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Le dernier album de James Blake raconté par ses samples

Le dernier album de James Blake raconté par ses samples

Soul américaine, chants religieux et opéra italien : l’Anglais écoute à toutes les portes possibles et inimaginables.

Par Sophie Marchand & Jean Morel

Dans BAM BAM, toutes les semaines, on vous parle de samples. C'est le Sample de la semaine. Et on le fait aujourd’hui à travers Assume Form, le nouvel album de James Blake.

Chez Nova, beaucoup d’entre nous ont écouté en boucle toute la semaine le nouvel album de James Blake, le producteur et soul man anglais qui vient de sortir, avec Assume Form, son quatrième album. Un album clairement amoureux (amoureux de l’amour, peut-être), que certains ont même tendance à trouver un peu niais et confiture tant le grand James s’épanche, sentimentalement parlant, tout le long d'un disque qui brille également, c'est le sujet de cette chronique, par la qualité de ses samples.

James Blake, on le sait, est un bosseur, et un véritable rat de studio. Plutôt érudit en matière de production et pourvu d’une culture musicale de grand malade, l’Anglais, désormais installé à Los Angeles, atteste une nouvelle fois de cette culture majeure par l’intermédiaire de trois samples qu’il a utilisé sur cet album, et qu’on va tenter de déshabiller.

1. « Where’s the Catch », feat Andre 3000

Le featuring de James Blake avec Andre 3000, la célèbre moitié d’Outkast, clairement l’un des morceaux les plus percutants de l’album, est parcouru par une petite voix, qui n’est ni celle de James, ni celle d’Andre. Cette voix, elle appartient en réalité à une bonne soeur, Soeur Irene O’Connor, une nonne australienne qui en 1976 a eu l’excellente idée d’enregistrer un 45 tours, Fire of God Love. Le disque, et c’était attendu pour une nonne, parle de son amour pour Dieu, et le fait de manière absolument incroyable, avec un orgue électrique. Sur ce 45 tours, on entend notamment le morceau « Fire », et c'est ce morceau que James Blake a décidé de sampler. 

2. « I’ll Come Too »

Pour le morceau « I’ll Come Too », vraie balade de Noël et vraie déclaration d’amour, c’est une tout autre inspiration que le producteur anglais est allé chercher. Il y a tout au long de ce titre une voix qui hante l’atmosphère, un chant, merveilleux et lointain, qu’on pourrait comparer à ceux des baleines. James Blake, pourtant, n’a pas été sampler Jacques Yves Cousteau, mais s’est tourné du côté de l’opéra afin de réutiliser une bande originale, celle de Love Birds, un film italien de 1968 réalisé par Mario Caiano, et dont la BO est signée Bruno Nicolai, un grand compositeur italien. Et sur cette bande originale, il y a un thème, « La Contessa » qui sonne comme ça. 

3. « Can’t Believe the Way we Flow »

Après la chanson dévote et l’opéra italien, James Blake est allé fouiller dans un catalogue beaucoup plus funky et soul. Pour son morceau « Can’t Believe the Way we Flow », balade ultra lascive, pleine d’un amour sensuel, l’Anglais est allé chercher du côté des Manhattans, un groupe du New Jersey, de R&B, qui a été déjà très souvent été samplé : par J Cole, Mad Lib, Ghostface Killa, Lil Wayne, et donc James Blake. Ici, c’est le titre « It Feels So Good To Be Loved So Bad » des Manhattans qui est donc réutilisé, un titre là encore ultra-sensuel (ou même carrément « sexuel »), à l’image d’un album qui a su trouver dans les beaux sentiments que ressentent les autres une manière de formuler les beaux sentiments que, lui aussi, ressent de son côté. De la beauté du sample.

BAM BAM, c'est le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animé par Sophie Marchand et Jean Morel, du lundi au vendredi sur Nova.

Visuel (c) pochette d'Assume Form de James Blake