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Max Cilla, le Père de la Flûte des Mornes de Martinique qui éveille les consciences

De la fabrication de cet instrument à sa rencontre avec Archie Shepp et Aimé Césaire, le flûtiste charismatique raconte son parcours hors du commun

Par Mathieu Girod

Fer de lance de la musique traditionnelle contemporaine de la Martinique, Max Cilla est considéré comme « le Père de la Flûte des Mornes », cette flûte traversière en bambou, devenue symbole de la Martinique et de la culture afro-caribéenne. A l'occasion de son concert au Baiser Salé à Paris, je suis parti à sa rencontre. Le légendaire flûtiste se remémore sa jeunesse dans les Caraïbes, son arrivée à Paris, l’effervescence du jazz antillais dans les années 60/70. 50 ans de musiques et d'histoire raconté par ce sage et virtuose dans cet opus de #MidiDansLaGueuleDuMonde 

Max Cilla, Le Père de la Flûte des Mornes de Martinique

Situées géographiquement plus proches des États-Unis que de l’Europe, les Antilles furent touchées très tôt par le jazz d'une manière singulière. De nombreux musiciens créoles se sont aussitôt rapidement familiarisés avec ces sonorités et les ont naturellement associées aux rythmes traditionnels et aux folklores de leur île : le Biguine, le Gwo Ka ou le tambour Bèlè. Max Cilla fait parti de ce creuset musical fascinant. Le musicien est né dans les Mornes en 1944, ces régions montagneuses de Martinique qui furent les refuges des Neg' Marrons (esclaves fugitifs auto-libérés du joug colonialiste). Cet endroit chargé d'histoire où l'Afrique est encore très présente, continue d'inspirer de nombreux poètes et musiciens. C'est ici que Max découvre la « toutoun bambou » jouée par son oncle, une flûte traversière en bambou à six trous, héritée de la flûte peule. Il va dès lors s'exercer en soufflant dans des tubes en PVC avant de créer la fameuse flûte des Mornes

Max Cilla

Au début des années 60, comme beaucoup d'antillais Max part vivre en métropole, il deviendra tourneur-fraiseur. En 1964, il s'installe à Paris et achète sa première flûte en ébène. Il commence alors à parcourir la capitale pour découvrir ses clubs de jazz. Un soir de décembre 1967, alors qu'il marche avec sa flûte rue de la Huchette, dans le quartier Saint- Michel à Paris, il fait la rencontre de Archie Shepp qui l'invite dans son club. L'histoire du musicien commence à s'écrire, il va ensuite jouer dans les clubs de jazz du 6ème arrondissement de la capitale avec de nombreux musiciens sud-américains et cubains. Ces moments d'échanges le fera réaliser que la musique martiniquaise à sa place sur les scènes, tout autant que la salsa ou le boléro. Max Cilla va alors créer un genre pour la flûte des Mornes qu'il nomme  « Musique Traditionnelle contemporaine de la Martinique ». En 1970, l'artiste rentre en Martinique pour y développer sa musique. À la demande de Aimé Césaire, il transmettra ses connaissances durant une quinzaine d'années à de nombreux musiciens de l'île dont Eugène Mona, figure de la musique antillaise.

Max Cilla, Le Père de la Flûte des Mornes de Martinique qui éveille les consciences

En révélant la flûte des Mornes, Max Cilla a crée une musique sophistiquée, intemporelle, et rythmée par les instruments traditionnels afro-caribéens.
Il enregistrera son premier album « La Flûte des mornes, vol. 1 », en 1981 avec de grandes pointures de la musique antillaise telles que son fidèle pianiste Georges-Edouard Nouel. Un disque qui deviendra culte et qui sera réédité en 2017 par le label suisse Bongo Joe Records en association avec le disquaire lyonnais Sofa Records

"Avec la flûte des Mornes, il y a toute une symbolique. Les Mornes sont les hauteurs du pays en référence au collines de la Martinique, mais aussi par rapport à la hauteur de l'esprit. La Flûte des Mornes que j'ai révélé au monde est là pour susciter un éveil de conscience et un épanouissement personnel"

Max Cilla, Nova
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