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Philippe Garnier : « John Fante, Nick Tosches, Hollywood, l’Amérique et moi... » (2/2)

Traducteur de Fante ou Bukowski, l’ex-correspondant de Libération à Los Angeles signe une biographie minutieuse sur « le drame, la grandeur et les coups de gouvernail » de l’acteur-auteur Sterling Hayden.

« Je vais au cinéma par hasard et, sans être annoncé, Burt Lancaster est dans le lobby. J’écris quatre pages. Il est mort ? Il sort un film ? Non. Ça m'est arrivé, c'est tout. C'était comme des appels d'air, sortis du ronron médiatique. » De son propre aveu, les articles signés Philippe Garnier dans Libération, dont il fut le correspondant à Los Angeles de 1981 à 2008, étaient « excentriques, éclectiques, insupportablement ramenards ». On ajoutera : obsessionnels, érudits, bossés comme rarement, pour parler du meurtre « idiot, miteux, sordide » du soul singer Sam Cooke, des mémoires de Louise Brooks ou du « côté plomberie » du travail de l’écrivain Robert Littell, voire de « tel dessinateur du magazine Mad, telle strip-teaseuse, ou le mec qui s'occupait de Faulkner, Flannery O'Connor ou Malcolm Lowry dans telle maison d'édition. Le petit monde. Les arrières-cuisines. Mon turf », comme en témoigne son anthologie, L’Oreille d’un sourd (Grasset, 2011), ce « filet Garnier » qui déployait plus de soixante-dix papelards parmi les mille cinq cents piochés (aussi) dans Rock et Folk, Vogue ou Les Inrockuptibles

Sterling Hayeden

« J’aime le cinéma classique hollywoodien, avec une préférence pour le muet et le western. Je me fous du dernier DiCaprio comme de mon dernier slip. » Depuis sa « libération » du quotidien du même nom où il lui arrive tout de même encore de signer, ce tout nouveau septuagénaire est peut être devenu ce qu’il a toujours voulu être : « une sorte d’historien amateur. » En publiant par exemple cet automne L’Irrégulier (éditions La Rabbia), minutieuse biographie du titanesque acteur-écrivain-soldat-bâtelier-fumeur-de-weed-et-alcoolique-compulsif Sterling Hayden (1916-1986), colosse beau gosse et fort en gueule vu dans Le Parrain, Le Privé, Dr. Folamour ou Quand la ville dort

Dino
Demande à la poussière (1939)

« Le drame, la grandeur et les coups de gouvernail » de Sterling Hayden, c’était le sujet de notre conversation de dimanche dernier, que j’ai jugé bon de prolonger aujourd’hui pour évoquer la participation de Philippe Garnier à la légendaire émission Cinéma Cinémas (1982-1991), pour laquelle il interviewa Robert Mitchum, Sue Lyon ou John Cassavettes, ainsi que des dizaines et des dizaines de petits et grands d’Hollywood à qui « personne n’avait l’idée, à l’époque, d’aller parler ». Nous causerons aussi de son rôle de « découvreur », pour la France, de l’œuvre de John Fante – dont il traduisit le chef-d’œuvre, Demande à la poussière (1939) ; de son « absence d’illusions » sur les Etats-Unis, où il réside depuis 1976 ; de la « subversion » et du « détachement » de Nick Tosches, à propos duquel il écrivit fin octobre une impeccable nécrologie ; j’en profiterai pour vous lire deux extraits d’un épatant recueil de poèmes inédits de Charles Bukowski, Tempête pour les morts et les vivants (éditions Au Diable Vauvert) ; et nous terminerons par ce scénario de western sur lequel planche en ce moment ce cowboy solitaire du journalisme. Tout le monde est prêt sur le plateau ? Moteur, action, ça tourne.

Philippe Garneir Livre

Une émission animée et imaginée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut. Programmation musicale : Michael Liot. Photo de Philippe Garnier : Thomas Soulet.

Philippe Garnier

La première partie de l’émission en podcast.

 

Visuel de Une © Guy Peellaert, fragment d’une toile vue dans le générique de Cinéma cinémas.

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par Richard Gaitet
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