Aller au contenu principal
Napoli

Les trésors du funk et de la disco napolitains sur une compilation qui sent le chaud

Les membres de Nu Guinea et quelques autres exhument des trésors qui prennent la forme de disques égarés.

Par Bastien Stisi

Naples, cote est de l’Italie. Son port qui ouvre depuis toujours la ville sur l’ailleurs, le magistral Vésuve qui se dessine au loin et qui crache les cendres d’un passé lointain, ses ordures qui durant un temps ne furent plus ramassées par personne, sa mafia (la Camorra) étudiée et infiltrée par un auteur qui doit toujours se cacher pour échapper à ses griffes vengeresses (Roberto Saviano, auteur du best-seller Gomorra), son équipe de foot aussi tumultueuse que le joueur qui la rendit célèbre à la fin des années 80 (Diego Maradona, l’homme capable de gagner un championnat à lui tout seul), son atmosphère orageuse et insaisissable qui donne à chaque coin de rue des ambiances de nouvelle aventure. Naples, ses clichés, et le reste.

Car Naples, troisième plus grande ville du pays après Rome et Milan et clairement pas la plus riche de toutes (les situations sociales de quelques-uns y sont même critiques), épicentre du rap à l’italienne, c’est aussi une scène musicale, si proche de l’underground qu’elle semble avoir sombré dans les oubliettes. Une scène qui sonna, dans les années 70 et 80, méchamment disco, funk, psyché. « O sole mio », « Luna Rossa »… Capri, c’est fini ? C’est surtout pas ici qu’on en parlera, de Capri.

Alors, deux ans après une première compilation qui commençait déjà à déblayer le son égaré des années 70 et 80 napolitaines, fouillait dans les bacs à vinyles usés et en ressortait des trésors, raclait les fonds de tiroirs que personne ne pensait plus à ouvrir depuis longtemps, le duo Nu Guinea a fait paraître le deuxième épisode (Napoli Segreta Vol.2.) d’une série dont avait notamment émergé l’excellent tube  « Guagliù » du dénommé Pino Amoroso. Nu Guinea, groupe souvent joué sur l’antenne de Radio Nova et notamment via le tube « Djodje Facce » (un revival, justement, de disco funk italien des 70’s et 80’s), paru sur le très bel album Nuova Napoli.

Accompagné par les membres de Famiglia Discocristiana, Massimo Di Lena et Lucio Aquilina (les deux membres de Nu Guinea), dont le studio est installé à Berlin mais dont le regard est sans cesse tourné vers la magnifique Baie de Naples, sont allés trouver dans les ruelles de la capitale de Campanie et des environs du Vésuve de nouveaux secrets qu’ils partagent, ici. Napoli Segreta Vol.2 est une véritable balade musicale dans les ruelles sombres et les arcades plus lumineuses d’un Naples complétement méconnu, une variété de genres fusionnant soul, disco, funk, blues, new-wave, afro-beat et boogie, et des paroles parfois prononcées… en argot urbain napolitain. La pochette du disque, elle, fut prise au Virus Studios 3000 de Napoli, ce qui, en plein Covid-19, ne s’invente pas.

Ce qui ne s’invente pas non plus, c’est la manière dont vous feront groover les neuf pistes issues de ce disque et en premier lieu, ce morceau que l’on s’écoute en boucle : « Calypso » titre initialement sorti en 1977 et dont vous n’aurez pas tellement de mal à retenir les paroles qui rendent hommage à cette nymphe de la mer, amoureuse malheureuse d’Ulysse, puisque ces paroles, elles, se content de répéter, en inusables, ces mots qu’on vous laisse chantonner avant de projeter vers les rivages d’un Naples réel et fantasmé : Calypso, calypso, calypso.

Nu Guinea, ils étaient les invités de Bam Bam à une époque où il était encore possible de se rendre à Lyon (et ailleurs) pour y passer des nuits de folie, sans sommeil mais avec beaucoup de musique et de concerts live : c'était le printemps 2019, c'étaient les Nuits sonores.

Visuel © Famiglia Discocristiana