 2017, le musicien rappeur choisit de terminer son disque La Fête Est Finie par le morceau « Notes Pour Trop Tard ». Une somme de conseils qu’il aurait aimé recevoir, lui, plus jeune, et qu’il s’adresse à lui-même. Même si c’est plus tard, même si c’est trop tard, ce sont des mots qui marquent, et qui au passage arrivent à toucher, je crois, à peu près tout le monde. Vous allez l’entendre Orelsan évoque le passage à l’âge adulte, les crises de confiance en soi, en les autres, les prises de conscience, les amours que l’on perd, les forces que l’on gagne. Bref, il délivre une leçon que malheureusement on n’apprendra jamais à l’école. En plus sur ce morceau il a choisi d’inviter les soeurs Ibeyi qui avec leurs voix et leur chant en yoruba adoucissent cette leçon qui perd ses airs moralisateurs pour devenir le genre de message que même à 30 ans, même à 50 ans, on a envie d’entendre. Parce que mine de rien ça remet les idées en placeAlors voilà, une pédagogie et des conseils comme on aimerait en entendre plus, c’est Orelsan et ses Notes pour plus tard. Visuel © pochette de La Fête Est Finie d'Orelsan.  

06 janvier 2021

6:22

Vitamine So : « CAN 2002 » de Neba Solo

Aujourd'hui dans Vitamine So, un morceau composé pour la Coupe d'Afrique des Nations, c'est « CAN 2002 » de Neba Solo.
Alors Sophie, est-ce que tu vas nous jouer un hymne des jeux olympiques ? J’aimerais bien mais non. Et je vais vous expliquer pourquoi : parce que les hymnes des j-o sonnent toujours un peu pareil, ce souvent des morceaux épiques, qui parlent d’aventures, avec des cuivres, des rythmes conquérants, qui doivent plaire au pays qui accueille autant qu’aux pays reçus, c’est à dire à tout le monde. Et c’est sans doute à cause de cette recette universelle que les hymnes des J-O, qu’ils soient composés par Céline Dion, Whitney Houston ou Freddie Mercury, s’oublient facilement. Écoutez, même Giorgio Moroder, qui a été chargé de composer l’hymne des J-O de Los Angeles en 1984 avec le chanteur de The Human League, s’y est un peu cassé les dents, sa composition en tout cas n'est pas son meilleur morceau.Du coup je vais vous jouer un titre composé pour une autre compétition, pour la C.A.N, Coupe d’Afrique des Nations. On est en 1999, et le musicien malien Neba Solo apprend que le Mali va accueillir le prestigieux événement de foot qui réunit les meilleures équipes africaines. Alors il s’empare de son balafon, son instrument et compose un morceau pour motiver et rendre hommage aux meilleurs footballeurs de son pays. Et ce morceau est si bien, qu’il sera finalement choisi pour être l’hymne de la compétition en 2002, et tournera ensuite beaucoup à la radio, à la télé. Parce qu’en plus de motiver les sportifs, il donne simplement envie de danser. Et il y a quelques mois, le label Secousse a eu la bonne idée de représser le vinyle histoire de nous faire découvrir ce titre, qui je trouve aurait sa place aux jeux olympiques. Voici C.A.N 2002 de Neba Solo.    

05 janvier 2021

6:22

Vitamine So : « This Is The Day » de The The

Aujourd'hui dans Vitamine So, un morceau réputé pour faire du bien, c'est « This Is The Day » du groupe anglais The The.
Alors ce matin, quels sont tes voeux musicaux, Sophie ? Et bien puisqu’en termes d’espoir, de plans sur la comète, de grandes ambitions tout est encore permis en ce 4 janvier 2021, j’ai choisi un morceau qui est réputé pour faire du bien, et pour donner l’impression que les choses vont aller dans le bon sens. C’est un morceau qui s’appelle « This Is The Day », signé par le groupe The The. The The c’est un projet monté en 1979 par un certain Matt Johnson, un guitariste chanteur anglais. À l’époque Matt n’a que 20, 21 ans mais il est heureux, parce qu’il est en train de tomber amoureux d’une certaine Fiona. Alors il va composer ce morceau pour tenter d’immortaliser tout ce qu’il ressent à cet instant précis. Pour faire entendre son impression que l’univers lui appartient et qu’il peut tout réussir, parce qu’il aime et qu’il est aimé, et qu’en même temps il ne peut s’empêcher de mettre dans son morceau aussi une touche d’inquiétude, de fébrilité, celle de la peur de tout perdre. « This Is The Day » c’est aussi, comme son nom l’indique, le jour où tout bascule. The The a réussi un coup assez parfait avec ce morceau : puisque vous allez l’entendre, il y a une sorte de cohérence parfaite entre ce que le chanteur a voulu exprimer, et l’impression qu’il fait naître quand on l’écoute. Il y a plein d’artistes, de mélomanes, de journalistes qui citent souvent ce morceau comme le titre à écouter quand on a besoin d’enthousiasme et d'optimisme. Et comme ça marche sur moi, je me suis dit que ça vous ferait surement autant de bien que les vœux de Macron. Puisse 2021 être une année plus douce, plus épanouissante, plus dansante, et plus heureuse que la précédente. Histoire d’y croire, on écoute The The sur Nova, avec « This is The Day ».Visuel © pochette de Soul Mining de The The.  

04 janvier 2021

6:45

Vitamine So : « La Fea » de Crudo Means Raw

Sophie, pour ce dernier Vitamine So de l'année 2020 tu as choisi un morceau qui résume une partie de ce qu’on a vécu. 
Oui j’ai choisi un titre qui se contient. Un morceau qui pourrait donner envie de danser, de faire la fête, de se réjouir et qui en même temps est assez réservé et timide. Sans doute parce que j’y vois un bon présage de nos fêtes de fin d’année, qui seront forcément en demie-teinte, et de toutes celles qu’on a manquées en 2020. Ce morceau en plus c’est une découverte, enfin c’est un artiste qui s’est fait connaître il y a pas si longtemps. Il s’appelle Crudo Means Raw, un drôle de pseudo bilingue. Et de fait c’est parce que lui-même, de son vrai nom Fernando Bustamante, est né à New York City, il a grandi à Long Island, bercé par le rap du coin. Et puis à 5 ans il a déménagé pour Medellin, en Colombie, où il a développé une autre culture musicale. Et donc sa musique, elle est parfaitement moderne parce que dans un métissage, entre les États-Unis et l’Amérique latine, entre le hip hop et le reggaeton. Pour le côté gossip, il était au lycée avec un certain J Balvin, la maxi star colombienne, avec qui il a donc appris à rapper. Et donc Crudo Means Fea il a sorti au mois de mars dernier, mauvais moment je dirais, un album vraiment cool et bien fichu : Esmeraldas. Et ce disque il commence avec un morceau qui s’appelle "La Fea", c’est à dire la Moche. Qui est une sorte de reggaeton minimaliste, presque inquiet, c’est vraiment un morceau entre plusieurs énergies et je me suis dit que premièrement il vous plairait sûrement, et deuxièmement, il résumerait peut être la drôle de vibe avec laquelle on a traversé l’annéeDonc voilà, ma dernière vitamine So de 2020, c’est une vitamine en puissance qui ne demande qu’à faire effet, et qui en attendant reste un peu en retrait. Comme nous avant 2021 quoi.Visuel © pochette de La Fea de Crudo Means Raw  

