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Les frères Larrieu : « Ne cède rien sur ton désir »

Cinéastes du mystère et de la sensualité, les auteurs des « Derniers jours du monde » ou de « 21 nuits avec Pattie » déshabillent ce qui les unit aux écrits de Philippe Djian, Dominique Noguez, Gabrielle Wittkop ou Jim Harrison.

« Sans désir, rien n’arrive. Ne rien céder sur son désir, oui ! Ne pas avoir peur de se perdre pour se retrouver. La jouissance est un moment de perte et de lâcher prise. Les gens qui ne jouissent pas… ont peur de se perdre définitivement. Le manque de libido, c’est un manque de possibles, de récits. »

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Cette idée fertile fut accouchée dans un petit livre vert fort instructif intitulé Le cinéma d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu – entretiens avec Quentin Mével, sorti en 2015 aux éditions Independancia. À l’intérieur duquel ce duo solaire et fraternel d’auteurs-réalisateurs pyrénéens, en activité depuis, disons, 1999 et leur premier long-métrage Fin d’été, estiment que « le scénario doit être littéraire », car sans littérature il leur manque « une dimension », mais qu’il faut ensuite « l’ancrer  dans des réalités géographiques, des lumières et des sensations de pur cinéma ». Ce qu’ils nomment : « Entrer dans la matière. »

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Entrons, baignons-nous avec eux dans le torrent d’une filmographie « toujours en mouvement », qui privilégie les mélanges (de genres), la fantaisie, la marche à pied ou l’aventure (très souvent en haute et moyenne montagne), mais aussi et surtout, donc, les plaisirs des sens. Comme l’a écrit le critique Marcos Uzal à propos des auteurs désormais quinquagénaires d’Un homme, un vrai (2003), de Peindre ou faire l’amour (2005), des Derniers jours du monde (2008) ou de 21 nuits avec Pattie  (2015)

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« La sexualité est, chez eux, omniprésente sans être jamais considérée d’abord comme un problème, pas plus que ne le sont les rapports entre les sexes. Pour les Larrieu, la sexualité est une forme suprême de liberté, à condition de se laisser porter par ses désirs. Et ceci en parfait accord avec ses sentiments. Le couple de Peindre ou faire l’amour est exemplaire de cet idéal où l’homme et la femme renforceraient leur lien en acceptant pleinement le désir de l’autre, et où l’infidélité sexuelle serait vécue comme un accomplissement de la complicité amoureuse (…)»

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 Cet accomplissement pouvant, à l’écran, prendre des formes « amorales socialement » : inceste volontaire ou involontaire, zoophilie, nécrophilie. Mais même dans ces cas, la sexualité n’est pas soumise à un jugement ou réduite à une pathologie. Elle est regardée comme la vérité profonde des personnages qui s’assument souverainement, au-delà de toute morale imposée. »

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Pendant une heure, ces frérots rares et indispensables au cinéma français déshabillent ce qui les unit aux romans de Philippe Djian, Gabrielle Wittkop, Jim Harrison ou Dominique Noguez, voire à une conteuse amérindienne, en attendant de chanter Tralala, leur comédie musicale en cours d’écriture, qui se tournera à Lourdes avec une bande-originale signée Katerine. Chaud(s) !

 

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut avec l’aide de Nabil Chafa. Programmation musicale : Michael Liot.

 

À lire également, cette interview des frères Larrieu sur leur rapport à l’onirisme. 

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Emissions

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par Richard Gaitet
DImanche 12H00-13H00

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