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Le grand retour virevoltant de Django Django

Le grand retour virevoltant de Django Django

Pop complexe, pop parfaite.

Par Bastien Stisi

L’Écosse. Ce pays où domine le gris (lié au temps) et le vert (lié à sa vaste végétation), mais d’où est, paradoxalement, si souvent sortie la lumière la plus éclatante. De la cité de Glasgow le plus souvent (la ville la plus peuplée et la plus dynamique du pays), avec, notamment, les succès internationaux de quelques immenses figures locales : le folk de Donovan dans les années 60-70, la révolution provoquée par Primal Scream débuts 90 (l’album Screamadelica permettait au rock de rencontrer l’acide house, alors en vogue à Chicago, New York, Londres, Manchester) ou l’explosion post-rock largement engendrée par l’émergence de Mogwai, au milieu des années 90.

D’autres vinrent d’ailleurs, comme les Cocteau Twins (la chanteuse Elizabeth Fraser vient de la ville de Falkirk) ou The Jesus and Mary Chain (East Kilbride), et parfois quelques grandes figures de ce paysage musical écossais ont pu trouver leur origine du côté d’Édimbourg (en discutant avec des disquaires du coin, on vous dit que ce sont les disques de Boards of Canada que les touristes un peu branchés recherchent), capitale politique au sein de laquelle émergèrent notamment en 1996 le très bon Beta Band (folk, rock, psyché, trip-hop), et puis, plus récemment, ses dignes et logiques continuateurs (Dave MacLean est le frère cadet de John MacLean, pianiste des Beta Band), les Django Django.

Django Django

Pop d'Écosse, pop de partout

Si certains des Django’s ont grandi autre part au UK (Vincent Neff est originaire de Derry, en Irlande du Nord), c’est bien du côté d’Édimbourg que Vincent Neff, Tommy Grace et Dave MacLean se sont rencontrés et liés d’amitié à la fin des années 90, au sein de l’Edinburgh Art College, la plus ancienne et la plus grande école d’arts du spectacle et de design d’Écosse. Là-bas, et après avoir rencontré aussi Jimmy Dixon (lui étudiait à Glasgsow), les futurs membres de Django Django approfondissent leur maîtrise de l’architecture (Vincent sera même architecte un temps), du design (ils se chargent de fait le plus souvent de leurs clips, de leurs artworks et de l’ensemble de leur identité visuelle) et naturellement, de la musique. Largement favorisé par cet apprentissage libre, quoique strict, le groupe Django Django (pas de référence immédiate à Django Reinhardt) naîtra quelques années plus tard à Londres, où les garçons se retrouvent. Un petit studio est squatté. La magie opère.

Quelques concerts, quelques singles auto-produits qui cartonnent (« Storm », « Love’s Dart » et « Wor », qui sera utilisé dans une publicité Coca-Cola), et un succès fulgurant qui vaudra même à leur premier album éponyme une nomination au Mercury Prize. Si eux considèrent plutôt leur album comme une sorte de mixtape révélatrice de leur état d’esprit d’alors (« Nous passions notre vie à parler musique et à nous faire des mixtapes. L’album reflète ça : c’est plus une mixtape qu’un album cohérent », disaient-ils alors aux Inrocks), le disque devient rapidement culte, le fait de plusieurs tubes percutants (« Default », « Hail Bop », « Waveforms ») et extra-larges d’esprits, ajoutant une pierre précieuse à ce bel édifice pop puisant ses matériaux dans les régions et les sons les plus divers du monde (folk, oriental, rock, électronique, subsaharien, psychédélique, kraut, surf-music, leur pop puise dans tout ça).

Django Django - Marble Skies

Un album à plusieurs

Une tournée longue, un second album réalisé cette fois-ci en studio, avec de vrais moyens (Born Under Saturne, 2015, avec les titres « First Light » ou « High Moon ») et un retour cette année à des techniques de productions et de compositions plus DIY. Avec une volonté de revenir sur ce troisième album (Marble Skies, Because Music) à des fondamentaux quelque peu mis de côté sur leur précédent ouvrage. En résulte un album qui accueille, pour la première fois, quelques invités (la voix de Rebecca Taylor de Slow Club sur « Surface to Air », le compositeur jazzy Jan Hammer sur « Sundials », et la batteuse Anna Prior, de Metronomy sur « Marble Skies »), et qui parle, dixit David MacLean, « d’un monde en évolution et en mouvement permanent, au beau milieu duquel nous ne sommes que des observateurs, impuissants face au temps qui passe mais en essayant d’y trouver notre place. »

Le temps qui passe, ok. Et qui bonifie parfois ceux qui le parcourent, comme c’est donc le cas ici, avec ce troisième album, plus exclusivement composé par Dave, parti s’isoler un temps du côté de sa ville de Dundee) qui parvient à atteindre les mêmes sommets que le premier (chose pourtant peu aisée), via quelques petits chefs-d’oeuvres pop, de « Marble Skies » et son jeu de synthé héroïque, à « Champagne » et sa ligne de basse très Peter Hook, en passant par l’épidermique « Tic Tac Toe », chevauchée fantastique au sein d’un album qui sort cette semaine, et qui confirme une tendance, envisagée depuis longtemps : ces types-là, en ouvrant aussi largement l'esprit, constituent l'une des pop les plus passionnantes proposées actuellement sur la scène européenne actuelle.

Quelques dates, forcément, arrivent également pour les Britanniques, le 10 mars 2018 notamment, à La Cigale, et ce malgré le fait que, comme les Django Django le rappelaient dans le Nova Club, « un live, ça fait toujours un peu peur ! » Il est possible, également, de réentendre le live que le groupe donnait, au moment de la sortie de son premier album, au Stéréolux de Nantes, dans le cadre d’une Nuit Zébrée datant de 2012 !

Ah d'ailleurs, sachez qu'on vous offre des exemplaires de l'album. Alors n'oubliez pas de choper le mot de passe sur la page Nova Aime ! (vous en aurez besoin)

 

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