18 décembre 2020

4:54

Vitamine So : « That's Not Me » de Hercules & Love Affair

Aujourd'hui dans Vitamine So : le morceau « That's Not Me » de Hercules & Love Affair, le projet de house et de disco du producteur américain Andy Butler.
Ce matin Sophie je crois que c’est le mot projet Hercule qui a retenu ton attention ? Et bien oui, parce que non seulement c’est une drôle de mauvaise idée de privatiser EDF discretos, mais en plus le nom du projet est surprenant. Hercule. Je sais bien que ça fait référence à ses 12 travaux, à un gros œuvre titanesque mais choisir ce nom c’est un peu oublier la vraie histoire de Hercule dans la mythologie grecque, qui est certes romanesque mais qui est commence par un petit meurtre en famille. En fait Héraclès, ou Hercule, c’est un demi dieu qui est le fils de Zeus et Alcmène. Or à l’époque, Zeus est officiellement en couple avec Héra, déesse un poil fatiguée des infidélités de son mari et qui décide donc de punir l’enfant de la relation adultérine. Cet enfant c’est donc Hercule, et pour le punir Héra qui a d’abord essayé de le tuer quand il était bébé, patiente un peu. Et un jour, alors que Hercule est tranquille avec sa femme, Mégaran et ses enfants, la déesse use de ses pouvoirs pour le rend fou, lui faire voir flou, et lui fait tuer sa femme et ses enfants. Et c’est pour se faire pardonner d’avoir assassiné sa famille qu’Hercule va faire, sur les conseils de la Pythie, ses 12 travaux. Donc voilà pour une entreprise qui est en train d’exposer ses salariés à des intérêts privés, et donc à les mettre en péril, appeler ce plan économique « Projet Hercule », c’est un peu fort de café, je trouve. Du coup je vais vous jouer un groupe génial qui avait aussi moyennement bossé sa mythologie grecque, c’est Hercules and Love Affair, le projet de house et disco du producteur américain Andy Butler. Hercules & Love Affair, c’est un groupe qu’on suit depuis quasiment ses débuts sur Nova, à New York, signé sur le label DFA Records, et puis dans ses pérégrinations musicales, toujours extrêmement bien fichues, bien accompagnées. Ça donne envie d’être en club, avec des paillettes, des perruques, des talons, des boules à facettes. Ça change aussi les idées quand on trouve que l’actualité est trop morose. Voici leur morceau « That’s Not Me » sur Nova.Visuel © pochette de The Feast Of A Broken Heart de Hercules & Love Affair  

17 décembre 2020

6:40

Vitamine So : « Johnny B. Gousse d’Ail Love You »

Alors ce matin Sophie, tu as choisi un groupe de prestidigitateurs et d'entourloupeurs de la musique ?
Oui je me suis dit quitte à se faire un peu retourner le cerveau, autant se laisser faire par des artistes qui chantent bien et donc j’ai cherché des morceaux qui avaient le bon goût des jeux de mots et en français s’il vous plaît. Évidemment j’ai pensé à Bobby Lapointe le maître, aux États d’Ame Eric de Luna Parker, à du Gainsbourg mais je me suis dit que ces magiciens de la musique, on les connaissait déjà. Alors j’ai demandé à l’internet, et aux spécialistes de l’internet, s’ils n’avaient pas d’autres recommandations. Et c’est là que quelqu’un m’a parlé de Sttellla avec deux T et trois L évidemment. Sttella c’est un groupe belge qui s’est formé autour d’un certain Jean Luc Fonck dans les années 70, avec pour mission de ne pas trop se prendre au sérieux, et de faire rire les gens, en tout cas de les bluffer en usant de jeux de mots du futur. En 1987 par exemple ils sortent l’album au titre bilingue Les poissons s’en fishent, Les pieds s’en footent. J’ai mis 3 minutes à la comprendre. Il y a aussi, « L’Avenir est à ceux qui s’éléphanteau », voilà, et quelques chansons comme « il faut tourner l’apache », « quelle heure réptile »…En tout ils ont enregistré 500 morceaux, et presque donc 500 blagues. Non seulement ils ont un usage surréaliste des mots, et à vrai dire parfois c’est très recherché, mais en plus il y a un côté punk, new wave, qui est super rafraichissant. Alors voilà merci Jean Windows, c’est le nom de cet internaute grâce à qui je peux désormais vous faire découvrir le fameux morceau « Johnny B. Gousse d’Ail Love You », il y a déjà 4 vannes dans ce titre. Ouvrez bien les oreilles, prenez des notes, c’est Sttellla sur Nova.  

16 décembre 2020

5:07

Vitamine So : « Thinking About Your Body » de Bobby McFerrin

Aujourd'hui dans Vitamine So, « Thinking About Your Body » de Bobby McFerrin, enregistré en live, a capella, avec son corps comme seul instrument.
Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.En parlant d’homme sans filtre Sophie je crois que tu en connais au moins un qui l’est pour de vrai ? Oui et cet homme vous le connaissez aussi, puisque c’est Bobby McFerrin, l'auteur de "Don’t Worry Be Happy", morceau qui ne vieillit pas, ne lasse pas et comptabilise des millions de millions d’écoutes. Sauf que ce qu’on ne sait pas toujours c’est qu’au delà de ce tube, Bobby McFerrin est un musicien virtuose du chant acapella. Il peut chanter sur 4 octaves et un maître des techniques vocales et aussi un grand improvisateur, connu pour ne jamais choisir à l’avance les titres qu’il va incarner sur scène. Je dis incarner parce que ce qu’il fait Bobby McFerrin c’est plus que de l’interprétation, c’est qu’il se sert de tout son corps pour rendre la musique vivante. Il utilise ses bras, son buste, sa gorge, pour créer les percussions, est capable à lui seul de sonner comme un orchestre polyphonique, et même multiphonique, c'est-à-dire qu’il sait faire plusieurs notes à la fois. Ce qui est rarissime. Le tout évidemment sans tricherie, sans filtre, sans rien du tout. Bobby McFerrin n'est pas né avec ce talent, même s’il est fils d’un chanteuse et d'un baryton, il a pris des années pour développer son savoir puis le perfectionner. Et même s’il savait que c’était son destin, il a attendu d’avoir 32 ans pour sortir son premier album. 32 années pendant lesquelles il a absorbé énormément de techniques musicales, dans la musique classique, chez Bach par exemple, dans le jazz, de Herbie Hancock à Keith Jarrett, ou dans le rnb. Sans doute parce que chanter à nu, a cappella, c’est le degré le plus intime et le plus parfait de la musique. Et sans doute aussi parce qu’être sans filtre, réellement, ça ne va pas de soi, et si ça existait, ce serait le degré le plus parfait de la politique. En attendant, voici donc Bobby McFerrin dans le plus simple appareil avec son titre "Thinkin About Your Body" enregistré en live. Un titre qu’il interprète absolument seul.Visuel © pochette de Thinking About Your Body de Bobby McFerrin  

