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KlapYaHandz : le label qui concilie rap et classiques de la musique cambodgienne

KlapYaHandz : le label qui concilie rap et classiques de la musique cambodgienne

Son fondateur est passé nous voir dans les studios de Néo Géo, le 12 avril dernier.

Par Margot Davier

C’est la première fois qu’il atterrit à Paris. Le jeune rappeur Vuthea visite la capitale pour son premier concert en France (le 28 février dernier à la Galerie VII). 

KlapYaHandz

Accompagné de Dara Sabay, franco-khmer à l’origine de l’association Samaki Kohn Khmer, et de Sok Visal, le fondateur du label KlapYapHandz qui le représente, les voici tous trois dans les studios de Néo Géo, au micro de Bintou Simporé, avec une idée en tête : faire découvrir aux auditeurs de Radio Nova la scène musicale cambodgienne, à travers le projet Paris-Pnom Penh.

Leurs histoires respectives sont celles de traits d’union, de ponts entre différents univers. Sok Visal, d’abord. Né au Cambodge en 1971, il s’envole pour la France avec sa famille en 1975. C’est dans ce pays qu’il grandit et devient tour à tour grapheur et rappeur. A l’aube des années 2000, le jeune Sok se cherche. Ne sachant pas quoi faire, il décide de retourner au Cambodge, et redécouvre les grands classiques de la musique cambodgienne, ceux des années 1960-1970, « l’époque dorée », confie-t-il.

« Nous avions besoin de comprendre pour nous reconstruire »

La plupart de ces titres sont issus de la culture khmère et influencés par l’arrivée des Américains dans la région, avec de la soul et du rock n roll dans leurs bagages. La guerre du Viet Nam sévit, mais les airs cambodgiens se multiplient. Survient alors le génocide des Khmers rouges, entre 1974 et 1979, qui décime au moins un million et demi de personnes. L’épisode est tabou au sein des familles cambodgiennes, qui n’en parlent pas nécessairement à leurs enfants : « Nous avions besoin de comprendre pour nous reconstruire », déclare toutefois Sok Visal.

Réappropriation

Ni une ni deux, il se réapproprie cette musique, largement oubliée par la population, afin de lui donner une nouvelle vie. C’était en 2005, et le label KlapYaHandz venait de naître autour de ce concept : sampler des grands classiques cambodgiens à des morceaux de rap et de hip hop, genres qu’il introduit également au Cambodge.

L’idée séduit toutes les générations, à l’image du rappeur Vuthea, représenté par le label : « C’est l’occasion de rafraîchir de vieilles chansons et de les faire découvrir à la jeunesse. A l’époque, les musiciens recevaient de vraies formations, et leurs sons, leurs manières de jouer sont très inspirantes pour les jeunes générations ». Premier pont entre le passé et le présent, d’autant plus apprécié que Sok Visal appartient à l’ethnie des Khmers.

De son côté Dara Sabay envisage un trait d’union entre la France et le Cambodge. Alors qu’il éprouve le besoin de renouer avec ses origines, il y a 8 ans, il fonde l’association Samaki Kohn Khmer, autour d’une idée simple : organiser des événements culturels autour de ces deux pays, et rassembler des membres de la diaspora en proie à des crises identitaires. Avec les membres, il contribue chaque année à la mise en place du Nouvel An cambodgien à la Pagode de Vincennes, prévu le 26 avril, mais annulé pour l’édition 2020. 

Plusieurs centaines de millions de vues pour les artistes

Créer des événements, des rassemblements, se réunir autour d’une histoire et de traditions communes, tels sont les objectifs de son association, qui travaille étroitement avec KlapYaHandz et ses artistes pour promouvoir la scène culturelle émergente cambodgienne. La diaspora et les jeunes générations sont particulièrement friandes de ces nouveaux artistes, à l’instar de Vuthea, Sreyleak ou Ago, qui jouissent d’un immense succès. A eux trois, ils cumulent plusieurs centaines de millions de vues sur Youtube, et chacun de leurs morceaux devient un tube très populaire. Le talent hybride Vuthea, que Dara Sabay compare volontiers à Drake, compose, rappe et écrit lui-même ses chansons. 

Depuis son retour au Cambodge, Vuthea travaille sur son premier album. Sok Visal a été impliqué sur d’autres projets, à l’instar du film In the life of Music, co-réalisé avec Caylee So, d’origine khmère et américaine. Projeté à l’INALCO le 29 février dernier, le film s’intéresse au destin d’une famille à travers trois époques-clés de l’histoire du Cambodge et différentes chansons qui les incarnent. 

Pour écouter l'intégrale de l'émission Néo Géo du 12 avril, c'est ici.

Visuel © KlapYaHandz © Radio Nova