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Texcoko : « Demain, nous prendrons des vacances à perpétuité »

En voyage continu vers un Mexique mythique, ce trio musical de Seine-et-Marne « travaille à s’arrêter » sur des plages de sable millénaire, « jouant à l’infini le tube de l’été » et rêvant de « néant, en congés payés ».

« Vivons-nous réellement sur cette terre ? » Originaires d’une sierra mystérieuse et alchimique (la Seine-et-Marne), le trio Texcoko, qui rassemble deux musiciens (Flavien Ramel, Guillaume Rouillard) et un comédien (Alexandre Pallu), nous avait bluffés, début mars, une semaine avant le confinement ; sur la scène du Nouveau Théâtre de Montreuil, invités de la Nova Book Box, ils avaient interprété en live de nombreux extraits de leur spectacle Mexica, riche en tequila mélancolique comme en champignons aphrodisiaques, d'une pierre de soleil disco ou d'un crapaud ensorcelé, volcan déclamatoire d’adaptations musicales d’Antonin Artaud, Malcom Lowry, Laura Esquivel ou Octavio Paz.

Créée en 2019 dans un labyrinthe souterrain de Pantin, l’hacienda Texcoko emprunte son nom à l’ancienne capitale culturelle du Mexique, fondée au quatorzième siècle du temps des Aztèques, située à une trentaine de kilomètres à l’est de Mexico, où l’on pouvait prendre des cours de chant ou de poésie. Le projet lui-même, qui transpire sa fièvre de bars en festivals, est né d’une lecture de Le Clézio, Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue (1988), dans lequel le futur Nobel s’interrogeait sur la brutale disparition des cultures amérindiennes au seizième siècle, et plus particulièrement sur la fin de la civilisation mexica, causée par les conquistadors espagnols.

Fin juin, les réseaux virent surgir Texcoko à la piscine, à la fois trempés et bouillants, via le clip de Rey, transfiguration ragga d’un poème vieux de sept siècles écrit en nahuatl, la langue des Mexica, et signé Nezahualcoyoltl, roi de Texcoco. En substance, le souverain dit ceci : « Vivons-nous réellement sur cette terre ? Hélas ! Un bref instant sur cette terre ! Un instant seulement ici ! Même le jade se brise, même l’or se rompt, même les belles plumes se flétrissent ! Un bref instant sur cette terre ! Un instant seulement ici ! »

Se lovant à bord de notre Arche, ces héros pas si sombres déplient lentement leur désir de vacances à perpétuité, « travaillent à s’arrêter » sur des plages de sable millénaire ; ici, le tourisme est une vertu, il n’y a plus ni départs ni rentrée et la mémoire a la taille d’une carte postale, cette « lettre qui ne ment pas » selon la formule de Derrida, « réduite à l’essentiel, le ciel et la terre » assortie de mots doux. Mais déjà le travail reprend : ils seront en concert le 10 juillet au Balto Otlab, 182 rue de Paris, à Montreuil.

Pour réécouter le live de Tekcoko au Nouveau Théâtre de Montreuil, fomenté par le juke-box littéraire de Radio Nova, c’est là.

Visuel : La fille du 14 juillet, d’Antonin Peretjatko (2013).

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