15 décembre 2020

5:54

Vitamine So : « I Just Don't Know What To Do With Myself » d'Isaac Hayes

Aujourd'hui dans Vitamine So, la version d'Isaac Hayes d'un classique de la pop « I Just Don't Know What To Do With Myself »
Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.Les hésitations de Roselyne Bachelot, Sophie, t'ont donné envie de nous parler d’un standard de la musique. C’est vrai que les atermoiements de notre ministre de la culture m’ont donné envie ce matin de vous parler d’un titre superbe, qui a en plus le bon goût de parler du fait de ne pas savoir quoi faire et de tourner en rond. À savoir « I Just Don’t Know What to Do With Myself ». Ce morceau, c’est vraiment ce qu’on peut appeler un standard de la pop qui a été composé par les rois du genre, Burt Bacharach et Hal David en 1964, et qui a depuis été repris des centaines de fois. À l’origine, cette chanson d’amours déçues est écrite pour un chanteur de r&b, Chuck Jackson.Mais c’est quand Dusty Springfield va l’orchestrer et l’interpréter quelques mois plus tard que le titre va toucher tout le monde droit au cœur. Parce qu’il parle, sans amertume et avec une sincérité assez désarmante, d’une solitude subie et d’un déroutement qu’on a toutes et tous un jour connu. Le titre du morceau « I Just Don’t Know What to Do With Myself », veut dire « je ne sais plus quoi faire par moi-même », et je me permets d’imaginer que d’une certaine manière Roselyne Bachelot doit ressentir ce même genre de sentiment d’impuissance. Elle qui nous avait promis de nous prendre au sérieux, nous la culture, de tout faire pour que les salles de concerts, les clubs, les cinémas rouvrent, alors que finalement non. Parce que face à un centre commercial, un centre d’art est visiblement non essentiel. Et que même ministre, elle est un peu seule face à d’autres priorités. Et puis il n’y a pas que ça, dans le cœur de cette chanson, on entend la plainte : « regarder un film me rend triste, et pour les fêtes, c’est pareil, quand je suis sans toi, sans vous, je ne sais plus quoi faire ». Et je ne peux m’empêcher d’y voir une belle description de notre vie en cette fin d’année. Privée de la compagnie des autres, ou de la plupart des autres, destinée à vivre en boucle les mêmes choses tous les jours. Effectivement, quand on est seul, loin les uns des autres, coupé de celles et ceux avec qui on fait d’habitude société, et bien on s’ennuie. On tourne en rond, et on ne sait plus quoi faire avec soi-même, par soi-même. Bon, je vous rassure, même si son histoire est un peu triste, ce morceau est vraiment beau. Et je sais que certains, certaines d’entre vous s’attendent à ce que je joue la version qu’en a faite les White Stripes, qui est très cool, mais non. J’ai choisi la voix folle d’Isaac Hayes pour vous réveiller. Comme quoi même les crooners peuvent se sentir seuls.Visuel © pochette de The Isaac Hayes Movement d'Isaac Hayes.  

14 décembre 2020

6:42

Vitamine So : « Cadences 2 » du Groupement Culturel Renault

Aujourd'hui dans Vitamine So, un morceau anti système et pour la révolution prolétarienne, c'est « Cadences 2 » du Groupement Culturel Renault.
Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.Qu’as-tu trouvé comme morceau pour faire concurrence à Patrick Sébastien, Sophie ?Ecoute j’ai trouvé un morceau qui aborde à peu près les mêmes questions que Patrick Sébastien, mais avec un poil plus de poésie. En plus c’est un titre chanté par un groupe qui n’est pas fait de musiciens professionnels à l’origine. C’est le Groupement Culturel Renault, monté en 1973 par Jean Pierre Graziani, ouvrier métallurgiste à l’usine Renault de Boulogne Billancourt.Il s’associe à Georges Cipriani, qui fera parler de lui plus tard en tant que membre d’Action Directe pour enregistrer un disque, un 45 tours qui raconte ses conditions de travail. Les morceaux s'appelleront "Cadences", comme celles qu’on leur impose dans leur usine, et qui sont des conditions de travail intenables, celles du prolétariat.Ces morceaux, plus largement, évoquent aussi la société hypercapitaliste, la reproduction sociale, la situation des exilés, la corruption politique, les privilèges, et tout ce dont le peuple est exclu.Bref, honnêtement on retrouve la méfiance et la défiance qui est celle de Patrick Sébastien et consort, mais il y a dans ces morceaux un engagement plus politique je crois. Le Groupement Culturel de Renault est peut être anti système mais surtout pour la révolution prolétarienne.Et ce morceau je l'ai découvert sur une super compilation, qui a été pensée par le rappeur Rocé, qui a collecté des musiques de luttes, des chansons engagées, et en a tiré un recueil Par Les Damnés de La Terre, un disque sur lequel on croise des chansons puissantes de Francis Bebey ou de Colette Magny.C’est surtout un album qui raconte une histoire que l’on n’entend pas ailleurs, celle du peuple uni par la francophonie et par ses combats politiques et sociaux.Ce que le disque Par les Damnées de la Terre raconte c’est une convergence des luttes, une époque où la musique servait à lutter main dans la main. Et on a qu’une seule envie c’est que ce genre de luttes communes aboutissent.Et en attendant voici ce titre "Cadence 2" par le Groupement Culturel Renault, et vous allez voir, il est follement d’actualité.Visuel © pochette de Cadences du Groupement Culturel Renault   

11 décembre 2020

5:43

Vitamine So : « Hiroshima Mon Amour » d'Ultravox

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
La chanson Sophie, elle est plutôt pour le nucléaire ou contre ? J’ai trouvé assez peu d’exemples de chansons célébrant les centrales nucléaires, plutôt des salves de morceaux composés pendant la guerre froide, ou après l’accident de Tchernobyl, qui témoignent tous d’une certaine anxiété sur la question. Et c’est assez légitime je dirai. Et parmi les groupes les plus anxieux que j’ai trouvés, il y a Ultravox. Un groupe de pop synthétique, new wave, post punk, d’une génération mal à l’aise avec les étiquettes musicales, et puis qui s’est formé en 1977 autour de John Foxx notamment. À la fin des années 70, leur label Island Records a cru que leur carrière allait décoller mais en fait, ça n’a jamais vraiment été le cas même s’ils ont connu quelques succès. Le nucléaire est un thème qui revient souvent dans leurs morceaux. Le plus connu par exemple, "Dancing With Tears in My Eyes" parle d’un homme qui est prévenu que l’accident nucléaire est arrivé. Il doit rentrer chez lui, retrouver sa famille, et puis voilà c’est fini. Il ne lui reste qu’à prendre sa femme dans ses bras, puisque c’est la fin du monde. Oui c’est triste, et le clip aussi l’est tout autant, il commence dans une centrale et finit avec des images du passé qu’on ne retrouvera jamais. Mais c’est pas ce titre que je voulais vous jouer, c’est un autre qui parle aussi du nucléaire, c’est "Hiroshima Mon Amour", un morceau nommé à partir du film de Alain Resnais, avec un scénario signé Marguerite Duras qui raconte une histoire d’amour sur fond de lendemains de la bombe nucléaire. Chez Ultravox ça devient un titre qui commence avec une sorte de compte à rebours et une nappe assez fantomatique. On a presque l’impression d’être dans le jour d’après, un futur assez flippant, mais comme il y a quelques touches lumineuses dans ce morceau, notamment un saxo rassurant, j’ai eu envie de vous réveiller avec. C’est "Hiroshima Mon Amour", pas vraiment une déclaration d’amour au Nucléaire, signée Ultravox.  

