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Bring the Buzzelli

« Fracassée de l’inconscient », pleines d’angoisses et d’humour noir, les bandes dessinées de l’Italien Guido Buzzelli se déploient en deux tomes anthologiques de toute beauté.

« Les lecteurs des années 1970 crurent voir dégringoler une météorite dans le ciel plutôt sage de la bande dessinée, écrit Frédéric Pajak en préambule du premier tome de l’anthologie des Œuvres de l’Italien Guido Buzzelli (1927-1992) rééditées par Les Cahiers Dessinés. Ce fut un éblouissement. L’auteur lui-même s’était mis dans le rôle du personnage, en parfaite victime expiatoire de la cruauté des hommes, qu’ils fussent chirurgiens, psychanalystes, politiciens ou critiques. D’abord imberbe, il s’affubla vite d’une barbe noire, afin de se rendre définitivement sombre, à la fois inquiet et inquiétant. D’emblée, il s’est représenté laid, faible, paranoïaque et retors, se maltraitant sans mesure, jusqu’à disloquer son propre corps. » Comme le disait Georges Wolinski, qui fut son premier éditeur en France : « Il fut d’abord un peintre qui faisait des bandes dessinées en attendant de pouvoir vivre de son art. Heureusement, il n’y est pas encore arrivé. Les histoires qu’il raconte en bandes dessinées sont irracontables autrement qu’en bandes dessinées : il faut les voir pour le croire. » 

Labyrinthe

Ce soir, nous tenterons donc l’impossible : dire les planches infernales de ce fou de Romain, tirées de ses albums les plus excessifs, ironiques et géniaux : Le Labyrinthe et sa société de surhommes « sous cellophane », Zil Zelub qui ne contrôle plus aucun membre de son corps dans un cauchemar à la Gogol, Annalisa et le diable pour une plongée psychique dans l’enfer de l’inspiration. « Chez lui, l’individu n’est qu’un avorton broyé par les conventions et le despotisme cotonneux de la tyrannie humaine : l’échec est constitutif de son être, poursuit Frédéric Pajak. Sous son pinceau sarcastique, même Satan, le grand prince des ténèbres, n’est plus qu’un vieillard sans majesté, incapable de tourmenter qui que ce soit ; il maugrée, marmonne, lâche des pets en guise de catéchisme maléfique. » La réédition de ces terreurs noires et blanches, nommées au prix du patrimoine au festival d’Angoulême et dont le second tome est paru en janvier dernier, panthéonise cette « explosion de fantasmes refoulés, d’angoisses vainement rationalisées, de peurs réelles ou imaginaires. Nous assistons à une véritable fracassée de l’inconscient qui, en dévorant les malheureux doubles de Buzzelli, ne manque pas de nous tourmenter à notre tour, et de gâcher nos nuits. » 

Buzzelli

En fin d’émission, j’évoquerai aussi un possible petit-cousin du maître italien : Hugues Micol, via son album Saint Rose – à la recherche du dessin ultime (éditions Futuropolis), hommage potache et surréaliste aux romans d’aventures du XIXe siècle. 

Saint Rose

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Juste Bruyat. Programmation musicale : Michael Liot.

Nova Book Box
Emissions

Nova Book Box

par Richard Gaitet
DImanche 12H00-13H00

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