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Le coeur d’Axl Cendres bat toujours !

Elle écrivait des histoires « d’écorchés vifs » en connaissance de cause. Hommage à l’autrice boule-de-feu de « Coeur battant » et de « Dysfonctionnelle », disparue cet automne.

« Pendant des jours, sans arrêt, j’ai chialé comme un gamin dans mon lit. À grosses et lourdes larmes. Je me suis souvenu de ce que ça faisait d’aimer quelqu’un. C’est là que j’ai décidé de ne plus aimer personne. À quoi ça servait d’aimer les gens, puisqu’ils allaient mourir ? J’en ai parlé au psy. Il était navré pour moi. “Malheureusement, mon garçon, on ne peut pas décider de ne plus aimer. Je vais te donner quelque chose à lire.” 

Il m’a remis un livre dans lequel j’ai appris que l’amour, c’était physiologique, rien qu’un cocktail de molécules : les phéromones, qui attirent les personnes ; le phényléthylamine, qui déclenche des sensations de joie ; les endorphines, qui plongent le cerveau dans un état d’ivresse ; la dopamine, qui émet un signal de bonheur, etc. Le tout étant relié au coeur, un bout de viande qui tape fort pour nous faire croire que ce sentiment magique émane de lui. Une illusion, voilà ce que c’était, l’amour ; une illusion qui finissait invariablement dans la douleur. Alors pourquoi s’infliger ça ? J’ai donc décidé d’abattre mon coeur. »

Axl Cendres, Coeur battant (2018).

Coeur Battant
Aimez moi maintenant

Magnétique meuf-tornade. Elle écrivait des histoires « d’écorchés vifs » en connaissance de cause – sans oublier, jamais, d’y ajouter un humour gentiment cinglé pour nous aider à digérer « les choses dures à avaler ». Ses héros étaient champion d’échecs, psy borderline ou soldat insensible à la peur. Elle aimait la nuit, les « bars à tocards » et ses trois Charles : Baudelaire, Darwin, Bukowski. Son vrai prénom était Fidèle dite « Fifi » mais personne ne le savait ou presque parce qu’elle s’était choisie un putain de nom d’écrivain : Axl Cendres, en hommage à Axl Rose – mais faudrait imaginer le chanteur des Guns dont le front serait marqué d’une croix dessinée avec le contenu des cendriers d’un vieux troquet kabyle de Belleville. Axl, bordel ! Depuis l’inaugural et programmatique Aimez-moi, maintenant (éditions Sarbacane, 2008), on lui doit une petite dizaine de romans drôles et débraillés « pour la jeunesse », lisibles selon elle « de 13 à 113 ans ». Il lui arrivait aussi (souvent) de déclamer, dans le métro, des poèmes désarmants d’honnêteté, boules de feu qu’elle balançait comme ça, cintrée dans son cuir ou son blouson Harrington, toujours en noir, cheveux plaqués en arrière, avant de coller à terre un copain qui se marrait, tout en souriant à toutes les filles.

 

Axl Cendre

Ashes to ashes. Comme je ne sais pas trop quoi faire du chagrin qui me plombe depuis que j’ai appris sa mort début octobre (à 37 ans, comme Rimbaud), je relis ses romans, ses mails, les nouvelles publiées dans le magazine Standard ou notre correspondance de cet été – quand elle me disait qu’« Axl Cendres n’a pas écrit son dernier mot ! », parlait de deux romans pour les trois prochaines années, en attendant le Goncourt qui lui serait remis, « un jour, c’est sûr », « par Despentes, en smoking »… 

D’où la nécessité d’une émission-portrait, par éclats, de l’autrice de Dysfonctionnelle, avec des lectures, de brefs témoignages de ses proches, des morceaux piochés dans les playlists qui ouvrent chacun de ses bouquins et l’un de ses passages sur Nova, en 2012, quand elle était venue ré-interpréter son poème préféré, signé Buk’. «… Il y a dans mon cœur un oiseau bleu qui veut sortir mais je suis trop malin, je ne le laisse sortir que de temps en temps la nuit quand tout le monde dort. Je lui dis, je sais que tu es là, alors ne sois pas triste. Puis je le remets, mais il chante un peu là-dedans, je ne le laisse pas tout à fait mourir et on dort ensemble comme ça, liés par notre pacte secret, et c’est assez beau pour faire pleurer un homme, mais je ne pleure pas, et vous ? »

Moi, je ne pleure pas. Je me tiens tranquille, je ne veux pas qu’on me voie. Et je cause à mon oiseau bleu qui ne peut pas tout à fait mourir, puisqu’il s’appelle Axl.

Cendres Axl

Une émission animée et imaginée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut avec l’aide de Tristan Guérin. Témoignages : Clémentine Beauvais, Tibo Bérard, Claudine Desmarteau, Renaud Farace, François Perrin, Séverine Vidal. Voix : Morane Aubert, Bintou Simporé, Thomas Soulet, Queenie Tassell.

Visuel © Magali Aubert © CC by SA 4.0 Mariokevin86

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par Richard Gaitet
DImanche 12H00-13H00

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