10 décembre 2020

6:22

Vitamine So : « Bistro » d'Anis

Chaque matin juste avant Alpha Beta Nova , Sophie Marchand met en musique l'actualité d' Un Nova Jour Se Lève avec un morceau faisant lien avec l'information du jour.
Alors Sophie, tu nous emmènes au bar dès le matin ? Tu vois Armel, ces conversations de comptoir ça me rappelle d’abord à quel point ça me manque, même de bon matin. Ça me manque le zinc poisseux, les eaux tièdes, les cacahuètes auxquelles tu ne devrais pas toucher et pourtant si, tu les touches, et pire que ça tu les manges. Alors je voulais commencer cette chronique avec un petit instant nostalgie, si vous vous sentez dans ce genre d’humeur. Sachez que quelqu’un a eu la bonne idée de sortir il y a quelques semaines un son de 2h de bruits de bistrot. Tout simplement à base d’éclats de voix, de verres qui trinquent, de rire. Rien de spécial et en même temps vous savez comment c’est : un seul bar vous manque et tout est dépeuplé.  Mais je voulais aussi vous jouer un morceau qui célèbre des petites choses sans importance que l’on se dit au comptoir, les verres de trop, les rencontres d’après minuit, ou d’avant midi. Bref un morceau qui est une déclaration d’amour au rade et au troquet, signée par Anis, ce musicien de Cergy qui a toujours eu l’art et la manière de chanter la France populaire, celles des toiles cirées, des MJC, des sweet-banlieues pourries. Et en 2005 sur son album La Chance , qu’on vous jouait sur Nova, il a composé le morceau Bistro, comme Brassens l’a fait avant lui, mais avec sa plume et sa gouaille des années 2000. Vous allez voir ça a le charme d’une prose bien sentie, et surtout ça ne donne qu’une seule envie : c’est d’y retourner dans ces rades. Et de s’y dire des petites banalités qui ne font finalement pas de mal.Visuel © pochette de La Chance d'Anis  

09 décembre 2020

5:58

Vitamine So : « Polices » du Saïan Supa Crew

Y a t-il, dans ta discothèque, les indices d’un éventuel contrôle au faciès ? 
Sarah Lou, Armel, ce matin pour aider les politiques à se décider sur l’existence ou non du délit de faciès, il y a donc ce rapport fait par Jacques Toubon en 2017. Il rappelle une étude du CNRS publiée en 2009 qui disait exactement la même chose, et ce qui rappelle surtout ce que dénoncent des militants et des associations depuis des décennies. Témoignages, chiffres, preuves à l’appui. Le délit de faciès existe en France, les violences policières qui en découlent souvent aussi, et tout ça c’est un système qu’il s’agirait de démanteler. Mais pour répondre à ta question Armel, s’il faut en chercher la preuve dans l’art, et dans la musique et bien tout à fait on la trouve. Il y a un sacré nombre de morceaux français qui parlent d’arrestations injustes, de contrôles ciblés, d’humiliations répétées et de discriminations lors des contrôles de police. En 2009 il y a même une web série documentaire qui est sortie sur le sujet, créée par l’association Stop le Contrôle au Faciès, et qui donnait la parole à des rappeurs comme Oxmo Puccino, Mac Tyer, Soprano, Rim K, qui racontaient tous leur première arrestation injustifiée. Elle se trouve facilement en ligne et elle est assez éloquente. Street Press, dernièrement, a aussi mis en ligne un documentaire qui s’appelle tout simplement Contrôle au Faciès : le rap français raconte, où la jeune génération raconte la même chose, preuve que rien ne bouge, et notamment parce que certains politiques nient la réalité. Souvent ces mêmes rappeurs se sont servis de leur art pour raconter ce qu’est concrètement le quotidien d’un jeune homme ou d’une jeune femme, identifié comme noir ou arabe, qui a donc 20 fois plus de chance de se faire contrôler par la police. Pour écrire, et témoigner, de ce que ça implique comme méfiance, comme violence et comme violation des droits. Il y a un morceau qui raconte extrêmement bien ça je trouve, il est signé par le Saïan Supa Crew : tout commence par un délit de faciès, une garde à vue qui dégénère, une bavure que l’on cache, une affaire classée sans suite. Et un cycle de violence systématique. Un titre qui date de 2001, qui par l’écriture et par le flow des MCS, ressemble à un court métrage et qui raconte pourtant une réalité très française et très ancrée. Surtout que ce weekend on célébrait le terrible anniversaire de la mort de Malik Oussekine, mort battu par la police en décembre 1986. Il est temps que les choses changent, donc voilà : Polices du Saïan Supa Crew sur Nova. Visuel © Genius  

08 décembre 2020

6:06

Vitamine So : « Un Président Pour La France » du Valérie Gee's Car Band

Ce matin, je me permets un petit medley de morceaux qu’a inspiré Valéry Giscard d’Estaing. Et s’il va y avoir du sport, du punk, je voulais d’abord vous parler du lien très particulier entre le séga réunionnais et V.G.E. 
Hier à l’annonce de la mort de l’ancien président, il y a quelques articles qui en ont parlé : dans les années 70, quand le président qui n’a pourtant obtenu que 49,54% des sondages débarque sur l’île, et va y être accueilli, en chanson. Pour l’occasion 6 compositeurs, 6 pointures de l’époque comme Luc Donat, Michel Adelaïde, Jacky Lechat, vont être mis à contribution et on va leur demander de composer des ségas, qui est un des genres traditionnels de l’île, en hommage au président. On les appellera des Séga Papa Giscard, et vous allez voir on y loue V.G.E comme un bon père, un bon patron, un bon président quoi. Comme dans le titre Sega Destin du grand Luc Donat.Ces séga en l’honneur de V.G.E ne sont pas forcément faits de gaieté de coeur. Ils seront d’ailleurs critiqués à la Réunion pour leur doudouisme, c’est-à-dire leur forme convenue, clichée, et leur manière d’entretenir un fantasme et un rapport de domination entre la métropole et l’île. Et à vrai dire, la plupart des chansons qui parlent de Valéry Giscard d’Estaing sont un peu de la même veine, elles sont rarement spontanées, ont souvent été des commandes, composées à la gloire du président à l’occasion de son passage en Guadeloupe, à la Réunion, au Gabon ou en Côte d’Ivoire. Manu Dibango par exemple va signer un titre qui va marquer les esprits dans ce sens là « Akwaba VGE », où l’on entend toute la violence de la Françafrique.Et avec le temps, certains de ces morceaux ont pris un nouveau sens. Par exemple ceux dans lesquels on chante l’amitié indestructible entre Valéry Giscard d’Estaing et Omar Bongo, président despotique et corrompu du Gabon. Voici une chanson de Tchibanga qui s’appelle tout simplement Giscard est l’ami de Bongo. Il y a eu plein d’autres louanges qui ont été commandées ou composées au moment des meetings, des voyages ou pendant la présidence de Giscard, en métropole et ailleurs. Dans le documentaire « Une Partie de Campagne » de Depardon on voit par exemple la chanteuse Dani performer pour V.G.E qu’elle veut voir élire, avec une sacrée verve.Mais pour finir cette chronique je voulais vous jouer un titre un peu punk, signé par Hector Zazou et Jacques Pasquier, sous le pseudonyme génial Valérie Gee’s Car Band, qui en 1981 a sorti un maxi pour se moquer du président sortant. La face B s’appelle « Pensées et Maximes » de VGE et c’est 6’55 de silence. Et puis l’autre face s’appelle « Un Président pour la France ». Un titre punk où l’on entend des bribes de discours de V.G.E, du franglais, une femme géniale qui dit « Je sens que ça vient ». Bref, un titre irrévérencieux et finalement assez rare dans le paysage.Visuel © pochette de Un Président Pour La France du Valérie Gee's Car Band  

04 décembre 2020

7:26

Vitamine So : « Say It Ain’t So » de Murray Head

Aujourd'hui dans Vitamine So, composé en écho au scandale du Watergate, c'est « Say It Ain’t So » de Murray Head.
Alors ce matin, Jean Castex qui nous dit qu’ils n’ont pas été compris, Sophie je crois que ça te donne des envies de jouer un classique, histoire de garder tes nerfs. Et bien oui. Parce que je crois que là effectivement on ne se comprend pas, le gouvernement et nous. Je trouve ça gros, d’entendre de la part de notre premier ministre que celles et ceux qui ont lu la loi sécurité globale, épluché l’article 24 qui fait littéralement 14 lignes, ont pu se tromper sur les intentions des législateurs. En plus, cette loi elle est écrite en français clair et limpide, avec des chiffres tout simples à comprendre, donc non, je ne crois pas monsieur Castex que l’erreur soit du côté de notre lecture et de notre interprétation à nous le peuple. Et même si c’était le cas, c’est vous qui êtes payés pour proposer et composer des lois compréhensibles et acceptables. En revanche je suis assez d’accord sur le fait qu’il y a une incompréhension qui grandit entre vous et nous, et qu’on arrive à un moment un peu charnière de ce quinquennat, de l’histoire politique française, européenne, mondiale même, puisque les observateurs internationaux commencent à nous mettre en garde sur la possible dérive sécuritaire du pays.Alors on fait quoi ? Et bien on est nombreux à vouloir que cette loi Sécurité Globale, qui ne va pas à grand monde, à part à quelques 388 députés qui représentent on ne sait plus vraiment qui, soit retirée complètement. Et pas simplement modifiée par petite touche. Et en attendant, Monsieur Castex, nous sommes prêts à vous jouer un gros classique de la folk anglaise pour vous demander de vous reprendre. De ne pas nous prendre pour des bleus. De revenir sur vos mots. Et d’assumer que le problème n’est pas dans notre mécompréhension de cette loi. Allez « Say It Ain’t So » Jean please, comme le chantait Murray Head en 1975. Ce qui veut dire : dites nous que c’est faux. Surtout que c’est un morceau, ce tube anglais qui se chante à tue-tête, qui a été composé en écho au scandale du Watergate, pour pointer l’absence de logique des citoyens Américains qui ont continué à voter Nixon alors qu’il était dans un sacré bourbier politique et scandaleux. Alors le gouvernement reprenez-vous, regardez-nous dans les yeux, dites nous que vous vous êtes perdus. Et en attendant on écoute cet immense morceau.Visuel © Pochette de Say It Ain’t So par Murray Head  

03 décembre 2020

6:04

Vitamine So : « Bird's Lament » de Moondog

Aujourd'hui dans Vitamine So, le morceau « Bird's Lament » par le compositeur hors normes Moondog.
Sophie vas-tu nous parler d’un Jean Marie Bigard de la musique ce matin ?Au risque de vous décevoir non, parce que quitte à mettre en avant des artistes anti-système, aux modes de vie alternatifs, je préfère vous parler de gens qui sont sincères et qui le sont pour de vrai. Parmi ceux-là il y a un musicien qu’on a appelé le Viking, le Clochard Céleste, c’est Moondog. Moondog c’était un compositeur peu ordinaire. Un homme devenu aveugle à 16 ans, qui a découvert la musique classique au conservatoire, qui s’est en même temps passionné pour le jazz, les musiques indiennes, les musiques caribéennes, les expériences atonales, la fabrication d’instrument, et qui jeune adulte a décidé de quitter sa ville pour se rendre à New York, avec quelques dollars en poches seulement. C’est un peu pour ça qu’on l’appelle clochard céleste, comme le livre de Jack Kerouac. Parce qu’il a vécu dans les alentours de la 6ème avenue pendant des années, gardant le peu d’argent qu’il gagnait alors pour retranscrire ses partitions. Si son autre surnom c’est le Viking c’est tout simplement parce que très vite il va s’habiller comme un viking, avec une longue cape, une longue barbe et un casque à cornes. Ce sera sa tenue distinctive. Très vite cet artiste ovni qui intrigue les passants, va passionner les musiciens. Il va être ami avec la beat generation, Janis Joplin va reprendre un de ses morceaux, Philipp Glass va l’héberger chez lui et lui présenter Steve Reich. Et ces deux pionniers du minimalisme diront d’ailleurs que Moondog est lui-même le vrai inventeur du genre. De façon générale, le nom de Moondog va commencer à fasciner à travers les Etats-Unis. Et en Europe, parce qu’il est mystérieux, taiseux, inclassable, qu’il compose énormément de mélodies, de symphonies, qu’il est mystique aussi, et qu’on a du mal à savoir de quel siècle ou de quelle planète il vient. Mais lui s’en fiche. La célébrité, la gloire, les grands concerts et les plateaux TV, ça ne lui fait aucune envie. En 1974, Moondog, qui refuse toute stabilité, plaque le peu qu’il a et décide de se rendre en Allemagne, pour vivre sur les traces de Jean Sébastien Bach, de Beethoven, des grands compositeurs européens. Là, il fait une série de concerts très célèbres, rencontre des jeunes musiciens qui savent qu’il est un des plus grands compositeurs du 20ème siècle, et qui vont l’aider à joindre les deux bouts. Mais il revient souvent dans les rues de Francfort, Hambourg ou Recklinghausen, comme si c’était là, sur ces trottoirs qui n’appartiennent à personne qu’il se sentait le mieux. Moondog est mort en 1999, et depuis son influence n’a fait que se répandre. Il est devenu culte, iconique. Il a été samplé, célébré, sa vie a été racontée. Alors que c’est presque ce contre quoi il a œuvré toute sa vie. Parce qu’il était sincèrement au dessus tout ça, déjà perché dans les cieux, dans le céleste. Parce qu’il savait que l’industrie du disque est incompatible avec les vrais génies, et parce que tout le monde n’est pas fait pour vivre dans la matrice.Alors voilà, à Bigard je préfère ce genre de vies réellement en dehors du système, voici Moondog et son sublime Bird’s Lament.Visuel © pochette de Moondog par Moondog  

02 décembre 2020

5:39

Vitamine So : « Your Drums, Your Love » de AlunaGeorge

Aujourd'hui dans Vitamine So, le duo anglais AlunaGeorge avec le morceau « Your Drums, Your Love »
Alors Mélenchon qui fait des meetings en réalité virtuelle, ça te donne envie de nous parler de la musique du futur ?Oui, ça me donne envie de poser une question, et d’y répondre par la même occasion. Va-t-on entrer dans une ère de concerts en distanciel, à vivre à travers un écran ou des casques de réalité virtuelle ? Je crois que la réponse est non. Le fait est d’ailleurs que cette période de confinement mondial qui aurait été l’occasion parfaite pour proposer de nouveaux formats novateurs n’a pas inspiré beaucoup de choses du genre. On a plutôt vu fleurir des concerts intimistes, mal filmés, à la maison.De l’artisanal finalement assez loin du côté turfu réalité virtuelle. Peut-être parce que ce qu’on recherche dans un concert, un vrai, c’est le contact avec l’artiste, la proximité avec les autres fans, la sensation de vivre un moment unique et tellement réel. Ce qui n’a pas empêché certaines expériences d’avoir lieu et de celles-ci dont je voulais vous parler. On se souvient que Coachella avait fait tenté de faire revivre 2Pac via son hologramme, mais cette tendance là n’a jamais vraiment pris. Parce que c’est un peu flippant et presque creepy, mais aussi parce que c’est trop réel et ça souffre forcément la comparaison. À vrai dire j’ai l’impression que la tendance est plutôt à l’organisation de concerts dans des espaces virtuels et sur des plateformes comme TikTok, Fortnite, Roblox ou Wave qui est une application qui s’est faite remarquer en organisant des concerts virtuels mais en grande pompe de John Legend, Tinashe. Là les artistes sont reproduits pas comme des hologrammes, mais comme des avatars, dessinés entre l’émoji et la Lara Croft bien faite. On sait qu’on est dans le monde du jeux vidéo ou de l’animation et ça, ça cartonne. Lil Nas X par exemple a réuni 33 millions de spectateurs-joueurs en novembre dernier, pour son concert sur Roblox, réalisé grâce à la motion capture. C’est plus que Travis Scott qui sur Fortnite avait été applaudi virtuellement 27 millions de fois. Et ça n’est qu’un début. Ces show là, ils sont conçus comme des expériences à part, en attendant la fin du confinement, ou pour toucher un public spécifique, mais ne sont en aucun cas vendus comme les concerts du futur. Ce qui est finalement assez rassurant. Voilà. Et pour terminer cette chronique je voulais vous jouer un duo que j’adore qui en 2016 a fait un concert dans Minecraft, dans le cadre d’un festival virtuel norvégien. C’était un peu des pionniers, c’était AlunaGeorge, un groupe anglais qui depuis s’est séparé. Voilà leur morceau « Your Drums, Your Love », un titre qu’on jouait pas mal en 2013. Et qui peut donner l’impression de flotter entre la réalité et la virtualité.   

01 décembre 2020

6:54

Vitamine So : « Lettre » de Shurik'n

Aujourd'hui dans Vitamine So, la magnifique lettre d'un grand père à son petit fils, signé Shurik'n, c'est « Lettre ».
Alors cette lettre de Maurice Grimaud, je crois que ça t’a donné envie de répondre avec une autre lettre ? Oui, une lettre classique de la chanson française, du rap français plus précisément. Parce qu’il y a une tradition de l’écriture épistolaire dans le milieu du rap, notamment liée au passage de certains rappeurs en prison.Par exemple, il y a celle de Lunatic, entre Ali et Booba, à l’époque où ce dernier est emprisonné après un braquage de taxi. Aux Etats-Unis, on sait aussi que 2Pac s’échangeait des lettres avec Jim Carrey quand il purgeait sa peine.Mais y a pas que dans cette situation là que l'épistolaire sert, non il y a des centaines d’autres exemples de lettres qui ont servi à exprimer ce qu’on n’arrive pas à dire en face, et ce qu’on a envie d’immortaliser.  Et parmi tous ces exemples, je voulais vous jouer celle composée, écrite, interprétée par Shurik’n en 1998. Parce qu’elle est, à mes yeux en tout cas, assez parfaite. Dans ce texte, le rappeur marseillais se met dans la peau d’un grand-père qui fait ses adieux à son petit-fils, et qui lui donne quelques précieux conseils, le rassure, lui transmet ce qu’il a encore le temps de lui apprendre.C’est bien écrit, c’est honnête, et surtout ça parle d’une intimité, entre des pères et des fils, dans des milieux peu favorisés, qu’on représente rarement. Et c’est aussi à ça qu’on reconnait les belles lettres, c’est qu’elles font entendre une subjectivité et un sentiment profond. En plus l’instru ne gâche rien, l’âme qu’y met Shurik’n se ressent. Voici sa lettre.Visuel © pochette de Où Je Vis de Shurik'n  

30 novembre 2020

5:07

Vitamine So : « I Go To Sleep » d'Anika

Aujourd'hui dans Vitamine So, la version glaciale et hypnotisante du morceau « I Go To Sleep » par Anika.
Puisque Gystère nous parle de l’invention du sommeil, je voulais vous raconter l’histoire de la plus jolie chanson somnolente que je connaisse - la bien nommée « I Go To Sleep’ », aka « Je Vais Me Coucher ». À l’origine, ce morceau il est composé par Ray Davies, des Kinks, réputé pour être un gros bagarreur mais visiblement capable de composer des mélodies particulièrement douces et cajolantes. Mais à l’époque, cette chanson, Ray Davies ne la compose pas pour son groupe. « I Go To Sleep », c’est une balade qu’il va prêter à beaucoup d’artistes, et qui va aller à peu près à tout le monde. Je ne sais pas si vous avez lu quand vous étiez jeune le livre pour pré-ado : « 4 filles et un Jean », l’histoire d’un pantalon qui va parfaitement à 4 copines. Et bien cette chanson, c’est un peu pareil. C’est un morceau qui va prendre une nouvelle forme chaque fois qu’il sera chanté. Ce qui va souvent arriver. Mais reprenons par le début. Les premiers à l’enregistrer, ce sont les Applejacks, un groupe qui à l'époque surprend parce qu’ils font du rock, et qu’il y a une femme parmi eux, qui est bassiste. Et la première fois qu’ils chantent « I Go To Sleep », le morceau résone, et sonne très adolescent et baroque. Ensuite, cet ode au sommeil, au rêve et fantasmes va être repris, des dizaines de fois. En Allemagne, aux USA, par des hommes, par des femmes, sur un mode glam, punk, lyrique, mal traduit en français. Peggy Lee, Cher, Les Pretenders, Francis Cabrel, Soulwax vont la chanter. Et finalement, en 1998, les Kinks eux-mêmes vont publier la version démo de ce morceau, enregistrée en 1965. Ce qui est un peu le brouillon de toutes les versions, mais qui est la preùière version que personne n’a entendue pendant des années. Et vous allez voir quand c’est eux qui la chantent, cette mélodie est bien plus nocturne. On dirait presque qu’elle a été enregistrée de nuit, quand il ne faut pas faire trop de bruit. En fait j’ai l’impression que si cette chanson change de visage selon les personnes qui la chantent, c’est parce qu’elle touche à quelque chose de très intime. A la nuit, aux insomnies, aux films que l’on se fait quand on s’endort. Pour certains la nuit c’est un espace apaisé, de calme, pour d’autres c’est un monde obscure et ténébreux.Et finalement la reprise que j’ai choisi de vous jouer, elle penche un peu de ce deuxième côté. Vers ceux pour qui la nuit est un mystère. C’est celle chantée par Anika, une artiste anglaise et allemande, dont la voix fait penser à Nico et l’univers à Laurie Anderson. Et en 2010 elle s’attaque à ce morceau et propose une version glaciale et hypnotisante du morceau. Qui a presque la couleur d’une aurore boréale, c’est « I Go To Sleep » version Anika.Visuel © Pochette d'I Go To Sleep, par Anika  

27 novembre 2020

7:43

Vitamine So : la version demo de « Dreams » de Fleetwood Mac

Aujourd’hui dans Vitamine So, la version démo d’un morceau légendaire, c’est « Dreams » par le groupe anglais Fleetwood Mac.
Est-ce que tu vas nous jouer des groupes qui ont fini par se taper dessus ?Ces groupes qui s’entredéchirent, ces histoires d’amour qui finissent mal, ça me donne envie de vous rassurer et de vous raconter que même quand on traverse des tempêtes on peut créer des belles choses. La preuve avec Fleetwood Mac. En 1977, le groupe a déjà sorti 10 albums. Et ils sont en train de devenir un des grands noms du soft rock anglais. Sauf qu’ils ont aussi eu l’excellente idée de mélanger boulot et vie privée, et de sortir tous les uns avec les autres. Littéralement. Et en 1977, c’est la tempête. Le bassiste, John McVie, est en train de divorcer de Christine McVie, la pianiste et une des chanteuses de Fleetwood Mac. La leadeuse Stevie Nicks qui est en couple avec Lindsey Buckingham, le guitariste, est aussi en train de le quitter. Et pour couronner le tout : le batteur, le seul à être allé chercher l’amour ailleurs, est aussi en train de se séparer de sa femme. Rien ne va. Et en plus des tensions amoureuses, le groupe a du mal à se supporter en général. Alors un jour, alors qu’ils sont en studio pour bosser sur un nouvel album, un peu obligé contractuellement par leur maison de disque à rester ensemble, la leadeuse Stevie Nicks s’isole, pour être un peu tranquille, et pour philosopher sur sa propre vie, et sa rupture. Elle se retrouve dans une pièce qui a été historiquement le studio de Sly Stone, avec un piano, un grand lit en velours, et des rideaux. Et c’est là, loin des autres, qu’elle compose le morceau « Dreams ». Elle trouve d’abord le riff de la batterie, et en 10 minutes, le reste de la chanson lui vient comme une illumination. Une illumination qui va changer sa vie et celle du groupe. Puisque « Dreams » et l’album Rumours va se vendre à des millions d’exemplaires. Et puis après ça le groupe va en sortir d’autres des disques, va se rabibocher, va repasser par des tempêtes. Et puis ce morceau il n’arrête pas de faire des comebacks ces dernières années, grâce à des vidéos virales. Sans doute parce qu’il a la luminosité des oeuvres composées quand rien ne va, et qui sauvent un peu la vie. Alors voilà PS, Ecologie, composez un bon hymne de campagne pour vous réconcilier. Et pour vous inspirer je vais vous jouer la démo du morceau « Dreams ». Que je trouve encore plus magnifique que l’originale, surtout quand on connait son contexte de création.   

25 novembre 2020

7:17

Vitamine So : « Waltz Number 2 » d'Elliott Smith

Aujourd'hui dans Vitamine So, une valse moderne qui invite à la danse, de l'artiste poète Elliott Smith.
Un déconfinement en 3 temps ça te donne envie de nous jouer une valse ? Et bien, ça m’a donné envie justement de me renseigner sur les genres musicaux, autres que la valse, qui se servaient de rythme ternaire. Parce que le rythme de base qu’on utilise dans la plupart musiques occidentales c’est un rythme binaire. Mais en tendant l’oreille, et en lisant deux trois trucs parce que n’étant pas musicienne j’ai mis de temps à capter, j’ai réalisé qu’il y avait plein d’autres musiques ternaires. Par exemple les musiques de transes. Pour vous donner une idée de ce qu’est un rythme ternaire et une musique de possession, voici un extrait d’un morceau enregistré pendant une cérémonie vaudou au Bénin.Globalement, si l’on tend l’oreille, on entend que la structure du morceau est en trois temps. Ce qui est intéressant c’est que ce rythme ternaire on le croise donc au Bénin, mais aussi dans les musiques de transes du Sud de l’Italie, la tarentelle, les sons gnawa d’Afrique subsaharienne, dans les cérémonies kabar réunionnaise où l’on se sert du maloya pour communier avec les ancêtres. Bref dans des genres musicaux qui se ressemblent pour leur fonction sociale, médicale, festive, spirituelle, mais qui se sont développés parfois sans aucun lien les uns avec les autres. Peut-être parce que la cadence ternaire en soi a quelque chose d’obsédant, que dans un schéma plus largement répétitif, elle a une manière de pénétrer le corps et l’âme jusqu’à faire entrer dans un état de conscience modifiée. Alors si jamais Macron nous annonçait demain que le déconfinement va se dérouler en trois temps de plusieurs années chacun, je t’avoue que oui, je reviendrais peut être vous jouer de la transe au réveil.Mais pas tout de suite. Avant d’en arriver là, je vais vous jouer une valse oui, mais tout à fait moderne, elle est signée par le musicien Elliott Smith, un poète, un musicien qui a eu une vie complexe et dure mais qui a eu le temps de composer des morceaux magnifiques et assez révolutionnaires, à leur manière. Et notamment ce titre : « Waltz Number 2 » , qui reprend une valse à 3 temps et se sert d’une batterie pour nous inviter à une danse.  

24 novembre 2020

7:34

Vitamine So : « C'est beau la vie » de Doc Gyneco et Bernard Tapie

Aujourd'hui dans Vitamine So, un crossover musicalopolitique assez improbable avec « C'est beau la vie » de Doc Gyneco et Bernard Tapie.
Un homme politique qui aime Aya Nakamura, Sophie ça te donne envie de jouer quoi ? Et bien le fait que Gabriel Attal écoute Aya Nakamura, je trouve ça chouette qu’il l’annonce, je me dis que c’est sans doute pour passer pour une jeune homme cool, proche de nous. Et ça, ça reste de la politique. Bon. Mais ça me donne envie de lui présenter deux trois personnalités qui sont allées encore plus loin, et qui ont elles-mêmes poussé la chansonnette. Dans différents registres. D’abord, ce matin, je voulais vous réveiller avec le son d’un petit instrument à vent joué par un certain V.G.E, Valéry Giscard d’Estaing, qui en 1973 à l’époque maire de Chamalière et en campagne présidentielle, confie à Danièle Gilbert dans une interview être un joueur amateur d’accordéon. À l’époque, ça avait intrigué, et ça avait participé à lui forger une image d’homme accessible, et proche du peuple. Donc V.G.E qui joue de l’accordéon, c’est classique et c’est connu. Mais certaines personnalités politiques sont allées encore plus loin et ont osé pousser la chansonnette dans les médias. Et si l’on sait que Raffarin et Sarkozy sont d’immenses fans de Johnny Halliday, et bien prendre le micro façon télé crochet pour le prouver c’est encore autre chose. Et une certaine Arlette Laguiller, elle, a osé. On est en 1993, elle aussi a été candidate à l’élection présidentielle, et la voici sur France 2, face à Pierre Perret devant qui elle va reprendre sa propre chanson « Mon Ptit Loup ». C’est audacieux quand même ! Finalement c’était une époque où c’était relativement fréquent. Il y a comme ça des images de Lionel Jospin chantant Yves Montand, de Lionel Mamère interprétant son propre morceau, qui l’eut cru, « Les Enfants de Par Là ». Bref de personnalités politiques qui soit ont une passion complètement sincère, soit on l’idée que de les savoir mélomanes, certains vont voter pour eux. Mais le plus dingue de ces crossover musicalopolitique, je crois qu’on le doit à Bernard Tapie. C’était en 1998 et rappelons-le, à l’époque il vient de quitter le parti socialiste, est engagé dans des procédures judiciaires, et il se dit que faire une chanson avec Doc Gyneco est une bonne idée. Surtout si le morceau lui permet de régler ses comptes, de se justifier publiquement, de passer pour un gars cool, hors des clous et rebelle. Alors tous les deux composent le titre “C’est Beau la Vie”, avec les coeurs inoubliables de la chanteuse Assia, trop souvent oubliée. Ce morceau, c’est n’importe quoi en termes de collusion pop et politique ; les deux compères y parle sans complexe de gangster, de match truqué, se comparent à Pablo Escobar. On avait déjà entendu Tapie chanter des années auparavant, mais là c’est d’un autre niveau. C’est se servir de la musique pour séduire, en regardant droit dans les yeux le public et les électeurs. Alors voilà, peut être que Gabriel Attal, s’il veut vraiment tenter la séduction, peut-il proposer un duo à Aya Nakamura. En attendant, voici un des duos les plus improbables de la chanson française. Doc Gyneco et Bernard Tapie, « C’est beau la vie ».   

23 novembre 2020

7:02

Vitamine So : « Money » de Michael Kiwanuka et Tom Misch

Aujourd'hui dans Vitamine So, de la funk anti-consumériste qui vous donnera envie de danser : c'est « Money » de Michael Kiwanuka et Tom Misch.
Alors avec ce black friday, a-t-il des promos musicales ? Vous savez, en Amérique du Nord, il y a des journées spéciales pour tout. Et si le Black Friday c’est le jour de la consommation débridée, et bien il y a aussi son versant décroissant : la Buy Nothing Day, qui essaie de proposer une Journée sans achats, ce qui prend bizarrement moins que des soldes à 60% sur des aspirateurs, et c’est dommage. Ce qui est dommage aussi c’est qu’en termes de chansons qui tentent d’interroger la société de consommation, et bien il n’y a pas tant de choses que ça. Certes il y a quelques morceaux de punk, ou des rap alternatifs, ou de chansons françaises qui essaient de proposer des alternatives, mais quand même, force est de constater que la musique mainstream reflète aussi des intérêts consuméristes, ou capitalistes. Choisissez le mot. Et que sur les contre propositions, j’ai l’impression de tourner en rond. Mais je vais quand même vous jouer quelque chose. Et pour vous aider à choisir votre camp, je vais vous jouer un morceau qui défend les deux bord : c’est le titre « Money », de Michael Kiwanuka et Tom Misch sorti l’an dernier. Ce morceau qui signifie tout simplement « Argent », est une mise en scène d’un type qui commence par se vanter de tout l’argent qu’il a. De tout ce qu’il peut acheter, de sa bague en diamant, de son jet privé. Oui mais voilà pourquoi dépense-t-il autant ? parce qu’il se sent seul et honteux. Et qu’essaie-t-il d’acheter ? l’amour de ses proches. Forcément, si ça commence comme ça, vous vous doutez que ça ne finit pas bien : petit à petit la chanson commence à dire que l’argent salit tout, les relations humaines, la confiance en soi. Cette chanson c’est de la funk, c’est de la pop aussi. Elle est bien ficelée, maligne, et en 2 temps 3 mouvements on se retrouve en train de danser en rêvant d’un jour sans achats, sans argent ni dépense, et plein d’amour.  

20 novembre 2020

7:16

Vitamine So : « This Revolution Will Not Be Televised » de Gil Scott Heron

Sophie, ce matin ce projet de loi “sécurité globale” t’a menée tout droit vers un morceau qu’on adore sur Nova. 
Oui ! J’aurais pu vous jouer les hymnes de Fela Kuti, de N.W.A, de Kendrick Lamar, qui sont d’incroyables morceaux pour comprendre la réalité de certaines violences policières et l’importance de les documenter, mais j’ai opté pour de la poésie. Celle de Gil Scott Heron, qu’il a écrit dans les années 60, avant de la chanter dans les années 70 : c’est « This Revolution Will Not Be Televised ». À l’époque quand Gil Scott Heron écrit ce texte, il veut raconter comment les médias dominants nord-américains passent à côté des enjeux et des problèmes que vivent réellement les minorités, les noirs, les toxicomanes, les pacifistes pour vendre une idée des Etats-Unis toute fabriquée, pour vendre de la pub aussi, et pour ne surtout pas évoquer les sujets qui fâchent. Avec ses mots percutants, son spoken word, Gil Scott Heron va s’élèver bien au-dessus du triste spectacle de ce qui est montré à la télévision. Et si ce texte, et son interprétation, n’ont jamais pris une ride, ces jours-ci, en France, ils prennent je trouve un nouveau sens. L’article 24 qui veut globalement empêcher la diffusion d’images de policiers et de gendarmes pose problème et scandalise ta boulangère, la Ligue des droits de l’homme, Amnesty International, Reporters sans Frontière et les syndicats de journalistes. C’est important de répéter cette liste. Et donc si cet article était adopté, et bien de fait, la révolution qui comme toute révolution ne se fait jamais avec l’accord des autorités, ne pourrait plus être télévisée, ni même filmée, ni même photographiée. Ni par des journalistes, ni par des documentaristes, ni par des citoyens. Au risque autrement de se faire emprisonner pour avoir voulu documenter et témoigner de ces mêmes révoltes, et les violences qu’elles peuvent engendrer. Reste une note d’espoir, même si on ne peut pas s’en contenter, la chanson de Gil Scott Heron s’appelle bien « This Revolution Will Not Be Televised », preuve que même si les médias ne sont pas là pour en parler, certaines révolutions peuvent malgré tout avoir lieu. Et qui dit révolution, dit que tout est encore possible. Alors voilà, même si le gouvernement reste sourd aux inquiétudes des ONG, aux rapporteurs de l’ONU qui disent quand même que cette loi pourrait porter préjudice à l’Etat de Droit en France, écoutons la parole sage et puissante de Gil Scott Heron avec son poème on ne peut plus clair « This Revolution Will Not Be Televised ».  

19 novembre 2020

5:59

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